Pan-Amerikan Rally


par Spike Bonham-Carter

La petite histoire : Studio Walrus, éditeur numérique, récupérerait le catalogue d’une vieille maison américaine pulp qu’on appellera Bang Bang Press pour développer une collection à part entière (qu’on appellera Bang Bang Press) composée d’ OVNIs trash. Parmi les deux premiers titres mis en ligne la semaine dernière, Pan-Amerikan Rally, lu sur l’Odyssey pendant une panne de caténaire.

Mais nous ne sommes pas dupes.

 » Dans un univers apocalyptique et dégénéré à la « Mad Max » où le pétrole et le dollar sont les rois, une course s’organise sous l’oeil des caméras du monde entier. Les meilleurs pilotes (mais aussi les plus sadiques et les plus têtes-brûlées) des cinq continents viennent s’affronter au cours du Pan-Amerikan Rally, une course à mort à travers tout le continent au volant d’engins blindés sur-armés, dangereuse et sanglante, dont un seul pilote pourra se tirer vivant. Tous les autres doivent mourir avant de franchir la ligne d’arrivée ! À la clef, un bon paquet de fric et l’assurance d’une célébrité immédiate. Attention, « Pan-Amerikan Rally » est un texte violent : âmes sensibles et esprits chastes s’abstenir ! « 

Jamais trop vu les films post-nukes auxquels ce genre de texte fait référence. Par contre joué, treize-quatorze ans, à un Twisted Metal World Tour sur PS1 ou bien avant Wipeout (Wipeout étant lui-même un remake d’F-Zéro) ou bien avant MegaRace. Dans Twited Metal World Tour, l’un des véhicules est un camion de glace qui se marre, un autre une pelleteuse, un autre un simple type coincé entre deux roues de Monster Truck, des lance-roquettes scotchés sur les épaules. Le but du jeu, c’est de niquer les autres participants. C’est injouable. C’est génial. Dans la carte Paris, y a un passage secret pour monter à l’intérieur de la tour Eiffel et, si besoin, la faire sauter. Chaque personnage possède deux lignes de background scénaristique parce que c’est pas le sujet. Dans Pan-Amerikan Rally ces lignes sont jetées sur le capot dès les premières pages, on note

Salt, inconnu notoire dont on ne sait rien sinon que son capot est recouvert de sang et de chair.

ou

Calam, mexicain, seul pilote capable de décapiter un concurrent au milieu d’un tête-à-queue.

ou alors

Melinda Gore, seule femme tolérée sur la liste des participants.

(car être une femme est ici un pouvoir spécial en soit, voire même une tare suffisamment balèze pour définir un personnage).

Là le monde (en 2076, soit une vingtaine d’année avant The Last Man et puis Le dernier monde) craint. Du genre très post tout. Le texte est comme ça. Assez violent et plutôt gore et sec : des phrases mais plutôt courtes, « la mode est aux rachitiques », et puis des morts expéditives. Huit participants sur la ligne de départ et il « n’en restera plus qu’un », comme dans tout bonne télé-réalité, car c’en est une : une télé-réalité pré post télé-réalité.

Bam Bam dégoupille une grenade, extirpe son buste par la fenêtre de la Stingray et vise le toit ouvrant de la Lotus.
La grenade passe à travers, miraculeusement.
Elle atterrit entre les jambes de la victime et explose dans la seconde.
Un concurrent de moins dans la course. L’européen est le premier à tomber : vieille coutume historique.
La déflagration booste la muscle car américaine, bien qu’elle lui martyrise aussi l’arrière-train.
Le coffre est maintenant calciné. Un handicap certain pour le pilote qui ne dispose donc plus de protection arrière.
Dans le rétroviseur central, l’épave en feu du concurrent éliminé.
Le réalisateur d’iSPN trouve de bon ton de faire un gros-plan sur le corps en flammes du premier tombé au front.
L’anglais bouge encore,
des cloques se forment sur son crâne,
l’effet pop-corn enivre les foules qui dégustent leurs chips à l’huile de moteur, le cul sagement posé dans leurs rocking-chairs ou sur les banquettes arrières de leur BMW.

Ca a un goût de Tarantino (d’ailleurs c’en est : une fiction pulp), même chose pour les chips à l’huile de moteur. L’habillage graphique du texte rappelle les jeux vidéos old school (revoilà MegaRace), et partout des pixels. Insert coin, qu’on nous dit. L’est où la borne d’arcade ? Les chapitres sont plutôt des niveaux ou des stages, comme à l’époque. Les séparations entre les chapitres sont des coeurs pleins ou vides (fonction de ce qui te reste de vie), on a même droit à un

en plein milieu d’une phrase. Jiminy Panoz a traduit et designé le truc. Sur son site une page décortiquant son travail d’ebook-design super bien faite. On comprend vite que et pourquoi l’habillage (la mise en scène qui sait) du texte c’est pas gadget. Elle vient de là, aussi, l’ambiance.

Le Pan-Amerika Rally se déroule lors de la fête transcontinentale.
Celle-ci s’étale sur trois jours de festivités.
La course a été pensée dès le départ comme une sorte de parade déjantée.
Manquent simplement les majorettes sexy, qui préfèrent désormais vendre leurs talents à manier le bâton aux chaînes de peep-show à la demande.
Elles se sont rabattues là-dessus quand quatre d’entre elles ont été exterminées par un concurrent machiste en 2073.
Elles sont moins bien payées mais y trouvent le confort et la sécurité.
Plus de taré pour faire patiner sa roue arrière droite sur leur visage de poupée écrasé.
Plus de chacal pour venir violer leur dépouille une fois que les autorités ont levé le camp.
Plus de charognard pour venir dérober leurs effets et les revendre au marché noir pour une bouchée de pain.

La langue, elle est soft gore. Cf. plus haut, cf. plus bas. Surtout non dépourvue d’humour. Comme ce niveau D5 « Bambi gets a gun » composé simplement de la phrase

Censuré : sexe explicite - zoophilie et nécrophilie - mort d’un enfant

Plutôt bien vu. Qu’on fasse, ou pas, l’objet via cette lecture d’un authentique voyage dans le temps, vraiment tout l’est.

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Pan-Amerikan Rally, version 3 (8 mars 2014)

Spike Bonham-Carter , Pan-Amerikan Rally
par Spike Bonham-Carter

Pan-Amerikan Rally, version 2 (9 février 2014)

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