N.


Et moi je te cherche
toi
ou quiconque est comme toi.
 
Koop, Le blues des îles de Koop (traduction libre)

Donné N. rendez-vous là où V. n’était pas venue en août (à la place, s’était retrouvé Nation). M’accoude avec lui café riche. Content, tellement de te voir. C’est rarement truc que je saurais dire. Moi aussi je sais bouffer mes mots. Etre assez peu compréhensible. Parler distinctement des fois ça casse le noeud qu’on a collé au corps. Celui que je traîne partout où mes os claquent les portes et les portiques, celles qu’on balance avec les bras, les coudes, pour pas que nos doigts propres s’accrochent à toutes les tâches issues d’autres peaux que les miennes. Je fais doublon avec le truc d’hier. Et dis à N. : moi je suis pas. J’ai pas besoin d’être présent pour dire ce que je dis, pour faire ce que je fais, penser ce que je pense. J’en ai ma claque de claquer les portiques. Je suis fantôme quand je les claque. Fantôme au taf, fantôme ici devant ma tasse de chaud, fantôme aussi quand j’écoute d’autres voix dans ma tête, fantôme et pire quand j’écris les rares trucs que j’écris et que j’aime, après coup, regarder. Je regarde jamais qui je croise et qui frôle quand froncent autour de moi les couloirs de la ville souterraine. Et à N., je lui parle de mon truc Ulysse, encore toufier d’avoir fait minibuzz sur la Twittline hier (« j’ai doublé mes visites », ce qui veut dire ce que ça veut dire ou un peu moins). Il me parle de son taf. Les silences viennent des tasses. Au fait. Merci pour ton cadeau. Une femme très classe se cure le cul sur son fauteuil de bourge, proche de nous autres. Me demande : c’était bien Dubrovnik ? et lui réponds : presque pas pire que dans ma tête pas nette. Aimerait savoir quel autre truc fictif j’irai trouver à dire le soir venu sur Fuir. Moi je m’invente mes propres trouilles mélancoliques. Pour la toute première fois lui avoue regretter être resté fantôme, fantôme de moi encore, lorsque, bien des années en amont de nous mêmes assis là, je suis resté sans battre un bras devant lui là en larmes, devant cette salle de cours, troisième année je crois, et n’avoir même pas su dire, articuler ou croire qu’il aurait peut-être fallu se barrer de toutes nos traces de pas, et puis aller ailleurs, cogner, parler, l’étreindre. Car comme deux cons nous sommes allés en cours. J’ignore si lui s’en souvient, moi oui. Alors lui dis : mais c’est comme ça, c’est atavique. L’a-t-il oubliée cette fille ? Moi j’ai zappé aucun des corps dont j’ai appris, un jour ou l’autre, par coeur la peau. Ça lui dis pas. Le pense. C’est une posture. J’ai oublié, bien sûr, l’odeur de celle de C., que j’ai jamais connue. Je lui dis moi (je dis trop souvent moi) j’aime surtout les fictifs, les images. Les images.

Il repart demain pour Sainté. Je paye, tu payes, qui paye ? Peu importe. Me donne quelques nouvelles des autres que moi je lui échange contre des brèves de E. Lui dis même : tu te rends compte, dans une semaine, même jour lundi, serai à Brest face aux lycéens du truc d’Ivoix ? Bien sûr qu’il le sait, car lui ai dit quinze fois au moins. Je lui dis ça : des fois, lisant leurs textes sur blog, je me demande, sérieux, si c’est, ou pas, des trucs que j’ai écrits. Faut que je relise mes propres Peurs primaires.

Dans le métro derrière nous, pour regagner Châtelet, un X prétend que cette année le premier mai tombe un lundi et le 8 un mardi, « parce que c’est bissextile ». En attendant le wagon lui demande : et toi est-ce que tu vis ? Toute la journée durant, depuis le premier pas dehors, la dernière mordue marche, cette chanson, je l’ai eue dans la tête, dont je traduis ici bas, pour ma timeline, un extrait, qui fait ça :

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