#Ulysse 1%


Moment venu de jeter dans le rétro (au moins) un oeil. Me suis lancé il y a cinq mois (déjà cinq mois) dans ce projet de traduction par jour de l’Ulysse de James Joyce. Évidemment, on y est dedans pour des années maintenant. Et j’y suis jusqu’aux coudes, une fois juste par semaine, le dimanche, Joyce et Stephen et Bloom mes compagnons d’écriture pour un temps (même super long), c’est exaltant. Jeter dans le rétro un oeil pour deux choses. D’abord, avons franchi le cap fatidique du pourcent récemment (en réalité, dans l’écriture, le passage du pourcent, c’est le 6 mai dernier, je parle ici de la mise en ligne, décalée forcément) ce qui, en métaphore automobile, correspondrait au premier tour de course d’un grand prix de F1. Pour ça que je compile, ci-joint, le passage correspondant aux Ulysse cent-vingt-deux à cent-cinquante trois (soit un mois de publications jour par jour) : depuis l’air de la Fergus Song chantonné par Buck Mulligan jusqu’au terme de la rêverie funeste de Stephen (à la suite de cet air, il traverse le fantôme de sa mère, morte, jusqu’au fatidique et capital « laisse-moi tranquille » à la fin du passage). Redistribuer le texte en paragraphe me permet également de tester la lisibilité du truc en version, disons, dense. Pour l’occasion, toutes les notes ont sauté. Voilà pour la première chose. La seconde, c’est que je réfléchis de plus en plus à l’idée d’exporter l’Ulysse sur un Spip dédié (actuellement cantonné à la rubrique 29 de Fuir). Me permettrait notamment de mieux utiliser des tags dédiés (or actuellement les tags sont communs au site principal), par exemple en indiquant chaque personnage, lieu géographique, grande thématique traversé. Je creuse.

Ne te détourne plus pour méditer
L’amer mystère de l’amour
Car Fergus commande aux chars d’airain.

L’ombre des branches plane en silence sur l’aube, s’élève depuis les escaliers jusqu’au loin large où Dedalus se perd. Contre rivage & au-delà : l’écume de l’eau miroir maculée par le pas vif de quelques plantes pressées. Sein blanc de la mer vague. Les clones accents, deux par deux. Deux doigts s’accrochent aux corps de harpe, fusion des clones accords. Vaguécume & mots mêlés scintillent sous la marée amère.

Un cumulus commence à boire, doucement, totalement, l’oeil solaire & zèbre toute la baie de vert bouteille. Elle est là, contre lui : un bol plein d’H2O amère. La Fergus song : je la chantais tout seul à la maison & dans les graves tenais tous les moroses accords. Sa porte ouverte : elle voulait ouïr ma voix. En silence & stupeur, pitié, j’ai marché jusqu’au lit. Sur ce lit de misère, elle pleurait. À cause, Stephen, de ces mots là : l’amer mystère de l’amour.

Où désormais ? Ses secrets : vieux éventails à plumes, carnets de bal parés, gorgés de musc, un collier d’ambres billes dans son tiroir fermé. Une volière pendue à la fenêtre sud de la maison quand elle était gamine. Jadis, elle allait voir le vieux Royce chanter Turko le terrible & elle riait avec les autres lorsqu’il chantait :

I’m the boy
le garçon qui a le don
d’invisibilité.

Bonheur fantôme, fané sous l’étoffe, parfumémusc.

Ne te détourne plus pour méditer.

Fanés sous l’étoffe de la mémoire avec ses jeux, ses souvenirs mitraillent son crâne parlant. Un verre d’eau tiré au robinet juste avant l’heure des sacrements. Une pomme creuse farcie de sucre roux mise à rôtir au micro-ondes, dans les bas fonds d’un soir d’automne. Dix ongles teints en rouge, celui du sang des lentes broyées à même le 100% coton des gosses.

Sous un rêve, sans un mot, elle s’était faufilée jusqu’à lui, son corps moisi, moulé dans brune sa robe de morte, odeurs de cire de bois de rose & son haleine, tout contre lui, avait mué en secrets sons, odeur mais vague de cendres moites.

Ses deux yeux fixes défiguraient la mort pour tordre & convulser mon âme. Contre moi seul. Le ciergespectre balaye son râle, lumière fantôme sous sa tête torturée. Rauque sa gorge (horrible tas de ferraille) pendant que tous priaient sur les rotules. Ses yeux sur moi pour m’achever. Liliata rutilantium te confessorum turma circumdet : iubilantium te virginum chorus excipiat.

Sale goule ! Masticatrice de corps !

Non, Mère ! Laisse-moi tranquille & vivre.

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