Maybe you’re my puppet


Retrouvé N. à l’heure dite, emplacement X figé dans le ciment dessous les semelles et la plante de nos pieds. Ce que je lui dis pas : je viens de croiser dans les couloirs souterrains un clodo en sommeil sur un tapis de pubs Diesel (des prospectus). Ce que je lui dis pas : avoir maté hier le film Contagion, m’être senti virtuellement contaminé, oui mais par qui, par quoi ? Ce que je lui dis pas : à Pompéi, depuis la veille, H. est en quête d’un des Docteurs de nos souvenirs d’il y a un an. Ce que je lui dis pas : avoir eu dans la tête, toute la journée durant, cette étonnante reprise de Voyage voyage par Soap&Skin et son accent, les « barbelés », les « coeurs bombardés », me ramènent, sans que je sache, vers Abattoir 5, de Kurt Vonnegut, celui, oui celui qui, voyage dans l’espace-temps. Ce que je lui dis pas : avoir commencé la veille (toujours la veille) lecture de Solaris. Ce que je lui lis pas, les phrases : « nous nous envolons dans le cosmos, préparés à tout, c’est-à-dire à la solitude, à la lutte, à la fatigue et à la mort » (début) et « j’ignorais tout, et je persistais dans la foi que le temps des miracles cruels n’était pas révolu » (fin). Ce que je luis dis pas : que dans ma boîte une série d’automates a pour nom de code (sic) Solar-Is, que je l’ai découvert ce jour. Ce que je lui dis pas : que lesdits Solar-Is sont des modèles obsolescents, c’est-à-dire qu’ils ne sont plus produits depuis plusieurs années mais qu’ils ne sont pas pour autant inactifs, soit définitivement hors stock, et que s’il le souhaite je peux lui dégoter l’un de ces modèles obsolescents à prix d’or (oui mais qui en voudrait de ces modèles obsolescents qui n’ont, de plus, strictement rien à voir avec le Solaris originel, son adaptation cinématographique ou son remake US ?) Ce que je lui dis pas : que nous serions peut-être, nous, tous autant que nous sommes, d’autres créations F dérivées d’autres clones de nous-mêmes, morts depuis bien longtemps, oubliés par quiconque (oui mais surtout oubliés par toutes nos mémoires propres). Ce que je lui dis pas : que je suis sûr, moi, que la majorité des corps croisés dans les souterrains de la ville le sont, des créations F, sans le savoir le sont. Ce que le lui dis pas : que le tueur de l’Essonne rode et qu’il n’est peut-être pas, lui, une de ces foutues créations F. Ce que je lui dis pas : que le soir même, suivant nos heures passées l’un devant l’autre dans un café nommé Qu’en sais-je, proche les quais, des cars (des cars !) de cafards patrouilleront tous, ensemble, de nuits, surveillant d’autres quais, d’autres gares traversées, que je monterai en noctambule l’oeil dans la paume contre la vitre avec dessous les yeux vue sur ces corps, cafards, des CRS sans leurs gros casques, oui mais avec l’armure, la carapace, patrouillant là, entre l’asphalte et la vitre du bus et le sang qui malmène la pupille (ça s’appelle palpiter).

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