020713


La grande découverte du roman moderne est d’avoir éliminé l’homme du centre des choses. C’est un changement qualitatif qui transforme le roman - mais aussi la poésie - en texte, en simple texte d’où le sujet est retiré à mesure que les structures du pouvoir et les structures objectives du monde désagrègent l’individu et le réduisent à de simples pulsions.

Imre Kertész, Journal de galère, Actes Sud, traduction Natalia Zaremba-Huzvai et Charles Zaremba, P. 64

Je lis comme je lis comme je zappe : plusieurs trucs en même temps. Tu crois que ça m’est jamais arrivé d’avoir devant ma gueule l’écran du Mac avec un match quelconque dessus, la PS3 lancée avec Fifa dessus et l’iPad sous les yeux pour twitter ? Pareil avec les livres, le web, la littérature quoi.

Les drones, disent certains de leurs partisans, sont analogues au gilets pare-balles dont s’équipent les forces de police. Ce sont des moyens efficaces pour protéger les agents de la force étatique, et une telle protection est légitime. Peut-êmtre, mais ils oublient une différence essentielle : porter un gilet pare-balles n’empêche pas de faire des prisonniers. Avec un drone chasseur-tueur, en revanche, une telle option est impossible. C’est tout ou rien : soit tirer pour tuer, soit s’abstenir de toute action. Cette arme fait de la force létale la seule option opérationnelle disponible. Cette perte de capacité opérationnelle éclaire au passage l’affinité de cette arme avec la doctrine « tuer plutôt que capturer » aujourd’hui officieusement en vigueur à la Maison Blanche : « M. Obama, analyse le New York Times, évite les complications liées à la détention en décidant, dans les faits, de ne faire aucun prisonnier vivant. » Le drone est à cet égard l’instrument rêvé. On pourra toujours faire valoir, après coup, que la capture, par un tel moyen, était « infaisable », en oubliant de préciser que cette incapacité technique a été sciemment organisée en amont.

Grégoire Chamayou, Théorie du drone, La fabrique, P. 234-235

Je saurais pas dire le rapport entre ces deux (trois) textes hormis que je les lis en même temps (c’est-à-dire, selon notre définition actuelle de la simultanéité sur les réseaux, de façon successive rapprochée). D’un autre côté (mais la phrase qui suit n’a plus rien à voir avec les précédentes), j’hésite à appliquer ici le tag postapocalypse, ça a à voir avec le fait que nous vivons actuellement dans l’époque de l’assassinat vertical et ciblé.

Earlier in the week, he confided, he had slipped quietly into Janine Gorjanc’s office after everyone else had gone home for the night and taken a bottle of antidepressants from her desk drawer. Since that time, he told Tom, he had been taking a pill a day.“Is that wise ?” Tom asked.“Probably not,” said Carl. “But the last thing I want is for her to know that I’m depressed.”“You don’t want Janine to know that you’re depressed ?”
“No, not Janine. My wife. Marilynn. I don’t want Marilynn to know I’m depressed.”“Oh,” said Tom. “Why’s that ?”“Because she thinks I’m depressed.”“Oh,” said Tom. “You aren’t depressed ?”“No, I am depressed. It’s just that I don’t want her knowing that I’m depressed. She knows I’m depressed. I just don’t want her knowing that she’s right that I’m depressed. She’s right too much of the time as it is, you see.”“So this is a matter of pride,” said Tom.Carl shrugged. “I guess so. If that’s how you care to phrase it.”Tom shifted in his chair. “Well, you know, Carl, I understand that, man. I can understand that perfectly well, being married for a number of years to a woman who was always goddamn right about everything herself. But man, if you’re taking a drug that hasn’t been prescribed for you specifically —”“Yeah, I know,” said Carl, cutting him short. “I know all about that, trust me. I’m married to a doctor.”“Right,” said Tom. “So what I guess I’m asking is, why steal it ? Why not have somebody prescribe something that’s right for you ?” “Because I don’t want to have to see a doctor,” said Carl. “I hate doctors.”

Joshua Ferris, Then We Came to the End

Le soir, après, derrière les pixels crus, j’ouvre le livre Des métamorphoses, il y a un nom : Kemal.

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Révisions

3 révisions

020713, version 4 (6 juillet 2013)

Postapocalypse, Imre Kertész, Grégoire Chamayou, Joshua Ferris, Marie Cosnay

Bon, qu’est-ce qui se passe maintenant ? Imre Kertész Rien , Journal de galère , Actes Sud juste

c’est un super texte , traduction Natalia Zaremba-Huzvai et Charles Zaremba , P je m’en fous de savoir si ça s’appelle roman ou pas . 64 Qu’est-ce que je retire de ça  ?

020713, version 3 (6 juillet 2013)

Je lis comme je lis comme je zappe : , plusieurs trucs en même temps. Tu crois que ça m’est jamais arrivé d’avoir devant ma gueule l’écran du Mac avec un match quelconque dessus, la PS3 lancée avec Fifa dessus et l’iPad sous les yeux pour tweeter ? Pareil avec les livres, le web, fin la littérature quoi.

Je saurais pas dire le rapport entre ces deux (trois) textes hormis que je les lis en même temps (c’est-à-dire, selon notre définition actuelle de la simultanéité sur les réseaux, de façon successive rapprochée). D’un autre côté (mais la phrase qui suit n’a plus rien à voir avec les précédentes), j’ai tendance à hésiter à appliquer ici le tag postapocalypse, ça a à voir avec le fait que nous vivons actuellement dans l’époque une époque de l’assassinat vertical ciblé.

020713, version 2 (3 juillet 2013)

Le soir, après, derrière les pixels crus, j’ouvre le livre Des métamorphoses, il y a un nom : Kemal.

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