Toujours dans la grotte


Pour mon premier job à Paris, proche Duluc, j’étais tenté de commencer mes phrases par les mots « j’ai le regret de vous annoncer », ensuite etc. Ça valait pour les mauvaises nouvelles à transmettre, par écrit, aux clients plus ou moins mécontents. Ici, je pourrais me servir de ce genre de mots. Mon job n’a rien à voir avec la réparation des automates malades. Je suis la voix au bout du fil ou la langue blanche de votre écran qui vous confirme que, non, on ne peut plus rien faire pour sauver le modèle DX404 référence 28600-37H-180-PW. Qu’au mieux, on pourra vous offrir son remplacement par un modèle équivalent. Au pire, un avoir. Ce qu’on me répond : que je n’aurais pas de coeur, et : ça n’a rien à voir avec l’argent. On voudrait juste pouvoir continuer à vivre avec ce modèle là car oui, il est unique et, non, ça n’a rien de ridicule. Je sais. J’acquiesce. Personne n’aimerait voir un de ces proches remplacé par un clone de lui-même sans âme et sans saveur, vierge de toute vie préalable.
 

C’est comme si on se trouvait tous au fond d’une grotte sans le savoir. J’ai revu l’autre jour cet épisode d’X-Files, la grotte en question colonisée par un de ces organismes jaunes qui provoquent des hallucinations pendant qu’ils vous digèrent. Mulder répète quelques mots, plusieurs fois pendant l’épisode : ce n’est pas vrai Scully, nous sommes toujours dans la grotte. Il pourrait dire aussi : nous sommes dans la matrice. Je me pose, moi aussi, quelques fois la question. Je goûte alors des litres d’eau pour vérifier qu’elle ne soit pas gluante. Je singe Mudler au téléphone, je lui explique que peut-être, peut-être, nous sommes toujours dans la grotte, alors rien ne serait plus conforme au déroulement des événements tels qu’on croirait les avoir vécus.
 

J’ai vu cet épisode d’X-Files mais j’ai aussi vu Moon : d’autres histoires de clones, cette fois-ci sur la lune. La voix que j’ai au bout du fil est en larmes et je lui répète que je suis désolé, car c’est vrai. Il n’y a aucune possibilité de ressusciter n’importe quel modèle lorsque toute sa tête se trouve dans cet état. Elle me dit vous savez, c’était plus qu’un objet et il était vivant. Je lui réponds je sais. Voilà que le Husky traverse mon écran, celui nommé « mémoire ».

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