Les rejoindre


Voici le mail reçu en fin d’après-midi en provenance de Pole Emploi, il commençait par la phrase : « Rejoignez les équipes de la Police Nationale en devenant adjoint de sécurité ». Je n’y ai pas répondu, mais ne l’ai pas supprimé pour autant. Il ne faut jamais se couper de la moindre opportunité, voilà ce que me dirait Svetlana si elle savait. Un peu plus tôt dans la journée message de MH, l’autre boite dont j’ai décliné l’offre il y a quinze jours. Ce qu’il disait, en substance : on est toujours là, on a besoin de vous, rejoignez-nous s’il vous plaît. Une nouvelle offre de leur part à la clé si d’aventure je suis intéressé. Encore une fois, je suis les mots de Svetlana, je leur ai dit « mais dites toujours », on verra bien.

’Joe,’ she said. ’They won’t let me.’ She found the bed, found her suitcase, opened it, spilled out clothes. Underwear, then blouse and skirt . . . pair of low-heeled shoes. ’Made me come back,’ she said. Finding a comb, she rapidly combed her hair, then brushed it. ’What an experience. That woman was right outside, about to knock.’ Rising, she went to find the mirror. ’Is this better ?’

Mirror in the closet door ; turning, she surveyed herself, twisting, standing on tiptoe.

’I’m so embarrassed,’ she said, glancing around for him. ’I hardly know what I’m doing. You must have given me something ; whatever it was it just made me sick, instead of helping me.’

Still sitting on the floor, clasping the side of his neck, Joe said, ’Listen. You’re very good. You cut my aorta. Artery in my neck.’

Giggling, she clapped her hand to her mouth. ’Oh God — you’re such a freak. I mean, you get words all wrong. The aorta’s in your chest ; you mean the carotid.’

’If I let go,’ he said, ’I’ll bleed out in two minutes. You know that. So get me some kind of help, get a doctor or an ambulance. You understand me ? Did you mean to ? Evidently. Okay — you’ll call or go get someone ?’

After pondering, she said, ’I meant to.’

’Well,’ he said, ’anyhow, get them for me. For my sake.’

’Go yourself.’

’I don’t have it completely closed.’ Blood had seeped through his fingers, she saw, down his wrist. Pool on the floor. ’I don’t dare move. I have to stay here.’

She put on her new coat, closed her new handmade leather purse, picked up her suitcase and as many of the parcels which were hers as she could manage ; in particular she made sure she took the big box and the blue Italian dress tucked carefully in it. As she opened the corridor door she looked back at him. ’Maybe I can tell them at the desk,’ she said. ’Downstairs.’

’Yes,’ he said.

’All right,’ she said. ’I’ll tell them. Don’t look for me back at the apartment in Canon City because I’m not going back there. And I have most of those Reichsbank notes, so I’m in good shape, in spite of everything. Good-bye. I’m sorry.’ She shut the door and hurried along the hall as fast as she could manage, lugging the suitcase and parcels.

Philip K. Dick, The Man in the High Castle

Je n’ai mangé aucun concombre espagnol, mais j’ai avalé rond le Dafalgan qui me manquait pour éponger la Tête, c’était lundi. Le dernier comprimé que j’avais sur moi, il se baladait en dehors de la coque en plastique, depuis combien de mois qui sait ? Je l’ai avalé quand même, parabènes compris, quelque part sur le fameux boulevard des Italiens. J’étais content de m’y trouver, le boulevard m’extirpait comme Balzac de la tête. Je me souviens en fac d’un oral avec L., sur Illusions perdues, où il était question du boulevard des Italiens, mais je ne sais plus pourquoi. Peut-être, ou peut-être pas, pour une histoire de putes. Je me suis dit si d’aventure l’offre d’MH est vraiment bonne, comment correctement quitter STAT ? Mais je ne veux rejoindre personne. Juste flotter encore entre ici et là. Au début de cet oral, L., stressée comme rarement, a échappé son stylo à l’autre bout de la salle. Je l’ai laissée poursuivre, je suis allé le ramasser, l’ai reposé sur la table et je me suis rassis. Rien de tout ça n’avait la moindre importance. Mais peut-être que je confonds. Le boulevard des Italiens, ce n’était pas Illusions perdues ni même Balzac, c’était dans La curée de Zola, et pour cet autre oral j’étais tout seul, L. en face à moi, à prendre des notes. Il y a bien entre ces deux moments un an et demi d’écart mais je les ai rangés, dans les archives de ma tête, quasiment côte à côte.

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