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May I, can I, or have I too often now ?
Craving miracles…
Craving miracles…
 
31

Il n’y a aucune fin du monde à aucun étage ni à aucune heure du jour ou de la nuit. Nous rejoignons, H. et moi, quelque part mes parents, de passage pour trois jours sur Paris, pour l’exposition Giacometti et les étrusques, à la Pinacothèque puis, de là, Madeleine, rue Tronchet, où d’ordinaire je bosse, enfin pas moi mon ombre, la semaine, bien loin, si loin de moi, je leur montre l’immeuble et puis le bâtiment, et sur la pierre vissé ce numéro tant. Le train arpente coton les fils de ce fameux Novembre toute l’année. À l’entrée de la gare la machine refuse de cracher les billets : télébiquette en panne, dixit l’écran, je cherche, dans l’écran et ailleurs, surtout dans l’écran, et puis surtout ailleurs, la dite télébiquette en vain. L’exposition Giacometti et les étrusques, à la Pinacothèque, est mal pensée, et la confrontation des deux sujets pas toujours évidente, mais je m’approche de l’homme qui marche et planté sur mes pieds je prends racine : là durs de biais dans la matière et en relief ses deux poumons ressortent à la surface du derme. Plus loin, dans l’ultime salle du truc, celle où il y a neuf mois nous nous sommes vus ensemble dans les yeux creux de la momie Rascar Capac, je fixerai plus l’ombre de la grande statue amarrée sur le mur que la matière servant à composer la grande statue elle-même.

Une nuit qu’il se rappellera toute sa vie, Azemov
fait irruption chez eux. Il est quatre heures du matin. Il
est mal rasé, on dirait qu’il a dormi dans ses habits. Il
tremble, mais ses yeux ne sont pas désespérés. Non,
au contraire, ils brillent mystérieusement. Il se laisse
tomber dans un fauteuil, au milieu du salon. Maria,
Anna, Nikolaï, Alexandre et Petia, deux autres locatai-
res de l’appartement, l’entourent et le pressent de
questions. Il leur fait signe de s’approcher plus près.
Nikolaï s’agenouille presque à ses pieds. « Vous savez
qui était en ville, aujourd’hui ? » Un à un, ils secouent
la tête. « Vitchenko, le boucher.  » Un murmure
s’élève de toutes les bouches. Vitchenko ! L’homme
qui a écrasé la révolte des manufactures de cristal de
Sébastopol. L’homme aux cent pendaisons. L’homme
aux baïonnettes... Il était donc à Moscou ! Tous se re-
gardent, et sursautent lorsque Azemov éclate de rire.
« Pourquoi vous inquiétez-vous, camarades ? Regardez
cette arme, et comptez les balles... » Il leur tend un
pistolet que Nikolaï n’a jamais vu auparavant. C’est un
six-coups, mais il n’y a plus de balles dans le barillet.
Nikolaï sent un froid glacial s’abattre sur ses épaules.
« Eh oui... Elles sont bien au chaud dans le corps de ce
porc... Terre Libre vient de frapper... Mais je ne peux
pas rester ici, mes amis, il me faut disparaître pendant
quelque temps. Un fiacre m’attend dehors... Vous
avez ce qu’il faut ? »

Seb Doubinsky, Vies parallèles de Nikolaï Bakhmaltov, Publie.net

Nous sommes passés hier, par les passages. Je n’ai trouvé aucun bouquin à lire dans telle ou telle boutique mais la voiture de l’an 2000 ou le chevalier en plastique sur son cheval en plastique, ça oui je l’aurai lu. J’écoute sans réagir podcast France Culture sur l’après livre, et François Bon, et Beigbeder. J’entends le nom Larbaud. Je paresse à poursuivre ce journal. J’ai quelques images en tête, elles s’usent et désespèrent, sans aucune intervention de ma part. Souvent de ces images de train, et des jambes battues et des bras morts. Je n’écris plus ici chaque jour. Ça reviendra. Si je n’archive pas moi-même mémoire, qui pour le faire ?

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