médecine, s.f. Science des maladies et art de les guérir.

Liste de passages ou de textes à utiliser, pirater ou détourner pour Morphine(s) (document de travail).

Alexievitch, Svetlana

Les cercueils de zinc

Ce passage au cours duquel une mère racontera vouloir absolument rêver de son fils, mort à la guerre, mettant sous son oreiller des trucs lui ayant appartenu pour le faire apparaître, en vain (j’ai oublié où ça se trouve et je n’ai pas corné la page).

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

« Qu’est-ce qu’il disait, Korepanov ? Que sur l’île existeraient deux temps parallèles : le temps de l’abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu’il valait mieux ne pas arriver dans le second ? » (P. 12)

« Je me souviens de bancs d’argile émergeant de l’eau, luisants comme des dos de baleines. Nous sommes remontés plusieurs fois dans le canot : lorsque nous trouvions une coulée d’eau profonde entre les fonds qui se dénudaient, nous mettions le moteur en marche et foncions à travers ce labyrinthe d’agile.
Puis, nous sautions de nouveau à l’eau et, de nouveau, nous tirions le canot.
Autour de nous, un univers né de l’argile.
Argile des bancs de sable : argile grise, la plus tendre, la plus fine qu’il m’ait été donné de voir. Argile que rien, jamais, n’a effleuré ; argile primordiale, dans sa forme originelle, travaillée par l’eau jusqu’à devenir idéalement lisse ; argile s’accumulant, gonflant ici d’année en année, couche après couche, siècle après siècle , argile vivant d’une vie sombre et aveugle, respirant d’un souffle primaire, lourd et cru ; principe mis à nu du monde où seuls de minuscules touffes d’algues iodées et des vers d’eau survivent en s’y accrochant... »

(P. 170)

« Nous ne savons rien du nickel coulé près de Kolgouev en 1978 avec des déchets radioactifs, nous ne savons rien des bases de sous-marins atomiques près de Mourmansk, ni du polygone nucléaire de la Nouvelle-Zemble, et encore moins des autres bases situées dans les lieux les plus reculés du monde. »

(P. 250)

« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original, Gallimard, traduction Josée Kamoun

« Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

Pouchkine, Alexandre

La fille du capitaine, BNF collection, traduction Louis Viardot

« Bois un peu de saumure de concombres avec du miel, ou bien un demi-verre d’eau-de-vie, pour te dégriser. »

« Tout à coup mon cocher jeta les yeux de côté, et s’adressant à moi : « Seigneur, dit-il en ôtant son bonnet, n’ordonnes-tu pas de retourner en arrière ?
– Pourquoi cela ?
– Le temps n’est pas sûr. Il fait déjà un petit vent. Vois-tu comme il roule la neige du dessus ?
– Eh bien ! qu’est-ce que cela fait ?
– Et vois-tu ce qu’il y a là-bas ? (Le cocher montrait avec son fouet le côté de l’orient.)
– Je ne vois rien de plus que la steppe blanche et le ciel serein.
– Là, là, regarde… ce petit nuage. »
J’aperçus, en effet, sur l’horizon un petit nuage blanc que j’avais pris d’abord pour une colline éloignée. Mon cocher m’expliqua que ce petit nuage présageait un bourane 1.
J’avais ouï parler des chasse-neige de ces contrées, et je savais qu’ils engloutissent quelquefois des caravanes entières. Savéliitch, d’accord avec le cocher, me conseillait de revenir sur nos pas. Mais le vent ne me parut pas fort ; j’avais l’espérance d’arriver à temps au prochain relais : j’ordonnai donc de « redoubler » de vitesse.
Le cocher mit ses chevaux au galop ; mais il regardait sans cesse du côté de l’orient. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort. Le petit nuage devint bientôt une grande nuée blanche qui s’élevait lourdement, croissait, s’étendait, et qui finit par envahir le ciel tout entier. Une neige fine commença à tomber et tout à coup se précipita à gros flocons. Le vent se mit à siffler, à hurler. C’était un chasse-neige. En un instant le ciel sombre se confondit avec la mer de neige que le vent soulevait de terre. Tout disparut. « Malheur à nous, seigneur ! s’écria le cocher ; c’est un bourane. »
Je passai la tête hors de la kibitka ; tout était obscurité et tourbillon. Le vent soufflait avec une expression tellement féroce, qu’il semblait un être animé. La neige s’amoncelait sur nous et nous couvrait. Les chevaux allaient au pas, et ils s’arrêtèrent bientôt. « Pourquoi n’avances-tu pas ? dis-je au cocher avec impatience.
– Mais où avancer ? répondit-il en descendant du traineau. Dieu seul sait où nous sommes maintenant. Il n’y a plus de chemin et tout est sombre. » »

« Il faisait si noir qu’on pouvait, comme on dit, se crever l’œil. »

Le chapitre « La convalescence »

« Je quittai Pougatcheff, et sortis dans la rue. La nuit était calme et froide ; la lune et les étoiles, brillant de tout leur éclat, éclairaient la place et le gibet. Tout était tranquille et sombre dans le reste de la forteresse. Il n’y avait plus que le cabaret où se voyait de la lumière et où s’entendaient les cris des buveurs attardés. Je jetai un regard sur la maison du pope ; les portes et les volets étaient fermés ; tout y semblait parfaitement tranquille. »

« ...la forteresse de Bélogorsk... »

« ...un nez sans narines... »

« Attends, attends que tu sois marié ; tu verras que tout ira au diable ».

« Je fus frappé du changement qui s’était opéré en lui. Il était pâle et maigre. Ses cheveux, naguère noirs comme du jais, commençaient à grisonner. Sa longue barbe était en désordre. Il répéta toutes ses accusations d’une voix faible, mais ferme. »

« ...le palais d’été de Tsarkoïé-Sélo... »

« ...le gouvernement de Simbirsk... »

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie, Gallimard

« Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

« Ce matin, – 3 oC. Première journée printanière. Les mésanges affluent sous la fenêtre sud. Soudain, des bourrasques agitent les cèdres et la neige tombe. Le paysage est rayé de filandres grises. »

« Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt... »

« Cette nuit, la cabane a craqué de tous ses joints. Les gémissements du bois se mêlaient aux explosions de la glace. »

« Un lynx est venu visiter le camp cette nuit. Il a laissé des traces autour de la tente. »

« Il fait – 2 oC et je déjeune dehors, sur la table de la plage. Les mésanges valsent, ivres de chaleur. Les stalactites gouttent au rebord de l’auvent. La première vraie journée de printemps... »

« En Russie, tout s’accomplit dans la précipitation : la vie est un endormissement coupé de spasmes. »

« Les hydroglisseurs sont des fleurons de la sidérurgie russe. »

« La glace est rongée par les vers. »

« Pour appâter les bêtes, Volodia a rempli des bidons avec de la graisse de phoque. »

« Deux élans contradictoires fomentent la renaissance. Le jaillissement de ce qui était enfoui dans le sol et l’épanchement de ce qui était contenu dans les hauteurs.
Ce qui s’épanche : l’eau dévalant des sommets, les torrents lavant la face des versants, les fourmis débordant de leurs marmites, la sève perlant sur l’écorce des pins, les stalactites s’allongeant vers le sol, les ours et cervidés quittant les plateaux pour chercher pitance sur les grèves. »

« Le Baïkal est propre grâce à ses charognards. »

« Manger un blini arrosé de thé brûlant. »

« L’orage porte sa dévastation au sud. Le lac se remet. Dans l’air frais, sous un ciel satiné, la houle libérée soulève les plaques de glace à la dérive. Les éclats de l’ancien vitrail se disloquent au moindre contact dans un froissement de soie rêche. La débâcle a libéré la pulsation du lac. J’installe le tabouret sur une plaque de banquise et passe la soirée à dériver lentement. Les eaux sont revenues ! Les eaux sont revenues ! »

« Une escadrille de fuligules morillons se pose sur un pan d’eau ouvert entre trois immenses festons de glace. Ils décollent en formation parfaite dans la direction de la Mongolie. »

« Cerfs, lynx et ours vaquent près de la cabane, les chiens dorment derrière la porte, les mouches vrombissent sous l’auvent. Les royaumes se jouxtent. »

« ...une route en lacets — une serpentine comme on dit en russe, selon l’acception française du XVIIIe siècle —... »

« V.E. me sert du phoque en daube au petit déjeuner. Cette viande est une charge nucléaire, elle explose dans la bouche et pulse sa force dans les vaisseaux du corps. »

« J’attrape huit ombles. »

« L’air est chargé d’insectes. Un vrombissement s’élève dans l’air aux premières lueurs et ne le désemplit qu’à la nuit. Des scarabées escaladent les poutres de la cabane, des capricornes colonisent mes étagères. Des taons aux yeux cauchemardesques agacent les chiens. »

« ...soleil brûlant (+22 oC !) »

« Je pêche un omble de trois kilos. »

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond, Éditions Noir sur blanc, traduction Agnieszka Zuk

« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

Winckler, Martin

La maladie de Sachs, POL (ici via l’adaptation radio pour France Culture)

« Qu’est-ce qui vous inquiète exactement ?
— Mais tout ! »


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8 révisions

Un herbier pour Morphine(s), version 9 (12 novembre 2017)

Alexievitch, Svetlana

Les cercueils de zinc

Ce passage au cours duquel une mère racontera vouloir absolument rêver de son fils, mort à la guerre, mettant sous son oreiller des trucs lui ayant appartenu pour le faire apparaître, en vain (j’ai oublié où ça se trouve et je n’ai pas corné la page).

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote>

« Qu’est-ce qu’il disait, Korepanov ? Que sur l’île existeraient deux temps parallèles : le temps de l’abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu’il valait mieux ne pas arriver dans le second ? » (P. 12)

« Je me souviens de bancs d’argile émergeant de l’eau, luisants comme des dos de baleines. Nous sommes remontés plusieurs fois dans le canot : lorsque nous trouvions une coulée d’eau profonde entre les fonds qui se dénudaient, nous mettions le moteur en marche et foncions à travers ce labyrinthe d’agile.
Puis, nous sautions de nouveau à l’eau et, de nouveau, nous tirions le canot.
Autour de nous, un univers né de l’argile.
Argile des bancs de sable : argile grise, la plus tendre, la plus fine qu’il m’ait été donné de voir. Argile que rien, jamais, n’a effleuré ; argile primordiale, dans sa forme originelle, travaillée par l’eau jusqu’à devenir idéalement lisse ; argile s’accumulant, gonflant ici d’année en année, couche après couche, siècle après siècle , argile vivant d’une vie sombre et aveugle, respirant d’un souffle primaire, lourd et cru ; principe mis à nu du monde où seuls de minuscules touffes d’algues iodées et des vers d’eau survivent en s’y accrochant... »

(P. 170)

« Nous ne savons rien du nickel coulé près de Kolgouev en 1978 avec des déchets radioactifs, nous ne savons rien des bases de sous-marins atomiques près de Mourmansk, ni du polygone nucléaire de la Nouvelle-Zemble, et encore moins des autres bases situées dans les lieux les plus reculés du monde. »

(P. 250)

« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original, Gallimard, traduction Josée Kamoun

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Pouchkine, Alexandre

La fille du capitaine, BNF collection, traduction Louis Viardot

<blockquote>

« Bois un peu de saumure de concombres avec du miel, ou bien un demi-verre d’eau-de-vie, pour te dégriser. »

« Tout à coup mon cocher jeta les yeux de côté, et s’adressant à moi : « Seigneur, dit-il en ôtant son bonnet, n’ordonnes-tu pas de retourner en arrière ?
– Pourquoi cela ?
– Le temps n’est pas sûr. Il fait déjà un petit vent. Vois-tu comme il roule la neige du dessus ?
– Eh bien ! qu’est-ce que cela fait ?
– Et vois-tu ce qu’il y a là-bas ? (Le cocher montrait avec son fouet le côté de l’orient.)
– Je ne vois rien de plus que la steppe blanche et le ciel serein.
– Là, là, regarde… ce petit nuage. »
J’aperçus, en effet, sur l’horizon un petit nuage blanc que j’avais pris d’abord pour une colline éloignée. Mon cocher m’expliqua que ce petit nuage présageait un bourane 1.
J’avais ouï parler des chasse-neige de ces contrées, et je savais qu’ils engloutissent quelquefois des caravanes entières. Savéliitch, d’accord avec le cocher, me conseillait de revenir sur nos pas. Mais le vent ne me parut pas fort ; j’avais l’espérance d’arriver à temps au prochain relais : j’ordonnai donc de « redoubler » de vitesse.
Le cocher mit ses chevaux au galop ; mais il regardait sans cesse du côté de l’orient. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort. Le petit nuage devint bientôt une grande nuée blanche qui s’élevait lourdement, croissait, s’étendait, et qui finit par envahir le ciel tout entier. Une neige fine commença à tomber et tout à coup se précipita à gros flocons. Le vent se mit à siffler, à hurler. C’était un chasse-neige. En un instant le ciel sombre se confondit avec la mer de neige que le vent soulevait de terre. Tout disparut. « Malheur à nous, seigneur ! s’écria le cocher ; c’est un bourane. »
Je passai la tête hors de la kibitka ; tout était obscurité et tourbillon. Le vent soufflait avec une expression tellement féroce, qu’il semblait un être animé. La neige s’amoncelait sur nous et nous couvrait. Les chevaux allaient au pas, et ils s’arrêtèrent bientôt. « Pourquoi n’avances-tu pas ? dis-je au cocher avec impatience.
– Mais où avancer ? répondit-il en descendant du traineau. Dieu seul sait où nous sommes maintenant. Il n’y a plus de chemin et tout est sombre. » »

« Il faisait si noir qu’on pouvait, comme on dit, se crever l’œil. »

Le chapitre « La convalescence »

« Je quittai Pougatcheff, et sortis dans la rue. La nuit était calme et froide ; la lune et les étoiles, brillant de tout leur éclat, éclairaient la place et le gibet. Tout était tranquille et sombre dans le reste de la forteresse. Il n’y avait plus que le cabaret où se voyait de la lumière et où s’entendaient les cris des buveurs attardés. Je jetai un regard sur la maison du pope ; les portes et les volets étaient fermés ; tout y semblait parfaitement tranquille. »

« ...la forteresse de Bélogorsk... »

« ...un nez sans narines... »

« Attends, attends que tu sois marié ; tu verras que tout ira au diable ».

« Je fus frappé du changement qui s’était opéré en lui. Il était pâle et maigre. Ses cheveux, naguère noirs comme du jais, commençaient à grisonner. Sa longue barbe était en désordre. Il répéta toutes ses accusations d’une voix faible, mais ferme. »

« ...le palais d’été de Tsarkoïé-Sélo... »

« ...le gouvernement de Simbirsk... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie, Gallimard

<blockquote> « Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

« Ce matin, – 3 oC. Première journée printanière. Les mésanges affluent sous la fenêtre sud. Soudain, des bourrasques agitent les cèdres et la neige tombe. Le paysage est rayé de filandres grises. »

« Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt... »

« Cette nuit, la cabane a craqué de tous ses joints. Les gémissements du bois se mêlaient aux explosions de la glace. »

« Un lynx est venu visiter le camp cette nuit. Il a laissé des traces autour de la tente. »

« Il fait – 2 oC et je déjeune dehors, sur la table de la plage. Les mésanges valsent, ivres de chaleur. Les stalactites gouttent au rebord de l’auvent. La première vraie journée de printemps... »

« En Russie, tout s’accomplit dans la précipitation : la vie est un endormissement coupé de spasmes. »

« Les hydroglisseurs sont des fleurons de la sidérurgie russe. »

« La glace est rongée par les vers. »

« Pour appâter les bêtes, Volodia a rempli des bidons avec de la graisse de phoque. »

« Deux élans contradictoires fomentent la renaissance. Le jaillissement de ce qui était enfoui dans le sol et l’épanchement de ce qui était contenu dans les hauteurs.
Ce qui s’épanche : l’eau dévalant des sommets, les torrents lavant la face des versants, les fourmis débordant de leurs marmites, la sève perlant sur l’écorce des pins, les stalactites s’allongeant vers le sol, les ours et cervidés quittant les plateaux pour chercher pitance sur les grèves. »

« Le Baïkal est propre grâce à ses charognards. »

« Manger un blini arrosé de thé brûlant. »

« L’orage porte sa dévastation au sud. Le lac se remet. Dans l’air frais, sous un ciel satiné, la houle libérée soulève les plaques de glace à la dérive. Les éclats de l’ancien vitrail se disloquent au moindre contact dans un froissement de soie rêche. La débâcle a libéré la pulsation du lac. J’installe le tabouret sur une plaque de banquise et passe la soirée à dériver lentement. Les eaux sont revenues ! Les eaux sont revenues ! »

« Une escadrille de fuligules morillons se pose sur un pan d’eau ouvert entre trois immenses festons de glace. Ils décollent en formation parfaite dans la direction de la Mongolie. »

« Cerfs, lynx et ours vaquent près de la cabane, les chiens dorment derrière la porte, les mouches vrombissent sous l’auvent. Les royaumes se jouxtent. »

« ...une route en lacets — une serpentine comme on dit en russe, selon l’acception française du XVIIIe siècle —... »

« V.E. me sert du phoque en daube au petit déjeuner. Cette viande est une charge nucléaire, elle explose dans la bouche et pulse sa force dans les vaisseaux du corps. »

« J’attrape huit ombles. »

« L’air est chargé d’insectes. Un vrombissement s’élève dans l’air aux premières lueurs et ne le désemplit qu’à la nuit. Des scarabées escaladent les poutres de la cabane, des capricornes colonisent mes étagères. Des taons aux yeux cauchemardesques agacent les chiens. »

« ...soleil brûlant (+22 oC !) »

« Je pêche un omble de trois kilos. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond, Éditions Noir sur blanc, traduction Agnieszka Zuk

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Winckler, Martin

La maladie de Sachs, POL (ici via l’adaptation radio pour France Culture)

<blockquote> « Qu’est-ce qui vous inquiète exactement ?
— Mais tout ! » </blockquote>

Un herbier pour Morphine(s), version 8 (4 novembre 2017)

Mikhaïl Boulgakov, Jack Kerouac, Georges Rodenbach, Mariusz Wilk, Vassili Golovanov, Sylvain Tesson, Ricardo Colautti, Martin Winckler, Alexandre Pouchkine

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote>

« Qu’est-ce qu’il disait, Korepanov ? Que sur l’île existeraient deux temps parallèles : le temps de l’abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu’il valait mieux ne pas arriver dans le second ? » (P. 12)

« Je me souviens de bancs d’argile émergeant de l’eau, luisants comme des dos de baleines. Nous sommes remontés plusieurs fois dans le canot : lorsque nous trouvions une coulée d’eau profonde entre les fonds qui se dénudaient, nous mettions le moteur en marche et foncions à travers ce labyrinthe d’agile.
Puis, nous sautions de nouveau à l’eau et, de nouveau, nous tirions le canot.
Autour de nous, un univers né de l’argile.
Argile des bancs de sable : argile grise, la plus tendre, la plus fine qu’il m’ait été donné de voir. Argile que rien, jamais, n’a effleuré ; argile primordiale, dans sa forme originelle, travaillée par l’eau jusqu’à devenir idéalement lisse ; argile s’accumulant, gonflant ici d’année en année, couche après couche, siècle après siècle , argile vivant d’une vie sombre et aveugle, respirant d’un souffle primaire, lourd et cru ; principe mis à nu du monde où seuls de minuscules touffes d’algues iodées et des vers d’eau survivent en s’y accrochant... »

(P. 170)

« Nous ne savons rien du nickel coulé près de Kolgouev en 1978 avec des déchets radioactifs, nous ne savons rien des bases de sous-marins atomiques près de Mourmansk, ni du polygone nucléaire de la Nouvelle-Zemble, et encore moins des autres bases situées dans les lieux les plus reculés du monde. »

(P. 250)

« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original, Gallimard, traduction Josée Kamoun

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Pouchkine, Alexandre

La fille du capitaine, BNF collection, traduction Louis Viardot

<blockquote </blockquote >

« Bois un peu de saumure de concombres avec du miel, ou bien un demi-verre d’eau-de-vie, pour te dégriser. »

« Tout à coup mon cocher jeta les yeux de côté, et s’adressant à moi : « Seigneur, dit-il en ôtant son bonnet, n’ordonnes-tu pas de retourner en arrière ?
– Pourquoi cela ?
– Le temps n’est pas sûr. Il fait déjà un petit vent. Vois-tu comme il roule la neige du dessus ?
– Eh bien ! qu’est-ce que cela fait ?
– Et vois-tu ce qu’il y a là-bas ? (Le cocher montrait avec son fouet le côté de l’orient.)
– Je ne vois rien de plus que la steppe blanche et le ciel serein.
– Là, là, regarde… ce petit nuage. »
J’aperçus, en effet, sur l’horizon un petit nuage blanc que j’avais pris d’abord pour une colline éloignée. Mon cocher m’expliqua que ce petit nuage présageait un bourane 1.
J’avais ouï parler des chasse-neige de ces contrées, et je savais qu’ils engloutissent quelquefois des caravanes entières. Savéliitch, d’accord avec le cocher, me conseillait de revenir sur nos pas. Mais le vent ne me parut pas fort ; j’avais l’espérance d’arriver à temps au prochain relais : j’ordonnai donc de « redoubler » de vitesse.
Le cocher mit ses chevaux au galop ; mais il regardait sans cesse du côté de l’orient. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort. Le petit nuage devint bientôt une grande nuée blanche qui s’élevait lourdement, croissait, s’étendait, et qui finit par envahir le ciel tout entier. Une neige fine commença à tomber et tout à coup se précipita à gros flocons. Le vent se mit à siffler, à hurler. C’était un chasse-neige. En un instant le ciel sombre se confondit avec la mer de neige que le vent soulevait de terre. Tout disparut. « Malheur à nous, seigneur ! s’écria le cocher ; c’est un bourane. »
Je passai la tête hors de la kibitka ; tout était obscurité et tourbillon. Le vent soufflait avec une expression tellement féroce, qu’il semblait un être animé. La neige s’amoncelait sur nous et nous couvrait. Les chevaux allaient au pas, et ils s’arrêtèrent bientôt. « Pourquoi n’avances-tu pas ? dis-je au cocher avec impatience.
– Mais où avancer ? répondit-il en descendant du traineau. Dieu seul sait où nous sommes maintenant. Il n’y a plus de chemin et tout est sombre. » »

« Il faisait si noir qu’on pouvait, comme on dit, se crever l’œil. »

Le chapitre « La convalescence »

« Je quittai Pougatcheff, et sortis dans la rue. La nuit était calme et froide ; la lune et les étoiles, brillant de tout leur éclat, éclairaient la place et le gibet. Tout était tranquille et sombre dans le reste de la forteresse. Il n’y avait plus que le cabaret où se voyait de la lumière et où s’entendaient les cris des buveurs attardés. Je jetai un regard sur la maison du pope ; les portes et les volets étaient fermés ; tout y semblait parfaitement tranquille. »

« ...la forteresse de Bélogorsk... »

« ...un nez sans narines... »

« Attends, attends que tu sois marié ; tu verras que tout ira au diable ».

« Je fus frappé du changement qui s’était opéré en lui. Il était pâle et maigre. Ses cheveux, naguère noirs comme du jais, commençaient à grisonner. Sa longue barbe était en désordre. Il répéta toutes ses accusations d’une voix faible, mais ferme. »

« ...le palais d’été de Tsarkoïé-Sélo... »

« ...le gouvernement de Simbirsk... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie, Gallimard

<blockquote> « Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »</blockquote >

« Ce matin, – 3 oC. Première journée printanière. Les mésanges affluent sous la fenêtre sud. Soudain, des bourrasques agitent les cèdres et la neige tombe. Le paysage est rayé de filandres grises. »

« Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt... »

« Cette nuit, la cabane a craqué de tous ses joints. Les gémissements du bois se mêlaient aux explosions de la glace. »

« Un lynx est venu visiter le camp cette nuit. Il a laissé des traces autour de la tente. »

« Il fait – 2 oC et je déjeune dehors, sur la table de la plage. Les mésanges valsent, ivres de chaleur. Les stalactites gouttent au rebord de l’auvent. La première vraie journée de printemps... »

« En Russie, tout s’accomplit dans la précipitation : la vie est un endormissement coupé de spasmes. »

« Les hydroglisseurs sont des fleurons de la sidérurgie russe. »

« La glace est rongée par les vers. »

« Pour appâter les bêtes, Volodia a rempli des bidons avec de la graisse de phoque. »

« Deux élans contradictoires fomentent la renaissance. Le jaillissement de ce qui était enfoui dans le sol et l’épanchement de ce qui était contenu dans les hauteurs.
Ce qui s’épanche : l’eau dévalant des sommets, les torrents lavant la face des versants, les fourmis débordant de leurs marmites, la sève perlant sur l’écorce des pins, les stalactites s’allongeant vers le sol, les ours et cervidés quittant les plateaux pour chercher pitance sur les grèves. »

« Le Baïkal est propre grâce à ses charognards. »

« Manger un blini arrosé de thé brûlant. »

« L’orage porte sa dévastation au sud. Le lac se remet. Dans l’air frais, sous un ciel satiné, la houle libérée soulève les plaques de glace à la dérive. Les éclats de l’ancien vitrail se disloquent au moindre contact dans un froissement de soie rêche. La débâcle a libéré la pulsation du lac. J’installe le tabouret sur une plaque de banquise et passe la soirée à dériver lentement. Les eaux sont revenues ! Les eaux sont revenues ! »

« Une escadrille de fuligules morillons se pose sur un pan d’eau ouvert entre trois immenses festons de glace. Ils décollent en formation parfaite dans la direction de la Mongolie. »

« Cerfs, lynx et ours vaquent près de la cabane, les chiens dorment derrière la porte, les mouches vrombissent sous l’auvent. Les royaumes se jouxtent. »

« ...une route en lacets — une serpentine comme on dit en russe, selon l’acception française du XVIIIe siècle —... »

« V.E. me sert du phoque en daube au petit déjeuner. Cette viande est une charge nucléaire, elle explose dans la bouche et pulse sa force dans les vaisseaux du corps. »

« J’attrape huit ombles. »

« L’air est chargé d’insectes. Un vrombissement s’élève dans l’air aux premières lueurs et ne le désemplit qu’à la nuit. Des scarabées escaladent les poutres de la cabane, des capricornes colonisent mes étagères. Des taons aux yeux cauchemardesques agacent les chiens. »

« ...soleil brûlant (+22 oC !) »

« Je pêche un omble de trois kilos. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond, Éditions Noir sur blanc, traduction Agnieszka Zuk

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Winckler, Martin

La maladie de Sachs, POL (ici via l’adaptation radio pour France Culture)

<blockquote> « Qu’est-ce qui vous inquiète exactement ?
— Mais tout ! » </blockquote>

Un herbier pour Morphine(s), version 7 (29 octobre 2017)

Mikhaïl Boulgakov, Jack Kerouac, Georges Rodenbach, Mariusz Wilk, Vassili Golovanov, Sylvain Tesson, Ricardo Colautti, Martin Winckler

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote>

« Qu’est-ce qu’il disait, Korepanov ? Que sur l’île existeraient deux temps parallèles : le temps de l’abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu’il valait mieux ne pas arriver dans le second ? » (P. 12)

« Je me souviens de bancs d’argile émergeant de l’eau, luisants comme des dos de baleines. Nous sommes remontés plusieurs fois dans le canot : lorsque nous trouvions une coulée d’eau profonde entre les fonds qui se dénudaient, nous mettions le moteur en marche et foncions à travers ce labyrinthe d’agile.
Puis, nous sautions de nouveau à l’eau et, de nouveau, nous tirions le canot.
Autour de nous, un univers né de l’argile.
Argile des bancs de sable : argile grise, la plus tendre, la plus fine qu’il m’ait été donné de voir. Argile que rien, jamais, n’a effleuré ; argile primordiale, dans sa forme originelle, travaillée par l’eau jusqu’à devenir idéalement lisse ; argile s’accumulant, gonflant ici d’année en année, couche après couche, siècle après siècle , argile vivant d’une vie sombre et aveugle, respirant d’un souffle primaire, lourd et cru ; principe mis à nu du monde où seuls de minuscules touffes d’algues iodées et des vers d’eau survivent en s’y accrochant... »

(P. 170)

« Nous ne savons rien du nickel coulé près de Kolgouev en 1978 avec des déchets radioactifs, nous ne savons rien des bases de sous-marins atomiques près de Mourmansk, ni du polygone nucléaire de la Nouvelle-Zemble, et encore moins des autres bases situées dans les lieux les plus reculés du monde. »

(P. 250)

« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original, Gallimard, traduction Josée Kamoun

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie, Gallimard

<blockquote> « Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond, Éditions Noir sur blanc, traduction Agnieszka Zuk

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Winckler, Martin

La maladie de Sachs, POL (ici via l’adaptation radio pour France Culture)

<blockquote> « Qu’est-ce qui vous inquiète exactement ?
— Mais tout ! » </blockquote>

Un herbier pour Morphine(s), version 6 (22 octobre 2017)

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote>

« Qu’est-ce qu’il disait, Korepanov ? Que sur l’île existeraient deux temps parallèles : le temps de l’abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu’il valait mieux ne pas arriver dans le second ? » (P. 12)

« Je me souviens de bancs d’argile émergeant de l’eau, luisants comme des dos de baleines. Nous sommes remontés plusieurs fois dans le canot : lorsque nous trouvions une coulée d’eau profonde entre les fonds qui se dénudaient, nous mettions le moteur en marche et foncions à travers ce labyrinthe d’agile.
Puis, nous sautions de nouveau à l’eau et, de nouveau, nous tirions le canot.
Autour de nous, un univers né de l’argile.
Argile des bancs de sable : argile grise, la plus tendre, la plus fine qu’il m’ait été donné de voir. Argile que rien, jamais, n’a effleuré ; argile primordiale, dans sa forme originelle, travaillée par l’eau jusqu’à devenir idéalement lisse ; argile s’accumulant, gonflant ici d’année en année, couche après couche, siècle après siècle , argile vivant d’une vie sombre et aveugle, respirant d’un souffle primaire, lourd et cru ; principe mis à nu du monde où seuls de minuscules touffes d’algues iodées et des vers d’eau survivent en s’y accrochant... »

(P. 170)

« Nous ne savons rien du nickel coulé près de Kolgouev en 1978 avec des déchets radioactifs, nous ne savons rien des bases de sous-marins atomiques près de Mourmansk, ni du polygone nucléaire de la Nouvelle-Zemble, et encore moins des autres bases situées dans les lieux les plus reculés du monde. »

(P. 250)

« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original, Gallimard, traduction Josée Kamoun

Sur la route (le rouleau original

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie, Gallimard

<blockquote> « Dans les Récits Récits de la Kolyma, , Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

[La La maison du vagabond->http://www . vagabond leseditionsnoirsurblanc.fr/la-maison-du-vagabond-mariusz-wilk-9782882504081], Éditions Noir sur blanc, traduction Agnieszka Zuk

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Un herbier pour Morphine(s), version 5 (22 octobre 2017)

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote </blockquote >

« Qu’est-ce qu’il disait, Korepanov ? Que sur l’île existeraient deux temps parallèles : le temps de l’abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu’il valait mieux ne pas arriver dans le second ? » (P. 12)

« Je me souviens de bancs d’argile émergeant de l’eau, luisants comme des dos de baleines. Nous sommes remontés plusieurs fois dans le canot : lorsque nous trouvions une coulée d’eau profonde entre les fonds qui se dénudaient, nous mettions le moteur en marche et foncions à travers ce labyrinthe d’agile.
Puis, nous sautions de nouveau à l’eau et, de nouveau, nous tirions le canot.
Autour de nous, un univers né de l’argile.
Argile des bancs de sable : argile grise, la plus tendre, la plus fine qu’il m’ait été donné de voir. Argile que rien, jamais, n’a effleuré ; argile primordiale, dans sa forme originelle, travaillée par l’eau jusqu’à devenir idéalement lisse ; argile s’accumulant, gonflant ici d’année en année, couche après couche, siècle après siècle , argile vivant d’une vie sombre et aveugle, respirant d’un souffle primaire, lourd et cru ; principe mis à nu du monde où seuls de minuscules touffes d’algues iodées et des vers d’eau survivent en s’y accrochant... »

(P. 170)

« Nous ne savons rien du nickel coulé près de Kolgouev en 1978 avec des déchets radioactifs, nous ne savons rien des bases de sous-marins atomiques près de Mourmansk, ni du polygone nucléaire de la Nouvelle-Zemble, et encore moins des autres bases situées dans les lieux les plus reculés du monde. »

(P. 250)

«  <blockquote >«  Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie

<blockquote> « Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Un herbier pour Morphine(s), version 4 (22 octobre 2017)

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre, traduction Guillaume Contré

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés, Verdier, traduction Hélène Châtelain

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote>« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ».  »  »</blockquote >

(P. 327)

« La nuit, je vois un spectacle stupéfiant : après minuit, sur le lac, le brouillard masque totalement le soleil, et la rive opposée s’assobrit au point que je ne distingue plus que celle sur laquelle nous nous tenons, et la surface lisse de l’eau se fondant lentement dans la brume avant d’y disparaître. Mais au-dessus du brouillard, le ciel est parfaitement bleu et sa clarté froide se reflète dans l’eau. Ainsi la masse diffuse du brouillard occupe le milieu du tableau, l’eau se fond dans le ciel, et le ciel dans l’eau, sans ligne de partage, sans frontière, sans ligne d’horizon. À travers ce vide du brouillard, il me semble que le ciel est sur le point de basculer sur moi. Une oie passe et son reflet pâlit dans le miroir embué du lac. Dans ce monde d’eau et de ciel confondus, il n’y a rien, rien que les voix des oiseaux de nuit. L’eau, le vide, le reflet de deux nuages jaunâtres dans le bleu du lac. Personne à des kilomètres à la ronde. Une paix hallucinante. »

(P. 401)

Sieno (prénom)

« Sur les dix-neuf jours que nous avons passés en juillet et août en divers endroits de l’île, la température n’a jamais dépassé +9 °C, et encore cela ne s’est produit qu’une seule fois, à midi ; le plus souvent elle oscillait entre +4 °C et +5 °C, en baissant de temps en temps jusqu’à +2 °C ou +1 °C, tandis qu’à Kanine régnait une température de +10 °C à 12 °C, et immédiatement après notre arrivée de Koulgouev, sur la vôte de Timansk, elle est montée jusqu’à +15 °C. »

(P. 481-482)

</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie

<blockquote> « Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Un herbier pour Morphine(s), version 3 (15 octobre 2017)

Boulgakov, Mikhaïl

Tout Récits d’un jeune médecin

Colautti, Ricardo

La trilogie Sebastián Dun

<blockquote>« M. Juan était mon confident et moi, j’étais son confident. »</blockquote>

Golovanov, Vassili

Éloge des voyages insensés

Piter = Saint-Petersbourg

<blockquote>« Nous quittons l’espace vierge qui nous a accueillis pendant dix jours... Et pendant ces dix jours, nous nous sommes tant et tant gorgés de cet espace, que je me demande comment nous n’avons pas explosé : nous l’absorbions sans retenue, comme l’air qu’on respire, pour longtemps, pour des années. Et lorsque, après trois ans, je suis revenu à Kolgouev, j’ai compris à quel point cet espace basique, matriciel s’était imprimé en moi, et qu’il y avait bien des choses auxquelles, désormais, je n’avais plus besoin de prêter attention : je pouvais tranquillement m’attacher à des détails et photographier ceux qui me faisaient signe : « buisson de saule après la neige », « lentille » (un petit lac qui reposait dans la toundra à la veille de l’été, encore recouvert d’une lentille de glace), « minerai des marais » (ça, c’était au moment du dégel. Quand j’étais petit, on nous disait, en cours d’histoire, que nos ancêtres extrayaient le fer d’un certain « minerai des marais » que j’étais curieux de découvrir et que j’ai vu là — dépôts rouge brun d’une rouille absolument pure, véritables chaudrons creusés dans une terre saturée de rouille elle aussi, tiges de plantes durcies de rouille transformant les marécages en jugnles brun métallisé, coulées de rouille, légères suspensions de rouille au fond des marais criblés de bulles de gaz : des dizaines, des centaines de tonnes de rouille) ; « poisson sur la neige » (les écailles argentées du lazazret scintillant d’un éclat particulier sur la neige tardive et granuleuse) ; « gouttes » (impressionnant talus de neige avec des gouttes au bord des surplombs), et « horizon lointain ». »</blockquote>

Kerouac, Jack

Sur la route (le rouleau original

<blockquote> « Je suis allé prendre un Coca vite fait dans une petite épicerie le long des voies, et voilà qu’entre un jeune Arménien mélancolique, le long des wagons de marchandises rouges, et juste à ce moment-là on entend hurler une loco. »

« Quand le soleil est devenu rouge… »

« ...il se carapatait dans les rues comme une grosse araignée... »

« Hinkle était parti balader son fantôme dans les rues de la ville... »

« On aurait dit que j’avais des nuées de souvenirs qui remontaient à 1750 en Angleterre, et que je me trouvais réincarné à San Francisco dans une autre vie, un autre corps. »

« C’est le lendemain que tout est arrivé »

« Neal et moi, on frissonnait dans les haillons du jour. »

« ...elle rentre chez elle, je ne la reverrai plus jamais... »

« ...il avait le sang trop chaud ; ses narines se dilataient ; mais il lui manquait la sainteté native et singulière qui lui aurait permis d’échapper aux verrous du destin... »

« ...sa silhouette s’amenuisait, s’amenuisait... »

« ...noires comme la lune... »

</blockquote>

Rodenbach, Georges

Bruges la morte

<blockquote>« Mot irrémédiable et bref ! d’une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l’être dépareillé. »

« ...étendue sur ce lit du dernier jour, où il la revoyait à jamais : fanée et blanche comme la cire l’éclairant... »

</blockquote>

Tesson, Sylvain

Dans les forêts de Sibérie

<blockquote> « Dans les Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, détenu dans un goulag de Sibérie, se souvient des pins nains qui entouraient le camp : lorsque la température se réchauffait, en mai, les arbres se libéraient de la couche de neige. Ils se redressaient, ils annonçaient le printemps, l’espoir. »

« Il règne un silence rare et l’air est doux. Le thermomètre indique – 15 oC. »

</blockquote>

Wilk, Mariusz

La maison du vagabond

<blockquote>« J’ai observé maintes et maintes fois la fonte des glaces sur l’Onega depuis la fenêtre de mon bureau et le spectacle est à chaque fois différent. Le mystère de la transfiguration de la nature morte en élément liquide. Imaginez un espace vide devant vous, un champ blanc pris dans les glaces et enseveli sous la neige jusqu’à l’horizon, muet et immobile pendant de longs mois, aucune trace de vie, aucun mouvement, rien. Rien que le vent qui tresse parfois des panaches de poussière blanche, les pourchasse un temps puis les envoie balader. Même le soleil est incapable de ranimer ce paysage pétrifié vu que lui-même n’en mène pas large l’hiver et, pointant sa tête au-dessus de l’horizon comme hors d’une tranchée, il pisse furtivement, suintant une lueur jaune sur la glace. C’est seulement en avril, lorsque les ombres s’allongent, que la glace prend l’eau et noircit. C’est le signe que le mystérieux spectacle de l’Onega va bientôt commencer. »

Sur l’eau de bouleau, qu’il suffit d’entailler au printemps pour en faire couler la sève. Ça se boit, c’est bon pour tout un tas de trucs, et on peut aussi le laisser fermenter pour en faire un braga : « il suffit d’ajouter un peu de sucre et de levain naturel et, quelques jours plus tard, on peut se délecter d’une boisson légèrement pétillante à petite teneur en alcool. »

</blockquote>

Mikhaïl Boulgakov, Jack Kerouac, Georges Rodenbach, Mariusz Wilk, Vassili Golovanov, Sylvain Tesson, Ricardo Colautti
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Liste de passages ou de textes à utiliser, pirater ou détourner pour Morphine(s) (document de travail).

Un herbier pour Morphine(s), version 2 (15 octobre 2017)



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