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重庆江北国际机场

4 septembre 2010, par Guillaume Vissac, dans Chongqing |
Tags : Ville

L’aéroport.

Forcément, l’aéroport.

Autrement je n’aurais pas pu être, débarquer ici même. Me fallait un pont, un pont d’asphalte lancé au sol pour recueillir ce qui depuis l’en haut s’effondre, s’effondre sur la terre. Ferme, la terre.

Un aéroport, forcément, de ceux qui aspirent les corps pour les cracher idem sur les cellules bétons de la ville qui les porte. La ville sans nom. La ville qu’ici je nommerai C. Celle qui subsiste.

Pourquoi devrais-je chercher ma mémoire par l’avant ? Par le début chronologique de ma présence ici ? Je ne sais pas. Je peux décomposer comme je l’entends ces syllabes bout à bout dans le vent elles sonnent pareil, leur sens pas mieux : je-ne-sais-pas.

Alors oui, un aéroport, celui-là puisqu’il est seul, forcément. Celui qui m’a portée vers ici. Celui qui a importé sous mes pieds l’ici de là-bas tel que je le découvre aujourd’hui et que je connais pourtant déjà.

Autrement, aurais-je pu voir le jour comme l’une de ces tours de cent mètres qui découpent le sol durant la nuit, s’accrochent aux brumes la journée et se laissent hacher par les grues bouffeuses de ciment le soir ? Autrement comment aurais-je pu être celle de l’ici qui n’est pas là ? Comment aurais-je pu simplement vivre, autrement sourire, et envahir la ville sans nom, la ville C., celle qui souffre ?

Sans l’aéroport je serais née ici, issue d’un oeuf vicié avant même sa conception, oubliée là sur le sol de la ville, sur le tapis de terre ou de ciment. Mes passeurs

  1. Quelques cigognes, camions oranges, le mot expressimprimé sur leurs vestes, bientôt ici, déjà plus là.
  2. Quelques amazones génétiquement modifiées, à dos de dragons dans la nuit noire déjà bouffée par le carbone.
  3. Quelques aliens ailleurs, un couple de couple de monstres au regard bleu azur, orgie de tentacules et monocles à la maternité repue (mais où est passé, dans ce cas, l’OVNI qui les a conduit jusqu’ici ?).
  4. Quelques soldats interdits surpris par l’oeil d’une caméra infrarouge lors d’une étreinte aux barbelés.

quels qu’ils soient ne sont pas là pour me reprendre. Je suis seul(e) sur le sol de la ville sans lettres et ma réalité vacille.

Ne reste que l’aéroport – forcément, l’aéroport. Il ouvert 24h/24. Je n’y vis pas, j’en viens.



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