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kbb | Pierrot à 0642508833 #6 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 9 août 2011, dernière mise à jour le 9 août 2011, par Guillaume Vissac, tags : kiss bye boy - Leonard Cohen - Madeleine Peyroux - Vide

 [1]

pierrot

ça fait longtemps que je n’ai pas jeté comme ça ton propre nom et ton nom propre dans le combiné en attendant que ta mémoire s’accroche à moi et j’aimerais te demander s’accroche-t-elle ?

un mois ça fait un mois assez précisément

j’ai écouté suivi ou respecté comme tu voudras les conseils de mon psy de mon médecin sur la question vois-tu un peu comme je suis devenue docile et même obéissante c’est fou je sais on dirait presque que tu ne me connais pas oui mais moi si et j’ai suivi ce qu’il m’a dit ses conseils ses instructions je pouvais bien essayer de l’écouter un peu vois donc comment ça m’avait réussi de l’ignorer jusque là

la première fois qu’il m’a exposé proposé comme tu voudras sa théorie et bien oui j’étais folle j’ai failli partir comme une folle dans son bureau tout renverser sur son passage une folle voilà ce que j’étais dans ma tête même si en face de lui j’étais si sage ô tellement sage que tu ne m’aurais pas reconnue d’ailleurs te souviens-tu seulement de moi moi oui toi non mais je pars avec un avantage je me connais depuis tellement longtemps bien plus que toi

voilà ça fait un mois comme je disais je vais te raconter tu comprendras pourquoi

mais le fait est que j’ai failli partir lui faire son chèque régler toutes ses séances et m’en aller tu sais ce qu’il m’a dit comment il me l’a dit si tu savais tu comprendrais peut-être même tu ferais exactement la même chose que moi il m’a dit comment il m’a dit ça déjà enfin disons qu’il m’a proposé de ne plus t’appeler d’arrêter de laisser tous ces messages sur ton répondeur et j’ai dit pardon j’étais très calme dehors beaucoup plus que dedans crois-moi laisse-moi te le dire je me suis surprise toute seule je lui ai dit pardon d’une petite voix très calme et il m’a dit il faut aussi penser à vous et il m’a dit je vais vous expliquer un peu ce que j’en pense voilà comment il a commencé et moi au bord de mes cuisses prête à quitter le fauteuil pour toujours sans même jamais me retourner ça s’est joué à quelques doigts que j’ai laissé collés sur le cuir du fauteuil si peu si peu ça s’est joué à ça

mais maintenant un mois s’est écoulé a disparu et tout est vrai j’attendais ce jour avec un peu d’impatience je ne te le cache pas et aussi j’avais peur peur qu’il arrive précisément ce qui est arrivé c’est à dire rien précisément voilà

ce qu’il m’a dit que j’arrête de t’appeler tous les jours des fois même plusieurs fois pour t’inonder de message que t’écoutes pas peut-être que ça fera déclic voilà le mot qu’il a utilisé oui il a dit déclic bizarre n’est-ce pas enfin peu importe je lui ai dit mais vous êtes dingue ou vous êtes fou ou vous êtes à côté de la plaque moi je ne me souviens pas de mes mots mais dans l’esprit voilà ce que ça disait et j’avais l’impression qu’il l’était dingue voilà pourquoi ma réaction était celle-là

pas une fois tu ne m’as appelée pas une fois mais j’ai tenu bon j’ai fait précisément ce que m’a conseillé le psy je suis restée juste immobile silencieuse et absente devant le téléphone muet muet voilà ce qu’il était comme toi pendant toutes ces semaines toutes ces années car allez avoue-le s’il y a bien un mot qui te va comme un gant c’est celui-là avec moi tout du moins avec les autres je ne sais pas peut-être bien que c’était moi qui t’inspirait ce vide béant celui-là même que tu me fais subir en ce moment même ceci explique cela

ce qu’il m’a dit précisément et ça je l’ai retenu c’est peut-être qu’il faut lui laisser du temps peut-être qu’il faut lui laisser de l’air ou bien même de l’espace car il est parti d’accord mais pas sans raison on ne part pas sans raison il y a toujours une raison et c’est curieux mais même si j’étais collée à ses lèvres littéralement absorbée par chacun de ses mots j’en suis venue à douter juste après avoir quitté son cabinet son bureau son immeuble je me suis demandée mais est-ce qu’il parlait de toi pierrot ou bien est-ce que c’était moi depuis le début l’enjeu de son petit monologue et aussi dingue que cela puisse paraître je ne suis pas parvenue à remettre la main dessus sur la vérité la comment dire la réalité de ce moment précis c’était devenu tout aussi flou qu’un rêve et je n’étais plus même sûre de ce que j’avais vécu et il y a une petite chance je dis chance je ne devrais pas mais il y a un léger risque disons pour qu’il ne m’ait pas dit que tu avais besoin d’air ou de temps ou d’espace mais que moi j’avais besoin d’air ou d’espace ou de temps et que c’était moi le problème central de cette histoire et que ce plan d’attaque qu’il m’avait proposé était censé oui m’aider moi et non pas toi pierrot mais bien sûr je ne peux pas l’affirmer je ne sais plus tout se mélange à force d’être répété dans ma tête si bien que j’ai perdu la source de ce moment et serai bien incapable de le retrouver quant à la possibilité de lui poser la question directement il vaut mieux oublier car j’aurais l’air de quoi hein je te le demande

voilà d’où est venu l’histoire de ce



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Notes

[1La chanson traduite par Pierrot au concert de Manuel Jodorov correspond à Dance me to the end of love de Leonard Cohen, interprétée par Madeleine Peyroux.

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