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kbb | Pierrot à 0642508833 #7 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 27 septembre 2011, dernière mise à jour le 27 septembre 2011, par Guillaume Vissac, tags : Corps - kiss bye boy - The Hundred in the Hands

 [1]

<< la gorge, pire même que de hurler tout ce que tu sais ? Je mets des heures pour tout vomir dans la cuvette des chiottes, dans la cuvette ma tête. L’Oréal raye mes gencives, ça brûle. Je brûle. Et je gueule plus, ici ni là, ma voix freinée je fais silence. Ecouteurs arrachés je me tais sous le son. Sur le carrelage la toux des chiottes résonne et plonge. Je plonge.

Et quand Pierrot je sors ma tête, ma tête de l’eau, à même les dents dans la chair ferme, enfin la nuque, et que je l’ai là par les cheveux et que je la tire hors de cuvette je viens la balancer là où j’ai jamais prise. Plus que mon ombre à me coltiner. Je me jette aux pieds des baffles, aux pieds des basses, aux pieds des vieux accords de guitare basse qui ouvre la prochaine chanson, le show, et si ça se trouve, sans le savoir, à des dizaines d’heures et kilomètres de toi, c’est toi que je touche, je tâche.

Le son à fond suffisamment à fond pour trop l’entendre dans n’importe quelle autre pièce, je m’enfonce la main droite jusqu’au poignet sous l’eau bien froide et tout ça sèche, à même la peau ça sèche, il se prendra plus tard rendu solide par l’eau entre les griffes de l’avant bras le petit fil de sperme sec.

J’ai allumé pour toi, pour moi, surtout pour moi je crois, tous ces écrans qui me dictent une vie parallèle, sur trente-six images secondes, mais en même temps que moi. J’ai muté le son. J’ai activé sur l’image les réglages les plus trash pour que les couleurs s’affichent fort, que les contrastes arrachent, arrachent tellement que ce serait humainement impossible d’y foutre un oeil (mais moi je l’y fous). À droite à gauche devant : que des images qui se décapent entre elles et par dessus s’aiguise la voix synthétisée du mec, celui que t’adore, celui devant qui tu te couches, celui dont tu lèches la tête et le cuir sous ses bottes et ses semelles, celui pour qui je suis à peine un son, une lettre, et peut-être bien que je le suis, PEUT-ETRE BIEN QUE JE LE, mais la phrase je la tais, car la voix déjà tôt dans la nuit ne suit plus. Pierrot si tu me voyais Pierrot : je suis sur le dos, à même le sol, carrelage glacé, aucun pigeon sur aucun toit du monde et je mate le plafond. Mate le plafond. J’oublie déjà toutes les images : sur grand écran un clip sans mot, sur le portable des corps que je malaxe, malade, à coup d’armes laser et de sabres géants, sur le laptop un film de bite qui s’est même pas éteint depuis des heures qu’il dure, depuis des heures que la viande tourne, frôle, mâche et avale sa propre production maison de L’Oréal en toc. Et par dessus toujours ON DECOLLE, ON DECOLLE, comme tu le gueules déjà sûrement dans mes enceintes qui font vibrer les murs.

Mais je pense : oui tu POURRAIS me voir, toi ou un autre, n’importe qui, mais moi je ferais comme si c’était toi. Tu pourrais. Je coupe la viande sur l’écran du laptop et je tourne la cam en mode ON et je décolle, décolle. Pour que tout le monde me voit Pierrot (et tout le monde c’est une partie de toi au moins) je déverrouille les caches. Les tâches. Et quand l’oeil de la cam me dit vert que c’est bon je me retourne et colle ma face en très gros plan sur l’écran blanc et je décolle, toujours décolle. Vas-y mate-moi Pierrot car tu es >>



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Notes

[1La chanson traduite par Pierrot au concert de Manuel Jodorov correspond à Pigeons de The Hundred in the Hands.

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