281018


K. nous avait prévenu que, dans le Kansaï profond, on ne trouverait presque personne qui parle anglais. [...1...] Beaucoup de gens savent, disait-il, mais ils n’osent pas parler, de peur de commettre des erreurs. Alors on se débrouille. On parle en geste. On mime. On use des quelques mot de japonais qu’on connait, ou anglais, mais sans faire de phrases, juxtaposés, et avec l’accent japonais. Ça fonctionne à peu près. Le propriétaire de la maison dans laquelle on logera ces deux dernières nuits vient nous chercher en voiture sur les coups de 9h. Il faut lui régler les deux courses (aller et retour), ce qui était prévu, ainsi qu’un bonus pour le chauffage, celui-là non prévu (5000 yen). Bon. Il fait un soleil magnifique et on se réchauffe de tout ce que la nuit passée a propagé en nous. Avec lui, on peut parler anglais, mais un anglais télégraphique, des bouts de phrase seulement, des mots clés. De quoi comprendre un peu l’histoire de la région pendant que nous redescendons vers Ikuno via la route 429. Le lac Ginzan n’existe que depuis une quarantaine d’années. Avant, il y avait un village dans la vallée que le lac aura donc englouti. Il y a un truc comme ça dans Morphine(s). Bref. C’est pour ça qu’un temple subsiste sur une toute petite île, au beau milieu de l’eau. C’est un vestige. Lui, dit-il, tout en conduisant lentement près des rives, et vite dès qu’on s’éloigne de ces grandes perspectives, est né dans ce village, avant la construction du barrage, donc. Car, après la guerre, Himeji a eu besoin d’eau. Ikuno, c’est une petite ville d’environ 4000 habitants qui en comptait le double du temps où la mine d’argent était encore ouverte. Il y a quelque chose comme deux siècles, la mine utilisait une technologie très pauvre et ce sont des français qui sont venus pour la moderniser. Maintenant, c’est devenu un musée. Je lui dis que c’est la même chose dans ma ville natale, une mine transformée en musée, ville qu’il m’a demandé de situer (il connaissait Lyon, K. aussi connaissait Lyon, et savait à peu près la situer), mais je ne lui dirai pas que, ce musée, j’ai trouvé le moyen en vingt ans de vie là-bas à ne jamais y mettre les pieds. [...2...] La maison dans laquelle on a passé deux nuits, continuera-t-il, elle avait plus d’un siècle. De ce que je crois comprendre, elle était à l’origine en plein village, avant l’engloutissement, où vivaient plusieurs dizaines de familles, avec une école, etc. Elle aura ensuite été déplacée plus haut lors de la construction du barrage. Mais peut-être qu’il y a ici un genre de dissonance linguistique car H. n’a pas compris la même chose que moi. C’était pourtant plaisant, cette histoire de maison déplacée. À l’origine, il voulait nous emmener à Takeda où un festival d’automne bat son plein. C’est aussi le lieu d’inspiration, on l’a lu dans les dépliants présentant la région, du Château dans le ciel de Miyazaki. Mais il faut compter le temps de trajet important vers Kyoto, notre prochaine étape. C’est-à-dire refaire dans le sens inverse ce que nous avons déjà fait vendredi : le tortillard jusqu’à Teramae, un train plus grand jusqu’à Himeji puis le Shinkansen Hikari (toujours lui) jusqu’à Kyoto. Mais cette histoire de ne pas parler un mot anglais est en partie fausse. Quelqu’un nous a parlé anglais hier au onsen de Kadokawa, quelqu’un d’assez affable. Il était en voyage (un genre de business man en business trip ?). Nous demandera d’où l’on venait (Paris). C’était aussi l’une de ses premières (si ce n’est sa première) fois au onsen, du moins c’est ce que j’ai cru comprendre. Ça l’a fait rire. Et c’est étrange, assez, que de mener une conversation pareille tout en étant, eh bien, nus là-dedans et, en ce qui me concerne, écarlate grave à cause de la chaleur de l’eau. C’est assez différent à Kyoto, où une femme très gentille nous renseigne sur les lignes de bus et leur fonctionnement avec une voix très douce. C’est qu’il y a énormément de touristes. Le propriétaire de la chambre qu’on loue parle aussi bien anglais, et prononce étrangement le prénom d’H. en aspirant, précisément, le H (moi, le mien, on ne s’y risquera jamais). Dans les bus, ici, on paye en sortant et non pas en entrant. On explore le quartier où on loge. Nous remontons le soir pour un restaurant de sushis absolument délicieux, les seuls que nous mangerons de tout le séjour en réalité. Très fins, qui fondent dans la bouche. [...3...] Malheureusement, le Claradol 500 ne fait aucun effet et j’ai perdu quelque chose comme quatre ou cinq heures de notre aventure à le découvrir.

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281018, version 3 (28 novembre 2018)

Migraine, Train, H., St-Etienne, K., Ailleurs, Lyon, Hayao Miyazaki
K. nous avait prévenu que, dans le Kansaï profond, on ne trouverait presque personne qui parle anglais. [...1...] Beaucoup de gens savent, disait-il, mais ils n’osent pas parler, de peur de commettre des erreurs. Alors on se débrouille. On parle en geste. On mime. On use des quelques mot de japonais qu’on connait, ou anglais, mais sans faire de phrases, juxtaposés, et avec l’accent japonais. Ça fonctionne à peu près. Le propriétaire de la maison dans laquelle on logera ces deux dernières nuits vient nous chercher en voiture sur les coups de 9h. Il faut lui régler les deux courses (aller et retour), ce qui était prévu, ainsi qu’un bonus pour le chauffage, celui-là non prévu (5000 yen). Bon. Il fait un soleil magnifique et on se réchauffe de tout ce que la nuit passée a propagé en nous. Avec lui, on peut parler anglais, mais un anglais télégraphique, des bouts de phrase seulement, des mots clés. De quoi comprendre un peu l’histoire de la région pendant que nous redescendons vers Ikuno via la route 429. Le lac Ginzan n’existe que depuis une quarantaine d’années. Avant, il y avait un village dans la vallée que le lac aura donc englouti. Il y a un truc comme ça dans Morphine(s). Bref. C’est pour ça qu’un temple subsiste sur une toute petite île, au beau milieu de l’eau. C’est un vestige. Lui, dit-il, tout en conduisant lentement près des rives, et vite dès qu’on s’éloigne de ces grandes perspectives, est né dans ce village, avant la construction du barrage, donc. Car, après la guerre, Himeji a eu besoin d’eau. Ikuno, c’est une petite ville d’environ 4000 habitants qui en comptait le double du temps où la mine d’argent était encore ouverte. Il y a quelque chose comme deux siècles, la mine utilisait une technologie très pauvre et ce sont des français qui sont venus pour la moderniser. Maintenant, c’est devenu un musée. Je lui dis que c’est la même chose dans ma ville natale, une mine transformée en musée, ville qu’il m’a demandé de situer (il connaissait Lyon, K. aussi connaissait Lyon, et savait à peu près la situer), mais je ne lui dirai pas que, ce musée, j’ai trouvé le moyen en vingt ans de vie là-bas à ne jamais y mettre les pieds. [...2...] La maison dans laquelle on a passé deux nuits, continuera-t-il, elle avait plus d’un siècle. De ce que je crois comprendre, elle était à l’origine en plein village, avant l’engloutissement, où vivaient plusieurs dizaines de familles, avec une école, etc. Elle aura ensuite été déplacée plus haut lors de la construction du barrage. Mais peut-être qu’il y a ici un genre de dissonance linguistique car H. n’a pas compris la même chose que moi. C’était pourtant plaisant, cette histoire de maison déplacée. À l’origine, il voulait nous emmener à Takeda où un festival d’automne bat son plein. C’est aussi le lieu d’inspiration, on l’a lu dans les dépliants présentant la région, du Château dans le ciel de Miyazaki. Mais il faut compter le temps de trajet important vers Kyoto, notre prochaine étape. C’est-à-dire refaire dans le sens inverse ce que nous avons déjà fait vendredi : le tortillard jusqu’à Teramae, un train plus grand jusqu’à Himeji puis le Shinkansen Hikari (toujours lui) jusqu’à Kyoto. Mais cette histoire de ne pas parler un mot anglais est en partie fausse. Quelqu’un nous a parlé anglais hier au onsen de Kadokawa, quelqu’un d’assez affable. Il était en voyage (un genre de business man en business trip ?). Nous demandera d’où l’on venait (Paris). C’était aussi l’une de ses premières (si ce n’est sa première) fois au onsen, du moins c’est ce que j’ai cru comprendre. Ça l’a fait rire. Et c’est étrange, assez, que de mener une conversation pareille tout en étant, eh bien, nus là-dedans et, en ce qui me concerne, écarlate grave à cause de la chaleur de l’eau. C’est assez différent à Kyoto, où une femme très gentille nous renseigne sur les lignes de bus et leur fonctionnement avec une voix très douce. C’est qu’il y a énormément de touristes. Le propriétaire de la chambre qu’on loue parle aussi bien anglais, et prononce étrangement le prénom d’H. en aspirant, précisément, le H (moi, le mien, on ne s’y risquera jamais). Dans les bus, ici, on paye en sortant et non pas en entrant. On explore le quartier où on loge. Nous remontons le soir pour un restaurant de sushis absolument délicieux, les seuls que nous mangerons de tout le séjour en réalité. Très fins, qui fondent dans la bouche. [...3...] Malheureusement, le Claradol 500 ne fait aucun effet et j’ai perdu quelque chose comme quatre ou cinq heures de notre aventure à le découvrir.
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281018, version 2 (5 novembre 2018)

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