280213


Le voilà le morceau de bravoure de ce livre, L’employé, L’oficinista, que Rodrigo Fresán rapproche, dans sa préface, de la phrase de Francis Scott Fitzgerald, cette phrase, elle dit : « Dans la nuit obscure de l’âme, il est toujours trois heures du matin ».

Trois heures du matin à toutes les horloges de la ville. Trois heures du matin dans les rues humides. Trois heures du matin sous les portiques où gisent les sans-abris. Trois heures du matin dans les stations de métro. Trois heures du matin sur les places cimentées. Trois heures du matin sur les autoroutes désertes. Trois heures du matin au milieu des décombres du dernier attentat. Trois heures du matin dans le campement guérillero. Trois heures du matin sur les pistes d’atterrissage. Trois heures du matin dans les hangars, où les hélicoptères sont à l’arrêt, leurs hélices souillées du sang des chauves-souris. Trois heures du matin dans les hôpitaux silencieux. Trois heures du matin dans les cellules des commissariats et dans l’entassement des prisons. Trois heures du matin dans le port. Trois heures du matin dans les palais du gouvernement. Trois heures du matin dans le bureau désert. Trois heures du matin dans l’appartement où dorment sa femme et ses gosses. Trois heures du matin chez la secrétaire. Trois heures du matin dans le quartier fermé où vit le chef avec ses petits adoptés importés des Balkans. Trois heures du matin dans la chambre que partagent le collègue et sa fiancée. Trois heures du matin, et lui introduit son poing dans le vagin de la jeune femme. Elle halète, ploie. Dans ce petit matin, à trois heures, il se rend compte une fois de plus qu’il ne peut vivre sans elle.

Guillermo Saccomanno, L’employé, Asphate, traduction Michèle Guillemont

Depuis longtemps je pense à repenser le site, mais pas le temps. Envie de virer la colonne (rien à droite, rien à gauche), de m’en tenir pour la navigation à deux bandeaux en haut, en bas, et le texte en nu sur blanc tout au centre (et changer la police).

Mueller (321 mots) :

Une voix derrière le verre liquide d’Imke Leal.
Elle dit : - Tu n’as pas la nuque tatouée, toi,
le fou, le creveur d’homme, le meurtrier qui se
moque bien de l’être. J’ai trop bu de mon sucre
& j’ai trop bu de mon verre & là tout ce que je
touche & tout ce que je respire a l’odeur de la
laine colisée mais je sais ce que je vois quand
je ne vois rien tatoué sur ta nuque, je sais ce
que ça veut dire que cette absence de l’encre à
l’endroit de la nuque. Je vais te dire. Je vais
te dire. Je vais te dire, moi des hommes & j’en
ai connu des hommes qui ont connu les steppes &
qui ont souffert des steppes, j’en ai connu des
hommes qui se sont empoussiérés sur eux-mêmes à
force de jeter tous leurs yeux vers les steppes
& à force de mesurer de leurs yeux chaque grain
de l’ocre, au cas où tous ces grains soient des
hordes en puissance, au cas où tous ces grains,
tous ces ocres, possèdent le visage des hordes.
Je les ai connus, ces hommes : ils ont vécu une
vie de misère mais ils portaient sur la nuque &
sur l’épine dorsale une histoire plus profonde,
plus importante qu’eux-mêmes : une histoire qui
les débordaient d’eux-mêmes, mais toi... Toi...
Qu’as-tu pu vivre ? Toi, le creveur d’homme, le
frêle, qu’as-tu pu vivre ? Trop frêle pour même
servir de toile à un peintre... Trop frêle pour
être écrit dessus à l’encre... La peau sèche de
passé... Qu’as-tu pu vivre alors, la nuque vide
comme la tienne ? Combien de morts as-tu noyés,
glués sous tes paupières, dans la pupille ? Toi
ou un autre, quelle est la différence ? Dis-moi
un peu ? Quel soubresaut y a-t-il à t’attendre,
à te guetter comme je le fais ? Dis-moi donc ça
nuque vide ! Ose dire. Dis-le moi, je t’écoute.

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Révisions

3 révisions

280213, version 4 (5 mars 2013)

Rodrigo Fresán, Spip, Mueller, Guillermo Saccomanno, Francis Scott Fitzgerald
Le voilà le morceau de bravoure de ce livre, [L’employé->http://blog.epagine.fr/index.php/2012/11/lemploye-de-guillermo-saccomanno-asphalte-editions/], L’oficinista, que Rodrigo Fresán Le voilà le morceau de bravoure de ce livre , L’employé ( L’oficinista ) que Rodrigo Fresan rapproche, dans sa préface, de la phrase de Francis Scott Fitzgerald, cette phrase phrase-là , elle dit : « Dans la nuit obscure de l’âme, il est toujours trois heures du matin ».

280213, version 3 (1er mars 2013)

Le voilà le morceau de bravoure de ce livre, L’employé (L’oficinista) que Rodrigo Fresan rapproche, dans sa préface, de la phrase de Francis Scott Fitzgerald, cette phrase-là, elle celle qui dit : « Dans la nuit obscure de l’âme, il est toujours trois heures du matin ».

Depuis longtemps je pense à repenser le site mais je ne prends pas le temps. Envie de virer la colonne (ni à droite, ni à gauche), de s’en tenir pour la navigation à deux bandeaux en haut, en bas, et le texte en nu sur blanc juste au milieu (puis et changer la police).

Mueller (321 mots) :

Une voix derrière le verre liquide d’Imke Leal.

nuque vide ! Ose dire. Dis-le moi, je t’écoute.

280213, version 2 (28 février 2013)

280213 Le voilà le morceau de bravoure de ce livre ,...

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