291018


Puis il s’étendit en levant la main vers le ciel, la paume vers le dehors, comme il l’avait tenue derrière l’écran du laboratoire, mais la lumière du ciel laissa intacte sa forme vivante, et sa clarté alla jusqu’à assombrir et opacifier sa matière, dont seuls les contours extérieurs rougeoyaient par transparence. C’était la main vivante qu’il avait coutume de voir, de nettoyer, d’utiliser, et non cette carcasse étrangère entrevue sur l’écran : la fosse analytique, qu’il avait vue béante, s’était refermée.

Thomas Mann, La montagne magique, Fayard, traduction Claire de Oliveira

On nous l’avait dit avant même notre départ, que Kyoto était une ville qui se vit à vélo. Il y a énormément de cyclistes, ici. Curieusement, assez peu de pistes cyclables. Et en réalité les gens roulent un peu où ils peuvent, à la fois dans la rue, mais aussi beaucoup sur le trottoir, et dans n’importe quel sens, à gauche comme à droite. Le propriétaire de la chambre qu’on loue nous met à disposition deux vélos, on les prendra demain. Aujourd’hui, nous marchons, et nous prenons les bus, comme hier (230 yen par trajet). Après un petit-déjeuner très français (il y a une boulangerie « Pin de bleu » (sic) au coin de la rue, le jus d’orange est bizarre, sans doute car c’est un jus de mangue, et doit-on dire chocolatine ou pain au chocolat ici ? bref), nous allons jusqu’au temple Ryoan-ji et son célèbre jardin de pierres. Il fait un temps absolument splendide, une lumière parfaite. La texture des graviers, claire, de la mousse, les cheveux des racines, formes de ces corps en nombre au fil de l’eau, comment veux-tu rendre ça par la langage ? Ou par l’image ? Nous en reviendrons souvent à ça, aujourd’hui : que faire de tant de beauté ? Où, en nous, la mettre et jusqu’où hors de nous l’emporter ? Il n’y a pas de réponse à ces questions. Et j’imagine que l’objet de ce voyage, ce n’est pas de la ramener avec nous mais de ramener, autant que faire se peut, ceux que nous tendons, ici, à devenir. Est-ce que ça va marcher ? Prendre ? [...1...] Et ce n’était pas une question de dépaysement, ou pas seulement. Ça aura à voir avec nos cœurs. Quelque chose (on ne sait pas quoi) s’est répandu dans nos corps qui est pompé sous notre cage thoracique pour gorger tout une partie de notre organisme. Et par exemple, là, maintenant, dans le tempo de l’écriture, quand je vois la pointe du stylo faire ce qu’elle sait faire de mieux sur la surface du papier, moment que choisira aussi H. pour écrire sur son téléphone le contenu de son billet du jour, un silence absolu a comme fondu sur nous. Le souffle de la ville s’est tu. On est dans le présent. J’entends la pulpe des bruits blancs de la vie et du monde : ce sifflement infime qui me donne l’impression, comme à chaque fois, que doucement tout l’air ambiant rissole et que [...2...] . Le titre L’effervescence (Eff), il vient de là. De ce son. Le bruit blanc. C’est aussi à partir d’aujourd’hui que je prends conscience, mais véritablement conscience, que ce journal est périssable. Jamais auparavant je n’ai autant écrit à l’encre manuscrite. Ce qui implique fatalement deux choses : 1) je ne vais pas être en mesure de procéder comme d’habitude pour la mise en ligne de ce texte (plusieurs semaines de strates et de réécritures pour chaque entrée), il va donc me falloir trouver un autre stratagème, notamment pour gérer les réécritures, s’il y en a, et les révisions et, 2) ce carnet, je pourrais tout aussi bien le perdre ou le laisser derrière moi par inadvertance. Ce ne serait pas nécessairement perdre l’entièreté du voyage (mon corps, lui, qui l’a éprouvé, sera toujours là après lui, et les souvenirs ruissellent) mais sa langue, oui. Or je tiens à ça, la langue. Je commencerai donc à développer un genre de paranoïa à l’égard du carnet, de l’objet, que je cherchais souvent à l’intérieur du sac, comme je cherche, à Paris, où que j’aille, mon MacBook de façon compulsive au moindre déplacement. En quantité, ce n’est pas si long que ça. Quelques dizaines de feuillets à ce jour. Mais ce qu’il vaut pour moi, dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il ne dira jamais (l’érosion, [...3...], les silences), c’est disproportionné. J’aurais besoin de me relire (et de me relier) à mon retour. [...4...] Mais c’est peut-être une bonne chose, finalement. Garder une certaine fraicheur. Un air de presque premier jet. Je n’aurais qu’à gérer autrement les silences. Je sais comment, déjà. Et la lumière était exquise pour ne pas écrire. Vivre donc. Tout autour du Kinkaku-ji, le fameux Pavillon d’or. Lisant le livre de Mishima, avant de partir, je m’étais retenu, sans que ce soit conscient, d’aller voir des photos de ce que c’était dans la réalité. Dans le passé comme dans le présent. Comme j’ai bien fait. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre. On devrait toujours ou, du moins, le plus souvent possible, ne pas savoir à quoi s’attendre. Surtout ici. Alors que faire, que faire de tant de beauté ? Le circuit est pris d’assaut par les touristes et il faut circuler, comme à Versailles ou au Louvre, parmi la foule. Ça ne fait rien. Je veux dire, on fait très vite abstraction de ça car la lumière nous guide. Et je n’aurais pas les mots pour aller au-delà de ces copeaux de paroles et de sensations que je tente, assez maladroitement il faut bien le dire, de transcrire en phrases. Les yakisoba (850 yen) que l’on mange après ça dans une minuscule échoppe près d’une toute petite gare feront sans doute partie des meilleurs trucs que nous aurons mangés au cours de notre séjour. Quelque chose de très simple [1]. Une dame seule derrière ses fourneaux. Quatre ou cinq places assises. Quatre plats au menu avec, au mur, une carte du monde sur laquelle les visiteurs ont indiqué, via quelques gommettes, on suppose, leur ville d’origine. Beaucoup d’européens. Qui aurait pu prévoir que le jour où H. m’a appris à manger avec des baguettes il y a tant d’années déboucherait un jour sur des moments comme ça ? L’après-midi n’a déjà plus rien à voir. Un long moment nous traverserons Nishiki Market où une automate diseuse de bonne aventure [2] me fera la prédiction suivante : there’s someone who will notice that small change you’ve got. How about changing hairstyle ? / Atmosphere at a workplace is good, but not that productive. Are they serious enough ? / Keep a distance from social media. Just be yourself. Beaucoup de choses très différentes encore, et beaucoup de touristes. Ici, on peut très facilement louer des yukata et certains déambulent ainsi dans les rues. Après un moment dans une boutique de stickers (B-sides) improbable [...5...], nous gagnons la vieille ville, Gion, pour un thé vert absolument délicieux et une part de gâteau à la figue. Une nuit est tombée sur nos ombres. Est-ce celle d’hier ou celle de demain ? Comment savoir ? Le pocket wifi s’est éteint, plus de batterie. Ça ne fait rien. Un autre bus nous ramènera. On trouve très facilement. Mais la lumière a disparu. Voilà aussi pourquoi. Le jour même où nous aurons la chance de vivre des émotions aussi intenses, nous apprenons mais après coup qu’à l’autre bout du monde, le fasciste Bolsonaro a été démocratiquement élu à la tête du Brésil. Dans quoi le monde s’enfonce-t-il ?

29 novembre 2018
par Guillaume Vissac
Journal
#Ailleurs #Coup de tête #H. #Postapocalypse #Thomas Mann #Vélo #Yukio Mishima

[1Tout le contraire de l’onomiyaki que nous avons mangée hier en arrivant à Kyoto : un genre de crêpe ou d’omelette assez grasse avec beaucoup de sauce soja sucrée et de la mayonnaise. Même chose concernant les takoyaki du soir, des beignets de pieuvre nappés encore de cette même sauce sucrée. Peut-être tout simplement que nous n’avons pas trouvé le bon endroit pour les manger.

[2Il y a un truc comme ça, dans Coup de tête.

<  -  >

Partager

Révisions

5 révisions

291018, version 6 (2 décembre 2018)

On nous l’avait dit avant même notre départ, que Kyoto était une ville qui se vit à vélo. Il y a énormément de cyclistes, ici. Curieusement, assez peu de pistes cyclables. Et en réalité les gens roulent un peu où ils peuvent, à la fois dans la rue, mais aussi beaucoup sur le trottoir, et dans n’importe quel sens, à gauche comme à droite. Le propriétaire de la chambre qu’on loue nous met à disposition deux vélos, on les prendra demain. Aujourd’hui, nous marchons, et nous prenons les bus, comme hier (230 yen par trajet). Après un petit-déjeuner très français (il y a une boulangerie « Pin de bleu » (sic) au coin de la rue, le jus d’orange est bizarre, sans doute car c’est un jus de mangue, et doit-on dire chocolatine ou pain au chocolat ici ? bref), nous allons jusqu’au temple Ryoan-ji et son célèbre jardin de pierres. Il fait un temps absolument splendide, une lumière parfaite. La texture des graviers, claire, de la mousse, les cheveux des racines, formes de ces corps en nombre au fil de l’eau, comment veux-tu rendre ça par la langage ? Ou par l’image ? Nous en reviendrons souvent à ça, aujourd’hui : que faire de tant de beauté ? Où, en nous, la mettre et jusqu’où hors de nous l’emporter ? Il n’y a pas de réponse à ces questions. Et j’imagine que l’objet de ce voyage, ce n’est pas de la ramener avec nous mais de ramener, autant que faire se peut, ceux que nous tendons, ici, à devenir. Est-ce que ça va marcher ? Prendre ? [...1...] Et ce n’était pas une question de dépaysement, ou pas seulement. Ça aura à voir avec nos cœurs. Quelque chose (on ne sait pas quoi) s’est répandu dans nos corps qui est pompé sous notre cage thoracique pour gorger tout une partie de notre organisme. Et par exemple, là, maintenant, dans le tempo de l’écriture, quand je vois la pointe du stylo faire ce qu’elle sait faire de mieux sur la surface du papier, moment que choisira aussi H. pour écrire sur son téléphone le contenu de son billet du jour, un silence absolu a comme fondu sur nous. Le souffle de la ville s’est tu. On est dans le présent. J’entends la pulpe des bruits blancs de la vie et du monde : ce sifflement infime qui me donne l’impression, comme à chaque fois, que doucement tout l’air ambiant rissole et que [...2...] . Le titre L’effervescence (Eff), il vient de là. De ce son. Le bruit blanc. C’est aussi à partir d’aujourd’hui que je prends conscience, mais véritablement conscience, que ce journal est périssable. Jamais auparavant je n’ai autant écrit à l’encre manuscrite. Ce qui implique fatalement deux choses : 1) je ne vais pas être en mesure de procéder comme d’habitude pour la mise en ligne de ce texte (plusieurs semaines de strates et de réécritures pour chaque entrée), il va donc me falloir trouver un autre stratagème, notamment pour gérer les réécritures, s’il y en a, et les révisions et, 2) ce carnet, je pourrais tout aussi bien le perdre ou le laisser derrière moi par inadvertance. Ce ne serait pas nécessairement perdre l’entièreté du voyage (mon corps, lui, qui l’a éprouvé, sera toujours là après lui, et les souvenirs ruissellent) mais sa langue, oui. Or je tiens à ça, la langue. Je commencerai donc à développer un genre de paranoïa à l’égard du carnet, de l’objet, que je cherchais souvent à l’intérieur du sac, comme je cherche, à Paris, où que j’aille, mon MacBook de façon compulsive au moindre déplacement. En quantité, ce n’est pas si long que ça. Quelques dizaines de feuillets à ce jour. Mais ce qu’il vaut pour moi, dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il ne dira jamais (l’érosion, [...3...], les silences), c’est disproportionné. J’aurais besoin de me relire (et de me relier) à mon retour. [...4...] Mais c’est peut-être une bonne chose, finalement. Garder une certaine fraicheur. Un air de presque premier jet. Je n’aurais qu’à gérer autrement les silences. Je sais comment, déjà. Et la lumière était exquise pour ne pas écrire. Vivre donc. Tout autour du Kinkaku-ji, le fameux Pavillon d’or. Lisant le livre de Mishima, avant de partir, je m’étais retenu, sans que ce soit conscient, d’aller voir des photos de ce que c’était dans la réalité. Dans le passé comme dans le présent. Comme j’ai bien fait. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre. On devrait toujours ou, du moins, le plus souvent possible, ne pas savoir s’avoir à quoi s’attendre. Surtout ici. Alors que faire, que faire de tant de beauté ? Le circuit est pris d’assaut par les touristes et il faut circuler, comme à Versailles ou au Louvre, parmi la foule. Ça ne fait rien. Je veux dire, on fait très vite abstraction de ça car la lumière nous guide. Et je n’aurais pas les mots pour aller au-delà de ces copeaux de paroles et de sensations que je tente, assez maladroitement il faut bien le dire, de transcrire en phrases. Les yakisoba (850 yen) que l’on mange après ça dans une minuscule échoppe près d’une toute petite gare feront sans doute partie des meilleurs trucs que nous aurons mangés au cours de notre séjour. Quelque chose de très simple [1]. Une dame seule derrière ses fourneaux. Quatre ou cinq places assises. Quatre plats au menu avec, au mur, une carte du monde sur laquelle les visiteurs ont indiqué, via quelques gommettes, on suppose, leur ville d’origine. Beaucoup d’européens. Qui aurait pu prévoir que le jour où H. m’a appris à manger avec des baguettes il y a tant d’années déboucherait un jour sur des moments comme ça ? L’après-midi n’a déjà plus rien à voir. Un long moment nous traverserons Nishiki Market où une automate diseuse de bonne aventure [2] me fera la prédiction suivante : there’s someone who will notice that small change you’ve got. How about changing hairstyle ? / Atmosphere at a workplace is good, but not that productive. Are they serious enough ? / Keep a distance from social media. Just be yourself. Beaucoup de choses très différentes encore, et beaucoup de touristes. Ici, on peut très facilement louer des yukata et certains déambulent ainsi dans les rues. Après un moment dans une boutique de stickers (B-sides) improbable [...5...], nous gagnons la vieille ville, Gion, pour un thé vert absolument délicieux et une part de gâteau à la figue. Une nuit est tombée sur nos ombres. Est-ce celle d’hier ou celle de demain ? Comment savoir ? Le pocket wifi s’est éteint, plus de batterie. Ça ne fait rien. Un autre bus nous ramènera. On trouve très facilement. Mais la lumière a disparu. Voilà aussi pourquoi. Le jour même où nous aurons la chance de vivre des émotions aussi intenses, nous apprenons mais après coup qu’à l’autre bout du monde, le fasciste Bolsonaro a été démocratiquement élu à la tête du Brésil. Dans quoi le monde s’enfonce-t-il ?

[1Tout le contraire de l’onomiyaki que nous avons mangée hier en arrivant à Kyoto : un genre de crêpe ou d’omelette assez grasse avec beaucoup de sauce soja sucrée et de la mayonnaise. Même chose concernant les takoyaki du soir, des beignets de pieuvre nappés encore de cette même sauce sucrée. Peut-être tout simplement que nous n’avons pas trouvé le bon endroit pour les manger.

[2Il y a un truc comme ça, dans Coup de tête.

291018, version 5 (30 novembre 2018)

On nous l’avait dit avant même notre départ, que Kyoto était une ville qui se vit à vélo. Il y a énormément de cyclistes, ici. Curieusement, assez peu de pistes cyclables. Et en réalité les gens roulent un peu où ils peuvent, à la fois dans la rue, mais aussi beaucoup sur le trottoir, et dans n’importe quel sens, à gauche comme à droite. Le propriétaire de la chambre qu’on loue nous met à disposition deux vélos, on les prendra demain. Aujourd’hui, nous marchons, et nous prenons les bus, comme hier (230 yen par trajet). Après un petit-déjeuner très français (il y a une boulangerie « Pin de bleu » (sic) au coin de la rue, le jus d’orange est bizarre, sans doute car c’est un jus de mangue, et doit-on dire chocolatine ou pain au chocolat ici ? bref), nous allons jusqu’au temple Ryoan-ji et son célèbre jardin de pierres. Il fait un temps absolument splendide, une lumière parfaite. La texture des graviers, claire, de la mousse, les cheveux des racines, formes de ces corps en nombre au fil de l’eau, comment veux-tu rendre ça par la langage ? Ou par l’image ? Nous en reviendrons souvent à ça, aujourd’hui : que faire de tant de beauté ? Où, en nous, la mettre et jusqu’où hors de nous l’emporter ? Il n’y a pas de réponse à ces questions. Et j’imagine que l’objet de ce voyage, ce n’est pas de la ramener avec nous mais de ramener, autant que faire se peut, ceux que nous tendons, ici, à devenir. Est-ce que ça va marcher ? Prendre ? [...1...] Et ce n’était pas une question de dépaysement, ou pas seulement. Ça aura à voir avec nos cœurs. Quelque chose (on ne sait pas quoi) s’est répandu dans nos corps qui est pompé sous notre cage thoracique pour gorger tout une partie de notre organisme. Et par exemple, là, maintenant, dans le tempo de l’écriture, quand je vois la pointe du stylo faire ce qu’elle sait faire de mieux sur la surface du papier, moment qui est aussi celui que choisira aussi H. pour écrire sur son téléphone le contenu de son billet du jour, un silence absolu a comme fondu sur nous. Le souffle de la ville s’est tu. On est dans le présent. J’entends la pulpe des bruits blancs de la vie et du monde : ce sifflement infime qui me donne l’impression, comme à chaque fois, que doucement tout l’air ambiant rissole et que [...2...] . Le titre L’effervescence (Eff), il vient de là. De ce son. Le bruit blanc. C’est aussi à partir d’aujourd’hui que je prends conscience, mais véritablement conscience, que ce journal est périssable. Jamais auparavant je n’ai autant écrit à l’encre manuscrite. Ce qui implique fatalement deux choses : 1) je ne vais pas être en mesure de procéder comme d’habitude pour la mise en ligne de ce texte (plusieurs semaines de strates et de réécritures pour chaque entrée), il va donc me falloir trouver un autre stratagème, notamment pour gérer les réécritures, s’il y en a, et les révisions et, 2) ce carnet, je pourrais tout aussi bien le perdre ou le laisser derrière moi par inadvertance. Ce ne serait pas nécessairement perdre l’entièreté du voyage (mon corps, lui, qui l’a éprouvé, sera toujours là après lui, et les souvenirs ruissellent) mais sa langue, oui. Or je tiens à ça, la langue. Je commencerai donc à développer un genre de paranoïa à l’égard du carnet, de l’objet, que je cherchais souvent à l’intérieur du sac, comme je cherche, à Paris, où que j’aille, mon MacBook de façon compulsive au moindre déplacement. En quantité, ce n’est pas si long que ça. Quelques dizaines de feuillets à ce jour. Mais ce qu’il vaut pour moi, dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il ne dira jamais (l’érosion, [...3...], les silences), c’est disproportionné. J’aurais besoin de me relire (et de me relier) à mon retour. [...4...] Mais c’est peut-être une bonne chose, finalement. Garder une certaine fraicheur. Un air de presque premier jet. Je n’aurais qu’à gérer autrement les silences. Je sais comment, déjà. Et la lumière était exquise pour ne pas écrire. Vivre donc. Tout autour du Kinkaku-ji, le fameux Pavillon d’or. Lisant le livre de Mishima, avant de partir, je m’étais retenu, sans que ce soit conscient, d’aller voir des photos de ce que c’était dans la réalité. Dans le passé comme dans le présent. Comme j’ai bien fait. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre. On devrait toujours ou, du moins, le plus souvent possible, ne pas s’avoir à quoi s’attendre. Surtout ici. Alors que faire, que faire de tant de beauté ? Le circuit est pris d’assaut par les touristes et il faut circuler, comme à Versailles ou au Louvre, parmi la foule. Ça ne fait rien. Je veux dire, on fait très vite abstraction de ça car la lumière nous guide. Et je n’aurais pas les mots pour aller au-delà de ces copeaux de paroles et de sensations que je tente, assez maladroitement il faut bien le dire, de transcrire en phrases. Les yakisoba (850 yen) que l’on mange après ça dans une minuscule échoppe près d’une toute petite gare feront sans doute partie des meilleurs trucs que nous aurons mangés au cours de notre séjour. Quelque chose de très simple [3]. Une dame seule derrière ses fourneaux. Quatre ou cinq places assises. Quatre plats au menu avec, au mur, une carte du monde sur laquelle les visiteurs ont indiqué, via quelques gommettes, on suppose, leur ville d’origine. Beaucoup d’européens. Qui aurait pu prévoir que le jour où H. m’a appris à manger avec des baguettes il y a tant d’années déboucherait un jour sur des moments comme ça ? L’après-midi n’a déjà plus rien à voir. Un long moment nous traverserons Nishiki Market où une automate diseuse de bonne aventure [4] me fera la prédiction suivante : there’s someone who will notice that small change you’ve got. How about changing hairstyle ? / Atmosphere at a workplace is good, but not that productive. Are they serious enough ? / Keep a distance from social media. Just be yourself. Beaucoup de choses très différentes encore, et beaucoup de touristes. Ici, on peut très facilement louer des yukata et certains déambulent ainsi dans les rues. Après un moment dans une boutique de stickers (B-sides) improbable [...5...], nous gagnons la vieille ville, Gion, pour un thé vert absolument délicieux et une part de gâteau à la figue. Une nuit est tombée sur nos ombres. Est-ce celle d’hier ou celle de demain ? Comment savoir ? Le pocket wifi s’est éteint, plus de batterie. Ça ne fait rien. Un autre bus nous ramènera. On trouve très facilement. Mais la lumière a disparu. Voilà aussi pourquoi. Le jour même où nous aurons la chance de vivre des émotions aussi intenses, nous apprenons mais après coup qu’à l’autre bout du monde, le fasciste Bolsonaro a été démocratiquement élu à la tête du Brésil. Dans quoi le monde s’enfonce-t-il ?

[3Tout le contraire de l’onomiyaki que nous avons mangée hier en arrivant à Kyoto : un genre de crêpe ou d’omelette assez grasse avec beaucoup de sauce soja sucrée et de la mayonnaise. Même chose concernant les takoyaki du soir, des beignets de pieuvre nappés encore de cette même sauce sucrée. Peut-être tout simplement que nous n’avons pas trouvé le bon endroit pour les manger.

[4Il y a un truc comme ça, dans Coup de tête.

291018, version 4 (29 novembre 2018)

On nous l’avait dit avant même notre départ, que Kyoto était une ville qui se vit à vélo. Il y a énormément de cyclistes, ici. Curieusement, assez peu de pistes cyclables. Et en réalité les gens roulent un peu où ils peuvent, à la fois dans la rue, mais aussi beaucoup sur le trottoir, et dans n’importe quel sens, à gauche comme à droite. Le propriétaire de la chambre qu’on loue nous met à disposition deux vélos, on les prendra demain. Aujourd’hui, nous marchons, et nous prenons les bus, comme hier (230 yen par trajet). Après un petit-déjeuner très français (il y a une boulangerie « Pin de bleu » (sic) au coin de la rue, le jus d’orange est bizarre, sans doute car c’est un jus de mangue, et doit-on dire chocolatine ou pain au chocolat ici ? bref), nous allons jusqu’au temple Ryoan-ji et son célèbre jardin de pierres. Il fait un temps absolument splendide, une lumière parfaite. La texture des graviers, claire, de la mousse, les cheveux des racines, formes de ces corps en nombre au fil de l’eau, comment veux-tu rendre ça par la langage ? Ou par l’image ? Nous en reviendrons souvent à ça, aujourd’hui : que faire de tant de beauté ? Où, en nous, la mettre et jusqu’où hors de nous l’emporter ? Il n’y a pas de réponse à ces questions. Et j’imagine que l’objet de ce voyage, ce n’est pas de la ramener avec nous mais de ramener, autant que faire se peut, ceux que nous tendons, ici, à devenir. Est-ce que ça va marcher ? Prendre ? [...1...] Et ce n’était pas une question de dépaysement, ou pas seulement. Ça aura à voir avec nos cœurs. Quelque chose (on ne sait pas quoi) s’est répandu dans nos corps qui est pompé sous notre cage thoracique pour gorger tout une partie de notre organisme. Et par exemple, là, maintenant, dans le tempo de l’écriture, quand je vois la pointe du stylo faire ce qu’elle sait faire de mieux sur la surface du papier, qui est aussi celui que choisira H. pour écrire sur son téléphone le contenu de son billet du jour, un silence absolu a comme fondu sur nous. Le souffle de la ville s’est tu. On est dans le présent. J’entends la pulpe des bruits blancs de la vie et du monde : ce sifflement infime qui me donne l’impression, comme à chaque fois, que doucement tout l’air ambiant rissole et que [...2...] . Le titre L’effervescence (Eff), il vient de là. De ce son. Le bruit blanc. C’est aussi à partir d’aujourd’hui que je prends conscience, mais véritablement conscience, que ce journal est périssable. Jamais auparavant je n’ai autant écrit à l’encre manuscrite. Ce qui implique fatalement deux choses : 1) je ne vais pas être en mesure de procéder comme d’habitude pour la mise en ligne de ce texte (plusieurs semaines de strates et de réécritures pour chaque entrée), il va donc me falloir trouver un autre stratagème, notamment pour gérer les réécritures, s’il y en a, et les révisions et, 2) ce carnet, je pourrais tout aussi bien le perdre ou le laisser derrière moi par inadvertance. Ce ne serait pas nécessairement perdre l’entièreté du voyage (mon corps, lui, qui l’a éprouvé, sera toujours là après lui, et les souvenirs ruissellent) mais sa langue, oui. Or je tiens à ça, la langue. Je commencerai donc à développer un genre de paranoïa à l’égard du carnet, de l’objet, que je cherchais souvent à l’intérieur du sac, comme je cherche, à Paris, où que j’aille, mon MacBook de façon compulsive au moindre déplacement. En quantité, ce n’est pas si long que ça. Quelques dizaines de feuillets à ce jour. Mais ce qu’il vaut pour moi, dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il ne dira jamais (l’érosion, [...3...], les silences), c’est disproportionné. J’aurais besoin de me relire (et de me relier) à mon retour. [...4...] Mais c’est peut-être une bonne chose, finalement. Garder une certaine fraicheur. Un air de presque premier jet. Je n’aurais qu’à gérer autrement les silences. Je sais comment, déjà. Et la lumière était exquise pour ne pas écrire. Vivre donc. Tout autour du Kinkaku-ji, le fameux Pavillon d’or. Lisant le livre de Mishima, avant de partir, je m’étais retenu, sans que ce soit conscient, d’aller voir des photos de ce que c’était dans la réalité. Dans le passé comme dans le présent. Comme j’ai bien fait. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre. On devrait toujours ou, du moins, le plus souvent possible, ne pas s’avoir à quoi s’attendre. Surtout ici. Alors que faire, que faire de tant de beauté ? Le circuit est pris d’assaut par les touristes et il faut circuler, comme à Versailles ou au Louvre, parmi la foule. Ça ne fait rien. Je veux dire, on fait très vite abstraction de ça car la lumière nous guide. Et je n’aurais pas les mots pour aller au-delà de ces copeaux de paroles et de sensations que je tente, assez maladroitement il faut bien le dire, de transcrire en phrases. Les yakisoba (850 yen) que l’on mange après ça dans une minuscule échoppe près d’une toute petite gare feront sans doute partie parti des meilleurs trucs que nous aurons mangés au cours de notre séjour. Quelque chose de très simple [5]. Une dame seule derrière ses fourneaux. Quatre ou cinq places assises. Quatre plats au menu avec, au mur, une carte du monde sur laquelle les visiteurs ont indiqué, via quelques gommettes, on suppose, leur ville d’origine. Beaucoup d’européens. Qui aurait pu prévoir que le jour où H. m’a appris à manger avec des baguettes il y a tant d’années déboucherait un jour sur des moments comme ça ? L’après-midi n’a déjà plus rien à voir. Un long moment nous traverserons Nishiki Market où une automate diseuse de bonne aventure [6] me fera la prédiction suivante : there’s someone who will notice that small change you’ve got. How about changing hairstyle ? / Atmosphere at a workplace is good, but not that productive. Are they serious enough ? / Keep a distance from social media. Just be yourself. Beaucoup de choses très différentes encore, et beaucoup de touristes. Ici, on peut très facilement louer des yukata et certains déambulent ainsi dans les rues. Après un moment dans une boutique de stickers (B-sides) improbable [...5...], nous gagnons la vieille ville, Gion, pour un thé vert absolument délicieux et une part de gâteau à la figue. Une nuit est tombée sur nos ombres. Est-ce celle d’hier ou celle de demain ? Comment savoir ? Le pocket wifi s’est éteint, plus de batterie. Ça ne fait rien. Un autre bus nous ramènera. On trouve très facilement. Mais la lumière a disparu. Voilà aussi pourquoi. Le jour même où nous aurons la chance de vivre des émotions aussi intenses, nous apprenons mais après coup qu’à l’autre bout du monde, le fasciste Bolsonaro a été démocratiquement élu à la tête du Brésil. Dans quoi le monde s’enfonce-t-il ?

[5Tout le contraire de l’onomiyaki que nous avons mangée hier en arrivant à Kyoto : un genre de crêpe ou d’omelette assez grasse avec beaucoup de sauce soja sucrée et de la mayonnaise. Même chose concernant les takoyaki du soir, des beignets de pieuvre nappés encore de cette même sauce sucrée. Peut-être tout simplement que nous n’avons pas trouvé le bon endroit pour les manger.

[6Il y a un truc comme ça, dans Coup de tête.

291018, version 3 (29 novembre 2018)

<blockquote>

Puis il s’étendit en levant la main vers le ciel, la paume vers le dehors, comme il l’avait tenue derrière l’écran du laboratoire, mais la lumière du ciel laissa intacte sa forme vivante, et sa clarté alla jusqu’à assombrir et opacifier sa matière, dont seuls les contours extérieurs rougeoyaient par transparence. C’était la main vivante qu’il avait coutume de voir, de nettoyer, d’utiliser, et non cette carcasse étrangère entrevue sur l’écran : la fosse analytique, qu’il avait vue béante, s’était refermée.

Thomas Mann, La montagne magique, Fayard, traduction Claire de Oliveira

</blockquote>

On nous l’avait dit avant même notre départ, que Kyoto était une ville qui se vit à vélo. Il y a énormément de cyclistes, ici. Curieusement, assez peu de pistes cyclables. Et en réalité les gens roulent un peu où ils peuvent, à la fois dans la rue, mais aussi beaucoup sur le trottoir, et dans n’importe quel sens, à gauche comme à droite. Le propriétaire de la chambre qu’on loue nous met à disposition deux vélos, on les prendra demain. Aujourd’hui, nous marchons, et nous prenons les bus, comme hier (230 yen par trajet). Après un petit-déjeuner très français (il y a une boulangerie « Pin de bleu » (sic) au coin de la rue, le jus d’orange est bizarre, sans doute car c’est un jus de mangue, et doit-on dire chocolatine ou pain au chocolat ici ? bref), nous allons jusqu’au temple Ryoan-ji et son célèbre jardin de pierres. Il fait un temps absolument splendide, une lumière parfaite. La texture des graviers, claire, de la mousse, les cheveux des racines, formes de ces corps en nombre au fil de l’eau, comment veux-tu rendre ça par la langage ? Ou par l’image ? Nous en reviendrons souvent à ça, aujourd’hui : que faire de tant de beauté ? Où, en nous, la mettre et jusqu’où hors de nous l’emporter ? Il n’y a pas de réponse à ces questions. Et j’imagine que l’objet de ce voyage, ce n’est pas de la ramener avec nous mais de ramener, autant que faire se peut, ceux que nous tendons, ici, à devenir. Est-ce que ça va marcher ? Prendre ? [...1...] Et ce n’était pas une question de dépaysement, ou pas seulement. Ça aura à voir avec nos cœurs. Quelque chose (on ne sait pas quoi) s’est répandu dans nos corps qui est pompé sous notre cage thoracique pour gorger tout une partie de notre organisme. Et par exemple, là, maintenant, dans le tempo de l’écriture, quand je vois la pointe du stylo faire ce qu’elle sait faire de mieux sur la surface du papier, qui est aussi celui que choisira H. pour écrire sur son téléphone le contenu de son billet du jour, un silence absolu a comme fondu sur nous. Le souffle de la ville s’est tu. On est dans le présent. J’entends la pulpe des bruits blancs de la vie et du monde : ce sifflement infime qui me donne l’impression, comme à chaque fois, que doucement tout l’air ambiant rissole et que [...2...] . Le titre L’effervescence (Eff), il vient de là. De ce son. Le bruit blanc. C’est aussi à partir d’aujourd’hui que je prends conscience, mais véritablement conscience, que ce journal est périssable. Jamais auparavant je n’ai autant écrit à l’encre manuscrite. Ce qui implique fatalement deux choses : 1) je ne vais pas être en mesure de procéder comme d’habitude pour la mise en ligne de ce texte (plusieurs semaines de strates et de réécritures pour chaque entrée), il va donc me falloir trouver un autre stratagème, notamment pour gérer les réécritures, s’il y en a, et les révisions et, 2) ce carnet, je pourrais tout aussi bien le perdre ou le laisser derrière moi par inadvertance. Ce ne serait pas nécessairement perdre l’entièreté du voyage (mon corps, lui, qui l’a éprouvé, sera toujours là après lui, et les souvenirs ruissellent) mais sa langue, oui. Or je tiens à ça, la langue. Je commencerai donc à développer un genre de paranoïa à l’égard du carnet, de l’objet, que je cherchais souvent à l’intérieur du sac, comme je cherche, à Paris, où que j’aille, mon MacBook de façon compulsive au moindre déplacement. En quantité, ce n’est pas si long que ça. Quelques dizaines de feuillets à ce jour. Mais ce qu’il vaut pour moi, dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il ne dira jamais (l’érosion, [...3...], les silences), c’est disproportionné. J’aurais besoin de me relire (et de me relier) à mon retour. [...4...] Mais c’est peut-être une bonne chose, finalement. Garder une certaine fraicheur. Un air de presque premier jet. Je n’aurais qu’à gérer autrement les silences. Je sais comment, déjà. Et la lumière était exquise pour ne pas écrire. Vivre donc. Tout autour du Kinkaku-ji, le fameux Pavillon d’or. Lisant le livre de Mishima, avant de partir, je m’étais retenu, sans que ce soit conscient, d’aller voir des photos de ce que c’était dans la réalité. Dans le passé comme dans le présent. Comme j’ai bien fait. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre. On devrait toujours ou, du moins, le plus souvent possible, ne pas s’avoir à quoi s’attendre. Surtout ici. Alors que faire, que faire de tant de beauté ? Le circuit est pris d’assaut par les touristes et il faut circuler, comme à Versailles ou au Louvre, parmi la foule. Ça ne fait rien. Je veux dire, on fait très vite abstraction de ça car la lumière nous guide. Et je n’aurais pas les mots pour aller au-delà de ces copeaux de paroles et de sensations que je tente, assez maladroitement il faut bien le dire, de transcrire en phrases. Les yakisoba (850 yen) que l’on mange après ça dans une minuscule échoppe près d’une toute petite gare feront sans doute parti des meilleurs trucs que nous aurons mangés au cours de notre séjour. Quelque chose de très simple [7]. Une dame seule derrière ses fourneaux. Quatre ou cinq places assises. Quatre plats au menu avec, au mur, une carte du monde sur laquelle les visiteurs ont indiqué, via quelques gommettes, on suppose, leur ville d’origine. Beaucoup d’européens. Qui aurait pu prévoir que le jour où H. m’a appris à manger avec des baguettes il y a tant d’années déboucherait un jour sur des moments comme ça ? L’après-midi n’a déjà plus rien à voir. Un long moment nous traverserons Nishiki Market où une automate diseuse de bonne aventure [8] me fera la prédiction suivante : there’s someone who will notice that small change you’ve got. How about changing hairstyle ? / Atmosphere at a workplace is good, but not that productive. Are they serious enough ? / Keep a distance from social media. Just be yourself. Beaucoup de choses très différentes encore, et beaucoup de touristes. Ici, on peut très facilement louer des yukata et certains déambulent ainsi dans les rues. Après un moment dans une boutique de stickers (B-sides) improbable [...5...], nous gagnons la vieille ville, Gion, pour un thé vert absolument délicieux et une part de gâteau à la figue. Une nuit est tombée sur nos ombres. Est-ce celle d’hier ou celle de demain ? Comment savoir ? Le pocket wifi s’est éteint, plus de batterie. Ça ne fait rien. Un autre bus nous ramènera. On trouve très facilement. Mais la lumière a disparu. Voilà aussi pourquoi. Le jour même où nous aurons la chance de vivre des émotions aussi intenses, nous apprenons mais après coup qu’à l’autre bout du monde, le fasciste Bolsonaro a été démocratiquement élu à la tête du Brésil. Dans quoi le monde s’enfonce-t-il ?

[7Tout le contraire de l’onomiyaki que nous avons mangée hier en arrivant à Kyoto : un genre de crêpe ou d’omelette assez grasse avec beaucoup de sauce soja sucrée et de la mayonnaise. Même chose concernant les takoyaki du soir, des beignets de pieuvre nappés encore de cette même sauce sucrée. Peut-être tout simplement que nous n’avons pas trouvé le bon endroit pour les manger.

[8Il y a un truc comme ça, dans Coup de tête.

Coup de tête, H., Ailleurs, Postapocalypse, Vélo, Yukio Mishima, Thomas Mann
jpg/dsc_0934.jpg

291018, version 2 (5 novembre 2018)

Commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)



Livres


- -

- - - -

Projets Web


- -


-
Spip | PhpNet | Contact | Retour au sommaire | ISSN 2428-9590 |