Magique


— Je vais d’abord vous décrire l’appareil, je vous montrerai son fonctionnement seulement ensuite, pour qu’il vous apparaisse plus clairement. Une roue dentée du traceur est trop usée : elle grince pendant que l’appareil fonctionne, et on peut à peine s’entendre ; il est hélas difficile de se procurer des pièces de rechange ici. – Donc ici c’est le lit, comme je vous le disais. Il est entièrement recouvert d’une couche de coton ; vous saurez pourquoi par la suite. Le condamné est couché à plat ventre sur ce coton, nu évidemment ; ici ce sont des sangles pour lui attacher les mains, là les pieds, et là le cou. Ici, à la tête du lit, à l’endroit où l’homme, comme je vous l’ai dit, pose d’abord le visage, il y a cette petite rondelle de feutre qu’on peut réguler facilement de façon à ce qu’elle pénètre exactement dans la bouche de l’homme. Elle sert à empêcher le condamné de crier et de se mordre la langue. Bien sûr, l’homme doit saisir le feutre, sinon la sangle fixée au cou peut lui briser la nuque. « C’est du coton ? », demanda le voyageur en se penchant. « Oui, exactement, dit l’officier dans un sourire, touchez-le vous-même ».

Franz Kafka, A la colonie pénitentiaire, Publie.net, traduction Laurent Margantin

On est en pleine réalité, on y est jusqu’aux coudes. On nous dit que c’est une journée magique. Le on issu de la première phrase n’est pas le même que celui plaqué sujet dans la seconde. Je préfère préciser. Mais comment ne pas se sentir magique (ou sentir que cette journée magique censée bien l’être l’est) en apprenant que les deux tiers des trente meilleurs éditeurs de Wikipédia sont des bots ? Ou que des ersatz de Fukushima sont construits pour former les robots conçus pour les décontaminer tous ? D’ailleurs je me suis fait un nouvel ami. Mais je ne finis pas la balsamique, et je laisse choir sur le bord du bureau la bouteille (huile en haut jaune, vinaigre noir en bas), enfin la fiole, et j’ai de l’appétit pour les mets non présents ce qui veut dire que mon faux corps bionique conçoit encore que je puisse ingérer des sources d’énergie délicieuses (délicieuses ou quelconques) et donc que je ne rechute pas de mon passé mois d’août calcaire, ce qui, en soit, est tout sauf une mauvaise nouvelle. Voilà pourquoi je bouffe buffet, carton, sur mes jambes mises debout, avant de repartir. Et quoi de plus revigorant que de réécouter une chanson bien-aimée plus écoutée depuis au moins deux ans, là, juste là, dans la rue, derrière l’camion-poubelles, 22° celcius ?

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