090612


Suis-je capable d’écrire ? Si je m’exerce suffisamment, y arriverai-je ? Jusqu’où dois-je aller dans mes sacrifices pour écrire avant de savoir si j’ai le moindre talent ? Et surtout UNE PERSONNE DE SEXE FÉMININ ÉGOÏSTE ÉGOCENTRIQUE JALOUSE ET SANS IMAGINATION EST-ELLE FICHUE D’ÉCRIRE QUOI QUE CE SOIT DE BON ? Faut-il que je sublime (Oh, là là ! ces mots qu’on prodigue !) mon égoïsme en me mettant au service des autres - en faisant du travail social ou quelque chose dans ce genre ?

Épuisé comme un corps amovible (amovible à soi-même). Me réveillant telle heure la certitude que si ce long sommeil réparateur l’est bien c’est dû à toutes ces tonnes de terre importées de si loin et stockées là, autour et sur et contre moi, au creux d’ici-même, l’abbaye de Carfax, peut-être juste pour le son d’ailleurs, kssssss, Carfax.

Mais puisque je suis une femme, je dois agir intelligemment, et m’assurer la plus grande sécurité possible pour ces années, pas si lointaines, où je vais être vieillissante et peu désirable, et où j’aurai, selon toutes probabilités, très peu de chances de séduire un nouveau compagnon. Donc, résolution : je vais procéder à l’obtention d’un compagnon par les procédures habituelles, à savoir le mariage.

Concernant le brique-appart, l’agence qui devait nous donner une réponse « avant la fin de la semaine » ne l’a pas fait. Dans mon boulot, je fais toujours très attention à ne surtout jamais garantir aucune deadline dans mes réponses. Sauf que je bosse au SAV : je suis censé être désagréable (et la plupart de mes phrases commencent par la question « c’est quoi le problème ? »)

Cet amour de soi, je peux le dissimuler ou le refondre, grâce à la formule biblique consacrée « se perdre pour se trouver ». Je pourrais, par exemple, fermer les yeux, me boucher le nez, et sauter aveuglément dans un homme, me laissant recouvrir par les eaux de son fleuve, jusqu’à ce que ses buts deviennent les miens, sa vie la mienne, etc. Un beau jour, je remonterais à la surface en flottant, totalement noyée et ravie d’avoir trouvé ce nouveau moi sans moi.

Sylvia Plath, Journaux, Smith College, Northampton - 1951-1952, Gallimard Quarto, traduction Christine Savinel et Audrey van de Sandt, P.876-877

Passe la journée à relire, corriger, le rapport d’un collègue de 86 pages. Parle de Data Warehouse, d’accroître la rentabilité de ceci, d’analyse des ventes incrémentales de cela. L’objectif est de faire une base non contaminée, je lis. Je lis : l’objectif est d’améliorer la puissance de la productivité du canal. Passe la journée. Au moins ne pas avoir à se dire qu’on saurait rien écrire et que vies // devient poussière.

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