230119


Depuis que j’ai joint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Non, il serait plus correct d’écrire je ne me souviens plus de mes rêves. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, devoir dormir dans un lieu différent et une ville différente chaque nuit, courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train donc, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs (ou de blaireaux ?) qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six, c’était un vrai problème, je veux dire : un vrai problème pour des mecs comme nous. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisibles où on regardait vriller des couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voit de si loin... Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude venue à force de vivre avec des bêtes, en l’occurrence des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) nul lapin, ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir face à ces prises de conscience (on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception). Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. Comprendre : aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, entrer dans une librairie acheter des revues littéraires, prendre note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), essayer de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine là-dessus. H. me demande quand je rentre (j’en sais rien). Pas encore décidé. Toute une histoire de poisson à noyer, donc. Pas eu le temps de répéter « Bara no hanayome » aujourd’hui malgré ce que je m’étais dit un moment (le répéter chaque jour). Peut-être que j’irai pas, dirai-je à H. mais soit il m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse qui précède la lecture. Si c’est ce qu’il pense il a tort : cette fois, pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je connais si mal un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? Pas terrible. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis désespéré qu’un truc comme France culture en soit à commenter les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK (on en était donc là). Quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile, un secteur de boutiquiers et de plastique fondu) tous les trimestres. Là, tous les mois. Et, tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau qui me détaille, chaque jour donc (chaque semaine en réalité), les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK (sic). Aujourd’hui, c’est Michel Houellebecq qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77 251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse en Folio, est à 28 636. Je préfère encore lire L’amie prodigieuse (sauf que j’en suis au trois, pas au quatre), et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I loved you more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. (...) Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentré autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre calibré où absolument rien n’est laissé au hasard. Dans chacune de ses phrases, de ses situations, il faut être compris. Alors, même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins en tirer des leçons narratives. Tu sais, le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris. Après, passé un certain temps pour corriger l’erreur des « Bara no hanayome » découverte hier, bien sûr remplacer cette lettre en trop a provoqué un autre problème une ligne plus bas, ce qui me ramène à ce Pecha Kucha à la BNF il y a quelques années au cours duquel je m’étais rendu compte, pendant la lecture même, d’une erreur pendant qui faisait foirer tous les vers justifiés. Bon, y a prescription. Et puis before Remix there was Alchemy, écrit Noam Assayag, Et collage is a dance of redirection [1].

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Révisions

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230119, version 9 (4 mars 2019)

Depuis que j’ai joint adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Non, il serait plus correct d’écrire je ne me souviens plus de mes rêves. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, devoir dormir dans un lieu différent et une ville différente chaque nuit, courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train donc, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs (ou de blaireaux ?) qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six, c’était un vrai problème, je veux dire  : un vrai problème pour des mecs comme nous . Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisibles paisible où on regardait vriller des couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voit de si loin... . Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude venue à force de vivre avec des bêtes , en l’occurrence des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) nul lapin , ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir face à ces prises de conscience ( , on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception). . Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. Comprendre : aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, entrer dans une librairie acheter des revues littéraires, prendre note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), essayer de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait [chez nous->https://www.publie.net]C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire , j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires , je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange ( parfois c’est la même chose ), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous , c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine là-dessus sur la question . [H.->mot59] me demande quand je rentre ( j’en , je n’en sais rien). . Pas Je n’ai pas encore décidé. Toute une histoire de poisson à noyer, donc. Pas eu le temps de répéter «  Bara no hanayome » aujourd’hui malgré alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment ( , le répéter chaque jour). pendant une semaine pile . Peut-être que j’irai je n’irai pas, dirai-je à [H H .->mot59] mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse qui précède la d’avant lecture, et c’est habituel chez moi , pendant plusieurs jours avant le jour J , de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes , je crois qu’on dit comme ça , responsabilités . Si c’est ce qu’il pense il a tort : cette fois , pas d’angoisse . Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais si pas , ou mal , un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Pas Ce n’était pas terrible. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas , quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis désespéré qu’un truc comme France culture en soit à commenter dans ses dépêches les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK ( , on en était donc là). . Quand Or , quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile, un secteur de boutiquiers et de plastique fondu ) tous les trimestres. Maintenant , en littérature , c’est tous les mois. Et, tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de [ventes->https://www.publie.net] Et tous les jours , lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes publie du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau qui me détaille, chaque jour donc (chaque semaine en réalité), les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK ( sic ). comme ils l’appellent . Aujourd’hui , Je vois donc aujourd’hui que cette semaine ( la semaine dernière en réalité ), c’est Michel Houellebecq Houellbèque ( vérifier , je sais jamais écrire son nom putain ) qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77 251 77251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse qui vient de paraître en Folio, est à 28 636 28636 . Je préfère encore lire L’amie prodigieuse ( prodigieuse , sauf que j’en suis au trois, pas au quatre), , et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I loved you more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. (... ). C’est pas écrire, ça, c’est faire. ) Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). H . Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentré concentrés autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre calibré ( quatre en réalité ) calibré(s ) où absolument rien n’est laissé au hasard. Dans La priorité dans chacune de ses phrases, de ses situations, il faut être c’est bien d’être compris. Alors, même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins en tirer des leçons ( narratives) de ça . Tu sais , le Le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris. Après, passé un certain temps pour corriger l’erreur des « Bara no hanayome » découverte hierAprès , passé un certain temps pour corriger l’erreur des Bara no hanayome , bien sûr remplacer régler cette lettre en trop a provoqué un autre problème une ligne plus bas, ce qui me ramène à [ce ce Pecha Kucha à la BNF il y a quelques années->article1729] années au cours duquel je m’étais rendu compte , pendant la lecture même ( des vers justifiés déjà , d’une erreur pendant ( ce que personne n’avait remarqué bien sûr mais moi oui ). au cours duquel je m’étais rendu compte, pendant la lecture même, d’une erreur pendant qui faisait foirer tous les vers justifiés. Bon, y a prescription. Et puis before Remix there was Alchemy, [écrit Noam Assayag->https://circadian.co/product/activating-cities-noam-assayag /] + Activating cities 122 , Et collage is a dance of redirection [1].

[1In Activating Cities, Circadian, P.122.

Migraine, Publie.net, Train, H., Tom Spanbauer, Rêve, Lapins, Gordon Lish, Ailleurs, Nucléaire, Noam Assayag, Bara no hanayome, Elena Ferrante, Michel Houellebecq
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230119, version 8 (3 mars 2019)

Depuis que j’ai adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Non, il serait plus correct d’écrire je ne me souviens plus de mes rêves. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, de devoir dormir dans un lieu différent et dans une ville différente chaque nuit, de courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train donc ici , un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs ( ou de blaireaux ? qui aura pris ancrage chez nous , il y en a cinq ou six . ) qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six, c’était un vrai problème. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisible où on regardait vriller des les couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voit voyait de si loin. Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude venue à force de vivre avec des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir face à ces prises de conscience, on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception. Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires, je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine sur la question. H. me demande quand je rentre, je n’en sais rien. Je n’ai pas encore décidé. Pas eu le temps de répéter Bara no hanayome aujourd’hui alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment, le répéter chaque jour pendant une semaine pile. Peut-être je n’irai pas, dirai-je à H. mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse d’avant lecture, et c’est habituel chez moi, pendant plusieurs jours avant le jour J, de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes, je crois qu’on dit comme ça, responsabilités. Si c’est ce qu’il pense il a tort. Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais pas, ou mal, un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Ce n’était pas terrible très bon . C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas, quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis désespéré qu’un truc comme France culture en soit à commenter dans ses dépêches les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK, on en était donc là. Or, quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile) tous les trimestres. Maintenant, en littérature, c’est tous les mois. Et tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes publie du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau de merde qui me détaille, chaque jour donc ( chaque semaine en réalité ), , les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK comme ils l’appellent. Je vois donc aujourd’hui que cette semaine (la semaine dernière en réalité), c’est Michel Houellbèque (vérifier, je sais jamais écrire son nom putain) qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse qui vient de paraître en Folio est à 28636. Je préfère encore lire L’amie prodigieuse, sauf que j’en suis au trois, pas au quatre, et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I loved you more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. C’est pas écrire, ça, c’est faire. Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentrés autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre (quatre en réalité) calibré(s) où absolument rien n’est laissé au hasard. La priorité dans chacune de ses phrases, de ses situations, c’est bien d’être compris. Alors même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins tirer des leçons ( narratives ) importantes de ça. Le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris. Après, passé un certain temps pour corriger l’erreur des Bara no hanayome, bien sûr régler cette lettre en trop a provoqué un autre problème une ligne plus bas, ce qui me ramène à ce Pecha Kucha à la BNF il y a quelques années au cours duquel je m’étais rendu compte, pendant la lecture même (des vers justifiés déjà, d’une erreur pendant (ce que personne n’avait remarqué bien sûr mais moi oui). + Activating cities 122

230119, version 7 (3 février 2019)

Depuis que j’ai adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, de devoir dormir dans un lieu différent et dans une ville différente chaque nuit, de courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train ici, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs ou de blaireaux qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisible où on regardait vriller les couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça ça se voyait de si loin. . Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude venue prise à force de vivre avec des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir à ces prises de conscience, on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception. Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires, je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine sur la question. H. me demande quand je rentre, je n’en sais rien. Je n’ai pas encore décidé. Pas eu le temps de répéter Bara no hanayome aujourd’hui alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment, le répéter chaque jour pendant une semaine pile. Peut-être je n’irai pas, dirai-je à H. mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse d’avant lecture, et c’est habituel chez moi, pendant plusieurs jours avant le jour J, de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes, je crois qu’on dit comme ça, responsabilités. Si Mais si c’est ce qu’il pense il a tort. Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais pas, ou mal, un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Ce n’était pas très bon. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas, quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis désespéré qu’un truc comme France culture en soit à commenter dans ses dépêches les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK, on en était donc là. Or, quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile) tous les trimestres. Maintenant, en littérature, c’est tous les mois. Et tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes publie du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau de merde qui me détaille, chaque jour donc, les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK comme ils l’appellent. Je vois donc aujourd’hui que cette semaine (la semaine dernière en réalité), c’est Michel Houellbèque (vérifier, je sais jamais écrire son nom putain) qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse qui vient de paraître en Folio est à 28636. Je préfère encore lire L’amie prodigieuse, sauf que j’en suis au trois, pas au quatre, et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I I loved you more more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. C’est pas écrire, ça, c’est faire. Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentrés autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre (quatre en réalité) calibré(s ) calibrés ou absolument rien n’est laissé au hasard. La priorité dans chacune de ses phrases, de ses situations, c’est bien d’être compris . compris . Alors même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins tirer des leçons importantes de ça. Le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris, comment raconter une histoire . Après, passé un certain temps pour corriger l’erreur des Bara no hanayome, bien sûr régler cette lettre en trop a provoqué un autre problème une ligne plus bas, ce qui me ramène à ce Pecha Kucha à la BNF il y a quelques années au cours duquel je m’étais rendu compte, pendant la lecture même (des vers justifiés déjà, d’une erreur pendant (ce que personne n’avait remarqué bien sûr mais moi oui). + Activating cities 122

230119, version 6 (24 janvier 2019)

Depuis que j’ai adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, de devoir dormir dans un lieu différent et dans une ville différente chaque nuit, de courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train ici, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs ou de blaireaux qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisible où on regardait vriller les couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voyait de si loin. Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude prise à force de vivre avec des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir à ces prises de conscience, on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception. Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires, je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine sur la question. H. me demande quand je rentre, je n’en sais rien. Je n’ai pas encore décidé. Pas eu le temps de répéter Bara no hanayome aujourd’hui alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment, le répéter chaque jour pendant une semaine pile. Peut-être je n’irai pas, dirai-je à H. mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse d’avant lecture, et c’est habituel chez moi, pendant plusieurs jours avant le jour J, de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes, je crois qu’on dit comme ça, responsabilités. Mais si c’est ce qu’il pense il a tort. Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais pas, ou mal, un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Ce n’était pas très bon. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas, quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis désespéré qu’un truc comme France culture en soit à commenter dans ses dépêches les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK, on en était donc là. Or, quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile) tous les trimestres. Maintenant, en littérature, c’est tous les mois. Et tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes publie du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau de merde qui me détaille, chaque jour donc, les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK comme ils l’appellent. Je vois donc aujourd’hui que cette semaine (la semaine dernière en réalité), c’est Michel Houellbèque (vérifier, je sais jamais écrire son nom putain) qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse qui vient de paraître en Folio est à 28636. Je préfère encore lire L’amie prodigieuse, sauf que j’en suis au trois, pas au quatre, et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I loved you more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. C’est pas écrire, ça, c’est faire. Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentrés autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre (quatre en réalité) calibrés ou absolument rien n’est laissé au hasard. La priorité dans chacune de ses phrases, de ses situations, c’est bien d’être compris. Alors même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins tirer des leçons importantes de ça. Le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris, comment raconter une histoire. Après, passé un certain temps pour corriger l’erreur des Bara no hanayome, bien sûr régler cette lettre en trop a provoqué un autre problème une ligne plus bas, ce qui me ramène à ce Pecha Kucha à la BNF il y a quelques années au cours duquel je m’étais rendu compte, pendant la lecture même (des vers justifiés déjà, d’une erreur pendant (ce que personne n’avait remarqué bien sûr mais moi oui). + Activating cities 122

230119, version 5 (24 janvier 2019)

Depuis que j’ai adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, de devoir dormir dans un lieu différent et dans une ville différente chaque nuit, de courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train ici, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs ou de blaireaux qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisible où on regardait vriller les couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voyait de si loin. Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude prise à force de vivre avec des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir à ces prises de conscience, on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception. Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires, je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine sur la question. H. me demande quand je rentre, je n’en sais rien. Je n’ai pas encore décidé. Pas eu le temps de répéter Bara no hanayome aujourd’hui alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment, le répéter chaque jour pendant une semaine pile. Peut-être je n’irai pas, dirai-je à H. mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse d’avant lecture, et c’est habituel chez moi, pendant plusieurs jours avant le jour J, de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes, je crois qu’on dit comme ça, responsabilités. Mais si c’est ce qu’il pense il a tort. Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais pas, ou mal, un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Ce n’était pas très bon. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas, quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis désespéré qu’un truc comme France culture en soit à commenter dans ses dépêches les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK, on en était donc là. Or, quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile) tous les trimestres. Maintenant, en littérature, c’est tous les mois. Et tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes publie du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau de merde qui me détaille, chaque jour donc, les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK comme ils l’appellent. Je vois donc aujourd’hui que cette semaine (la semaine dernière en réalité), c’est Michel Houellbèque (vérifier, je sais jamais écrire son nom putain) qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse qui vient de paraître en Folio est à 28636. Je préfère encore lire L’amie prodigieuse, sauf que j’en suis au trois, pas au quatre, et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I loved you more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. C’est pas écrire, ça, c’est faire. Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentrés autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre (quatre en réalité) calibrés ou absolument rien n’est laissé au hasard. La priorité dans chacune de ses phrases, de ses situations, c’est bien d’être compris. Alors même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins tirer des leçons importantes de ça. Le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris, comment raconter une histoire. Après, passé un certain temps pour corriger l’erreur des Bara no hanayome, bien sûr régler cette lettre en trop a provoqué un autre problème une ligne plus bas, ce qui me ramène à ce Pecha Kucha à la BNF il y a quelques années au cours duquel je m’étais rendu compte, pendant la lecture même (des vers justifiés déjà, d’une erreur pendant (ce que personne n’avait remarqué bien sûr mais moi oui).

230119, version 4 (23 janvier 2019)

Depuis que j’ai adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, de devoir dormir dans un lieu différent et dans une ville différente chaque nuit, de courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train ici, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs ou de blaireaux qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisible où on regardait vriller les couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voyait de si loin. Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude prise à force de vivre avec des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir à ces prises de conscience, on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception. Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires, je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine sur la question. H. me demande quand je rentre, je n’en sais rien. Je n’ai pas encore décidé. Pas eu le temps de répéter Bara no hanayome aujourd’hui alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment, le répéter chaque jour pendant une semaine pile. Peut-être je n’irai pas, dirai-je à H. mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse d’avant lecture, et c’est habituel chez moi, pendant plusieurs jours avant le jour J, de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes, je crois qu’on dit comme ça, responsabilités. Mais si c’est ce qu’il pense il a tort. Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais pas, ou mal, un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Ce n’était pas très bon. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas, quand on y retournera. En général, je lis en mangeant. Mais là, je suis désespéré. Je suis [désespéré->https://twitter.com/gvissac/status/1088052015274569728] qu’un truc comme France culture en soit à commenter dans ses dépêches les chiffres de ventes tout droit sorti de GFK, on en était donc là. Or, quand je bossais encore chez STAT, on nous sortait ces chiffres (dans un secteur qui n’avait rien à voir avec la littérature ou la culture, un secteur bassement mercantile) tous les trimestres. Maintenant, en littérature, c’est tous les mois. Et tous les jours, lorsque je me connecte via le VPN Hachette aux chiffres de ventes publie du jour (en réalité de la veille), je me tape ce tableau de merde qui me détaille, chaque jour donc, les ventes réalisées en France sur tous types de titre, le palmarès GFK comme ils l’appellent. Je vois donc aujourd’hui que cette semaine (la semaine dernière en réalité), c’est Michel Houellbèque (vérifier, je sais jamais écrire son nom putain) qui caracole en tête pour reprendre les mots de cet article avec 77251 ventes. Pour qu’on réalise bien les écarts qu’il y a avec le reste du peloton, le deuxième dans la liste, le dernier tome de L’amie prodigieuse qui vient de paraître en Folio est à 28636. Je préfère encore lire L’amie prodigieuse, sauf que j’en suis au trois, pas au quatre, et ça se lit très bien. Bien qu’on puisse croire qu’il ne s’y passe rien, en réalité il se passe énormément de choses et chaque fait est donné sans fioriture, c’est assez minimal. C’est aussi un modèle de clarté narrative : on saisit tout, tout le temps, car tout est dit (ce qui va à l’encontre de ce que disait la marionnette de Gordon Lish, rebaptisé Jeske, dans le I loved you more de Tom Spanbauer : ne jamais aller en-dessous de la surface. Parler une langue brûlée. C’est pas écrire, ça, c’est faire. Partir sur ce qui va à l’encontre de ce que tu es. Ne jamais expliquer. Ne jamais se plaindre. Latiniser latiniser latiniser.). Enfin, même s’il y a dans ce livre, qui couvre toute une vie, une impression de fourmillements et de foules, le nombre de personnages principaux est en réalité très concentrés autour d’un noyau dur, et les nouveaux personnages clés sont incorporés petit à petit et avec minutie, pour ne pas submerger le lecteur, la lectrice. En un mot, c’est un livre (quatre en réalité) calibrés ou absolument rien n’est laissé au hasard. La priorité dans chacune de ses phrases, de ses situations, c’est bien d’être compris. Alors même si je n’apprends rien de la langue (dans une traduction qui plus est), je peux au moins tirer des leçons importantes de ça. Le genre de trucs que personne ne nous a jamais appris, comment raconter une histoire.

230119, version 3 (23 janvier 2019)

Depuis que j’ai adjoint la mélatonine à la nocertone chaque soir, je ne rêve plus. Là, sans doute à cause de ces mouvements permanents, de devoir dormir dans un lieu différent et dans une ville différente chaque nuit, de courir de train en train, ça influe sur le système nerveux et, au bout du compte, l’inconscient. Il était question de train ici, un train que j’allais systématiquement rater, l’heure avançait, avançait, et je ne parvenais jamais à faire ne serait-ce que la tâche la plus triviale, trouver mes chaussures, nouer mes lacets, ce genre de trucs. Il fallait aussi trouver un foyer (ou une forêt) à cette famille de ratons-laveurs ou de blaireaux qui aura pris ancrage chez nous, il y en a cinq ou six. Et je préfère ces rêves-là, quoiqu’anxiogènes, à ceux beaucoup plus paisible où on regardait vriller les couleurs psychédéliques dans le ciel de Paris après que Trump a bombardé nucléairement la Belgique, ça se voyait de si loin. Dans la vie réelle, je vois souvent des formes aller venir, des ombres la plupart du temps, à la périphérie d’un œil ou l’autre, et j’ai pris l’habitude de croire que c’est des animaux qui bougent, ces trucs, une habitude prise à force de vivre avec des lapins, sauf qu’ici (dans un TER, sur le quai d’une gare, dans un café chauffé) ce sera toujours incongru et je m’attendais donc à voir venir un animal sauvage insatisfait mais non : c’est toujours beaucoup plus terre à terre que ça, une jambe, l’ombre de quelqu’un, un objet, et je ne sais jamais comment réagir à ces prises de conscience, on est entre le soulagement et, il faut bien le dire, la déception. Le reste de mon temps, je le passerai à rechercher la perle rare comme je l’écris d’un bloc dans un morceau de temps gelé dans cet agenda G qui me sert de boussole au quotidien, quasiment. C’est-à-dire donc que je vais aller tout azimut d’un site à l’autre pour lire, j’entre dans une librairie acheter des revues littéraires, je prends note de ce que j’aime ou de ce qui me dérange (parfois c’est la même chose), j’essaye de voir quelle voix pourrait avoir du sens si elle se retrouvait chez nous, c’est une course de longue haleine, peut-être que je m’y perds un peu à un moment donné et, n’étant pas chez moi mais ailleurs, et toujours en mouvement, je remettrai encore à plus tard cette histoire de notes de frais, ça fait des mois que je procrastine sur la question. H. me demande quand je rentre, je n’en sais rien. Je n’ai pas encore décidé. Pas eu le temps de répéter Bara no hanayome aujourd’hui alors je contreviens à ce que je m’étais dit un moment, le répéter chaque jour pendant une semaine pile. Peut-être je n’irai pas, dirai-je à H. mais soit il ne m’entend pas soit il se dit que ça fait partie de l’angoisse d’avant lecture, et c’est habituel chez moi, pendant plusieurs jours avant le jour J, de m’imaginer m’enfuir loin pour me soustraire à mes, je crois qu’on dit comme ça, responsabilités. Mais si c’est ce qu’il pense il a tort. Cette fois, il n’y a pas d’angoisse. Juste une formidable énergie du renoncement. Là, j’en serai à regarder des bourses d’écriture pour aller loin, à l’étranger, à l’autre bout du monde mettons, et je chercherai dans les rues de cette ville que je ne connais pas, ou mal, un restaurant japonais qui ferait de l’anguille, il y en avait ici, je n’ai même pas eu besoin d’user de la 4G pour ça. C’était dans un cornet. Comment on appelle ça déjà ? L’ai-je seulement jamais su ? Ce n’était pas très bon. C’est grillé. Ce sera sans doute meilleur là-bas, quand on y retournera.

230119, version 2 (23 janvier 2019)

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