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Il faut se méfier de la fiction : elle sait mieux que personne s’immiscer dans le creux (dans le creux de nos vies). Par exemple, mes chaussettes sont assorties à mon pull (c’est fortuit). Ou encore, on dirait de la neige sur les reliefs du mur (en fait c’est ravalé). Ou bien, des lingettes qui servent à nettoyer les verres des lunettes, rien d’autre. Je suis toujours désarçonné quand on me dit : vas-y, tu peux directement modifier le texte sans moi, je te fais confiance. Et qu’on me fasse confiance, j’ai toujours trouvé ça suspect. Il pleut. Je me suis entaillé le majeur à la pulpe sur un bon centimètre à cause d’une espèce d’aiguille cachée dans la doublure de soi. Je veux dire de ça. Mais je me balade depuis Tokyo avec des pansements japonais, quelle chance. Ça saignait bien. En revanche, quand on me demandera des médocs pour la tête ce week-end, sur le salon, je serai à court : j’avais déjà dépanné quelqu’un la veille. On ne peut pas tout avoir. On nous réclame des SP pour janvier. C’est bien. C’est bon signe. Poulpelette (ou Tartepire) se soupirise : elle fait du bruit quand elle dort. Peut-être que le problème que j’ai vis à vis de Morphine(s), c’est qu’il manquerait une couche. Celle du western ? Mais j’ai toujours eu horreur de ça, les westerns. Il faudrait déjà que je comprenne c’est quoi. Peut-être que la solution, dans ce truc sur le procès Pistorius, ce serait d’y mélanger un tout autre procès par dessus. J’ai toujours voulu faire ça, trouver un prétexte pour aller suivre un procès quelque part. Peut-être qu’il vaudrait mieux tout simplement se remettre à écrire Grieg, être dans la folie, l’injection du premier geste. Je fuis autant que possible le moment venu de faire de la micro-chirurgie dans le texte, c’est-à-dire précisément ce que je fais toute l’année pour d’autres. Je réalise, commençant à mettre en ligne le journal du Japon, journal que je n’avais pas relu jusqu’alors et que je redécouvre au moment de l’entrer dans Spip, que c’est une écriture froide. Des observations, une succession de gestes, et ça ne traduit pas du tout l’espèce d’euphorie qui a été la nôtre pendant ces deux semaines. Est-ce grave ? Non, sans doute. Maintenant, avec T., on n’a plus besoin de se dire où on se retrouve pour refaire le monde (j’ai toujours trouvé cette expression vide de sens, refaire le monde, sauf dans ce cas), c’est ancré dans une forme de routine. Il fait trop chaud près de la cheminée, froid une place plus loin près de là où deux personnes, un mec, une fille, nos voisins de tablées, nous parleront des livres qu’on en est à s’échanger avec dédicaces, c’est-à-dire les nôtres, et c’est un peu surréaliste. Bien sûr, on parle aussi de nous.

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221118, version 3 (22 novembre 2018)

Il faut se méfier de la fiction qui sait mieux que personne s’immiscer dans le creux de nos vies. Par exemple, mes chaussettes sont assorties à mon pull (mais c’est fortuit). Ou encore, on dirait de la neige sur les reliefs du mur, sur l’immeuble d’en face, mais c’est simplement la propreté des façades fraichement ravalées, à cet endroit exact. Ou bien, ce n’est pas l’emballage d’une capote mais de ces lingettes qui servent à nettoyer les verres des lunettes. J’ai rendez-vous avec un auteur pour finir le travail éditorial sur son livre, à paraître dans le courant de l’année prochaine et je suis toujours désarçonné (ça arrive peu souvent) quand on me dit : vas-y, je te fais confiance, tu peux directement modifier le texte, je te suis. Il pleut. Je me suis entaillé le majeur à la pulpe sur un bon centimètre à cause d’une espèce d’aiguille caché dans la doublure de soi. Je veux dire de ça. Mais je me balade depuis Tokyo avec des pansements japonais, quelle chance. Ça saignait bien. En revanche, quand on me demandera des médocs pour la tête ce week-end, sur le salon, je serai à court, j’en ai déjà dépanné à quelqu’un la veille. On ne peut pas tout avoir. On nous réclame des SP pour janvier. C’est bien. C’est bon signe.

221118, version 2 (22 novembre 2018)

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