090912


"But look here, hang it all, it is not altogether darkness," the Consul seemed to be saying [1] in reply to her, gently, as he produced a half-filled pipe and with the utmost difficulty lit it, and as her eyes followed his as they roved around the bar, not meeting those of the barman, who had gravely, busily effaced himself into the background, "you misunderstand me if you think it is altogether darkness I see, and if you insist on thinking so, how can I tell you why I do it ? But if you look at that sunlight there, ah, then perhaps you’ll get the answer, see, look at the way it falls through the window : what beauty can compare to that of a cantina in the early morning ? Your volcanoes outside ? Your stars—Ras Algethi ? Antares raging south south-east ? Forgive me, no. Not so much the beauty of this one necessarily, which, a regression on my part, is not perhaps properly a cantina, but think of all the other terrible ones where people go mad that will soon be taking down their shutters, for not even the gates of heaven, opening wide to receive me, could fill me with such celestial complicated and hopeless joy as the iron screen that rolls up with a crash, as the unpadlocked jostling jalousies which admit those whose souls tremble with the drinks they carry unsteadily to their lips. All mystery, all hope, all disappointment, yes, all disaster, is here, beyond those swinging doors. And, by the way, do you see that old woman from Tarasco sitting in the corner, you didn’t before, but do you now ?" his eyes asked her, gazing round him with the bemused unfocused brightness of a lover’s, his love asked her, "how, unless you drink as I do, can you hope to understand the beauty of an old woman from Tarasco who plays dominoes at seven o’clock in the morning ?"

Malcolm Lowry, Under the Volcano

Pourrais tenir à jour espèce d’herbier de sons. L’ai déjà fait ponctuellement avec la mer, le bruit du train, les rails, mais d’autres sons s’y prêtent (enfin comme toujours et partout : tout s’y prête), je pense d’abord et surtout à la dissolution d’une aspirine dans un verre d’eau (je prends jamais aucun gramme de paracétamol dans aucun centilitre d’eau, vraiment, jamais, toujours des trucs à gober rond, 500 ou 1000 pareil, mais à gober, pas à dissoudre, voilà, le mot que je cherche c’est juste effervescent, sauf que c’est pas forcé d’être précisément une aspirine) et aux impacts au sol quand on marche avec le talon (sauf que pour ça faudrait que je revienne dans le temps y a X années et ça c’est pas trop possible pour l’heure), et puis bien sûr des bruits plus quotidiens, métalliques, des micro-sons, comme par exemple le hublot de la machine qui se remplit d’eau chimique et détergente ou la chair des légumes tranchés (n’importe quels légumes) ou la mastication des minuscules (encore : n’importe quels légumes) ou, bien sûr, l’irrégulière respiration de la ville, et maintenant que j’ai Paris aux pieds de mes cinq étages ce serait facile, il suffirait de poser le micro sur pied sur ses pieds sur le balcon, au matin, et de revenir le soir avec neuf heures de marées de ville, ce qui serait tenir entre ses doigts quelque chose d’aussi réel ou fidèle que n’importe quel portait photo ou textuel d’un lieu, je crois bien, comme ces enregistrements que nous avait fait entendre le père de H., y a quelques années, au retour du Maroc, des enregistrements pris dans la rue, là-bas, tout en marchant, et idem les vidéos de Mahigan Lepage en Birmanie, sur l’eau par exemple, suffit de fermer les yeux (ou pas) pour les entendre, mais quid des sons enfouis sous la peau même ? je pense aux pulsations surtout et aux inspires/expires des poumons jusqu’à la gorge (la nôtre) ou au déclic des articulations et qui peut dire quel bruit ça fait un nerf qui saute ? Moi j’aimerais bien.

Rertrain

9 septembre 2012
par Guillaume Vissac
Journal
#Corps #Lapins #Mahigan Lepage #Malcolm Lowry #Paris #Temps

[1Ce passage est aussi dingue que la fin du chapitre 1 lu l’autre jour et, ce qui est dingue, vraiment, c’est ce petit bout de truc, « the Consul seemed to be saying », tout apparaît via l’oeil du buveur, l’espace d’un seul battement de paupière, vision littéralement, littéralement précise, fictive mais précise.

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