271014


le grand gars a glissé au bas du chambranle et s’y est accroupi sous sa tignasse frisée bouclée plate, de tout entremêlé entre quoi il nous faufile ses doigts brûlés de bon soudeur sans protection, morve et larmes : « je suis fatigué d’être un homme » qu’il nous geint, et moi, ma bite entrée du tiers dans la chatte du petit ventru et la tête à peine retournée, en rot sur de la morve : « un homme humain ou un homme mâle ? (...) »

Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère, Gallimard, P. 29

Dans un rêve j’explique à l’autre (il n’y a ni visage ni silhouette ni paroles échangées, simplement le discours) ce que c’est que Joyeux animaux de la misère. Tu as une quatrième de couverture qui joue le rôle de préambule ou de mise en situation (un monde pré ou postapocalyptique, une mégalopole, un bordel) et le texte une confrontation des discours (intérieurs, extérieurs, portés ou pas par la langue, crachés ou pas dans la bouche des corps contre quoi on les pousse), parfois opaques, souvent opaques, parfois étonnants et enjoués. Le langage est un langage de la terre (il dit beauseigne), on ne sait pas toujours (rarement) qui parle, c’est à la fois récréatif et exigeant mais c’est surtout, avant tout, un texte intermédiaire dont l’existence écrite n’est que transitoire : ça semble destiné à la parole parlée, théâtre à ciel ouvert. J’y vois des liens avec La peau même en offrande, dont la nouvelle Esquisse des hauteurs, à l’écoulement particulier, m’a bousculé à la première lecture (et les yeux secs, j’ai échoué alors). Il y aurait une parenté entre ces trucs et Volodine (car j’ai pensé à Volodine ou à Manuela Draeger et Bassmann la lisant). Là, c’est l’inverse, il n’y a pas de parole parlée, il n’y a que du discours narratif qui a assimilé les dialogues, les a incorporés en lui, les a penchés pour en faire des italiques, mais ce n’est pas la partie de la nouvelle la plus réussie, celle où on sent indirectement que ça parle (ou que ça a parlé). Le plus intéressant c’est encore le début vaporeux, celui des os sciés sur le béton, de la transhumance souterraine des corps inconnus, le long de boyaux nus, et dont on ne sait rien.

Dans les jours qui ont suivi, ils nous ont rendu le corps de la Meneuse : autopsiée, embaumée, coiffée, maquillée, rhabillée, nickel morte, toute prête à enterrer. Elle nous impressionnait, on était encore sous influence, enveloppés de l’aura qui se dégageait de cette gisante glacée, apprêtée pour son voyage ; pour un peu on lui aurait préparé une valise. Même nous, enfants, qui nous sentions éternels comme on la croyait indestructible, notre dame de fer, cet assassinat nous avait amenés au bord du précipice, confrontés à la Mort, la nôtre, qui viendrait nous chercher un jour, à n’en pas douter.

Michel Torres, La Saga de Mô, Publie.net

Termine le premier volet de la Saga de Mô. Étais méfiant d’abord, ok, à cause d’a-priori liés au mot saga. C’est étonnant. C’est riche. C’est rare lire un accent clairement identifiable dans la musique du texte, ce qui en fait une langue proche d’une langue "étrangère" (québécois par exemple).

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271014, version 6 (18 novembre 2014)

Pierre Guyotat, Rêve, Antoine Volodine, Alicia Kozameh, Michel Torres
Dans un rêve Dans un rêve j’explique à l’autre (il n’y a ni visage ni silhouette ni paroles échangées, simplement le discours) ce que c’est que Joyeux animaux de la misère. Tu as une quatrième de couverture qui joue le rôle de préambule ou de mise en situation (un monde pré ou postapocalyptique, une mégalopole, un bordel) et le texte une confrontation des discours (intérieurs, extérieurs, portés ou pas par la langue, crachés ou pas dans la bouche des corps contre quoi on les pousse), parfois parois opaques, souvent opaques, parfois étonnants et enjoués. Le langage est un langage de la terre (il dit beauseigne), on ne sait pas toujours (rarement) qui parle, c’est à la fois récréatif et exigeant mais c’est surtout, avant tout, un texte intermédiaire dont l’existence écrite n’est que transitoire : ça semble destiné à la parole parlée, théâtre à ciel ouvert. J’y vois des liens avec La peau même en offrande, dont la nouvelle Esquisse des hauteurs , tant truc , à l’écoulement particulier, m’a bousculé à la première lecture (et les yeux secs, j’ai échoué alors). Il y aurait une parenté entre ces trucs et Volodine (car j’ai pensé à Volodine ou à Manuela Draeger et Bassmann la lisant). Là, c’est l’inverse, il n’y a pas de parole parlée, il n’y a que du discours narratif qui a assimilé les dialogues, les a incorporés en lui, les a penchés pour en faire des italiques, mais ce n’est pas la partie de la nouvelle la plus réussie, celle où on sent indirectement que ça parle (ou que ça a parlé). Le plus intéressant c’est encore le début vaporeux, celui des os sciés sur le béton, de la transhumance souterraine des corps inconnus, le long de boyaux nus, et dont on ne sait rien.

271014, version 5 (18 novembre 2014)

Pierre Guyotat, Rêve, Antoine Volodine, Michel Torres

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le grand gars a glissé au bas du chambranle et s’y est accroupi sous sa tignasse frisée bouclée plate, de tout entremêlé entre quoi il nous faufile ses doigts brûlés de bon soudeur sans protection, morve et larmes : « je suis fatigué d’être un homme » qu’il nous geint, et moi, ma bite entrée du tiers dans la chatte du petit ventru et la tête à peine retournée, en rot sur de la morve : « un homme humain ou un homme mâle ? (...) »

Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère, Gallimard, P. 29

</blockquote>

Dans un rêve j’explique à l’autre (il n’y a ni visage ni silhouette ni paroles échangées, simplement le discours) ce que c’est que Joyeux animaux de la misère. Tu as une quatrième de couverture qui joue le rôle de préambule ou de mise en situation (un monde pré ou postapocalyptique, une mégalopole, un bordel) et le texte une confrontation des discours (intérieurs, extérieurs, portés ou pas par la langue, crachés ou pas dans la bouche des corps contre quoi on les pousse), parois opaques, souvent opaques, parfois étonnants et enjoués. Le langage est un langage de la terre (il dit beauseigne), on ne sait pas toujours (rarement) qui parle, c’est à la fois récréatif et exigeant mais c’est surtout, avant tout, un texte intermédiaire dont l’existence écrite n’est que transitoire : ça semble destiné à la parole parlée, théâtre à ciel ouvert. J’y vois des liens avec La peau même en offrande, dont la nouvelle tant truc, à l’écoulement particulier, m’a bousculé à la première lecture (et les yeux secs, j’ai échoué alors). Il y aurait une parenté entre ces trucs et Volodine ( car j’ai pensé à Volodine ou à Manuela Draeger et Volodine Bassmann la lisant ). (car j’ai pensé à Volodine ou à Manuela Draeger et Bassmann la lisant). Là, c’est l’inverse, il n’y a pas de parole parlée, il n’y a que du discours narratif qui a assimilé les dialogues, les a incorporés en lui, les a penchés pour en faire des italiques, mais ce n’est pas la partie de la nouvelle la plus réussie, celle où on sent indirectement que ça parle (ou que ça a parlé). Le plus intéressant c’est encore le début vaporeux, celui des os sciés sur le béton, de la transhumance souterraine des corps inconnus, le long de boyaux nus, et dont on ne sait rien.

jpg/p1010155.jpg

271014, version 4 (18 novembre 2014)

Dans un rêve j’explique à l’autre quelqu’un (il n’y a ni visage ni silhouette ni paroles échangées, simplement simlpement le discours) ce que c’est que Joyeux animaux de la misère. Tu as une quatrième de couverture qui joue le rôle de préambule ou de mise en situation (un monde pré ou postapocalyptique, une mégalopole, un bordel) et le texte une confrontation des discours (intérieurs, extérieurs, portés ou pas par la langue, crachés ou pas dans la bouche des corps contre quoi on les pousse), parois opaques, souvent opaques, parfois étonnants et enjoués. Le langage est un langage de la terre (il dit beauseigne), on ne sait pas toujours (rarement) qui parle, c’est à la fois récréatif et exigeant mais c’est surtout, avant tout, un texte intermédiaire dont l’existence écrite n’est que transitoire : ça et qui semble destiné vouée à la parole parlée, théâtre à ciel ouvert. J’y vois des liens avec La peau même en offrande , XXX , dont la nouvelle tant truc, à l’écoulement particulier, m’a bousculé à la première lecture (et les yeux secs, j’ai échoué alors). Il y aurait une parenté entre ces trucs textes et Volodine ( , car j’ai pensé à Volodine ou à Manuela Draeger et Bassmann la lisant). . Ici , c’est l’inverse, il n’y a pas de parole parlée, il n’y a que du discours narratif qui a assimilé les dialogues, les a incorporés en lui, les a penchés pour en faire des italiques, mais ce n’est pas la partie de la nouvelle la plus réussie, celle où on sent indirectement que ça parle (ou que ça a parlé). Le plus intéressant c’est encore le début vaporeux, celui des os sciés sur le bétonLe plus intéressant c’est encore le début vaporeux , celui des os sciés sur le béton , de la transhumance souterraine des corps inconnus, le long de boyaux nus, et dont on ne sait rien.

271014, version 3 (16 novembre 2014)

Dans un rêve j’explique à quelqu’un (il n’y a ni visage ni silhouette ni paroles échangées, simlpement le discours) ce que c’est que Joyeux animaux de la misère. , de Pierre Guyotat . Tu as une quatrième de couverture qui joue le rôle de préambule ou de mise en situation (un monde pré ou postapocalyptique, une mégalopole, un bordel) et le texte une confrontation des discours (intérieurs, extérieurs, portés ou pas par la langue, crachés ou pas dans la bouche des corps contre quoi on pousse), parois opaques, souvent opaques, parfois étonnants étonannt et enjoués joyeux . Le langage est un langage de la terre (il dit beauseigne), on ne sait pas toujours (rarement) qui parle, c’est à la fois récréatif et exigeant mais c’est surtout, avant tout, un texte intermédiaire dont l’existence écrite n’est que transitoire et qui semble vouée à la parole parlée, au théâtre à ciel ouvert. J’y vois des liens avec XXX, dont la nouvelle tant truc, à l’écoulement particulier, m’a bousculé à la première lecture (et les yeux secs j’ai échoué alors). Il y aurait une parenté entre ces textes et Volodine, car j’ai pensé à Volodine ou à Manuela Draeger et Bassmann la lisant. Ici, c’est l’inverse, il n’y a pas de parole parlée, il n’y a que du discours narratif qui a assimilé les dialogues, les a incorporés en lui, les a penchés pour en faire des italiques, mais ce n’est pas la partie de la nouvelle la plus réussie, celle où on l’on sent indirectement que ça parle (ou que ça a parlé). Le plus intéressant c’est encore le début vaporeux, celui des os sciés sur le béton, de la transhumance souterraine des corps inconnus, le long de boyaux nus étranges , et dont on ne sait rien.

271014, version 2 (27 octobre 2014)

Termine le premier volet de la Saga de Mô. Étais méfait au début, des a priori dû au mot saga manifestement. C’est étonnant. C’est rare de lire un accent clairement identifiable dans la musique du texte qui en fait une langue proche d’une langue étrangère (pour ça que j’aime lire des auteurs québécois).

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