140213


Soit je me suis précipité hier pour le dire, soit c’est faux, soit l’oeil ment mais voilà : l’oeil gauche est reparti, il saute. Je pose mon doigt dessous pour sonder les mouvements et je le sens se battre.

J’ignore si c’est à classer dans toutes les merdes de la postapocalypse mais c’est un soulagement d’avoir stoppé la viande alimentaire à l’heure de lire ces compte-rendus de bouffe et de cheval mixés dans la viande destinée à des plats préparés. Il semblerait que cette mixture ait un nom, ça s’appelle du minerai, ça comprend de la viande dernier choix de cheval, des muscles, des os, du collagène, on dit même qu’il pourrait y avoir de l’âne ou du mulet, ce qui m’attriste assez, sympathiques animaux. J’espère n’avoir jamais mâché de baudet en guenilles. Mais rien à voir avec la postapocalypse : c’est notre réel bien présent, c’est notre époque, voilà.

Lis via Le Monde l’interview de Philip Roth avec cette impression qu’aurait peut-être un toxico entendant témoigner un ancien toxico de sa vraie vie passée, l’addictive, et de sa vie présente, clean. Il parle de ne plus écrire. Mais je n’ai jamais aimé Philip Roth (ou, tout du moins, ce que j’en ai lu, et le fait est que je n’ai plus aucun souvenir ni de J’ai épousé un communiste ni de A Plot Against America). Et n’ai jamais compris quiconque distingue des vrais lecteurs d’autres lecteurs, mais faux. Roth nous donne une recette : un vrai lecteur lit le soir, de vrais livres, en papier, au moins « quatre fois par semaine », et jamais sur la plage, et plutôt des romans. Quant à l’agitation médiatique autour de sa décision, voilà simplement un vieil homme de soixante-dix balais qui a pris sa retraite.

Tenter d’éradiquer de mes pensées automatiques ce genre de phrases, celles qui disent : je suis sûr qu’il gagne plus que moi. Vite l’éradiquer. Peut-être que la postapocalypse, la vraie, sauvera l’Homme de notre âge actuel, l’âge des thunes.

Tu ne sais pas ce que peut l’argent ? à quoi il sert ? À acheter du pain, des légumes, une mesure de vin, et au-delà tout ce qu’on ne peut refuser à notre nature humaine sans en souffrir. Mais veiller nuit et jour, mort de peur, à redouter les méfaits des voleurs, les incendies, les esclaves qui peut-être vont s’enfuir en te dépouillant, c’est ça ton plaisir ? Si ce sont là des biens, je prierais, moi, pour en être toujours le plus pauvre.

nescis, quo ualeat nummus, quem praebeat usum ?

panis ematur, holus, uini sextarius, adde

[75] quis humana sibi doleat natura negatis.

an uigilare metu exanimem, noctesque diesque

formidare malos fures, incendia, seruos,

ne te conpilent fugientes, hoc iuuat ? horum

semper ego optarim pauperrimus esse bonorum

Horace, Satires, traduction Danielle Carlès, Publie.net

La lecture d’Horace version Danielle Carlès est surprenante. J’ai peu suivi finalement la mise en ligne au jour le jour de ces Satires (contrairement à L’Énéide dont je ne manque pas une miette), alors je les découvre. Étonnamment modernes. L’impression d’y lire comme un autre journal. Pour cette raison ce devrait être une lecture soir et non une lecture diurne (et encore moins une lecture souterraine) et pourtant je le lis en lecture principale dans les wagons, les rames.

Lorsque les premiers hommes, prenant vie, sortirent en rampant de la terre, ils n’étaient que des bêtes muettes et grossières. Ils se battaient pour des glands et une tanière avec les ongles, avec les poings. Puis ils prirent des bâtons et, le temps passant, des armes que l’expérience leur avait fait imaginer, jusqu’au moment où ils inventèrent les mots et les noms pour noter les paroles et les idées.

cum prorepserunt primis animalia terris,

[100] mutum et turpe pecus, glandem atque cubilia propter

unguibus et pugnis, dein fustibus atque ita porro

pugnabant armis, quae post fabricauerat usus,

donec uerba, quibus uoces sensusque notarent,

nominaque inuenere ; dehinc absistere bello,

[105] oppida coeperunt munire et ponere leges,

ne quis fur esset neu latro neu quis adulter.

Ibid.

Mueller [1] (176 mots) :

Le soir ils bivouaquent sous une longue vague de
sable. L’ocre a disparu déjà depuis des jours de
la texture des grains. Les corps en mâchent pour
que les mandibules ne rouillent pas (or donc les
dents craquent). Le cervidé a du sel dans l’oeil
& sa pupille s’humecte. Mueller cherche entre la
robe & la croupe de la nuit l’ombre du phare. Il
rêve du phare la nuit & le jour quelques fois. A
l’est il sait qu’il danse mais il ignore combien
de jours de marche il leur faudra encore compter
pour l’atteindre. Les corps ont la gorge dans le
torse. Le cervidé avance la langue sèche & grise
détendue. Mueller lui-même est mal. Les gourdes,
les gorges, les estomacs sont vides. Il n’y a ni
eau pour boire ni pluie soudaine pour attirer ou
le crabe sec ou le tröhn. Tout retour en arrière
est impossible & le vent sable & sel bouleverse,
chahute & aveugle la carte des étoiles le jour &
la nuit. Seule l’ombre de ce phare se dessine. A
l’est oscille cette seule destination. Un phare.

14 février 2013
par Guillaume Vissac
Journal
#Corps #Danielle Carlès #Horace #Métro #Mueller #Philip Roth #Postapocalypse #Publie.net

[1Note du 20/02 : Suite à une erreur de mise en ligne sur l’article d’hier, le Mueller du jour est une redite de celui de la veille, désormais corrigé...

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5 révisions

140213, version 6 (20 février 2013)

Mueller  [1] (176 (227 mots) :

Le phare au loin est une danseuse. Elle ondule &

phalanges sur elle & elle vibre. Elle s’échappe.

[1Note du 20/02 : Suite à une erreur de mise en ligne sur l’article d’hier, le Mueller du jour est une redite de celui de la veille, désormais corrigé...

140213, version 5 (20 février 2013)

Publie.net, Métro, Corps, Postapocalypse, Danielle Carlès, Mueller, Horace, Philip Roth

Soit je me suis précipité hier pour le diresoit c’est fictif , soit c’est faux, soit l’oeil ment mais voilà : l’oeil gauche est reparti, et il saute. Je pose mon doigt dessous pour sonder les mouvements et je sens le sens se battre trépigne .

J’ignore si c’est à classer dans toutes les merdes de la postapocalypse J’ignore si c’est à classer dans toutes les merdes de la postapocalypse mais c’est un soulagement d’avoir stoppé la viande alimentaire à l’heure de lire ces compte-rendus comptes rendus de bouffe et de cheval mixés dans la viande destinée à des plats préparés. Il semblerait que cette mixture ait un nom, [ça s’appelle du minerai->http://www.rue89.com/2013/02/14/le-minerai-de-nos-lasagnes-cest-carrement-de-la-merde-239612]Il semblerait que cette mixture ait un nom , ça s’appelle du minerai , ça comprend de la viande dernier choix de cheval, des muscles ligaments , des os , du collagène, on dit même qu’il pourrait y avoir de l’âne ou du mulet, ce qui m’attriste assez, ce sont de sympathiques animaux. J’espère n’avoir jamais mâché de [baudet baudet en guenilles->http://p6 guenilles .storage.canalblog.com/67/30/403438/39575909.jpg]. Mais rien à voir avec la postapocalypse  : Mais rien à voir avec la postapocalypse  : c’est notre réel bien présent, c’est notre époque, voilà.

140213, version 4 (20 février 2013)

Soit je me suis précipité hier Soit je me suis précipité hier pour le dire l’écrire soit c’est fictif, c’est faux, soit l’oeil ment mais voilà : l’oeil gauche est reparti et il saute. Je pose mon doigt dessous pour sonder les mouvements et je le sens le qui trépigne.

J’ignore si c’est à classer dans toutes les merdes de la postapocalypse mais c’est un soulagement d’avoir je me réjouis que nous ayons stoppé la viande alimentaire à l’heure de lire ces comptes rendus de bouffe et de cheval mixés dans la viande destinée à des plats préparés. Il semblerait que cette mixture ait un nom, ça s’appelle du minerai, ça comprend de la viande dernier choix de cheval, des ligaments, du collagène, on dit même qu’il pourrait y avoir de l’âne ou du mulet, ce qui m’attriste assez , car ce sont de sympathiques animaux. J’espère n’avoir jamais mâché de baudet en guenilles. Mais rien à voir avec la postapocalypse : c’est notre réel bien présent, c’est notre époque, voilà.

140213, version 3 (16 février 2013)

Soit je me suis précipité hier pour l’écrire soit c’est fictif, c’est ou faux, soit l’oeil me ment mais voilà : l’oeil gauche est reparti encore et il saute. Je pose mon doigt dessous pour sonder les mouvements et je le sens qui se barre , qui trépigne essaye .

J’ignore si c’est à classer dans toutes les merdes de la postapocalypse mais je me réjouis que nous ayons stoppé la viande alimentaire à l’heure de lire ces comptes rendus de bouffe et de cheval mixés mixé dans la viande destinée à des utilisée dans les plats préparés préparées . Il semblerait que cette mixture ait un nom, ça s’appelle du minerai, ça comprend de la viande dernier choix de cheval, des ligaments, du collagène, on dit même qu’il pourrait y avoir de l’âne ou du mulet, ce qui m’attriste car ce sont de sympathiques animaux. J’espère n’avoir jamais mâché de baudet en guenilles. Mais Réflexion faite cela n’a rien à voir avec la postapocalypse : c’est notre trop réel bien présent, c’est notre époque, voilà.

140213, version 2 (15 février 2013)

Mueller (227 mots) :

Le phare au loin est une danseuse. Elle ondule &

phalanges sur elle & elle vibre. Elle s’échappe.

Le soir ils bivouaquent sous une longue vague de

l’est oscille cette seule destination. Un phare.

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