301018


Apparemment, en France, il neige. Ici, on est toujours au-dessus des vingt degrés, un temps splendide, exactement comme à Tokyo. [...1...] D’après K. ce n’est pas normal qu’il fasse aussi chaud à cette période de l’année. C’est encore une histoire de réchauffement climatique. Là, comme tout le monde, je lis qu’en moins de cinquante ans, 60% des animaux sauvages ont disparu. Ici, voir une grue prendre son envol dans les jardins jouxtant la cité impériale. Ensuite, elle est allée là où son ombre l’a emmenée pour n’y plus bouger. Sur une branche. Nous non plus. Trop tard dans l’après-midi pour pouvoir entrer à l’intérieur de la cité. C’est comme pour le Pavillon d’agent ou le chemin de la philosophie, nous n’aurons pas le temps de les voir. On en est à ce stade du voyage où il convient de faire des choix : on n’aura pas le temps de tout faire (sic). Et c’est très bien comme ça. Je veux dire, nous savions pertinemment que ce n’était pas une question de faire, ni même de voir, d’ailleurs. Mais de quoi ? D’être ? De vivre ? On était bien ici. Je veux dire on est. Sera. Tout est possible après tout. Là, c’était au tour du vélo. On se déplace à vélo. Et même s’il n’est pas toujours évident de se repérer dans une ville étrangère (et de rouler à gauche), qu’il est doux de rouler dans une ville comme Kyoto. [...2...] Le vélo sur lequel je suis est très léger. Confortable. Mais on ne peut pas (en théorie) se garer n’importe où en ville, il fallait partir en quête d’un parking (payant : 100 yen de l’heure grosso modo). De même, comme partout où nous avons été jusqu’ici au Japon, fumer dans la rue est interdit. En fait, fumer en-dehors des espaces prévus à cet effet (en extérieur mais aussi dans les gares, les trains, les centres commerciaux, et à n’en pas douter les immeubles de bureau), c’est interdit. Pas vu (ou presque pas) de mégot sur le sol. Là, nous irons visiter le château de Nijō, avec ses dorures dans chaque pièce, ses [illisible], et le bruit singulier que nos pas tisseront en marchant sur le parquet : on aurait dit, de loin, des oiseaux qui, pas loin, chantaient. En fait non. C’était nous. C’était le poids de nous. Et le « plancher rossignol » (...) construit de telle sorte que le moindre pas fasse crisser les lattes de bois, qui émettent un son semblable au pépiement d’un oiseau. Ce plancher est construit pour détecter tout intrus ou assassin possible. Si nous n’avons pas pu rejoindre dans les temps la cité impériale, c’est que nous nous perdrons plusieurs fois dans de minuscules rues où l’on slalome entre les voitures et les piétons. Aussi, on s’était mis en tête de déjeuner au Ukishima garden que M., une amie d’H., nous avait très chaudement recommandé. Malheureusement, le restaurant est fermé aujourd’hui et nous nous retrouvons vite ailleurs, un peu plus loin, et par hasard c’est délicieux. Un genre de ramen de poulet à 1000 yen, particulièrement fin : viande froide au début du repas et progressivement réchauffé par l’onctuosité d’un bouillon particulièrement relevé. Un bonheur. Pour la première fois du voyage, un dessert. Un genre de salade de fruits bienvenue (nous en mangeons très peu ici, ils sont très chers dans les supermarchés) accompagnés d’un genre de flan blanc à la vanille. Pourquoi j’écris tout ça ? Ça semblait important. En rentrant plus au nord de la ville, un sashimi de ciel somme toute assez rosé prend possession des horizons multiples, là, entre les collines. Et c’est beau.

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301018, version 3 (30 novembre 2018)

H., K., M., Ailleurs, Postapocalypse, Vélo
Apparemment, en France, il neige. Ici, on est toujours au-dessus des vingt degrés, un temps splendide, exactement comme à Tokyo. [...1...] D’après K. ce n’est pas normal qu’il fasse aussi chaud à cette période de l’année. C’est encore une histoire de réchauffement climatique. Là, comme tout le monde, je lis qu’en moins de cinquante ans, 60% des animaux sauvages ont disparu. Ici, voir une grue prendre son envol dans les jardins jouxtant la cité impériale. Ensuite, elle est allée là où son ombre l’a emmenée pour n’y plus bouger. Sur une branche. Nous non plus. Trop tard dans l’après-midi pour pouvoir entrer à l’intérieur de la cité. C’est comme pour le Pavillon d’agent ou le chemin de la philosophie, nous n’aurons pas le temps de les voir. On en est à ce stade du voyage où il convient de faire des choix : on n’aura pas le temps de tout faire (sic). Et c’est très bien comme ça. Je veux dire, nous savions pertinemment que ce n’était pas une question de faire, ni même de voir, d’ailleurs. Mais de quoi ? D’être ? De vivre ? On était bien ici. Je veux dire on est. Sera. Tout est possible après tout. Là, c’était au tour du vélo. On se déplace à vélo. Et même s’il n’est pas toujours évident de se repérer dans une ville étrangère (et de rouler à gauche), qu’il est doux de rouler dans une ville comme Kyoto. [...2...] Le vélo sur lequel je suis est très léger. Confortable. Mais on ne peut pas (en théorie) se garer n’importe où en ville, il fallait partir en quête d’un parking (payant : 100 yen de l’heure grosso modo). De même, comme partout où nous avons été jusqu’ici au Japon, fumer dans la rue est interdit. En fait, fumer en-dehors des espaces prévus à cet effet (en extérieur mais aussi dans les gares, les trains, les centres commerciaux, et à n’en pas douter les immeubles de bureau), c’est interdit. Pas vu (ou presque pas) de mégot sur le sol. Là, nous irons visiter le château de Nijō, avec ses dorures dans chaque pièce, ses [illisible], et le bruit singulier que nos pas tisseront en marchant sur le parquet : on aurait dit, de loin, des oiseaux qui, pas loin, chantaient. En fait non. C’était nous. C’était le poids de nous. Et le « plancher rossignol » (...) construit de telle sorte que le moindre pas fasse crisser les lattes de bois, qui émettent un son semblable au pépiement d’un oiseau. Ce plancher est construit pour détecter tout intrus ou assassin possible. Si nous n’avons pas pu rejoindre dans les temps la cité impériale, c’est que nous nous perdrons plusieurs fois dans de minuscules rues où l’on slalome entre les voitures et les piétons. Aussi, on s’était mis en tête de déjeuner au Ukishima garden que M., une amie d’H., nous avait très chaudement recommandé. Malheureusement, le restaurant est fermé aujourd’hui et nous nous retrouvons vite ailleurs, un peu plus loin, et par hasard c’est délicieux. Un genre de ramen de poulet à 1000 yen, particulièrement fin : viande froide au début du repas et progressivement réchauffé par l’onctuosité d’un bouillon particulièrement relevé. Un bonheur. Pour la première fois du voyage, un dessert. Un genre de salade de fruits bienvenue (nous en mangeons très peu ici, ils sont très chers dans les supermarchés) accompagnés d’un genre de flan blanc à la vanille. Pourquoi j’écris tout ça ? Ça semblait important. En rentrant plus au nord de la ville, un sashimi de ciel somme toute assez rosé prend possession des horizons multiples, là, entre les collines. Et c’est beau.
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301018, version 2 (5 novembre 2018)

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