050515


Se sentant mal, se sentant nul, il affichait un sourire crispé, redoublait d’enthousiasme et blaguait avec les petites mains comme si de rien. Cela ne réjouissait pas tant son fils, qui auscultait un reste racorni de morgue, une croûte qui jamais ne pétrifierait l’élastique mouvement. Et le rituel du départ était mis en scène par la circonstance, sur les planches d’un lit immonde, le père jouait, le fils plus sombre : il attendait qu’on puisse. Et ses gestes et sa voix perforée d’elle, se maculait de grave lorsqu’il déroule le tapis de sa langue. Son père reconstituait l’emprunté comme un nez rouge collé à sa face, remontait le mécanisme roué de la parole butée, du mot aveugle au jour. Il refusait tout geste trop appuyé à son égard, un mot, un ton qui signifiât un peu trop criard, et dénudât de trop dans une chambre et le grabat déjà misérables. Il enculait la pitié. Le fils, gêné en retour, souriait raide et se tenait droit ; l’endimanché de l’un répondait à l’ampoulé de l’autre, et ils ne croisaient aucun de leurs fers ni eux-mêmes.

Puis rompant le théâtre, le père dit Il y a fort qu’on ne se bade plus tu sais. Oui (l’autre, sachant qu’on en vient là à coup sûr). Aucun des deux ne tique et chacun se coule dans une cire moins solennelle : Oui. Cela ne dispensait pas du silence, mais cela épargnait le bla.

Benoît Vincent, Farigoule Bastard, Le Nouvel Attila, P. 17-18

Retour aux obligations de la vie professionnelle (l’autre). Il y a une certaine forme de douleur quelque part (je ne sais pas si c’est les cervicales, je sais pas si ça vient de l’optique). À mon retour 128 mails non lus (j’ai pas envie de les lire). Je me dis qu’en réalité, compte tenu de l’heure encodée dans la rouge du réveil (6h10) et de mon heure supposée de départ au bureau (8h30), j’aurais tout le temps de partir courir le matin avant d’aller bosser. J’ai des écailles dans la tête, réfléchir ça prend l’eau (on me parle de choses : j’ai oublié ces choses). Hier, c’est loin de moi, si loin. Je lis sur le côté de ma main gauche, en déjeunant sans y mettre les yeux, cette série de témoignages de gens qui ont connu Tchernobyl à corps. Cette femme raconte comme son mari, pompier, après s’être rendu sur les lieux de l’incendie du réacteur, a survécu à son irradiation quatorze jours, quatorze jours avant de vomir ses organes et mourir. On l’a enterré dans une terre spéciale, à Moscou, dans un cercueil en zinc et pieds nus. J’ai pris de la chimie pour tenir. On s’est retrouvé au Pouchla avec les geeks de la lutte contre le projet de loi renseignement qui étaient là, après le vote, festifs malgré tout, et il a échangé une clope contre une flamme du briquet à quelqu’un qui nous a tutoyés.

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050515, version 6 (26 mai 2015)

<blockquote > farigoule un

Se sentant mal, se sentant nul, il affichait un sourire crispé, redoublait d’enthousiasme et blaguait avec les petites mains comme si de rien. Cela ne réjouissait pas tant son fils, qui auscultait un reste racorni de morgue, une croûte qui jamais ne pétrifierait l’élastique mouvement. Et le rituel du départ était mis en scène par la circonstance, sur les planches d’un lit immonde, le père jouait, le fils plus sombre : il attendait qu’on puisse. Et ses gestes et sa voix perforée d’elle, se maculait de grave lorsqu’il déroule le tapis de sa langue. Son père reconstituait l’emprunté comme un nez rouge collé à sa face, remontait le mécanisme roué de la parole butée, du mot aveugle au jour. Il refusait tout geste trop appuyé à son égard, un mot, un ton qui signifiât un peu trop criard, et dénudât de trop dans une chambre et le grabat déjà misérables. Il enculait la pitié. Le fils, gêné en retour, souriait raide et se tenait droit ; l’endimanché de l’un répondait à l’ampoulé de l’autre, et ils ne croisaient aucun de leurs fers ni eux-mêmes.

Puis rompant le théâtre, le père dit Il y a fort qu’on ne se bade plus tu sais. Oui (l’autre, sachant qu’on en vient là à coup sûr). Aucun des deux ne tique et chacun se coule dans une cire moins solennelle : Oui. Cela ne dispensait pas du silence, mais cela épargnait le bla.

Benoît Vincent, Farigoule Bastard, Le Nouvel Attila, P. 17-18

</blockquote>

Migraine, Boulot, Benoit Vincent, Nucléaire, Svetlana Alexievich
<img1468|center > photo saga

050515, version 5 (26 mai 2015)

050515, version 4 (26 mai 2015)

Retour aux obligations de la vie professionnelle (l’autre). Il y a une certaine forme de douleur quelque part (je ne sais pas si c’est les cervicales, je sais pas si ça vient de l’optique). À mon retour 128 mails non lus (j’ai pas envie de les lire). Je me dis qu’en réalité, compte tenu de l’heure encodée dans la rouge cloque du réveil, 6h10, et de mon heure supposée de départ au bureau, 8h30, j’aurais tout le temps de partir courir le matin avant d’aller bosser. J’ai des écailles dans la tête, réfléchir ça prend l’eau du temps (on me parle de choses : j’ai oublié ces choses). Hier, c’est loin de moi, si très loin. Je lis sur le côté de ma main gauche, en déjeunant sans y mettre les yeux, cette série de témoignages de gens qui ont été vu témoins de Tchernobyl à corps. Cette femme raconte comme son mari, pompier, après s’être rendu sur les lieux de l’incendie du réacteur, a survécu à son irradiation quatorze jours, quatorze jours avant de vomir ses organes et de mourir. On l’a enterré dans une terre spéciale, à Moscou, dans un cercueil en zinc et , pieds nus. J’ai pris de la chimie pour tenir. On s’est retrouvé au Pouchla avec les geeks de la lutte contre le projet de loi renseignements qui étaient était là, après le vote, festifs, et il a échangé une clope contre une flamme du briquet à quelqu’un qui nous a tutoyés.

050515, version 3 (25 mai 2015)

Retour aux obligations de la vie professionnelle (l’autre). Il y a une certaine forme de douleur quelque part (je ne sais pas si c’est les cervicales, je sais pas si ça vient de l’optique). À A mon retour 128 mails non lus (j’ai pas envie de les lire). Je me dis qu’en réalité, compte tenu de l’heure encodée dans la cloque du réveil, 6h10, et de mon heure supposée de départ au bureau, ( 8h30, ), j’aurais tout le temps de partir courir le matin avant d’aller bosser que j’aille . J’ai des écailles dans la tête, réfléchir prend du temps (on me parle de choses : j’ai oublié ces choses). Hier, c’est loin de moi, très loin. Je lis sur le côté de ma main gauche, en déjeunant sans y mettre les yeux, cette série de témoignages de gens qui ont été témoins de Tchernobyl à corps. Cette femme raconte comme son mari, pompier, après s’être rendu sur les lieux de l’incendie du réacteur, a survécu à son irradiation quatorze jours, avant de vomir ses organes et de mourir. On l’a enterré dans une terre spéciale, à Moscou, dans un cercueil en zinc, pieds nus. J’ai pris de la chimie pour tenir. On s’est retrouvé au Pouchla avec les geeks de la lutte contre le projet de loi renseignements qui était là, après le vote, festifs festif , et il a échangé une clope contre une flamme du briquet à quelqu’un qui nous a tutoyés tutoyé .

050515, version 2 (6 mai 2015)

photo saga
Retour aux obligations de la vie professionnelle (l’autre). Il y a une certaine forme de douleur quelque part (je ne sais pas si c’est les cervicales, je sais pas ou si ça vient c’est de l’optique). A mon retour il y a 128 mails non lus (j’ai je n’ai pas envie de les lire). Je me dis qu’en réalité, compte tenu de l’heure encodée dans la cloque le cristal du réveil, 6h10, et de mon heure supposée de départ au bureau (8h30), j’aurais tout le temps de partir courir le matin avant d’aller bosser où que j’aille ce soit . J’ai des écailles dans la tête, réfléchir prend du temps (on me parle de choses : dont j’ai tout oublié ces choses ). Hier, c’est loin de moi, très loin. Je lis sur le côté de ma main gauche, en déjeunant sans y mettre les yeux, cette série de témoignages de gens qui ont été témoins de Tchernobyl à corps. Cette femme raconte dit comme son mari, pompier, après s’être rendu sur les lieux de l’incendie du réacteur, a survécu à son irradiation quatorze jours, avant de vomir ses organes et de mourir. On l’a enterré dans une terre spéciale, à Moscou, dans un cercueil en zinc, pieds nus. J’ai pris de la chimie pour tenir. On s’est retrouvé au Pouchla avec les geeks de la lutte contre le projet de loi renseignements qui était là, après le vote, festif, et il a échangé une clope contre une flamme du briquet à quelqu’un qui nous a tutoyé.

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