250614


Nous, les rescapés, qui demeurons de manière énigmatique debout et d’apparence intacte, il faut bien que quelque chose nous atteigne. Parfois, nous avons des migraines épouvantables. Coups de marteau contre les tempes, destruction à la masse, le visage encaisse le choc. À la place, une grosse araignée noire se déploie dans toute son ampleur. Puis l’orage passe, l’araignée se ratatine en un point minuscule, le visage revient. Dans ces cas-là, évidemment, nous ne faisons que pousser nos brouettes dans les décombres. Enfin, voilà. Me voilà rendu.

Clotilde Escalle, Les jeûneurs, Publie.net

Dur d’émerger après le gouffre qu’a laissé devant mes yeux la lecture de Gravity’s Rainbow. Quoi lire, quand, et dans quelle langue, par exemple : se soustraire pour un temps à l’anglais, car l’anglais a duré trop longtemps, il faut aérer la machine (si ça se trouve c’est tout autant de la superstition cette histoire ridicule d’alterner les langages, peu importe). J’ai ouvert Les jeûneurs de Clotilde Escalle, je suis tombé moi aussi au niveau des sables mouvants, je lis aussi l’étonnant recueil de Matthieu Hervé, paru chez Publie lui aussi, qui s’appelle Monkey’s Requiem. Thomas m’en a parlé lundi, je lui ai dit je n’ai pas accroché à la première nouvelle sur Van Gogh mais j’ai beaucoup aimé la deuxième, Saragosse, et il m’a dit alors il faut que tu lises Élie Madero, ce que j’ai fait ensuite, c’est vraiment une langue qui me parle, des discours faits d’un bloc, des biographies lentes, il y a beaucoup de virgules, c’est d’une toute autre espèce que les nouvelles (sic) « à la française », on dirait de la littérature étrangère [1], ça m’interpelle, je sais aussi qu’il parle de Michon en préambule à Madero lors de sa parution sur Nerval. J’aimerais citer quelque chose, je ne peux pas, c’est difficile d’isoler un extrait, une impression, il faudrait alors recontextualiser, élargir, mieux définir le prisme, il faudrait citer tout. Je suis assez surpris à la lecture de ces textes, enthousiasmé, aussi, par le fait que ce soit Publie qui les sorte et les intègre à son catalogue, qu’il s’agisse de l’un des premiers titres de la nouvelle Publie, même si le livre probablement vient de l’avant. Je n’ai pas la notion des chiffres de vente et du (sic) succès ou pas de tel ou tel titre, et précisément parce qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles on sait que ce sera plus compliqué, ce qui est en soi exaspérant à dire, à écrire, à penser, malheureusement c’est comme ça, si quelqu’un ici bas me regarde ou me lit il faudrait lire ce livre.

On mange tout à côté de moi, deux personnes face à l’autre, elles se parlent, c’est la langue grise des moquettes et des agrafeuses, de l’aquarium, du xls et du ppt, c’est la langue du bureau. Je ne sais pas pourquoi je sors le dictaphone de l’iPhone pour les enregistrer ou plutôt si je sais : pour étudier les mouvements lents de la marée buccale, comprendre comment fonctionne la conversation, la langue, où placer les virgules [2], mais l’exposition sonore est telle que la langue est bouillie et les sons presque tous impossibles à exploiter derrière.

Passé chez l’anthropophage pour récupérer mes nouveaux yeux humains, on me les chauffe pour me les ajuster, c’est bien, je vois correctement, c’est bien, il y a l’astigmatisme [3], c’est bien, elles sont jolies mes nouvelles branches Tom Ford, j’ai l’impression d’être Nicholas Hoult ou Colin Firth dans Single man, c’est bien, et les noires catégorie quatre sont noires, c’est bien, c’est pas exactement la nuit opaque dans la clarté mais c’est un bon début, c’est bien, mais il est où le truc du polychromatisme ? Je ne sais pas trop. Ils restent blancs même au soleil mes yeux.

J’essaye de lire Coup de tête, à voix haute, calmement, lentement, tendrement presque, mais ça ne fonctionne pas, et je sais bien pourquoi : il n’est pas calme, lent, tendre le narrateur de CdT, il est brusque, nerveux, pressé par le temps, les nervures, donc voilà.

3 juillet 2014
par Guillaume Vissac
Journal
#Clotilde Escalle #Coup de tête #Matthieu Hervé #Migraine #Pierre Michon #Publie.net #Roberto Bolaño #Thomas Pynchon #Tom Ford

[1La littérature nazie en Amérique par exemple.

[2C’est quelque chose que Pynchon sait bien faire, ça, bien placer les virgules dans ses dialogues humains.

[3Mais j’ai tendance à dire astigmatie.

<  -  >

Partager

Révisions

7 révisions

250614, version 7 (3 juillet 2014)

<blockquote>

Nous, les rescapés, qui demeurons de manière énigmatique debout et d’apparence intacte, il faut bien que quelque chose nous atteigne. Parfois, nous avons des migraines épouvantables. Coups de marteau contre les tempes, destruction à la masse, le visage encaisse le choc. À la place, une grosse araignée noire se déploie dans toute son ampleur. Puis l’orage passe, l’araignée se ratatine en un point minuscule, le visage revient. Dans ces cas-là, évidemment, nous ne faisons que pousser nos brouettes dans les décombres. Enfin, voilà. Me voilà rendu.

Clotilde Escalle, Les jeûneurs, Publie.net

</blockquote>

Dur d’émerger après le gouffre qu’a laissé devant mes yeux la lecture de Gravity’s Rainbow. Quoi lire, quand, et dans quelle languehabiter , par exemple : , se soustraire pour un temps à l’anglais, car l’anglais a duré trop longtemps, il faut aérer la machine (si ça se trouve c’est tout autant de la superstition cette histoire ridicule d’alterner les langages, peu importe). J’ai ouvert [Les jeûneurs->http://www.publie.net/livre/les-jeuneurs-clotilde-escalle/] de [Clotilde Escalle->http://clotilde.escalle.over-blog.com]J’ai ouvert Les jeûneurs de XX , je suis tombé moi aussi au niveau des sables mouvants, je lis aussi l’étonnant recueil de Matthieu Mathieu Hervé, paru chez [Publie->http://www . Publie lui aussi , qui s’appelle Monkey’s Requiem . publie.net/] lui aussi, qui s’appelle [Monkey’s Requiem->http://www.publie.net/livre/monkeys-requiem-matthieu-herve/]. [Thomas->http://www.furtiv.es] m’en a parlé lundi, je lui ai dit je n’ai pas accroché à la première nouvelle sur Van Gogh mais j’ai beaucoup aimé la deuxième, Saragosse, et il m’a dit alors il faut que tu lises [Élie Madero->http://nerval.fr/spip.php?article60]Thomas m’en a parlé lundi , je lui ai dit je n’ai pas accroché à la première nouvelle sur Van Gogh mais j’ai beaucoup aimé la deuxième , Saragosse , et il m’a dit alors il faut que tu lises Elie Madero , ce que j’ai fait ensuite, c’est vraiment une langue qui me parle, des discours faits d’un bloc, des biographies lentes, il y a beaucoup de virgules, c’est d’une toute autre espèce que les nouvelles ( sic ) «  à la française », on dirait pense plus à de la littérature étrangère [1], ça m’interpelle, je sais aussi qu’il parle de Michon , ça m’interpelle , je sais aussi qu’il parle de Michon en préambule à Madero lors de sa [parution parution sur Nerval->http://nerval Nerval .fr/spip.php ?article60]. J’aimerais citer quelque chose, je ne peux pas, c’est difficile d’isoler un extrait, une impression, il faudrait alors recontextualiser, élargir, mieux définir le prisme, il faudrait citer tout. Je suis assez surpris à la lecture de ces textes, enthousiasmé, aussi, par le fait que ce soit [Publie->http://www.publie.net] Je suis assez surpris à la lecture de ces textes , enthousiasmé , aussi , par le fait que ce soit Publie qui les sorte et les intègre à son catalogue, qu’il s’agisse de l’un des premiers titres de la nouvelle Publie, même si le livre probablement vient de l’avant. Je n’ai pas la notion des chiffres de vente et du ( sic ) succès ou pas de tel ou tel titre, et précisément parce qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles on sait que ce sera plus compliqué, ce qui est en soi exaspérant à dire, à écrire, à penser, malheureusement c’est comme ça, si quelqu’un ici bas me regarde ou me lit il faudrait lire [ce livre->http://www ce livre .publie.net/livre/monkeys-requiem-matthieu-herve/].

[1La littérature nazie en Amérique par exemple.

Migraine, Publie.net, Roberto Bolaño, Coup de tête, Thomas Pynchon, Pierre Michon, Clotilde Escalle, Matthieu Hervé

250614, version 6 (3 juillet 2014)

250614, version 5 (3 juillet 2014)

Dur d’émerger après le gouffre qu’a laissé devant mes yeux la lecture de Gravity’s Rainbow GR . Quoi lire, quand, et quelle langue habiter, par exemple, se soustraire pour un temps à de l’anglais, car l’anglais a duré trop on se l’est farci longtemps, il faut aérer la machine (si ça se trouve c’est tout autant de la superstition cette histoire ridicule d’alterner les langages, peu importe). J’ai ouvert Les jeûneurs de XX, je suis tombé moi aussi au niveau des sables mouvants, je lis aussi l’étonnant recueil de Mathieu Hervé, paru chez Publie lui aussi, qui s’appelle Monkey’s Monkey’s Requiem. . Thomas m’en a parlé lundi, je lui ai dit je n’ai pas accroché à la première nouvelle sur Van Gogh mais j’ai beaucoup aimé la deuxième, Saragosse, et il m’a dit alors il faut que tu lises Elie Madero, ce que j’ai fait ensuite, c’est vraiment une langue qui me parle, des discours faits d’un bloc, des biographies lentes, il y a beaucoup de virgules, c’est d’une toute autre espèce que les nouvelles « à la française », on pense plus à de la littérature étrangère  [2] , ça m’interpelle , je sais aussi qu’il parle de Michon en préambule à Madero lors de sa parution sur Nerval . , ça m’interpelle, je sais aussi qu’il parle de Michon en préambule à Madero lors de sa parution sur Nerval. J’aimerais citer quelque chose, je ne peux pas, c’est difficile d’isoler un extrait, une impression, il faudrait alors recontextualiser, élargir, mieux définir le prisme, il faudrait citer tout. Je suis assez surpris à la lecture de ces textes, enthousiasmé, aussi, par le fait que ce soit Publie qui les sorte et les intègre à son catalogue, qu’il s’agisse de l’un des premiers titres de la nouvelle Publie , même si le livre probablement vient de l’avant organisation . Je n’ai pas la notion des chiffres de vente et du succès ou pas de tel ou tel titre, et précisément parce qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles on sait que ce sera plus compliqué, ce qui est en soi exaspérant à dire, à écrire, à penser, malheureusement c’est comme ça, si quelqu’un ici bas me regarde ou me lit il faudrait lire ce livre.

[2La , La littérature nazie en Amérique par exemple.

250614, version 4 (25 juin 2014)

J’essaye de lire Coup de tête, à voix haute, calmement, lentement, tendrement presque, mais ça ne fonctionne pas, et je sais bien pourquoi : il n’est pas calme, lent, tendre le narrateur de CdT, il est brusque, nerveux, pressé par le temps donc voilà.

250614, version 3 (25 juin 2014)

Passé chez l’anthropophage pour récupérer mes nouveaux yeux humains, on me les chauffe pour me les ajuster, c’est bien, je vois correctement, c’est bien, il y a l’astigmatisme [3], c’est bien, elles sont jolies mes nouvelles branches Tom Ford, j’ai l’impression d’être Nicholas Hoult ou bien Colin Firth dans Single man, c’est bien, et les noires catégorie quatre sont noires, c’est bien, c’est pas exactement la nuit opaque dans la clarté mais c’est un bon début, c’est bien, mais il est où le truc du polychromatisme ? Je ne sais pas trop. Ils restent blancs même au soleil mes verres.

[3Mais j’ai tendance à dire astigmatie.

250614, version 2 (25 juin 2014)

Dur d’émerger après le gouffre qu’a laissé devant mes yeux la lecture de GR . GR . Quoi lire, quand, dans quelle langue. Quoi lire , quand , et quelle langue habiter , par Par exemple, se soustraire pour un temps de l’anglais, car l’anglais on se l’est farci longtemps, il faut aérer la machine (si ça se trouve c’est tout autant de la superstition cette histoire ridicule d’alterner les langages, peu importe). J’ai ouvert Les jeûneurs Les jeûneurs de XX, je suis tombé moi aussi au niveau des sables mouvants , je lis aussi l’étonnant recueil de Mathieu Hervé, paru chez Publie lui aussi, qui s’appelle Monkey’s Requiem. Thomas m’en a parlé lundi, je lui ai dit je n’ai pas accroché à la première nouvelle sur Van Gogh mais j’ai beaucoup aimé la deuxième, Saragosse , Saragosse , et il m’a dit alors faut que tu lises Elie Elie Madero, , ce que j’ai fait ensuite , c’est vraiment une langue qui me parle, des discours faits d’un bloc, des biographies lentes, il y a beaucoup de virgules, c’est d’une autre espèce que les nouvelles « à la française », on pense plus à de la littérature étrangère, La La littérature nazie en Amérique me revient en Amérique par exemple tête plusieurs fois , ça m’interpelle , je sais aussi qu’il parle de Michon en préambule à Madero Madero lors de sa parution en revue sur Nerval. J’aimerais citer quelque chose, je ne peux pas, c’est difficile d’isoler un extrait, une impression, il faudrait alors recontextualiser, élargir, mieux définir le prisme, il faudrait citer tout. Je suis assez surpris à la lecture de ces textes, enthousiasmé, aussi, par le fait que ce soit Publie qui les sorte et les intègre à son catalogue, qu’il s’agisse de l’un des premiers titres de la nouvelle organisation. Je n’ai pas la notion des chiffres de vente et du succès ou pas de tel ou tel titre, et précisément parce qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles on sait que ce sera plus compliqué, ce qui est en soi exaspérant à dire, à écrire, à penser, mais malheureusement c’est comme ça, si quelqu’un ici bas me regarde ou me lit il faudrait lire ce livre .

Commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Autres articles



Livres


- -

- - - -

Projets Web


- -


-
Spip | PhpNet | Contact | Retour au sommaire | ISSN 2428-9590 |