251018


Il y a des pharmacies partout, ici. C’est comme dans la vie. Je veux dire, c’est comme chez nous. Mais c’est où, chez nous ? Et on est qui quand on s’absente de ça ? Par exemple, on était qui quand on parlait une autre langue que la nôtre, un genre de middle ground narratif pour se comprendre, pendant plusieurs heures qui passeront comme une fraction de seconde ? Là, on s’est absenté non pas de nous-mêmes mais de Tokyo. Mais Yokohama, c’est à à peine plus d’une demi-heure de là où on loge et, pour la première fois, on pourra voir (sentir) le Pacifique. Pas de skyline en vue mais des bâteaux immenses, des grues, d’anciens chantiers navals en construction. Des briques orange. On mangera dans un genre de centre commercial un peu démentiel, ça devait être des spécialités d’une région du Japon autre (ou bien d’ici ?) mais on n’a pas su quoi. No english menu. Alors c’est des genres de nouilles sautées froides avec de la viande (du bœuf ?), des algues qui prennent la forme, ici, de petites papillotes séchées, le tout servi avec une soupe aux palourdes (ou autres coquillages) un peu amère, des [illisibles], des trucs marinés et qui piquent (mais quoi ?) ainsi qu’un bol de riz (gohan [...1...]) sur lequel il y avait, à supposer que ce soit bien ça, un genre d’omelette un peu baveuse et pleine d’algues. Comment ne pas tenir une journée entière avec ça dans le ventre ? Pris le menu en photo, il faudra que je pense à demander à K. s’il savait d’où ça vient ( je l’ai fait et il y a répondu, mais j’ai oublié ce qu’il dira, et je n’ai rien noté). L’océan est très sombre et, un peu, comment dire, tourmenté. D’énormes immeubles en construction pas loin. Un marathon dont on était en train d’installer le décor : une ligne d’arrivée sans doute. [...2...] Voilà le genre de trucs auxquels je pense. On se retrouve à marcher beaucoup, et longtemps, depuis qu’on est ici. Les pieds, les genoux, les chevilles, plient. On continue quand même. Déjà cinq jours que nous sommes là et il faut se résoudre à quitter Tokyo très bientôt (avant d’y revenir à la fin de notre périple), demain dès l’aube en réalité. K. [...3...] a assorti son costume à son sac à dos, à ses chaussures, et à sa montre. Il bosse pour une agence de traduction comme account manager et il n’aime pas son travail. Il rêve de démissionner et de quitter le pays. [...4...] Il ne connait pas Cowboy Bebop non plus, ou alors si, de loin. C’est un truc d’occidentaux. Noir, ça ne lui dit rien. Il veut boire du vin à Paris, aller au Mont St Michel et il connaît la chanson Aux Champs Élysées. [...5...] Il vit encore avec ses parents, sa grand-mère, un chat, nous dit-il, ce qui est assez commun ici, même à 25 ans, dans une maison de deux étages, à quelque chose comme une heure d’ici, dans l’ouest d’une ville qu’on s’apprête à quitter.

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251018, version 4 (2 décembre 2018)

Il y a des pharmacies partout, ici. C’est comme dans la vie. Je veux dire, c’est comme chez nous. Mais c’est où, chez nous ? Et on est qui quand on s’absente de ça ? Par exemple, on était qui quand on parlait une autre langue que la nôtre, un genre de middle ground narratif pour se comprendre, pendant plusieurs heures qui passeront comme une fraction de seconde ? Là, on s’est absenté non pas de nous-mêmes mais de Tokyo. Mais Yokohama, c’est à à peine plus d’une demi-heure de là où on loge et, pour la première fois, on pourra voir (sentir) le Pacifique. Pas de skyline en vue mais des bâteaux immenses, des grues, d’anciens chantiers navals en construction. Des briques orange. On mangera dans un genre de centre commercial un peu démentiel, ça devait être des spécialités d’une région du Japon autre (ou bien d’ici ?) mais on n’a pas su quoi. No english menu. Alors c’est des genres de nouilles sautées froides avec de la viande (du bœuf ?), des algues qui prennent la forme, ici, de petites papillotes séchées, le tout servi avec une soupe aux palourdes (ou autres coquillages) un peu amère, des [illisibles], des trucs marinés et qui piquent (mais quoi ?) ainsi qu’un bol de riz (gohan [...1...]) sur lequel il y avait, à supposer que ce soit bien ça, un genre d’omelette un peu baveuse et pleine d’algues. Comment ne pas tenir une journée entière avec ça dans le ventre ? Pris le menu en photo, il faudra que je pense à demander à K. s’il savait d’où ça vient ( je l’ai fait et il y a répondu, mais j’ai oublié ce qu’il dira, et je n’ai rien noté). L’océan est très sombre et, un peu, comment dire, tourmenté. D’énormes immeubles en construction pas loin. Un marathon dont on était en train d’installer le décor : une ligne d’arrivée sans doute. [...2...] Voilà le genre de trucs auxquels je pense. On se retrouve à marcher beaucoup, et longtemps, depuis qu’on est ici. Les pieds, les genoux, les chevilles, plient. On continue quand même. Déjà cinq jours que nous sommes là et il faut se résoudre à quitter Tokyo très bientôt (avant d’y revenir à la fin de notre périple), demain dès l’aube en réalité. K. [...3...] a assorti son costume à son sac à dos, à ses chaussures, et à sa montre. Il bosse pour une agence de traduction comme account manager et il n’aime pas son travail. Il rêve de démissionner et de quitter le pays. [...4...] Il ne connait pas Cowboy Bebop Cowboy Bebop non plus, ou alors si, de loin. C’est un truc d’occidentaux. Noir , Noir , ça ne lui dit rien. Il veut boire du vin à Paris, aller au Mont St Michel et il connaît la chanson Aux Champs Élysées. [...5...] Il vit encore avec ses parents, sa grand-mère, un chat, nous dit-il, ce qui est assez commun ici, même à 25 ans, dans une maison de deux étages, à quelque chose comme une heure d’ici, dans l’ouest d’une ville qu’on s’apprête à quitter.

251018, version 3 (25 novembre 2018)

Il y a des pharmacies partout, ici. C’est comme dans la vie. Je veux dire, c’est comme chez nous. Mais c’est où, chez nous ? Et on est qui quand on s’absente de ça ? Par exemple, on était qui quand on parlait une autre langue que la nôtre, un genre de middle ground narratif pour se comprendre, pendant plusieurs heures qui passeront comme une fraction de seconde ? Là, on s’est absenté non pas de nous-mêmes mais de Tokyo. Mais Yokohama, c’est à à peine plus d’une demi-heure de là où on loge et, pour la première fois, on pourra voir (sentir) le Pacifique. Pas de skyline en vue mais des bâteaux immenses, des grues, d’anciens chantiers navals en construction. Des briques orange. On mangera dans un genre de centre commercial un peu démentiel, ça devait être des spécialités d’une région du Japon autre (ou bien d’ici ?) mais on n’a pas su quoi. No english menu. Alors c’est des genres de nouilles sautées froides avec de la viande (du bœuf ?), des algues qui prennent la forme, ici, de petites papillotes séchées, le tout servi avec une soupe aux palourdes (ou autres coquillages) un peu amère, des [illisibles], des trucs marinés et qui piquent (mais quoi ?) ainsi qu’un bol de riz (gohan [...1...]) sur lequel il y avait, à supposer que ce soit bien ça, un genre d’omelette un peu baveuse et pleine d’algues. Comment ne pas tenir une journée entière avec ça dans le ventre ? Pris le menu en photo, il faudra que je pense à demander à K. s’il savait d’où ça vient ( je l’ai fait et il y a répondu, mais j’ai oublié ce qu’il dira, et je n’ai rien noté). L’océan est très sombre et, un peu, comment dire, tourmenté. D’énormes immeubles en construction pas loin. Un marathon dont on était en train d’installer le décor : une ligne d’arrivée sans doute. [...2...] Voilà le genre de trucs auxquels je pense. On se retrouve à marcher beaucoup, et longtemps, depuis qu’on est ici. Les pieds, les genoux, les chevilles, plient. On continue quand même. Déjà cinq jours que nous sommes là et il faut se résoudre à quitter Tokyo très bientôt (avant d’y revenir à la fin de notre périple), demain dès l’aube en réalité. K. [...3...] a assorti son costume à son sac à dos, à ses chaussures, et à sa montre. Il bosse pour une agence de traduction comme account manager et il n’aime pas son travail. Il rêve de démissionner et de quitter le pays. [...4...] Il ne connait pas Cowboy Bebop non plus, ou alors si, de loin. C’est un truc d’occidentaux. Noir, ça ne lui dit rien. Il veut boire du vin à Paris, aller au Mont St Michel et il connaît la chanson Aux Champs Élysées. [...5...] Il vit encore avec ses parents, sa grand-mère, un chat, nous dit-il, ce qui est assez commun ici, même à 25 ans, dans une maison de deux étages, à quelque chose comme une heure d’ici, dans l’ouest d’une ville qu’on s’apprête à quitter.
Corps, H., Ville, K., Ailleurs, Cowboy Bebop
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251018, version 2 (5 novembre 2018)

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