070418


ALBOURY. – Il y a très longtemps, je dis à mon frère : je sens que j’ai froid ; il me dit : c’est qu’il y a un petit nuage entre le soleil et toi ; je lui dis : est-ce possible que ce petit nuage me fasse geler alors que tout autour de moi, les gens transpirent et le soleil les brûle ? Mon frère me dit : moi aussi, je gèle ; nous nous sommes donc réchauffés ensemble. Je dis ensuite à mon frère : quand donc disparaîtra ce nuage, que le soleil puisse nous chauffer nous aussi ? Il m’a dit : il ne disparaîtra pas, c’est un petit nuage qui nous suivra partout, toujours entre le soleil et nous. Et je sentais qu’il nous suivait partout, et qu’au milieu des gens riant tout nus dans la chaleur, mon frère et moi nous gelions et nous nous réchauffions ensemble. Alors mon frère et moi, sous ce petit nuage qui nous privait de chaleur, nous nous sommes habitués l’un à l’autre, à force de nous réchauffer. Si le dos me démangeait, j’avais mon frère pour le gratter ; et je grattais le sien lorsqu’il le démangeait ; l’inquiétude me faisait ronger les ongles de ses mains et, dans son sommeil, il suçait le pouce de ma main. Les femmes que l’on eut s’accrochèrent à nous et se mirent à geler à leur tour ; mais on se réchauffait tant on était serrés sous le petit nuage, on s’habituait les uns aux autres et le frisson qui saisissait un homme se répercutait d’un bord à l’autre du groupe. Les mères vinrent nous rejoindre, et les mères des mères et leurs enfants et nos enfants, une innombrable famille dont même les morts n’étaient jamais arrachés, mais gardés serrés au milieu de nous, à cause du froid sous le nuage. Le petit nuage avait monté, monté vers le soleil, privant de chaleur une famille de plus en plus grande, de plus en plus habituée chacun à chacun, une famille innombrable faite de corps morts, vivants et à venir, indispensables chacun à chacun à mesure que nous voyions reculer les limites des terres encore chaudes sous le soleil. C’est pourquoi je viens réclamer le corps de mon frère que l’on nous a arraché, parce que son absence a brisé cette proximité qui nous permet de nous tenir chaud, parce que, même mort, nous avons besoin de sa chaleur pour nous réchauffer, et il a besoin de la nôtre pour lui garder la sienne.

Bernard-Marie Koltès, Combat de nègre et de chiens, Minuit

J’ai jamais lu Koltès ni assisté à aucune de ses pièces, pourtant j’ai écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça. J’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y. La nuit juste avant les forêts, en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards [1]. Nous n’habitions par encore à Paris avec H. (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis, donc, son mariage) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelqu’un, je sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il n’y a plus de RER à ces heures-là. Le noctilien sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrées, les squelettes en ciment. Et c’est ça que j’écoute, La nuit juste avant les forêts, ou plutôt que j’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettra à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi (mais qui s’adresse à moi), et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça fonctionnera pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest, tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je serai ce soir, non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots (nécessairement surnaturels).

9 mai 2018
par Guillaume Vissac
Journal
#Bernard-Marie Koltès #Courir #E. #H. #H. P. Lovecraft #Simeon ten Holt #T.

[1Ce sera la même semaine, le lendemain ou quoi, ils avaient acheté de la pub à ce moment-là sur de grands sites d’information comme Le Monde, Le Figaro, etc., et ça leur avait bien plu cette histoire d’affaire DSK : grâce à ça la fréquentation sur ces sites, et donc les vues de leurs pubs, l’exposition quoi, elles étaient maximales.

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070418, version 9 (9 mai 2018)

E., H., T., Simeon ten Holt, Courir, H. P. Lovecraft, Bernard-Marie Koltès
J’ai jamais Jamais lu Koltès ni assisté à aucune de ses pièces, pourtant j’ai écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça , et non pas lui directement mais sa langue , j’ignore d’où çavenait , probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y . J’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y. C’était La nuit juste avant les forêts, en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards [1]. Nous n’habitions par encore à Paris avec [H H .->mot59] (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis, donc, son mariage) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelqu’un, je sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il n’y a plus de RER à ces heures-là. Le Pour rentrer , en plein milieu de la nuit , et dans le fin fond de l’Essonne nous vivons alors , c’est un bus noctilien qu’il faut prendre , il sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrées, les squelettes en ciment. Et c’est ça que j’écoute, La nuit juste avant les forêts , ou plutôt que j’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettra à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi ( mais qui s’adresse à moi ), , et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça fonctionnera pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest, tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je serai ce soir suis cette fois , non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots (nécessairement surnaturels).

[1Ce sera C’était la même semaine, le lendemain ou quoi, ils avaient acheté de la pub à ce moment-là sur de grands sites d’information comme Le Monde, Le Figaro, etc., et ça leur avait bien plu cette histoire d’affaire DSK : grâce à ça la fréquentation sur ces sites, et donc les vues de leurs pubs, l’exposition quoi, elles étaient maximales.

070418, version 8 (8 mai 2018)

Jamais lu Koltès ni assisté à aucune de ses pièces, pourtant j’ai écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça, et non pas lui directement mais sa langue, j’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y. C’était La nuit juste avant les forêts, en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards [2]. Nous n’habitions par encore à Paris avec H. (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis, donc, son mariage) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelqu’un, je sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne où nous vivons alors, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrées, les squelettes en ciment. Et c’est ça que j’écoute, ou plutôt que j’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettra à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi, et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça fonctionnera pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest, tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je suis cette fois, non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots (nécessairement surnaturels).

[2C’était la même semaine, le lendemain ou quoi, ils avaient acheté de la pub à ce moment-là sur de grands sites d’information comme Le Monde, Le Figaro, etc., et ça leur avait bien plu profité cette histoire d’affaire DSK  : grâce à ça la fréquentation , les gens passant leur temps sur ces sites, et donc les vues de leurs pubs , l’exposition quoi , étaient maximales .

070418, version 7 (8 mai 2018)

Jamais je n’avais lu Koltès ni assisté à aucune de ses pièces, pourtant j’ai écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça, et non pas lui directement ( sa voix ), mais sa langue, j’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y, il faudrait chercher ça . C’était La nuit juste avant les forêts, en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards [3]. Nous n’habitions par encore à Paris avec H. (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis, donc, son mariage) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelqu’un, je sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne où nous vivons alors, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrées ferrés , les squelettes en ciment. Et c’est ça que j’écoute, ou plutôt que j’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettra à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi, et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça fonctionnera pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest, tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je suis cette fois, non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots (nécessairement surnaturels).

[3 C’était boulevards ( c’était la même semaine, le lendemain ou quoi, ils avaient acheté de la pub à ce moment-là sur de grands sites d’information comme Le Monde , Le Figaro , etc . ). , et ça leur avait bien profité cette histoire, les gens passant leur temps sur ces sites.

070418, version 6 (5 mai 2018)

Jamais je n’avais lu Koltès ni assisté à aucune de ses pièces, pourtant j’ai écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça, et non pas lui directement (sa voix), mais sa langue, j’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y, il faudrait chercher ça. C’était La nuit juste avant les forêts, sans doute en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards (c’était la même semaine, le lendemain ou quoi). Nous n’habitions par encore à Paris avec H. (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis, donc, son mariage, à ce qu’il me semble ) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelqu’un quelques personnes , je sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne où nous vivons alors, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrés, les squelettes en de ciment. Et c’est ça que j’écoute, ou plutôt que j’écoute je n’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettra mettre à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi, et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça fonctionnera ne fonctionne pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest, tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je suis cette fois, non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots ( nécessairement surnaturels). .

070418, version 5 (29 avril 2018)

Jamais je Je n’avais lu jamais Koltès , ni assisté à aucune de ses piècesreprésentées , mais pourtant j’ai écouté écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça, et non pas lui directement (sa voix), mais sa langue, j’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y, il faudrait chercher ça ( mais je n’irai pas chercher ça , ça. m’est égal aujourd’hui ). C’était La nuit juste avant les forêts, sans doute en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards ( c’était la même semaine , le lendemain ou quoi ). . Nous n’habitions par encore à Paris avec H. (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis, donc , son mariage, à ce qu’il me semble) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelques personnes, je ne sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne où nous vivons alors, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrés, les squelettes de ciment. Et c’est ça que j’écoute, ou plutôt que je n’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettre à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi, et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça ne fonctionne pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest , Palimpsest pour tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je suis cette fois, non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots nécessairement surnaturels.

070418, version 4 (8 avril 2018)

Je n’avais jamais Koltès, ni assisté à aucune de ses pièces représentées, mais pourtant j’ai écouté Koltès, j’ai le souvenir de ça, et non pas lui directement (sa voix), mais sa langue, j’ignore d’où ça venait, probablement d’une fiction pour France Culture ou d’une captation X ou Y, il faudrait chercher ça (mais je n’irai pas chercher ça, ça m’est égal aujourd’hui). C’était La nuit juste avant les forêts, sans doute en 2010 ou 2011, mais nécessairement avant ce que les médias ont commencé à appeler l’affaire DSK qui a coïncidé avec mon arrivé chez STAT, dans leurs bureaux hausmaniens (mais vétustes) tout près des grands boulevards. Nous n’habitions par encore à Paris avec H. (ce sera l’année suivante, à l’été, après le mariage d’E., à qui je n’ai plus parlé depuis son mariage, à ce qu’il me semble) et j’avais dû venir à Paris pour faire quelque chose, voir quelques personnes, je ne sais plus. Pour rentrer, en plein milieu de la nuit, et dans le fin fond de l’Essonne où nous vivons alors, c’est un bus noctilien qu’il faut prendre, il sillonne tout un territoire de proche banlieue, c’est-à-dire de tissus urbains fractionnés par les bretelles d’autoroute, par les barres HLM, les boites à chaussure, les zones commerciales, les langues d’asphalte en travaux, les feux rouges, les voies ferrés, les squelettes de ciment. Et c’est ça que j’écoute, ou plutôt que je n’écoute pas, c’est comme un son d’ambiance qui se mettre à tournoyer autour de moi, et moi je ne suis ni dans l’espace qui m’environne ni dans le texte qui se dit sans moi, et le fait est que je ne retiendrai rien de ce moment, si ce n’est qu’il était là, qu’il a été vécu par un autre, ou qu’on m’aurait inoculé son souvenir sans que j’en sache réellement davantage. 575 pour Eff, sur Shadow nor Prey. Je m’acharne sur le Morphine(s) 05 mais ça ne fonctionne pas. Ce n’est pas une question d’écriture mais de composition : comment agencer les paragraphes. Quel découpage et dans quel ordre. J’irai courir 40 minutes, quelque chose comme 7km, pour résoudre ça sur le Palimpsest pour tenter de trouver une piste. C’est peut-être ça : ce chapitre, c’est la musique de la douceur et des degrés. Ce que je suis cette fois, non plus un Picte mais un esclave égyptien en pleine Rome de Caligula, tentant de déjouer des pièges et des complots surnaturels.

070418, version 3 (7 avril 2018)

<blockquote>

ALBOURY. – Il y a très longtemps, je dis à mon frère : je sens que j’ai froid ; il me dit : c’est qu’il y a un petit nuage entre le soleil et toi ; je lui dis : est-ce possible que ce petit nuage me fasse geler alors que tout autour de moi, les gens transpirent et le soleil les brûle ? Mon frère me dit : moi aussi, je gèle ; nous nous sommes donc réchauffés ensemble. Je dis ensuite à mon frère : quand donc disparaîtra ce nuage, que le soleil puisse nous chauffer nous aussi ? Il m’a dit : il ne disparaîtra pas, c’est un petit nuage qui nous suivra partout, toujours entre le soleil et nous. Et je sentais qu’il nous suivait partout, et qu’au milieu des gens riant tout nus dans la chaleur, mon frère et moi nous gelions et nous nous réchauffions ensemble. Alors mon frère et moi, sous ce petit nuage qui nous privait de chaleur, nous nous sommes habitués l’un à l’autre, à force de nous réchauffer. Si le dos me démangeait, j’avais mon frère pour le gratter ; et je grattais le sien lorsqu’il le démangeait ; l’inquiétude me faisait ronger les ongles de ses mains et, dans son sommeil, il suçait le pouce de ma main. Les femmes que l’on eut s’accrochèrent à nous et se mirent à geler à leur tour ; mais on se réchauffait tant on était serrés sous le petit nuage, on s’habituait les uns aux autres et le frisson qui saisissait un homme se répercutait d’un bord à l’autre du groupe. Les mères vinrent nous rejoindre, et les mères des mères et leurs enfants et nos enfants, une innombrable famille dont même les morts n’étaient jamais arrachés, mais gardés serrés au milieu de nous, à cause du froid sous le nuage. Le petit nuage avait monté, monté vers le soleil, privant de chaleur une famille de plus en plus grande, de plus en plus habituée chacun à chacun, une famille innombrable faite de corps morts, vivants et à venir, indispensables chacun à chacun à mesure que nous voyions reculer les limites des terres encore chaudes sous le soleil. C’est pourquoi je viens réclamer le corps de mon frère que l’on nous a arraché, parce que son absence a brisé cette proximité qui nous permet de nous tenir chaud, parce que, même mort, nous avons besoin de sa chaleur pour nous réchauffer, et il a besoin de la nôtre pour lui garder la sienne.

070418, version 2 (7 avril 2018)

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