271018


Mais combien de temps j’ai dormi ? Des cauchemars de partout. À deux ou trois reprises, des animaux sont venus gratter, vers la porte d’entrée et derrière la chambre. H. me dit que c’est dans ma tête que ça gratte mais non, c’est bien hors de ma tête. C’est dans le monde. Était-ce un genre de tanuki, comme hier, celui qui a pris peur ? [...1...] Ou bien encore des sangliers, des cerfs ? Car nous apprendrons qu’il y a des sangliers et des cerfs, dans ces forêts. C’est très Mononoke comme bêtes. C’est très nous. Bon, la maison a bien toutes les commodités et on peut se faire à manger très facilement. Hier, la personne qui nous a conduits de la gare d’Ikuno jusqu’ici a fait une halte dans un supermarché de la ville pour ça, des provisions. Très bien. Là, le wifi ne fonctionne pas, mais ça venait de nous, non de lui. Je veux dire, il fonctionne, mais on ne parvient pas, depuis nos téléphones, à aller où que ce soit. Pour aller où que ce soit, il faut marcher jusqu’à ce pont où on peut recapter la 4G, mais un tel à la fois. C’est à environ quinze minutes de marche. À vélo, c’est encore différent. On est donc obligés d’alterner nos phases de wifi. Un ou deux messages ici ou là. Photos pour Instagram. Ce genre de trucs. Des informations de base comme par exemple la météo, le GPS. Car en dehors de nos téléphones, nous n’avons pas de carte. C’est faux : il y a bien ce dépliant qui présentait les points touristiques de la région, et écrit en anglais, mais ce n’est pas très détaillé. Ça ne fait rien. On se repère au vent. Là, nous prendrons les vélos pour longer un moment la rivière. Il n’y a qu’une route, la route 429. À droite, elle redescend vers Ikuno après le lac Ginzan. À gauche, elle monte vers Kurokawa. Il faut compter quelque chose comme trois quarts d’heure une heure, pour y arriver à notre rythme. Les vélos sont petits, je veux dire bas, notamment au niveau du guidon, mais c’est toujours mieux que de laisser végéter le mien sur mon balcon à quelque chose comme 9600km de là. Avant Kurokawa, on traverse un genre de village fantôme avec quelques maisons, des fermes, pas âme. Un peu le même topo qu’à Kurokawa en réalité, avec un office de tourisme, un temple bouddhiste, un cimetière et un onsen qui fait aussi restaurant. L’eau des bains est très chaude et tu en ressors, je sais pas, lavé de quelque chose, en tous les cas plus détendu. Plus léger. C’est une journée douce. Couleurs de la montagne, des arbres, c’est superbe. Mais on ne parviendra pas à monter jusqu’en haut du barrage (il y avait un barrage) pour la vue, parait-il magnifique : pas moyen d’y aller à pied, et à vélo la pente est bien trop sèche. Tant pis. Pas non plus de sentiers dans la forêt : ici, on dirait qu’on ne domestique pas les forêts comme en France. Il y a les zones humaines d’un côté et le territoire des bêtes de l’autre. Ce sont d’immenses conifères hauts et maigres, très denses au niveau du feuillage, de l’aiguillage, je sais pas comment il faut dire, et quasiment aucune lumière qui saura y filtrer. Et, donc, quelque part dans cette obscurité tenace, conciles de cerfs, de tanukis, de sangliers.

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271018, version 3 (27 novembre 2018)

H., Rêve, Ailleurs, Vélo, Hayao Miyazaki
Mais combien de temps j’ai dormi ? Des cauchemars de partout. À deux ou trois reprises, des animaux sont venus gratter, vers la porte d’entrée et derrière la chambre. H. me dit que c’est dans ma tête que ça gratte mais non, c’est bien hors de ma tête. C’est dans le monde. Était-ce un genre de tanuki, comme hier, celui qui a pris peur ? [...1...] Ou bien encore des sangliers, des cerfs ? Car nous apprendrons qu’il y a des sangliers et des cerfs, dans ces forêts. C’est très Mononoke comme bêtes. C’est très nous. Bon, la maison a bien toutes les commodités et on peut se faire à manger très facilement. Hier, la personne qui nous a conduits de la gare d’Ikuno jusqu’ici a fait une halte dans un supermarché de la ville pour ça, des provisions. Très bien. Là, le wifi ne fonctionne pas, mais ça venait de nous, non de lui. Je veux dire, il fonctionne, mais on ne parvient pas, depuis nos téléphones, à aller où que ce soit. Pour aller où que ce soit, il faut marcher jusqu’à ce pont où on peut recapter la 4G, mais un tel à la fois. C’est à environ quinze minutes de marche. À vélo, c’est encore différent. On est donc obligés d’alterner nos phases de wifi. Un ou deux messages ici ou là. Photos pour Instagram. Ce genre de trucs. Des informations de base comme par exemple la météo, le GPS. Car en dehors de nos téléphones, nous n’avons pas de carte. C’est faux : il y a bien ce dépliant qui présentait les points touristiques de la région, et écrit en anglais, mais ce n’est pas très détaillé. Ça ne fait rien. On se repère au vent. Là, nous prendrons les vélos pour longer un moment la rivière. Il n’y a qu’une route, la route 429. À droite, elle redescend vers Ikuno après le lac Ginzan. À gauche, elle monte vers Kurokawa. Il faut compter quelque chose comme trois quarts d’heure une heure, pour y arriver à notre rythme. Les vélos sont petits, je veux dire bas, notamment au niveau du guidon, mais c’est toujours mieux que de laisser végéter le mien sur mon balcon à quelque chose comme 9600km de là. Avant Kurokawa, on traverse un genre de village fantôme avec quelques maisons, des fermes, pas âme. Un peu le même topo qu’à Kurokawa en réalité, avec un office de tourisme, un temple bouddhiste, un cimetière et un onsen qui fait aussi restaurant. L’eau des bains est très chaude et tu en ressors, je sais pas, lavé de quelque chose, en tous les cas plus détendu. Plus léger. C’est une journée douce. Couleurs de la montagne, des arbres, c’est superbe. Mais on ne parviendra pas à monter jusqu’en haut du barrage (il y avait un barrage) pour la vue, parait-il magnifique : pas moyen d’y aller à pied, et à vélo la pente est bien trop sèche. Tant pis. Pas non plus de sentiers dans la forêt : ici, on dirait qu’on ne domestique pas les forêts comme en France. Il y a les zones humaines d’un côté et le territoire des bêtes de l’autre. Ce sont d’immenses conifères hauts et maigres, très denses au niveau du feuillage, de l’aiguillage, je sais pas comment il faut dire, et quasiment aucune lumière qui saura y filtrer. Et, donc, quelque part dans cette obscurité tenace, conciles de cerfs, de tanukis, de sangliers.
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271018, version 2 (5 novembre 2018)

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