270913


Crois me souvenir d’un rêve (ou d’une chimère de rêve) concernant le personnage [1] d’Anna Blume, sauf qu’alors on l’appelait Bloemfontein. S’en suit comme une épiphanie urbaine, le long d’un bloc de clair : il me faudrait relire Le voyage d’Anna Blume, qui s’intitule en anglais In the country of last things, "Dans le pays des choses dernières", car je ne l’ai lu qu’une fois. J’ignore d’où vient ce rêve, ni si je l’ai vécu, ni quand.

Comment n’ai-je pas pu lire plus tôt un truc comme Barefoot in the Head ? Et surtout, vraie question, pourquoi personne n’en parle ? À l’aube de ce passage crucial (point de bascule très tôt dans le récit), Charteris, le héros, victime de bombardements hallucinogènes, voit venir des versions fractales de lui-même, des possibles himself différents, ailleurs que là où lui décide d’aller. Le Waiting Man, qui est peut-être aussi un autre lui tout juste, répondant à la question êtes-vous touché par les hallucinations, lui lâche alors ce truc terrible :

"Everyone’s touched ! Don’t be taken in by appearances here. Believe me, the old world has gone, but its shell remains in place. One day soon, there will come a breath of wind, a new messiah, the shell will crumple, and the kids will run streaming, screaming, barefoot in the head, through lush new imaginary meadows. What a time to be young ! "

Brian Aldiss, Barefoot in the Head, Faber and faber, P. 39

« Tout le monde est touché ! Ne te fie pas aux apparences. Fais-moi confiance, l’ancien monde a disparu mais sa coquille est toujours là. Bientôt sans doute, un vent nouveau pourra souffler, un nouveau messie, alors la coquille craquera et les gamins déferleront, hurlant, pieds nus dans la tête, dans d’incroyables prairies mentales et luxuriantes. Quelle époque pour grandir ! »

Fendre la coquille du monde, c’est Abraxas, Hermann Hesse et Utena bien sûr.

La première chose que j’ai lu sur ce livre, après l’avoir acheté, à Londres en juin dernier, c’est qu’il était intraduisible ; je me suis dit putain. Putain aussi lisant cette lettre issue d’un temps passé ou à venir baigné de postapocalypse et ce à quoi je la rapproche, cette lettre russe qui s’intitule Lettre du camp 14 de Mordovie, c’est la série Je ne me souviens pas, de Joachim Séné, que je lis ce matin comme on lirait à travers tout, de biais devant les choses dernières :

Migraine blanche l’après-midi une ou deux heures durant : c’est une migraine sans la douleur. Tous les effets secondaires sont là : la fatigue sèche qui te fond sur la peau, les yeux piquants, niqués comme si sans nuit [2] depuis trois jours, la glue du jour pesant. Fondue sous 40mg.

27 septembre 2013
par Guillaume Vissac
Journal
#Brian Aldiss #Honoré de Balzac #Imre Kertész #Joachim Séné #Migraine #Paul Auster #Postapocalypse #Rêve #Utena

[1

L’étonnement de Z. quand je l ui dis que le roman doit renoncer aux personnages. Le "personnage" date de l’époque où l’homme était encore un objet : c’est particulièrement évident chez Balzac, par exemple, qui montre la matière brute à ceux qui se tiennent devant le hachoir. Les convulsions de Rubempré dans la moulinette ne méritent que mon mépris, parce que je trouve ses jugements de valeur désastreux ; il croit spontanément que la vie et la structure sont une seule et même chose, et son asservissement vient de ce qu’il ne prend jamais totalement conscience de la différence entre les deux. Il se comporte donc en produit et non en créature. Il est à craindre que l’auteur l’ait vu également ainsi. Nous savons désormais qu’en tant qu’objet, l’homme n’a aucune chance. Il doit dépasser l’objectalité s’il veut trouver un semblant de vie, la vérité, pour faire bref. - En effet, l’homme est empêtré dans un tel réseau qu’il lui est impossible de s’en sortir - pour aller où, d’ailleurs ? N’importe où, du moment que ce n’est pas une propriété commune, mais que ce la reste néanmoins collectif au sens pur et fraternel du terme.

Imre Kertész, Journal de galère, Actes Sud, traduction Natalia Zaremba-Huzvai et Charles Zaremba, P. 147

[2

J’ai atteint le fond cette nuit. Le sentiment d’absurdité que je connais bien s’est abattu sur moi comme une nouveauté surprenante ; je me suis vu de l’extérieur, mon visage ovale d’Asie Mineure, ma bouche avec sa molaire en métal, ma cuisse poilue avec sa cicatrice ; déchirement stupéfiant, absurdité d’être identique à ce phénomène physique ; sans parler de l’absurdité que sont mes relations, mon activité, en un mot ma vie. Rien n’a de réalité, seul le sentiment de culpabilité est réel. Pourtant je n’arrive même pas à m’y sentir malheureux et humilié, alors que c’est là la source de mon inspiration. Je suis couvert de honte comme si je n’avais rien écrit, et tout m’est étranger, surtout moi-même.

Ibid., P. 149

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270913, version 8 (4 octobre 2013)

L’étonnement de Z. quand je l ui dis que le roman doit renoncer aux personnages. Le "personnage" date de l’époque où l’homme était encore un objet : c’est particulièrement évident chez Balzac, par exemple, qui montre la matière brute à ceux qui se tiennent devant le hachoir. Les convulsions de Rubempré dans la moulinette ne méritent que mon mépris, parce que je trouve ses jugements de valeur désastreux ; il croit spontanément que la vie et la structure sont une seule et même chose, et son asservissement vient de ce qu’il ne prend jamais totalement conscience de la différence entre les deux. Il se comporte donc en produit et non en créature. Il est à craindre que l’auteur l’ait vu également ainsi. Nous nous savons désormais qu’en tant qu’objet, l’homme n’a aucune chance. Il doit dépasser l’objectalité s’il veut trouver un semblant de vie, la vérité, pour faire bref. - En effet, l’homme est empêtré dans un tel réseau qu’il lui est impossible de s’en sortir - pour aller où, d’ailleurs ? N’importe où, du moment que ce n’est pas une propriété commune, mais que ce la reste néanmoins collectif au sens pur et fraternel du terme.

Imre Kertész, Journal de galère, Actes Sud, traduction Natalia Zaremba-Huzvai et Charles Zaremba, P. 147

P. 147

</blockquote>

]] d’[Anna Blume->http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Voyage_d’Anna_Blume]d’Anna Blume , sauf qu’alors on l’appelait Bloemfontein. S’en suit comme une épiphanie urbaine, le long d’un bloc de clair : il me faudrait relire Le voyage d’Anna Blume, qui s’intitule en anglais In the country of last things, "Dans le pays des choses dernières", car je ne l’ai lu qu’une fois. J’ignore d’où vient ce rêve, ni si je l’ai vécu, ni quand.

Migraine, Joachim Séné, Rêve, Paul Auster, Honoré de Balzac, Postapocalypse, Imre Kertész, Utena, Brian Aldiss

270913, version 7 (4 octobre 2013)

</blockquote>

]] d’Anna Blume, sauf qu’alors on l’appelait Bloemfontein. S’en suit comme une épiphanie urbaine, le long d’un bloc de clair : il me faudrait relire Le voyage d’Anna Blume, qui s’intitule en anglais In the country of last things, "Dans le pays des choses dernières", car je ne l’ai lu qu’une fois. J’ignore d’où vient ce rêveJ’ignore d’où vient ce rêve , ni si je l’ai vécu, ni quand.

Comment n’ai-je pas pu lire plus tôt un truc comme Barefoot in the Head ? Et surtout, vraie question, pourquoi personne n’en parle ? À l’aube de ce passage crucial (point de bascule très tôt dans le récit), Charteris, le héros, victime de bombardements hallucinogènes, voit venir des versions fractales de lui-même, des possibles himself différents, ailleurs que là où lui il décide d’aller. Le Waiting Man, qui est peut-être aussi un autre lui tout juste, répondant à la question êtes-vous touché par les hallucinations, lui lâche alors ce truc cette chose terrible :

« Tout le monde est touché ! Ne te fie pas aux apparences. Fais-moi confiance, l’ancien monde a disparu mais sa coquille est toujours là. Bientôt sans doute , Mais un vent nouveau soufflera viendra bientôt un de ces jours , un nouveau messie, alors la coquille craquera et les gamins déferleront, hurlant, pieds nus dans la tête, dans des prairies mentales et luxuriantes. Quelle époque pour la jeunesse ! Allez, viens, je vais brancher la bouilloire ! Essuie-toi les pieds ! »

270913, version 6 (29 septembre 2013)

Crois me souvenir d’un rêve (ou d’une chimère de rêve) concernant le personnage [1] d’Anna Crois me souvenir d’un rêve ( ou d’une chimère de rêve ) concernant Anna Blume, sauf qu’alors on l’appelait Bloemfontein. S’en suit comme une épiphanie urbaine, le long d’un bloc de clair : il me faudrait relire Le voyage d’Anna Blume, qui s’intitule en anglais In the country of last things, "Dans le pays des choses dernières", car je ne l’ai lu qu’une fois. J’ignore d’où vient ce rêve, ni si je l’ai vécu, ni quand.

[1

L’étonnement de Z. quand je l ui dis que le roman doit renoncer aux personnages. Le "personnage" date de l’époque où l’homme était encore un objet : c’est particulièrement évident chez Balzac, par exemple, qui montre la matière brute à ceux qui se tiennent devant le hachoir. Les convulsions de Rubempré dans la moulinette ne méritent que mon mépris, parce que je trouve ses jugements de valeur désastreux ; il croit spontanément que la vie et la structure sont une seule et même chose, et son asservissement vient de ce qu’il ne prend jamais totalement conscience de la différence entre les deux. Il se comporte donc en produit et non en créature. Il est à craindre que l’auteur l’ait vu également ainsi. nous savons désormais qu’en tant qu’objet, l’homme n’a aucune chance. Il doit dépasser l’objectalité s’il veut trouver un semblant de vie, la vérité, pour faire bref. - En effet, l’homme est empêtré dans un tel réseau qu’il lui est impossible de s’en sortir - pour aller où, d’ailleurs ? N’importe où, du moment que ce n’est pas une propriété commune, mais que ce la reste néanmoins collectif au sens pur et fraternel du terme.

P . +K x 2 147

270913, version 5 (28 septembre 2013)

Comment n’ai-je pas pu lire plus tôt un truc comme Barefoot in the Head ? Et surtout, vraie question, pourquoi personne n’en parle ? À l’aube de ce passage crucial (point de bascule très tôt dans le récit), Charteris, le héros, victime de bombardements hallucinogènes, voit venir des versions fractales de lui-même, des possibles himself différents, ailleurs que là où lui décide d’aller. Le Waiting Man, qui est peut-être aussi un autre lui tout juste, répondant à la question êtes-vous touché par les hallucinations, lui dit alors cette phrase terrible :

<blockquote>

"Everyone’s touched ! Don’t be taken in by appearances here. Believe me, the old world has gone, but its shell remains in place. One day soon, there will come a breath of wind, a new messiah, the shell will crumple, and the kids will run streaming, screaming, barefoot in the head, through lush new imaginary meadows. What a time to be young ! Come on, I’ll put the kettle on ! Wipe your shoes i"

P. 39

</blockquote>

<blockquote>

« Tout le monde est touché ! Ne te fie pas aux apparences. Fais-moi confiance, l’ancien monde a disparu mais sa coquille est toujours là. Mais une brise fraiche viendra bientôt un de ces jours, un nouveau messie, alors la coquille craquera et les gamins déferleront, hurlant, pieds nus dans la tête, dans des prairies fictives et luxuriantes. Quelle époque pour être jeune ! Allez, viens, je vais brancher la bouilloire ! Essuie-toi les pieds ! »

270913, version 4 (27 septembre 2013)

Crois me souvenir d’un rêve (ou d’une chimère de rêve) concernant Anna Blume, sauf soit qu’alors on l’appelait Bloemfontein. S’en suit comme une épiphanie urbaine, le long d’un bloc de clair : il , qu’il me faudrait relire Le voyage d’Anna Blume, qui s’intitule en anglais In the country of last things, "Dans le pays des choses dernières", car je ne l’ai lu qu’une fois. J’ignore d’où vient ce rêve, ni si je l’ai vécu, ni quand.

Comment n’ai-je pas pu lire plus tôt un truc comme Barefoot Barefoot in the Head Head ? Et surtout, vraie question, pourquoi personne n’en parle ? À A l’aube de ce passage crucial (point de bascule très tôt dans le récit), Charteris, le héros, victime de bombardements hallucinogènes, voit venir des versions fractales de lui-même, des possibles himself lui-même différents, ailleurs que là où lui décide d’aller. Le Waiting Man, qui est peut-être aussi un autre lui tout juste, lui dit alors cette phrase terrible fatidique :

270913, version 3 (27 septembre 2013)

+K x 2, les je ne me souviens pas de JS liés à la lettre Mediapart

270913, version 2 (27 septembre 2013)

+K x 2

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