Semaine Bolaño



Mardi dernier sortait (comme vu précédemment) le volume III de la revue Cyclocosmia. Reçue lundi, lue cette semaine, vous y trouverez (outre Ernesto & variantes, signé de ma main) le très singulier Martha le matin d’Alban Orsini que j’ai beaucoup aimé. En voici un extrait (le début en réalité).

La gourmandise faite à Martha voudrait que ma main coure sur son dos couché, à niveau dans l’horizontal. La gourmandise faite à Martha voudrait que je me colle contre son corps, que j’en possède l’espace et en goûte l’essence. Y râle un peu, juste pour voir, dans le murmure et tout. La gourmandise faite à Martha devrait m’occuper l’esprit à la mesure d’une idée fixe, tatouée dans mon âme comme elle l’est si bien, elle, dans les draps. La gourmandise faite à Martha voudrait que je lui coule dans l’oreille les trois petits mots qu’elle m’a appris dans la nuit et qu’elle en sourie pour réponse, un frisson d’elle m’irait tout aussi bien. La gourmandise faite à Martha voudrait que je sois le plus heureux des hommes à la voir ainsi nue et arrondie sur mon lit, le drap en seule équivoque à moitié replié, abandonné, dans le haut de ses épaules à la manière de. La gourmandise faite à Martha voudrait que je lui plie les cheveux dans le cou, que je les verse dans le creux de la clavicule et des salières pour lui baiser la nuque.

Alban Orsini, Martha le matin in Cyclocosmia III, L’association minuscule, P.180.

Également présent (et bien présent) dans ce volume III un dossier critique assez large centré sur (bien évidemment) Roberto Bolaño. Mention spéciale pour l’article d’Eric Bonnargent, alias Bartleby, et son étude du roman policier chez Bolaño.

Le mal est absolu lorsque ses causes ne peuvent être clairement identifiées et c’est de ce mal dont il est question dans Les détectives sauvages. On ne peut rien contre ce qui, comme la rose, est sans pourquoi ; on ne peut que constater les dégâts et essayer de s’en tirer. Cela explique pourquoi il ne saurait y avoir de véritable romans policiers chez Bolaño. Les écrivains qui expliquent, les écrivains qui, tels les auteurs de romans policiers, réduisent la complexité des choses et rationalisent à tout-va ne sont que des imposteurs. Le mal est là, rien ne peut le résoudre. L’un des rôles de l’écrivain est simplement d’en rendre compte le plus discrètement possible.

Eric Bonnargent, L’auberge espagnole chez Roberto Bolaño in Cyclocosmia III, L’association minuscule, P.120.

Semaine Bolaño aussi par l’évocation chez les voisins du Fric-Frac Club de la parution future du Troisième Reich « nouveau roman posthume » du chilien à paraître chez Christian Bourgois en avril. Enfin semaine qui se termine ce week-end avec la programmation de la pièce 2666, adaptation du bouquin éponyme de qui vous savez par Pablo Ley et Alex Rigola, du 11 au 14 février (jusqu’à demain, donc) au festival Le Standard Idéal au MC93 de Bobigny. Nous y serons.

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