Locked in Syndrome


par [email protected]

J’ai lu Motel à sa sortie. Voilà deux mois que j’attendais de découvrir Locked in Syndrome, d’abord sans savoir que ce serait son titre, sans savoir qu’il serait mis en ligne sur Publie.net dans la nouvelle collection d’anticipation e-styx. Disponible depuis quelques jours, je l’ai lu sans attendre. Puis, une fois arrivé au bout, j’ai suivi comme qui dirait l’impératif subliminal du texte (L.I.S) et j’ai refait un tour, un tour gratuit, avant, pendant et après les tremblements du monde.

Le cerveau est un disque dur obsolète par avance. La mémoire n’est pas compressible à l’infini. Les modèles suivants seront plus perfectionnés, l’immortalité deviendra une fonction exécutable.

Ça commence comme qui dirait un peu comme ça, après ne comptez pas sur moi pour retracer la chronologie : y aurait comme quelques bugs dans la retranscription du temps. Le narrateur pourrait bien être une rémanence de cette « légende urbaine » aperçue dans les bonus de Motel, à savoir « la célébrité la plus anonyme du monde ». Concepteur d’un jeu révolutionnaire appelé SexyWi, le « nec plus ultra en matière de sex-toy », il se retrouve au coeur d’un processus apocalyptique (mais est-ce réel ? est-ce vivant ?) qui s’ouvre comme souvent par une série de tremblements de terre. Car tombe la date : celle du 21 décembre 2012 et même l’heure : 20h12 affichée sur l’écran. Voilà pourquoi la terre tremble. Et au-delà des tremblements, quoi ? la fin des temps, le temps sans temps, l’apocalypse, une drôle de réalité virtuelle, un sas de défragmentation ? Ou bien le fameux locked in syndrome, L.I.S ?

Toujours assis au cœur d’une ville qui ne doit pas
exister dans un monde qui n’existe plus ou presque je
n’existe donc pas. Je pense. Ai-je seulement existé
un jour ?

[LE COMA S’EST EMPARÉ DE LUI…]


Ou…
Je suis, je pense…
Déjà.
Mort ?
360° de ruminations intérieures. Mon cerveau a
une curieuse texture depuis que je suis dans cet ici
qui n’est pas. Me dis-je. Serais-je perméable à mon
environnement ?

La langue de [email protected] est une langue folle, du genre de celles toujours rythmées et qui résistent rarement à la tentation du jeu de mot. Curieusement, sur un fond assez dur (détresse, crises, schizophrénie, violence faite aux corps et aux neurones des personnages), Locked in Syndrome est un texte très drôle, où chaque phrase est construite comme un jeu, et ça tombe bien : ce récit en est un. Un jeu avec les éléments du texte, aussi, puisque régulièrement des incises le traversent, doublant, triplant ou plus les niveaux de lecture, forçant la tête de lecture (la nôtre) à imprimer face à ce texte une sorte de regard multiple. Voilà pourquoi je pense au « temps sans temps », fil développé dans l’excellent Fond du ciel de Rodrigo Fresán, que j’avais lu aussi, en son temps, justement, deux fois de suite, car la chronologie bousculée m’y avait incité. Et le parcours se corse encore lorsqu’on se prend à dialoguer, par le biais de liens hypertextes disséminés au gré des pages, avec d’autres parties du récit, passées ou à venir. Nous voilà bloqué (locked in) dans la caboche d’un type, alors nous voyageons comme lui dans les portails de sa mémoire, nous traversons aussi, pendant l’acte de défragmentation, les mêmes failles temporels, les mêmes accès et autres redondances cycliques.

Nous nous contentons de gérer les risques, de
faire tourner les scénarios du moment. D’iden-
tifier des schémas.
J’ouvre les yeux hanté par ces phrases.
Ou.
M’ouvrent-elles les yeux ?
Ce que je vois me dispense de penser plus avant :
rien n’a changé : même décor, même texture : je suis
déjà toujours mort, quelque part dans le temps –
mais lequel ?
Ys est toujours Ys qui n’a pourtant jamais existé,
n’aurait jamais dû exister. Sauf qu’un tremblement de terre a bouleversé la donne, secoué la légende
jusqu’à la régurgiter en réalité.

Cette citation est tirée d’un chapitre intitulé « Nous n’avons aucun futur car notre présent est volatile ». Locked in Syndrome est volatile. Un texte à la narration instable, une texte vif capable d’imposer sa propre logique, mais en douceur. Parfois obscure, jamais opaque, la langue est toujours décalée, toujours ludique et élégante. Locked in Syndrome est un texte très fun : à lire, d’abord et, j’imagine, à écrire, car ces choses là se sentent. [email protected] est chez lui où il le souhaite : aux US très cathodiques aperçus dans Motel, au coeur de ces crânes truffés d’informatique et de légendes lointaines (la cité d’Ys, propice au développement de la matière narrative, propice aussi surtout à toute une salve de jeux de mots et de sonorités). Voilà pourquoi faut suivre les initiales et y aller sans hésiter : L.I.S donc, vas-y sans crainte.

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Locked in Syndrome, version 2 (8 mars 2014)

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