121017


J’étais à Montparnasse. J’irai manger à Sushi Gozen. Avec Virginie un moment au café de l’Atlantique. Ça me remplit d’énergie cette discussion. Il y a la soirée du 26 à L’autre livre à préparer. Sushi gozen propose d’autres trucs le midi que le soir. Des nouilles Udon à la sauce soja. Tout est bien tenu froid par des glaçons. Comment ça se mange ? Le temps était bizarre : n’arrêtera pas de passer de très ensoleillé à l’hyper nuageux. Tu es là, tu marches. Tu lis des trucs qui te stimulent. D’autres moins. Je penserai encore à S. Je ne sais même pas s’il y a un moment dans ce journal où je raconte quelque chose de lui et de son histoire [1]. La réalité, c’est que je ne l’ai pas connu. C’était un commercial terrain, un collègue de chez STAT, du temps où je bossais encore chez STAT. J’étais là depuis quelques mois. Je déjeunerai une fois avec lui, dans un lieu hyper glauque qui a fermé depuis. Il avait eu un comportement déplacé à l’encontre de quelqu’un qui était proche de moi, dans son dos. Ça me marquera cette histoire. Assez ensuite pour culpabiliser de n’avoir plus en tête que cette image de lui. Une autre fois était passé au bureau présenter aux collègues avec sa femme (ou sa compagne) son fils (sa fille ?) qui venait juste de naître. S. est mort. C’était un peu plus tard cette année-là, en septembre, moi je suis rentré dans la boite en mai au moment où l’affaire DSK éclatera, à un ou deux jours près. Il y avait un salon auquel la boite participait, un truc chiant comme tout qui nécessitera la présence de chacun sur un stand insipide, bref. Il s’était fait porter pâle. Du moins, c’est ce que les langues diront de lui, dans son dos. En réalité, il sera hospitalisé pour un truc, personne ne sait quoi. J’ai oublié combien de temps ça a duré ce machin. Entre neuf mois et un ans, je crois. Un matin, donc, on nous annoncera par email sa mort, et comment. C’était un truc horrible. Une fasciite nécrosante. Il a perdu petit à petit ses membres et ses organes. Abominable. Personne ne saura réellement comment c’est arrivé. C’était important ? Je suppose qu’on se posait des questions. Plusieurs mois plus tard, le DG de l’époque est de retour d’une longue période d’absence. C’était arrivé pendant qu’il était à l’autre bout du monde. Ce jour-là il y a un pot d’organisé, il fait un discours à l’équipe sur le mode vous avez bien travaillé sans moi. C’était convivial et tout. Puis il dit quelque chose comme l’entreprise se porte bien, tout s’est bien passé durant mon absence, je retrouve une équipe soudée, personne n’est mort... Personne n’a relevé ni parlé d’S. Mais c’est faux, non, quelqu’un a réagi. C’est tout. Tous les autres, ça ne nous est pas venu à l’esprit et on s’est contenté de sourire : on attendait ça de nous. Ce sera plusieurs mois plus tard. L’eau avait coulé. C’est ma deuxième source de culpabilité vis à vis d’S. Longtemps plus tard, plusieurs années après, son nom était toujours dans la base des comptes mail de la boite. Personne n’osera le supprimer. Une espèce de fantôme numérique dont on verra le nom parfois, par exemple lorsqu’il y avait des messages à envoyer à l’ensemble de la filiale. La fille qui devait s’occuper de ça ensuite est partie après avoir piqué quelques dizaines de milliers d’euros dans la caisse du CE, dont elle était aussi la trésorière, mais c’est une autre histoire. Je suis parti moi aussi. J’ignore si S. est toujours enregistré dans la base mail ni s’il apparaît encore dans les messages groupés. Mais je comprends. Après tout, je suis juste incapable d’unfollower Philippe Rahmy ou Maryse Hache. Mais je repense souvent à S. et à la façon effroyable dont il est mort. À la fin, nous a-t-on dit, il ne pesait plus que la moitié de son poids d’origine. Ça se retrouve, fatalement, dans ce que j’écris. Mais je n’ai pas connu S., non. Donc ai-je le droit de l’écrire ? Une autre culpabilité ? On m’a dépeint son portrait mais plus tard, après coup. Des anecdotes de bureau, des trucs tendres. Et moi qui n’ai donc qu’un souvenir de lui, ce déjeuner glauque au cours duquel le patron, dégueulasse, venait draguer chaque cliente et où, lui, il a dit à la stagiaire qui nous accompagnait, parlant de quelqu’un d’autre mais dans son dos : tu feras attention à elle : elle préfère les femmes, tu sais. Qu’est-ce que j’aimerais ça, pouvoir me débarrasser de ce souvenir... Il m’est arrivé plusieurs fois par la suite d’aller chercher les quelques mails qu’on s’était échangés durant ces deux trois mois de travail en commun, simplement pour relire. C’était des trucs banals. Des trucs de boulot, quoi. Des demandes de conseil, des rappelle tel client, des je veux des spare parts. Je ne les avais pas jetés, rien. Ils sont dans un dossier quelque part. Peut-être encore présent sur un serveur ?Ensuite, un peu avant tomber sur ce lapsus de l’œil étrange, écorcer le vent, j’ai roulé un peu sur le fil du rasoir : je suis vraiment sur la brèche, là. Je suis en dépassement de quota d’écran, je dois faire attention. Je relirai Il y a le chemin, de Jean-Yves, précisément pour préparer cette rencontre du 26. La dernière partie du livre, « D’un hiver », voilà de quoi j’avais besoin ici.

Sans fin filait cela du blanc sur fond blanc à peine silhouettes entrevisions brèves guère plus que des rêves mauvais dans la plaine et le gel.

Partout craquements
grincements de glaces
qui se dilatent
tout fissurait
se figeait debout
se renversait
chocs sourds de ténèbres
cendres la parole même
la chaleur vive enfuie
n’était plus qu’ombre d’elle-même.

Ce qui étendait son emprise
l’ici borné
perclus d’un sommeil muet
infini
parmi les hommes
ne se déferait pas au printemps.

Quand la lumière vient à manquer
la course s’accélère sans fin.



12 novembre 2017
par Guillaume Vissac
Journal
#Boulot #Homosexualité #Jean-Yves Fick #Maryse Hache #Migraine #Mort #Paris #Philippe Rahmy #Publie.net #S. #Vélo #Virginie Gautier

[1En fait il y a trois entrées du journal au moins au cours duquel je parle de lui, sans compter Grieg : le 210812, le 090713 et le 250715.

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121017, version 7 (12 novembre 2017)

Migraine, Publie.net, Mort, Boulot, Paris, Homosexualité, Philippe Rahmy, S., Vélo, Maryse Hache, Virginie Gautier, Jean-Yves Fick

J’étais à Montparnasse. J’irai J’étais à Montparnasse , j’irai manger à Sushi Gozen, même seul . Avec [Virginie->http://carnetdesdeparts.blogspot.fr] Avec Virginie un moment au café de l’Atlantique. Ça me remplit d’énergie cette discussion. Il y a [la soirée du 26->https://www.facebook.com/events/785706188297703/] Il y a la soirée du 26 à L’autre livre à préparer. Sushi gozen propose d’autres trucs le midi que le soir. Des Ici des nouilles Udon à la sauce soja. Tout est bien tenu froid par des glaçons. Comment ça se mange ? Le temps était bizarre : n’arrêtera pas de passer de très ensoleillé à l’hyper nuageux. Tu es là, tu marches. Tu lis des trucs qui te stimulent. D’autres moins. C’est le jeu. Je penserai encore à S. Je ne sais même pas s’il y a un moment dans ce journal où je raconte quelque chose de lui et de son histoire [1]. La réalité, c’est que je ne l’ai pas connuce type . C’était un commercial terrain, un collègue de chez STAT, du temps où je bossais encore chez STAT. J’étais là depuis quelques mois. Je déjeunerai une fois avec lui ( et d’autres ), par hasard je crois , dans un lieu hyper glauque qui a fermé depuis. Il avait eu un comportement déplacé à l’encontre de quelqu’un qui était proche de moi, dans son dos. Ça me marquera cette histoire. Assez ensuite pour culpabiliser de n’avoir plus en tête que cette image de lui. Une autre fois était passé au bureau présenter aux collègues avec sa femme (ou sa compagne) son fils (sa fille ?) qui venait juste de naître. S ici . Il est mort. Lui, je veux dire. C’était un peu plus tard cette année-là, en septembre, moi je suis rentré dans la boite en mai au moment où l’affaire DSK éclatera, à un ou deux jours près. Il y avait un salon auquel la boite participait, un truc chiant comme tout qui nécessitera la présence de chacun sur un stand insipide, bref. Il s’était fait porter pâle. Du moins, c’est ce que les langues diront de lui, dans son dos. En réalité, il sera hospitalisé pour un truc, personne ne sait quoi. J’ai oublié combien de temps ça a duré ce machin. Entre neuf mois et un ans, je crois. Un matin, donc, on nous annoncera par email sa mort, et comment. C’était un truc horrible. Une fasciite nécrosante. Il a perdu petit à petit ses membres et ses organes. Abominable. Personne ne saura réellement comment c’est arrivé. C’était important ? Je suppose qu’on se posait des questions. Plusieurs mois plus tard, le DG de l’époque est de retour d’une longue période d’absence. C’était arrivé pendant qu’il était à l’autre bout du monde, même s’il avait appris la nouvelle comme nous tous et qu’il avait réagi , je crois , par email . Ce Bref , ce jour-là il y a un pot d’organisé, il fait un discours à l’équipe sur le mode vous avez bien travaillé sans moi. C’était convivial et tout. Puis il dit quelque chose comme l’entreprise se porte bien, tout s’est bien passé durant mon absence, je retrouve une équipe soudée, personne n’est mort... Personne n’a relevé ni parlé d’S. Mais c’est faux, non, quelqu’un a réagi. C’est tout. Tous les autres, ça ne nous est pas venu à l’esprit et on s’est contenté de sourire : on attendait ça de nous . Ce sera On était plusieurs mois plus tard. L’eau avait coulé. C’est ma deuxième source de culpabilité vis à vis d’S. Longtemps plus tard, plusieurs années après, son nom était toujours dans la base des comptes mail de la boite. Personne n’osera le supprimer. Une espèce de fantôme numérique dont on verra le nom parfois, par exemple lorsqu’il y avait des messages à envoyer à l’ensemble l’intégralité du bureau ou de la filiale. La fille qui devait s’occuper de ça ensuite est partie après avoir piqué quelques dizaines de milliers d’euros dans la caisse du CE, dont elle était aussi la trésorière, mais c’est une autre histoire. Je suis parti moi aussi. J’ignore si S. est toujours enregistré dans la base mail ni s’il apparaît encore dans les messages groupés. Mais je comprends. Après tout, je suis juste incapable d’unfollower Philippe Rahmy ou Maryse Hache. Mais , je repense pense super souvent à S. Mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans que je pense à S. et à la façon effroyable dont il est mort. À la fin, nous a-t-on dit, il ne pesait plus que l’équivalent de la moitié de son poids d’origine. Ça se retrouve, fatalement, dans ce que j’écris. Mais je n’ai pas connu S., non. Donc ai-je le droit de l’écrire ? Une autre culpabilité ? On m’a dépeint son portrait mais plus tard, après coup. Des anecdotes de bureau, des trucs tendres. Et moi qui n’ai donc qu’un souvenir de lui, ce déjeuner glauque au cours duquel le patron, dégueulasse, venait draguer chaque cliente lourdement et où, lui, il a dit à la stagiaire qui nous accompagnait, parlant de quelqu’un d’autre mais dans son dos : tu feras attention à elle : elle préfère les femmes, tu sais. Qu’est-ce que j’aimerais ça , pouvoir Je donnerai n’importe quoi pour me débarrasser de ce souvenir... . Il Et le fait est qu’il m’est arrivé plusieurs fois par la suite d’aller chercher les quelques mails qu’on s’était échangés durant ces deux trois mois de travail en commun, simplement pour relire. C’était des trucs banals. Des trucs de boulot, quoi. Des demandes de conseil, des rappelle tel client, des je veux des spare parts. Je ne les avais pas jetés, rien. Ils sont dans un dossier quelque part. Peut-être est-il encore présent sur un serveur ? Deux trois échanges fantômes avec ce type qui ne me quitte plus. Ensuite, un peu avant tomber sur ce lapsus de l’œil étrange, écorcer le vent, j’ai roulé un peu sur le fil du rasoir : je suis vraiment sur la brèche, en ce moment . Je suis en dépassement de quota d’écran, je dois faire attention. Je relirai [Il y a le chemin->https://www.publie.net/livre/il-y-le-chemin-jean-yves-fick/], de [Jean-Yves->https://gammalphabets.org]Je relirai Il y a le chemin , de Jean-Yves Fick , précisément pour préparer cette rencontre du 26. La dernière partie du livre, «  D’un "D’un hiver », ", voilà de quoi j’avais j’ai besoin ici .

<blockquote> Sans fin filait cela du blanc sur fond blanc à peine silhouettes entrevisions brèves guère plus que des rêves mauvais dans la plaine et le gel.

Partout craquements
grincements de glaces
qui se dilatent
tout fissurait
se figeait debout
se renversait
chocs sourds de ténèbres
cendres la parole même
la chaleur vive enfuie
n’était plus qu’ombre d’elle-même.

Ce qui étendait son emprise
l’ici borné
perclus d’un sommeil muet
infini
parmi les hommes
ne se déferait pas au printemps.

Quand la lumière vient à manquer
la course s’accélère sans fin.

</blockquote>

[1En fait réalité il y a trois entrées du journal au moins au cours duquel je parle de lui, sans compter Grieg : le 210812, le 090713 et le 250715.

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121017, version 6 (11 novembre 2017)

J’étais Comme j’étais à Montparnasse, j’irai bien manger à Sushi Gozen, même seul. Avec Virginie un moment au café de l’Atlantique. Ça me remplit d’énergie cette discussion le fait que l’on se parle . Il y a la soirée du 26 à L’autre livre à préparer. Sushi gozen propose d’autres trucs le midi que le soir. Ici des nouilles Udon à la sauce soja. Tout est bien tenu froid par des glaçons. Comment ça se mange ? Le temps était bizarre : il n’arrêtera pas de passer de très ensoleillé à l’hyper nuageux. Tu es là, tu marches. Tu lis des trucs qui te stimulent. D’autres moins. C’est le jeu. Je penserai encore à S., je pense super souvent à S. ici. Je ne sais même pas s’il y a un moment dans ce journal où je raconte quelque chose de lui et de son histoire [2]. Probablement que non. La réalité, c’est que je ne l’ai même pas connu ce type . C’était un commercial terrain, un collègue de chez STAT, du temps où je bossais encore chez STAT. J’étais là depuis quelques mois. Je déjeunerai une fois avec lui (et d’autres), par hasard je crois, dans un lieu hyper glauque qui a fermé depuis. Il avait eu un comportement déplacé à l’encontre de quelqu’un qui était proche de moi, dans son dos. Ça me marquera cette histoire. Assez ensuite pour culpabiliser tant de n’avoir plus en tête que cette image de lui. Une autre fois était passé au bureau présenter aux collègues avec sa femme (ou sa compagne) son fils (sa fille ?) qui venait juste de naître. Il est mort. Lui, je veux dire. C’était un peu plus tard cette année-là, en septembre, moi je suis rentré dans la boite en mai au moment où l’affaire DSK éclatera, à un ou deux jours près . Il y avait un salon auquel la boite participait, un truc chiant comme tout qui nécessitera la présence de chacun sur un stand insipide, bref. Il s’était fait porter pâle. Du moins, c’est ce que les langues diront de lui, dans son dos, au bureau . En réalité, il sera hospitalisé pour un truc, personne ne sait quoi. J’ai oublié combien de temps ça a duré ce machin. Entre neuf mois et un ans, je crois. Un matin, donc, on nous annoncera par email sa mort, et comment. C’était un truc horriblequ’il avait attrapé . Une fasciite nécrosante. Il a perdu petit à petit ses membres et ses organes. Abominable. Personne ne saura réellement comment c’est arrivé. C’était important ? Je suppose qu’on se posait des questions. Plusieurs mois plus tard, le DG de l’époque est de retour d’une longue période d’absence. C’était arrivé pendant qu’il était à l’autre bout du monde, même s’il avait appris la nouvelle comme nous tous et qu’il avait réagi, je crois, à l’époque par email. Bref, ce jour-là il y a un pot d’organisé, il fait un discours à l’équipe sur le mode vous avez bien travaillé sans moi. C’était convivial et tout. Puis il dit quelque chose comme l’entreprise se porte bien, tout s’est bien passé durant mon absence, je retrouve une équipe soudée, personne n’est mort... Personne n’a relevé ni parlé d’S. Mais c’est faux, non, quelqu’un a réagi. C’est tout. Tous les autres, ça ne nous est pas venu à l’esprit et on s’est contenté de sourire. On était plusieurs mois plus tard. L’eau avait coulé. C’est ma deuxième source de culpabilité vis à vis d’S. Longtemps plus tard, plusieurs années après, son nom était toujours dans la base des comptes mail de la boite. Personne n’osera le supprimer. Une espèce de fantôme numérique dont on verra le nom parfois, par exemple lorsqu’il y avait des messages à envoyer à l’intégralité du bureau ou de la filiale. La fille qui devait s’occuper de ça ensuite est partie après avoir piqué quelques dizaines de milliers d’euros dans la caisse du CE, dont elle était aussi la trésorière, mais c’est une autre histoire. Je suis parti moi aussi. J’ignore si S. est toujours enregistré dans la base mail ni s’il apparaît encore ( son nom du moins ) dans les messages groupés. Mais je comprendsça . Après tout, je suis juste incapable d’unfollower Philippe Rahmy ou Maryse Hache. Mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans que je pense à S. et à la façon effroyable dont il est mort. À la fin, nous a-t-on dit, il ne pesait plus que l’équivalent de la moitié de son poids d’origine. Ça se retrouve, fatalement, dans ce que j’écris. Mais je n’ai pas connu S., non. Donc ai-je le droit de l’écrire ? Une autre culpabilité ? On m’a dépeint son portrait mais plus tard, après coup. Des anecdotes de bureau, des trucs tendres. Et moi qui n’ai donc qu’un souvenir de lui, ce déjeuner glauque au cours duquel le patron, dégueulasse, venait draguer chaque cliente lourdement et où, lui, il a dit à la stagiaire qui nous accompagnait, parlant de quelqu’un d’autre mais dans son dos : tu feras attention à elle : elle préfère les femmes, tu sais. Je donnerai n’importe quoi pour me débarrasser de ce souvenir. Et le fait est qu’il m’est arrivé plusieurs fois par la suite d’aller chercher les quelques mails qu’on s’était échangés durant ces deux trois mois de travail en commun, simplement pour relire. C’était des trucs banals. Des trucs de boulot, quoi. Des demandes de conseil, des rappelle tel client, des je veux des spare parts. Je ne les avais ai pas jetés, rien. Ils sont dans un dossier quelque part. Peut-être est-il encore présent sur un serveur ? Deux trois échanges fantômes avec ce type qui ne me quitte plus. Ensuite, un peu avant tomber sur ce lapsus de l’œil étrange, écorcer le vent, j’ai roulé un peu sur le fil du rasoir : je suis vraiment sur la brèche en ce moment. Je suis en dépassement de quota d’écran, je dois faire attention. Je relirai Il y a le chemin, de Jean-Yves Fick, précisément pour préparer cette rencontre du 26. La dernière partie du livre, "D’un hiver", voilà de quoi j’ai besoin.

<blockquote> Sans fin filait cela du blanc sur fond blanc à peine silhouettes entrevisions brèves guère plus que des rêves mauvais dans la plaine et le gel.

Partout craquements
grincements de glaces
qui se dilatent
tout fissurait
se figeait debout
se renversait
chocs sourds de ténèbres
cendres la parole même
la chaleur vive enfuie
n’était plus qu’ombre d’elle-même.

Ce qui étendait son emprise
l’ici borné
perclus d’un sommeil muet
infini
parmi les hommes
ne se déferait pas au printemps.

Quand la lumière vient à manquer
la course s’accélère sans fin.

</blockquote>

[2En réalité il y a trois entrées du journal au moins au cours duquel je parle de lui, sans compter Grieg : le 210812, le 090713 et le 250715.

121017, version 5 (10 novembre 2017)

Comme j’étais à Montparnasse, j’irai bien manger à Sushi Gozen, même seul. Avec Virginie un moment au café de l’Atlantique. Ça me remplit d’énergie le fait que l’on se parle. Il y a la soirée du 26 à L’autre livre à préparer. Sushi gozen propose d’autres trucs le midi que le soir. Ici des nouilles Udon à la sauce sojafroide . Tout est bien tenu froid par des glaçons. Comment ça se mange ? Le temps était bizarre : il n’arrêtera pas de passer passe de très ensoleillé à l’hyper nuageux. Tu es là, tu marches. Tu lis des trucs qui te stimulent. D’autres moins. C’est le jeu. Je penserai encore à S., je pense super souvent à S. ici. Je ne sais même pas s’il y a un moment dans ce journal où je raconte quelque chose de lui et de son histoire [3]. Probablement que non. La réalité, c’est que je ne l’ai même pas connu. C’était un commercial terrain, un collègue de chez STAT Stat , du temps où je bossais encore chez STAT Stat . J’étais là depuis quelques mois. Je déjeunerai une fois avec lui (et d’autres), par hasard je crois, dans un lieu hyper glauque qui a fermé depuis. Il avait eu un comportement déplacé à l’encontre de quelqu’un qui était proche de moi aussi ma responsable , dans son dos. Ça me marquera cette histoire. Assez ensuite pour culpabiliser tant de n’avoir plus en tête que cette image de lui. Une autre fois était passé au bureau présenter aux collègues avec sa femme (ou sa compagne) son fils (sa fille ?) qui venait juste de naître. Il est mort. Lui, je veux dire. C’était un peu plus tard cette année-là année , en septembre, moi je suis rentré dans la boite en mai au moment où l’affaire DSK éclatera. Il y avait un salon auquel la boite participait, un truc chiant comme tout qui nécessitera la présence de chacun de nous sur un stand insipide, bref. Il s’était fait porter pâle. Du moins, c’est ce que les langues diront de lui, dans son dos, au bureauen souriant . En réalité, il sera hospitalisé pour un truc , personne ne sait quoi pourquoi . J’ai oublié combien de temps ça a duré ce machin cette histoire . Entre neuf mois et un ans, je crois. Un matin, donc, on nous annoncera par email sa mort, et comment. C’était un truc horrible qu’il avait attrapé. Ou contracté, je sais pas. Une fasciite nécrosante. Il a perdu petit à petit ses membres et ses organes. Abominable. Personne ne saura réellement comment c’est arrivé. C’était important ? Je suppose qu’on se posait des questions. Plusieurs mois plus tard, le DG de l’époque est de retour d’une longue période d’absence. C’était arrivé pendant qu’il était à l’autre bout du monde, même s’il avait appris la nouvelle comme nous tous et qu’il avait réagi, je crois, à l’époque par email. Bref, ce jour-là il y a un pot d’organisé, il fait un discours à l’équipe sur le mode vous avez bien travaillé sans moi. C’était convivial et tout. Puis il dit quelque chose comme l’entreprise se porte bien, tout s’est bien passé durant mon absence, je retrouve une équipe soudée, personne n’est mort... Personne n’a relevé ni parlé d’S. Mais c’est faux, non, quelqu’un a réagi. C’est tout. Tous les autres, ça ne nous est pas venu à l’esprit et on s’est contenté de sourire. On était plusieurs mois plus tard. L’eau avait coulé. C’est ma deuxième source de culpabilité vis à vis d’S. (la première étant cette histoire de déjeuner glauque qui me reste en travers de la gorge). Longtemps plus tard, plusieurs années après, son nom était toujours dans la base des comptes mail de la boite. Personne n’osera le supprimer. Une espèce de fantôme numérique dont on verra le nom parfois, par exemple lorsqu’il y avait des messages à envoyer à l’intégralité du bureau ou de la filiale. La fille qui devait s’occuper de ça ensuite est partie après avoir piqué quelques dizaines de milliers d’euros dans la caisse du CE, dont elle était aussi la trésorière, mais c’est une autre histoire. Je suis parti moi aussi. J’ignore si S. est toujours enregistré dans la base mail ni s’il apparaît encore (son nom du moins) dans les messages groupés. Mais je comprends ça. Après tout, je suis juste incapable moi-même d’unfollower Philippe Rahmy ou Maryse Hache. Mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans que je pense à S. et à la façon effroyable dont il est mort. À la fin, nous a-t-on dit, il ne pesait plus que l’équivalent de la moitié de son poids d’origine. Ça se retrouve, fatalement, dans ce que j’écris. Mais je n’ai pas connu S., non. Donc ai-je le droit de l’écrire ? Une autre culpabilité ? peut-être . On m’a dépeint son portrait mais plus tard, après coup. Des anecdotes de bureau, des trucs tendres. Et moi qui n’ai donc qu’un souvenir de lui, ce déjeuner glauque au cours duquel le patron, dégueulasse, venait draguer chaque cliente femme lourdement et où, lui, il a dit à la stagiaire qui nous accompagnait, parlant de quelqu’un d’autre mais dans son dos : tu feras attention à elle : elle préfère les femmes, tu sais. Je donnerai n’importe quoi pour me débarrasser de ce souvenir. Et le fait est qu’il m’est arrivé plusieurs fois par la suite d’aller chercher les quelques mails qu’on s’était échangés durant ces deux trois mois de travail en commun, simplement pour relire. C’était des trucs banals. Des trucs de boulot, quoi. Des demandes de conseil, des rappelle tel client, des je veux des spare parts. Je ne les ai pas jetés, rien. Ils ILs sont dans un dossier quelque part. Peut-être est-il encore présent sur un serveur ? Deux trois échanges fantômes avec ce type qui ne me quitte plus. Ensuite, un peu avant tomber sur ce lapsus de l’œil étrange, écorcer le vent, j’ai roulé un peu sur le fil du rasoir : je suis vraiment sur la brèche en ce moment. Je suis en dépassement de quota d’écran, je dois faire attention. Je relirai Il y a le chemin, de Jean-Yves Fick, précisément pour préparer cette rencontre du 26. La dernière partie du livre, "D’un hiver", voilà de quoi j’ai j’avais besoin.

<blockquote> Sans fin filait cela du blanc sur fond blanc à peine silhouettes entrevisions brèves guère plus que des rêves mauvais dans la plaine et le gel.

Partout craquements
grincements de glaces
qui se dilatent
tout fissurait
se figeait debout
se renversait
chocs sourds de ténèbres
cendres la parole même
la chaleur vive enfuie
n’était plus qu’ombre d’elle-même.

Ce qui étendait son emprise
l’ici borné
perclus d’un sommeil muet
infini
parmi les hommes
ne se déferait pas au printemps.

Quand la lumière vient à manquer
la course s’accélère sans fin.

</blockquote>

[3En réalité il y a trois entrées du journal au moins au cours duquel je parle de lui, sans compter Grieg : le 210812, le 090713 et le 250715.

121017, version 4 (13 octobre 2017)

Comme j’étais à Montparnasse, j’irai bien manger à Sushi Gozen, même seul. Avec Virginie un moment au café de l’Atlantique. Ça me remplit d’énergie le fait que l’on se parle. Il y a la soirée du 26 à L’autre livre à préparer. Sushi gozen propose d’autres trucs le midi que le soir. Ici des nouilles Udon à la sauce soja froide. Tout est bien tenu froid par des glaçons. Comment ça se mange ? Le temps était bizarre : il n’arrêtera pas de passe de très ensoleillé à l’hyper nuageux. Tu es là, tu marches. Tu lis des trucs qui te stimulent. D’autres moins. C’est le jeu. Je penserai encore à S., je pense super souvent à S. ici. Je ne sais même pas s’il y a un moment dans ce journal où je raconte quelque chose de lui et de son histoire [4]. Probablement que non. La réalité, c’est que je ne l’ai même pas connu. C’était un commercial terrain, un collègue de chez Stat, du temps où je bossais encore chez Stat. J’étais là depuis quelques mois. Je déjeunerai une fois avec lui (et d’autres), par hasard je crois, dans un lieu hyper glauque qui a fermé depuis. Il avait eu un comportement déplacé à l’encontre de quelqu’un qui était aussi ma responsable, dans son dos. Ça me marquera cette histoire. Assez ensuite pour culpabiliser tant de n’avoir plus en tête que cette image de lui. Une autre fois était passé au bureau présenter aux collègues avec sa femme (ou sa compagne) son fils (sa fille ?) qui venait juste de naître. Il est mort. C’était un peu plus tard cette année là, en septembre, moi je suis rentré dans la boite en mai au moment où l’affaire DSK éclatera. Il y avait un salon auquel la boite participait, un truc chiant comme tout qui nécessitera la présence de chacun de nous sur un stand insipide, bref. Il s’était fait porter pâle. Du moins, c’est ce que les langues diront de lui, dans son dos, au bureau en souriant. En réalité, il sera hospitalisé, personne ne sait pourquoi. J’ai oublié combien de temps ça a duré cette histoire. Entre neuf mois et un ans, je crois. Un matin, donc, on nous annoncera par email sa mort, et comment. C’était un truc horrible qu’il avait attrapé. Ou contracté, je sais pas. Une fasciite nécrosante. Il a perdu petit à petit ses membres et ses organes. Abominable. Personne ne saura réellement comment c’est arrivé. C’était important ? Je suppose qu’on se posait des questions. Plusieurs mois plus tard, le DG de l’époque est de retour d’une longue période d’absence. C’était arrivé pendant qu’il était à l’autre bout du monde, même s’il avait appris la nouvelle comme nous tous et qu’il avait réagi, je crois, à l’époque par email. Bref, ce jour-là il y a un pot d’organisé, il fait un discours à l’équipe sur le mode vous avez bien travaillé sans moi. C’était convivial et tout. Puis il dit quelque chose comme l’entreprise se porte bien, tout s’est bien passé durant mon absence, je retrouve une équipe soudée, personne n’est mort... Personne n’a relevé ni parlé d’S. Mais c’est faux, non, quelqu’un a réagi. C’est tout. Tous les autres, ça ne nous est pas venu à l’esprit et on s’est contenté de sourire. On était plusieurs mois plus tard. L’eau avait coulé. C’est ma deuxième source de culpabilité vis à vis d’S. (la première étant cette histoire de déjeuner glauque qui me reste en travers de la gorge). Longtemps plus tard, plusieurs années après, son nom était toujours dans la base des comptes mail de la boite. Personne n’osera le supprimer. Une espèce de fantôme numérique dont on verra le nom parfois, par exemple lorsqu’il y avait des messages à envoyer à l’intégralité du bureau ou de la filiale. La fille qui devait s’occuper de ça ensuite est partie après avoir piqué quelques dizaines de milliers d’euros dans la caisse du CE, dont elle était aussi la trésorière, mais c’est une autre histoire. Je suis parti moi aussi. J’ignore si S. est toujours enregistré dans la base mail ni s’il apparaît encore (son nom du moins) dans les messages groupés. Mais je comprends ça. Après tout, je suis juste incapable moi-même d’unfollower Philippe Rahmy ou Maryse Hache. Mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans que je pense à S. et à la façon effroyable dont il est mort. À la fin, nous a-t-on dit, il ne pesait plus que l’équivalent de la moitié de son poids d’origine. Ça se retrouve, fatalement, dans ce que j’écris. Mais je n’ai pas connu S., non. Donc ai-je le droit de l’écrire ? Une autre culpabilité peut-être. On m’a dépeint son portrait mais plus tard, après coup. Des anecdotes de bureau, des trucs tendres. Et moi qui n’ai donc qu’un souvenir de lui, ce déjeuner glauque au cours duquel le patron, dégueulasse, venait draguer chaque cliente femme lourdement et où, lui, il a dit à la stagiaire qui nous accompagnait, parlant de quelqu’un d’autre mais dans son dos : tu feras attention à elle : elle préfère les femmes, tu sais. Je donnerai n’importe quoi pour me débarrasser de ce souvenir. Et le fait est qu’il m’est arrivé plusieurs fois par la suite d’aller chercher les quelques mails qu’on s’était échangés durant ces deux trois mois de travail en commun, simplement pour relire. C’était des trucs banals. Des trucs de boulot, quoi. Des demandes de conseil, des rappelle tel client, des je veux des spare parts. Je ne les ai pas jetés, rien. ILs sont dans un dossier quelque part. Peut-être est-il encore présent sur un serveur ? Deux trois échanges fantômes avec ce type qui ne me quitte plus. Ensuite, un peu avant tomber sur ce lapsus de l’œil étrange, écorcer le vent, j’ai roulé un peu sur le fil du rasoir : je suis vraiment sur la brèche en ce moment. Je suis en dépassement de quota d’écran, je dois faire attention. Je relirai Il y a le chemin, de Jean-Yves Fick, précisément pour préparer cette rencontre du 26. La dernière partie du livre, "D’un hiver", voilà de quoi j’avais besoin.

<blockquote> Sans fin filait cela du blanc sur fond blanc à peine silhouettes entrevisions brèves guère plus que des rêves mauvais dans la plaine et le gel.

Partout craquements
grincements de glaces
qui se dilatent
tout fissurait
se figeait debout
se renversait
chocs sourds de ténèbres
cendres la parole même
la chaleur vive enfuie
n’était plus qu’ombre d’elle-même.

Ce qui étendait son emprise
l’ici borné
perclus d’un sommeil muet
infini
parmi les hommes
ne se déferait pas au printemps.

Quand la lumière vient à manquer
la course s’accélère sans fin.

</blockquote>

[4En réalité il y a trois entrées du journal au moins au cours duquel je parle de lui , sans compter Grieg  : le 210812 histoire . , le 090713 } et le 250715.

121017, version 3 (13 octobre 2017)

Comme j’étais à Montparnasse, j’irai bien manger à Sushi Gozen, même seul. Avec Virginie un moment au café de l’Atlantique. Ça me remplit d’énergie le fait que l’on se parle. Il y a la soirée du 26 à L’autre livre à préparer. Sushi gozen propose d’autres trucs le midi que le soir. Ici des nouilles Udon à la sauce soja froide. Tout est bien tenu froid par des glaçons. Comment ça se mange ? Le temps était bizarre : il n’arrêtera pas de passe de très ensoleillé à l’hyper nuageux. Tu es là, tu marches. Tu lis des trucs qui te stimulent. D’autres moins. C’est le jeu. Je penserai encore à S., je pense super souvent à S. ici. Je ne sais même pas s’il y a un moment dans ce journal où je raconte quelque chose de lui et de son histoire. Probablement que non. La réalité, c’est que je ne l’ai même pas connu. C’était un commercial terrain, un collègue de chez Stat, du temps où je bossais encore chez Stat. J’étais là depuis quelques mois. Je déjeunerai une fois avec lui (et d’autres), par hasard je crois, dans un lieu hyper glauque qui a fermé depuis. Il avait eu un comportement déplacé à l’encontre de quelqu’un qui était aussi ma responsable, dans son dos. Ça me marquera cette histoire. Assez ensuite pour culpabiliser tant de n’avoir plus en tête que cette image de lui. Une autre fois était passé au bureau présenter aux collègues avec sa femme (ou sa compagne) son fils (sa fille ?) qui venait juste de naître. Il est mort. C’était un peu plus tard cette année là, en septembre, moi je suis rentré dans la boite en mai au moment où l’affaire DSK éclatera. Il y avait un salon auquel la boite participait, un truc chiant comme tout qui nécessitera la présence de chacun de nous sur un stand insipide, bref. Il s’était fait porter pâle. Du moins, c’est ce que les langues diront de lui, dans son dos, au bureau en souriant. En réalité, il sera hospitalisé, personne ne sait pourquoi. J’ai oublié combien de temps ça a duré cette histoire. Entre neuf mois et un ans, je crois. Un matin, donc, on nous annoncera par email sa mort, et comment. C’était un truc horrible qu’il avait attrapé. Ou contracté, je sais pas. Une fasciite nécrosante. Il a perdu petit à petit ses membres et ses organes. Abominable. Personne ne saura réellement comment c’est arrivé. C’était important ? Je suppose qu’on se posait des questions. Plusieurs mois plus tard, le DG de l’époque est de retour d’une longue période d’absence. C’était arrivé pendant qu’il était à l’autre bout du monde, même s’il avait appris la nouvelle comme nous tous et qu’il avait réagi, je crois, à l’époque par email. Bref, ce jour-là il y a un pot d’organisé, il fait un discours à l’équipe sur le mode vous avez bien travaillé sans moi. C’était convivial et tout. Puis il dit quelque chose comme l’entreprise se porte bien, tout s’est bien passé durant mon absence, je retrouve une équipe soudée, personne n’est mort... Personne n’a relevé ni parlé d’S. Mais c’est faux, non, quelqu’un a réagi. C’est tout. Tous les autres, ça ne nous est pas venu à l’esprit et on s’est contenté de sourire. On était plusieurs mois plus tard. L’eau avait coulé. C’est ma deuxième source de culpabilité vis à vis d’S. (la première étant cette histoire de déjeuner glauque qui me reste en travers de la gorge). Longtemps plus tard, plusieurs années après, son nom était toujours dans la base des comptes mail de la boite. Personne n’osera le supprimer. Une espèce de fantôme numérique dont on verra le nom parfois, par exemple lorsqu’il y avait des messages à envoyer à l’intégralité du bureau ou de la filiale. La fille qui devait s’occuper de ça ensuite est partie après avoir piqué quelques dizaines de milliers d’euros dans la caisse du CE, dont elle était aussi la trésorière, mais c’est une autre histoire. Je suis parti moi aussi. J’ignore si S. est toujours enregistré dans la base mail ni s’il apparaît encore (son nom du moins) dans les messages groupés. Mais je comprends ça. Après tout, je suis juste incapable moi-même d’unfollower Philippe Rahmy ou Maryse Hache. Mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans que je pense à S. et à la façon effroyable dont il est mort. À la fin, nous a-t-on dit, il ne pesait plus que l’équivalent de la moitié de son poids d’origine. Ça se retrouve, fatalement, dans ce que j’écris. Mais je n’ai pas connu S., non. Donc ai-je le droit de l’écrire ? Une autre culpabilité peut-être. On m’a dépeint son portrait mais plus tard, après coup. Des anecdotes de bureau, des trucs tendres. Et moi qui n’ai donc qu’un souvenir de lui, ce déjeuner glauque au cours duquel le patron, dégueulasse, venait draguer chaque cliente femme lourdement et où, lui, il a dit à la stagiaire qui nous accompagnait, parlant de quelqu’un d’autre mais dans son dos : tu feras attention à elle : elle préfère les femmes, tu sais.

121017, version 2 (13 octobre 2017)

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