031118


Qu’est-ce que le temps ? Un mystère ! Inconsistant et tout-puissant. Une condition du monde phénoménal, un mouvement scellé, soudé à l’existence des corps dans l’espace, et à leur mouvement. Mais est-ce que, sans mouvement, il n’y aurait pas de temps ? Et, sans le temps, pas de mouvement ? Tu n’as qu’à demander ! Le temps est-il une fonction de l’espace, ou l’inverse ? Ou bien les deux sont-ils identiques ? Vas-y, demande toujours ! Le temps est agissant, sa nature est celle d’un verbe, il « sous-tend ». Et qu’est-ce qu’il sous-tend, le temps ? Du changement ! Maintenant n’est pas autrefois, ici n’est pas là-bas, vu qu’entre les deux il y a du mouvement. Or, comme le mouvement auquel on mesure le temps est circulaire, fermé sur lui-même, c’est un mouvement et un changement que, pour un peu, on pourrait aussi bien qualifier de repos et de stagnation, car autrefois se répète sans cesse maintenant, et là-bas est sans cesse ici.

Thomas Mann, La Montagne magique, Fayard, traduction Claire de Oliveira

Il doit exister un mot dans une langue lointaine (peut-être le japonais pour ce que j’en sais) qui exprime le sentiment d’abandon qui est le tien lorsque tu montes dans un train, dans un bus ou dans un métro, et que tu oublies toute notion de destination, que tu t’en remets aux mouvements dans l’espace, et que tu en viens à considérer le déplacement lui-même non plus comme un moyen mais comme une fin en soi. Peut-on écrire La fièvre de mon corps, le battement de mon cœur harassé et le frissonnement de mes membres, c’est le contraire d’un incident ? [1] Ça m’arrive bien souvent de le ressentir et sans doute que sous nos latitudes, cette forme de léthargie ne porte aucun nom. Plusieurs fois je louperai un arrêt à cause de ce syndrome, par exemple dans le métro. Là, nous oublions complètement qui nous sommes dans la Yamanote Line qui nous ramène d’Asakusa (via Ueno) vers Ikebukuro. On n’a loupé aucun arrêt. Mais on est là au bord de le faire. C’est-à-dire que l’on flotte. Un peu. Pas mal même. C’est notre dernier jour. Nous reprenons l’avion demain. Il fallait bien que ça (quoi ça ? tout) se termine un jour. [...1...] Peut-on se remettre de ça ? [...2...] Ça a duré trois jours. Ça a duré trois mois. Quelque chose entre ces laps-là. Le temps, c’est élastique, le temps. D’ailleurs, le temps de qui ? Le mien ? Celui d’H. ? Un temps intermédiaire, qui s’inscrit entre nous ? Quoi que ça puisse être, ça se dilate, ça se comprime. [...3...] Il paraît que V. dit parfois « [...4...] ». Mais ma mémoire à moi est saturée. [...5...] Asakusa, c’est très touristique. Grandes portes rouges, des temples, des allées commerçantes au milieu de quoi une procession avec des grues se joue. Derniers souvenirs achetés. Une prédiction terrible [2] pour nous deux qu’il nous a bien fallu laisser là, nouées, selon la tradition : Your request will not be granted / The patient keeps bed long. / The lost article will not be found. / The person you wait for will not come over. / You had better to stop build a new house and the removal. / You should stop to start a trip. / Marriage of any kind and new employment are both bad. K. nous explique que c’est un lieu réputé, ici, pour ses bad fortunes. Je porte un lucky charm à deux balles au poignet qui dit [...6...]. Alors ce sera un autre moment privilégié [...7...] devant une glace au matcha et puis parler de quoi ? [...8...] Mais c’est le jeu dans ce genre de périple. On ne sait jamais vraiment. Travel mode is the key. H. porte un t-shirt Dragon Ball acheté hier où il était écrit the end. Mais c’est la fin d’un mouvement qui nous conduit ailleurs. Et, oh quel soulagement de se dire que l’on bouge ! Qu’on n’est pas comme figé ou coincé en nous-mêmes. C’est sans doute ça le truc à retenir du voyage. Ce voyage. Nous sommes en chemin vers d’autres nous encore. Ça ne finit jamais. On veut pas que ça finisse. D’où cet élan. Un moment je chercherai du wasabi puis plus. J’en trouverai sans doute à l’aéroport (non). J’ai envie de me faire plus à manger, et mieux. Faire des soupes, tiens. Acheter une machine à soupe. [...9...] Courir plus. Lire autant. Écrire loin. Être [...10...] Avant de repartir, K. nous apprendra les mots qui nous ont tant manqués chaque fois que nous avons quitté un restaurant qui a, qui sait, un peu changé notre vie : totemo oishikatta. C’était très bon. Ça l’a été, assurément. Nourriture pour le corps, pour le cœur et pour l’âme. [...11...]

3 décembre 2018
par Guillaume Vissac
Journal
#Ailleurs #Dragon Ball #Fin #H. #K. #Métro #Temps #Thomas Mann #Tom Spanbauer #Train #V.

[1La Montagne magique encore.

[2Weak-ned tree has lost leaves, branches, they have to wait long until go get recovered. Having excessive desire to climb up the ladder to clouds, your mind get confused. At last you may be out of peace and safety, you should be more careful at your way. Stay alone, being unknown to the other people you have to hold problem inside.

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031118, version 4 (4 décembre 2018)

031118, version 3 (3 décembre 2018)

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Qu’est-ce que le temps ? Un mystère ! Inconsistant et tout-puissant. Une condition du monde phénoménal, un mouvement scellé, soudé à l’existence des corps dans l’espace, et à leur mouvement. Mais est-ce que, sans mouvement, il n’y aurait pas de temps ? Et, sans le temps, pas de mouvement ? Tu n’as qu’à demander ! Le temps est-il une fonction de l’espace, ou l’inverse ? Ou bien les deux sont-ils identiques ? Vas-y, demande toujours ! Le temps est agissant, sa nature est celle d’un verbe, il « sous-tend ». Et qu’est-ce qu’il sous-tend, le temps ? Du changement ! Maintenant n’est pas autrefois, ici n’est pas là-bas, vu qu’entre les deux il y a du mouvement. Or, comme le mouvement auquel on mesure le temps est circulaire, fermé sur lui-même, c’est un mouvement et un changement que, pour un peu, on pourrait aussi bien qualifier de repos et de stagnation, car autrefois se répète sans cesse maintenant, et là-bas est sans cesse ici.

Thomas Mann, La Montagne magique, Fayard, traduction Claire de Oliveira

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Il doit exister un mot dans une langue lointaine (peut-être le japonais pour ce que j’en sais) qui exprime le sentiment d’abandon qui est le tien lorsque tu montes dans un train, dans un bus ou dans un métro, et que tu oublies toute notion de destination, que tu t’en remets aux mouvements dans l’espace, et que tu en viens à considérer le déplacement lui-même non plus comme un moyen mais comme une fin en soi. Peut-on écrire La fièvre de mon corps, le battement de mon cœur harassé et le frissonnement de mes membres, c’est le contraire d’un incident ? [1] Ça m’arrive bien souvent de le ressentir et sans doute que sous nos latitudes, cette forme de léthargie ne porte aucun nom. Plusieurs fois je louperai un arrêt à cause de ce syndrome, par exemple dans le métro. Là, nous oublions complètement qui nous sommes dans la Yamanote Line qui nous ramène d’Asakusa (via Ueno) vers Ikebukuro. On n’a loupé aucun arrêt. Mais on est là au bord de le faire. C’est-à-dire que l’on flotte. Un peu. Pas mal même. C’est notre dernier jour. Nous reprenons l’avion demain. Il fallait bien que ça (quoi ça ? tout) se termine un jour. [...1...] Peut-on se remettre de ça ? [...2...] Ça a duré trois jours. Ça a duré trois mois. Quelque chose entre ces laps-là. Le temps, c’est élastique, le temps. D’ailleurs, le temps de qui ? Le mien ? Celui d’H. ? Un temps intermédiaire, qui s’inscrit entre nous ? Quoi que ça puisse être, ça se dilate, ça se comprime. [...3...] Il paraît que V. dit parfois « [...4...] ». Mais ma mémoire à moi est saturée. [...5...] Asakusa, c’est très touristique. Grandes portes rouges, des temples, des allées commerçantes au milieu de quoi une procession avec des grues se joue. Derniers souvenirs achetés. Une prédiction terrible [2] pour nous deux qu’il nous a bien fallu laisser là, nouées, selon la tradition : Your request will not be granted / The patient keeps bed long. / The lost article will not be found. / The person you wait for will not come over. / You had better to stop build a new house and the removal. / You should stop to start a trip. / Marriage of any kind and new employment are both bad. K. nous explique que c’est un lieu réputé, ici, pour ses bad fortunes. Je porte un lucky charm à deux balles au poignet qui dit [...6...]. Alors ce sera un autre moment privilégié [...7...] devant une glace au matcha et puis parler de quoi ? [...8...] Mais c’est le jeu dans ce genre de périple. On ne sait jamais vraiment. Travel mode is the key. H. porte un t-shirt Dragon Ball acheté hier où il était écrit the end. Mais c’est la fin d’un mouvement qui nous conduit ailleurs. Et, oh quel soulagement de se dire que l’on bouge ! Qu’on n’est pas comme figé ou coincé en nous-mêmes. C’est sans doute ça le truc à retenir du voyage. Ce voyage. Nous sommes en chemin vers d’autres nous encore. Ça ne finit jamais. On veut pas que ça finisse. D’où cet élan. Un moment je chercherai du wasabi puis plus. J’en trouverai sans doute à l’aéroport (non). J’ai envie de me faire plus à manger, et mieux. Faire des soupes, tiens. Acheter une machine à soupe. [...9...] Courir plus. Lire autant. Écrire loin. Être [...10...] Avant de repartir, K. nous apprendra les mots qui nous ont tant manqués chaque fois que nous avons quitté un restaurant qui a, qui sait, un peu changé notre vie : totemo oishikatta. C’était très bon. Ça l’a été, assurément. Nourriture pour le corps, pour le cœur et pour l’âme. [...11...]

[1La Montagne magique encore.

[2Weak-ned tree has lost leaves, branches, they have to wait long until go get recovered. Having excessive desire to climb up the ladder to clouds, your mind get confused. At last you may be out of peace and safety, you should be more careful at your way. Stay alone, being unknown to the other people you have to hold problem inside.

Train, H., Temps, V., Tom Spanbauer, Fin, K., Ailleurs, Dragon Ball, Thomas Mann
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031118, version 2 (5 novembre 2018)

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