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kbb | Pierrot à 0606667778 #6 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 10 juillet 2011, dernière mise à jour le 10 juillet 2011, par Guillaume Vissac, tags : Corps - kiss bye boy - Wu Lyf

 [1]

Pierrot mon sac est toujours là, ouais même un mois après. Je mets le son si fort que les tympans crépitent : comme ça que je dis quand les écouteurs flanchent et me filent des coups de jus, je sais que toi aussi, des fois, ça te le fait, et ça me le fait aussi, si ça se trouve en même temps, attends faut que je reprenne. Mon souffle. Je gueule, je hurle, je lâche contre les murs de ma chambre chaque syllabe, celles que lui aussi gueule. Depuis un mois y a bien que Jodorov qui me fasse décoller la tête de ma gueule : celle qui me débecte à me mater dans chaque reflet d’écran que je traverse, c’est à dire tous.

ET FAUT QUE JE GUEULE EN MAJUSCULES JE GUEULE

Toutes les gorges hors de ma gueule faut qu’elles aillent s’éclater sur les murs, je te jure qu’il le faut, j’en suis là, je te jure que c’est vrai.

Crois pas que je sois à l’ouest, que je suive pas ce que toi tu suis. Chaque date, concert, chaque scène de Jodorov dans la soirée est mise en ligne, et qualité sonore pourrie, et MP3 qui crache, enregistrée aupoignet, au bout du bout de la main là où la crampe se pointe, et tout le concert fait d’une seule piste avec entre les titres combien de minutes d’applaudissement, de hurlement, eux aussi ils donnent de la gorge et je donne avec eux. Moi aussi avec eux je pousse à fond le volume de ma voix jusqu’à ce qu’elle se disloque. Et plus elle se disloque moins j’articule comme il faudrait plus c’est réel. Bientôt Pierrot je serais devenu, je te jure, incompréhensible. La faute aux murs qui me servent de défouloir, de punching ball en placo. La faute à toi, ta voix, la tienne, celle que je cherche du bout de l’écouteur gauche chaque fois ça gueule car je sais bien que tu fais partie du tout, là où je voudrais plonger, laquelle ça je sais pas encore. Et chaque fois que je crois t’entendre ou te reconnaître Pierrot, un éclat de voix plus vrai qu’un autre, tu sais ce que ça me fait ? Ma bouche elle se remplit comme la fois où je t’avais là au plus profond de ma tête dans les chiottes du lycée, bien sûr que c’est à ça que je pense. Quand je t’entends ou bien je crois, je baisse mon froc voilà la vérité.

Et maintenant ? Mes parents sont pas là et la maison est vide, voilà pourquoi je peux gueuler sans que personne ne gueule et, oui, j’ai hurlé comme il faut sur ce titre. Sur le son récupéré d’hier, son pas terrible et le capteur du téléphone placé trop loin de l’ampli pour désarticuler les mots foutus dans les cordes vocales, non, pas les tiennes, oui, celles de lui. Ce que je répète tout seul dans ma nuit noire telle que je l’abime : MY BLOOD IT RUNS BLUE ! MY BLOOD IT RUNS BLUE ! et à perte de vue je gueule, je bousille. Derrière, dans les applaudissements de la foule et dans les sons de gorge écartées, j’ai cru comme reconnaître un peu de la tienne alors j’attrape la mienne, ouais, pour participer, je touche des doigts le carrelage de ces chiottes que j’ai jamais quittés, vas-y enfonce, voilà ce que j’ai envie de te dire et puis aussi de prononcer les mots, l’un après l’autre, ceux qu’on n’a jamais dits, ni toi ni moi, faut que je les fasse SORTIR d’où toutes les majuscules d’où tout le son qu’il faut faire ressortir de toutes mes côtes pas nettes, celles qui s’emmêlent dans la peau comme des fils barbelés, comme des fils barbelés, comme des fils barbelés.

J’ai plus rien dans les veines (AUCUNE GOUTTE DE SANG BLEU ! AUCUNE GOUTTE DE SANG BLEU !), j’ai plus rien dans la tête, toute la matière remplacée par des petits carrés, tu sais, ceux qu’on appelle PIXELS. Je gueule PIXELS, voilà ce que je gueule, mes murs me les rendent bien, mes cordes vocales niquées, c’est pas ça qui m’empêcherait de t’avaler correctement mais toi t’es jamais là dans les bons chiottes pour te retrouver entre mes dents : des fois j’ai des envies de te mordre, et même si t’es pas là te mordre pour que ta peau au moins réponde à la douleur, la seule à être réelle et dépixélisée. La nuit je me lève avant de gueuler, je me lève et tu sais quoi ? Je fabrique dans des verres en plastique des mixtures à base de lait, de sucre et même de L’Oréal pour avoir l’impression que c’est toi que je m’avale pendant que ma droite fait son job sur l’écho de tous les murs, ceux où, ouais, si ça se trouve, et ben c’est toi qui hurle. Et par dessus la voix du mec, Jodorov en personne, quand il te dit, à toi comme à moi YOU KNOW I LOVE YOU FOREVER YOU KNOW I LOVE YOU FOREVER est-ce que ce serait cliché, débile de se mettre à me rouler par terre et puis à venir entre mes doigts précisément à ce moment là avant de partir cracher ta fausse merde de ma bouche car L’Oréal me brûle la langue et puis >>



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kbb | Pierrot à 0606667778 #6, version 2 (27 septembre 2011)

J’ai plus rien dans les veines (AUCUNE GOUTTE DE SANG BLEU ! AUCUNE GOUTTE DE SANG BLEU !), j’ai plus rien dans la tête, toute la matière remplacée par des petits carrés, tu sais, ceux qu’on appelle PIXELS. Je gueule PIXELS, voilà ce que je gueule, mes murs me les rendent bien, mes cordes vocales niquées, c’est pas ça qui m’empêcherait de t’avaler correctement mais toi t’es jamais là dans les bons chiottes pour te retrouver entre mes dents : des fois j’ai des envies de te mordre, et même si t’es pas là te mordre pour que ta peau au moins réponde à la douleur, la seule à être réelle et dépixélisée. La nuit je me lève avant de gueuler, je me lève et tu sais quoi ? Je fabrique dans des verres en plastique des mixtures à base de lait, de sucre et même de L’Oréal pour avoir l’impression que c’est toi que je m’avale pendant que ma droite fait son job sur l’écho de tous les murs, ceux où, ouais, si ça se trouve, et ben c’est toi qui hurle. Et par dessus la voix du mec, Jodorov en personne, quand il te dit, à toi comme à moi YOU KNOW I LOVE YOU FOREVER YOU KNOW I LOVE YOU FOREVER est-ce que ce serait cliché, débile de se mettre à me rouler par terre et puis à venir entre mes doigts précisément à ce moment là avant de partir cracher ta fausse merde de ma bouche car L’Oréal me brûle la langue et puis [>>-> article1126]


Notes

[1La chanson traduite par Pierrot au concert de Manuel Jodorov correspond à LYF, par Wu Lyf.

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