120918


Les portes : lames de métal, plaques d’acier renforcé, une par une elles se ferment dans le film de l’infini.
Mais nous avons vingt-deux ou vingt-trois ans et l’infini ne nous effraie pas.
À Darío Galicia on lui a trépané le cerveau, deux fois !
Et l’un de ses anévrismes a crevé au beau milieu du Rêve.
Les amis disent qu’il a perdu la mémoire.
(...)
C’est 1976 et c’est le Mexique et les amis disent que Darío a tout oublié,
même sa propre homosexualité.
Et le père de Darío dit qu’à quelque chose malheur est bon.
Et dehors il pleut à verse :
dans la cour de la vecindad la pluie balaie les escaliers
et les couloirs
et glisse sur les visages de Tin Tan, Resortes et Calambres
qui veillent dans la demi-transparence l’an 1976.
Et Darío commence à parler. Il est ému.
Il est content que nous soyons venus lui rendre visite.
Sa voix pareille à celle d’un oiseau : aiguë, une autre voix,
comme si on lui avait fait quelque chose aux cordes vocales.
Ses cheveux repoussent déjà mais on peut voir encore les cicatrices de la trépanation.
Je vais bien, dit-il.
Des fois le rêve est si monotone.
Des coins, des régions inconnues, mais du même rêve.
Bien sûr, il n’a pas oublié qu’il est homosexuel (nous rions),
comme il n’a pas non plus oublié de respirer.
J’ai failli mourir, dit-il après avoir longuement réfléchi.
Pendant quelques instants nous pensons qu’il va pleurer.
Mais ce n’est pas lui qui pleure.
Ce n’est pas non plus Mario ni moi.
Cependant quelqu’un pleure tandis que le soir tombe avec une lenteur inouïe.
 
Roberto Bolaño, Les chiens romantiques, Christian Bourgois, traduction Robert Amutio.

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Est-ce le soir ? Est-ce le matin d’un jour suivant ? (Guyotat) Dans ses Chiens romantiques, Bolaño préfigure des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait, c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux, c’est une pirouette). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, « Ernesto & variantes », qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un truc là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Maudite polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon dans la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisée sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des débats. Évidemment qu’il est compréhensible que les libraires s’alarment qu’un livre édité par Amazon, qui cherche à les éradiquer, y figure. Mais répéter nous n’avons rien contre l’auto-édition, c’est un peu fort. Combien de librairies en France seraient prêtes à intégrer sur leurs tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur (ça vaut aussi pour la presse) ? Toujours le même problème en réalité : qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre relevant de l’impression à la demande ou tout simplement de la petite édition autodiffusée, c’est niet. Zéro. Ou quasi. Pas des vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore ? J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques années les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, le prix n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une histoire de bulle tympanique, un genre de trépanation elle aussi. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout s’est bien passé. Son œil ne ferme plus, on espère provisoirement. Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne fait qu’attendre.

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120918, version 10 (14 octobre 2018)

Publie.net, Roberto Bolaño, Cyclocosmia, Homosexualité, Pierre Guyotat, Antoine Volodine, Lapin, Lionel-Édouard Martin, Dzoosotoyn Elisen
jpg/dsc_0478-2.jpg

<blockquote><blockquote class="spip_poesie">
 
Les portes : lames de métal, plaques d’acier renforcé, une par une elles se ferment dans le film de l’infini.
Mais nous avons vingt-deux ou vingt-trois ans et l’infini ne nous effraie pas.
À Darío Galicia on lui a trépané le cerveau, deux fois !
Et l’un de ses anévrismes a crevé au beau milieu du Rêve.
Les amis disent qu’il a perdu la mémoire.
(...)
C’est 1976 et c’est le Mexique et les amis disent que Darío a tout oublié,
même sa propre homosexualité.
Et le père de Darío dit qu’à quelque chose malheur est bon.
Et dehors il pleut à verse :
dans la cour de la vecindad la pluie balaie les escaliers
et les couloirs
et glisse sur les visages de Tin Tan, Resortes et Calambres
qui veillent dans la demi-transparence l’an 1976.
Et Darío commence à parler. Il est ému.
Il est content que nous soyons venus lui rendre visite.
Sa voix pareille à celle d’un oiseau : aiguë, une autre voix,
comme si on lui avait fait quelque chose aux cordes vocales.
Ses cheveux repoussent déjà mais on peut voir encore les cicatrices de la trépanation.
Je vais bien, dit-il.
Des fois le rêve est si monotone.
Des coins, des régions inconnues, mais du même rêve.
Bien sûr, il n’a pas oublié qu’il est homosexuel (nous rions),
comme il n’a pas non plus oublié de respirer.
J’ai failli mourir, dit-il après avoir longuement réfléchi.
Pendant quelques instants nous pensons qu’il va pleurer.
Mais ce n’est pas lui qui pleure.
Ce n’est pas non plus Mario ni moi.
Cependant quelqu’un pleure tandis que le soir tombe avec une lenteur inouïe.
 
Roberto Bolaño , Les chiens romantiques , Christian Bourgois , traduction Robert Amutio . Guyotat ou Bolano ( vérifier )
 
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Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Est-ce le soir ? Est-ce le matin d’un jour suivant ? ( Guyotat ) Dans ses Chiens romantiques, Bolaño revisite ( ou préfigure , j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres ) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait, ( caser l’extrait ), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux, c’est une pirouette). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, «  Ernesto & variantes  », qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue [Cyclocosmia->https://www . Cyclocosmia . fabula.org/actualites/cyclocosmia-ndeg3-roberto-bolano_36101.php]. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, [dans dans la phosphorescence des saints->https://twitter saints , avec beaucoup d’émotion .com/gvissac/status/1039630042790350849], avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un truc là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Maudite Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon dans sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisée focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des débats. Évidemment qu’il est compréhensible que les libraires s’alarment qu’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer, y figure. Mais répéter une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire  : nous n’avons rien contre l’auto-édition, c’est un peu fort . . Combien de librairies Mais quelle librairie en France seraient prêtes serait prête à intégrer sur leurs ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur (ça vaut aussi pour la presse) ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’on se l’imagine. Toujours le même problème en réalité  : qu’il Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre relevant de l’impression à la demande ou tout simplement de la petite édition autodiffusée, c’est niet. Zéro. Ou quasi. Pas des Ils ne sont pas considérés comme de vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore ? . J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques années les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, [Cor->https://www . Cor . publie.net/livre/cor-lionel-edouard-martin/]. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, le prix n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs ) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une histoire de bulle tympanique, un genre de trépanation elle aussi. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout s’est bien passé. Son œil ne ferme plus, on espère provisoirement que ce sera provisoire . Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne fait qu’attendre.

120918, version 9 (13 octobre 2018)

Guyotat ou Bolano (vérifier)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans ses Chiens Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux, c’est une pirouette). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un truc là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des débats. Évidemment qu’il est compréhensible que les libraires s’alarment qu’un marquent leur désapprobation d’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer, y figure . Mais une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire : nous n’avons rien contre l’auto-édition. Mais quelle librairie en France serait prête prêt à intégrer sur ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur (ça vaut aussi pour la presse) ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’on se l’imagine qu’il est pratiqué par le gros de la profession . Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre publié à compte d’éditeur et relevant de l’impression à la demande ou tout simplement de la petite édition autodiffusée, c’est niet. Zéro. Ou quasi. Ils On ne sont pas considérés comme de veut s’intéresser qu’aux vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore. J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques années les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, le prix n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une histoire de bulle tympanique, un genre de trépanation finalement , elle aussi. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout s’est bien passé. Son œil ne ferme plus, on espère que ce sera provisoire cela dit . Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne fait qu’attendre.

120918, version 8 (13 octobre 2018)

Guyotat ou Bolano (vérifier)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux, c’est une pirouette). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un truc là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des débats. Évidemment qu’il compréhensible que les libraires marquent leur désapprobation d’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer. Mais une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire : nous n’avons rien contre l’auto-édition. Mais quelle librairie en France serait prêt à intégrer sur ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur (ça vaut aussi pour la presse) ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’il est pratiqué par le gros de la profession. depuis des années  : on n’y accorde aucune importance ( encore , presse et librairies confondues ). Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre publié à compte d’éditeur et relevant de l’impression à la demande ou tout simplement de la petite édition autodiffusée , ( j’en sais quelque chose ), c’est niet. Zéro. Ou quasi. On ne veut s’intéresser qu’aux vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore. J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques années vingt ou trente ans les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, le prix ce n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Et je ne sais même plus pourquoi, au fond, je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une histoire de bulle tympanique XXX , un genre de trépanation finalement, elle aussi. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout s’est bien passé, même si son œil ne ferme plus . Son œil ne ferme plus, cela dit. Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne fait peut faire qu’attendre.

120918, version 7 (29 septembre 2018)

Guyotat ou Bolano (vérifier)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux, c’est une pirouette). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un truc là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des débats réactions . Évidemment qu’il compréhensible que les libraires marquent leur désapprobation d’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer. Mais une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire : nous n’avons rien contre l’auto-édition. Mais quelle librairie en France serait prêt à intégrer sur ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur (ça vaut aussi pour la presse) ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’il est pratiqué par le gros de la profession depuis des années : on n’y accorde aucune importance (là encore, presse et librairies confondues). Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre publié à compte d’éditeur et relevant de l’impression à la demande (j’en sais quelque chose), c’est niet. Zéro. Ou quasi.On ne veut s’intéresser qu’aux vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore. J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques vingt ou trente ans les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, ce n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Et je ne sais même plus pourquoi, au fond, je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une XXX, un genre de trépanation finalement , elle aussi . Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout s’est bien passé, même si son œil ne ferme plus. Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne peut faire qu’attendre.

120918, version 6 (16 septembre 2018)

Guyotat ou Bolano (vérifier)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux, c’est une pirouette ). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un truc texte là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de [pôle p[ôle terrestre d’inaccessibilité->https://fr.wikipedia.org/wiki/Pôle_d%27inaccessibilité#Pôle_terrestre_d’inaccessibilité]. Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des réactions. Évidemment qu’il compréhensible que les libraires marquent leur désapprobation d’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer. Mais une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire : nous n’avons rien contre l’auto-édition. Mais quelle librairie en France serait prêt à intégrer sur ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur ( ça vaut aussi pour la presse )  ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’il est pratiqué par le gros de la profession depuis des années : on n’y accorde aucune importance ( encore , presse et librairies confondues). Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre publié à compte d’éditeur et relevant de l’impression à la demande (j’en sais quelque chose), c’est niet. Zéro. On ne veut s’intéresser qu’aux vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore. J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques vingt ou trente ans les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, ce n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Et je ne sais même plus pourquoi, au fond, je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une XXX. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout s’est c’est bien passé, même si son œil ne ferme plus. Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne peut faire qu’attendre.

120918, version 5 (16 septembre 2018)

Guyotat ou Bolano (vérifier)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un texte là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des réactions. Évidemment qu’il compréhensible que les libraires marquent leur désapprobation d’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer. Mais une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire : nous n’avons rien contre l’auto-édition. Mais quelle librairie en France serait prêt à intégrer sur ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’il est pratiqué par le gros de la profession depuis des années : on n’y accorde aucune importance (presse et librairies confondues). Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre publié à compte d’éditeur et relevant de l’impression à la demande (j’en sais quelque chose), c’est niet. Zéro. On ne veut s’intéresser qu’aux vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore. J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques vingt ou trente ans les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, ce n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Et je ne sais même plus pourquoi, au fond, je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une XXX. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout c’est bien passé, même si son œil ne ferme plus. Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne peut faire qu’attendre.

120918, version 4 (12 septembre 2018)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un texte là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Il y a cette polémique depuis quelques jours sur la présence d’un livre auto-édité chez Amazon sur la sélection du Prix Renaudot. Déjà, que l’essentiel de la profession soit d’année en année focalisé sur des listes de prix ineptes est, en soi, préoccupant, mais je suis un peu mal à l’aise quant à la teneur des réactions. Évidemment qu’il compréhensible que les libraires marquent leur désapprobation d’un livre édité par Amazon, qui cherche purement et simplement à les éradiquer. Mais une étrange petite musique revient de commentaire en commentaire : nous n’avons rien contre l’auto-édition. Mais quelle librairie en France serait prêt à intégrer sur ses tables des livres auto-édités pour les traiter de la même manière que les livres édités à compte d’éditeur ? Et c’est toujours le même problème en réalité dès qu’il s’agit de sortir des sentiers battus du livre tel qu’il est pratiqué par le gros de la profession depuis des années : on n’y accorde aucune importance (presse et librairies confondues). Qu’il s’agisse d’un site web, d’un livre auto-édité ou d’un livre publié à compte d’éditeur et relevant de l’impression à la demande (j’en sais quelque chose), c’est niet. Zéro. On ne veut s’intéresser qu’aux vrais livres. Et combien d’humiliations quotidiennes encore. J’ignore ce que nous réserve l’avenir mais il est tout à fait envisageable que d’ici quelques vingt ou trente ans les librairies indépendantes se seront accrochées, et tout le monde s’en félicitera. Mais s’il n’y a plus de littérature à l’intérieur, on fait quoi ? Comment ? Ce matin, c’était des échanges sur Facebook au sujet d’un livre trop cher, Cor. 136 pages, 14€. Oui, c’est cher. Mais j’estime que lorsqu’il est vendu en numérique à 5.99€ en parallèle, ce n’est pas un problème. Réponse de l’intéressée (que je ne connais pas, par ailleurs) : je préfère recommander les 298 pages du nouveau roman d’Agnès Desarthe à 19€, que les 120 pages de celui de LEM à 14€. Voilà de quoi il était donc question depuis le début. De ces pubs comparatives nous apprenant que le paquet de lentilles de 500g, il est moins cher chez Leclerc. Il va sans dire que ce n’est pas pour ça que je fais ce boulot. Et je ne sais même plus pourquoi, au fond, je fais ce boulot. Par moments je me dis que tout serait plus simple si l’on se concentrait simplement sur nos sites pour y écrire dedans. On n’en vivrait pas. Mais on n’en serait pas malades. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une XXX. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout c’est bien passé, même si son œil ne ferme plus. Alors on est comme ça, nous autres. On est bancales. Asymétriques. Et on ne peut faire qu’attendre.

120918, version 3 (12 septembre 2018)

Chaque jour depuis des mois voire des années mon téléphone s’ouvre sur une notification : prêt à surveiller votre journée ? Et je trouve ça normal. Je ne m’affole même pas. Dans Les chiens romantiques, Bolaño revisite (ou préfigure, j’ignore la chronologie d’écriture de ses livres) des thématiques ou des personnages qu’il développera dans ses romans, notamment Les détectives sauvages. Dans cet extrait (caser l’extrait), c’est la figure d’Ernesto San Epifanio, l’homosexuel trépané qui, après son opération, au grand soulagement de sa famille, oubliera son homosexualité (mais c’est faux). Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit ce texte, qui doit être une nouvelle j’imagine, et qui fut publié dans le troisième (et dernier) numéro de l’excellente revue Cyclocosmia. Je ne parvenais pas à détourner les yeux de ce personnage. Je le retrouve ici, dans la phosphorescence des saints, avec beaucoup d’émotion. Un quatrième numéro de Cyclocosmia avait un temps été annoncé sur Volodine, j’avais écrit un texte là-dessus. Puis ça ne s’est pas fait, et le texte est resté là, quelque part sans doute, intact. Je ne l’ai pas relu depuis. Je sais qu’il concernait Dzoosotoyn Elisen, un lieu que je prendrai encore pour objet quelques années plus tard pour un autre genre de projet tombé à l’eau, plus long celui-là, comme si c’était maudit cette histoire de pôle terrestre d’inaccessibilité. Ici, au ras du sol, Poulpir s’ennuie de sa némésis, Tartelette, opérée ce matin à l’École vétérinaire de Maisons Alfort pour une XXX. Elle y restera probablement jusqu’à la fin de la semaine et des semaines de soin l’attendent. Mais tout c’est bien passé, même si son œil ne ferme plus.

120918, version 2 (12 septembre 2018)

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