260119


Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu quelqu’un comme A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible ça ? Dans les faits, il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être, c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passera sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui projeté dans le cosmos ou bien celui qui est resté les pieds sur terre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (ça, je lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tanguer. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frites alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai, d’accord, mais plus tard. Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres [1], tout en rechignant à finir un burger veggie dont le guacamole aura furieusement un goût de gel douche ou de liquide vaisselle, bref. Je suis fatigué. C’est le room service qui m’a réveillé ce matin, comme cette fois-là à La Haye, pour avoir oublié mettre sur la porte cet écriteau do not disturb. Ici, c’était écrit en français. Là-bas non. Qu’est-ce qu’il faisait dans cette ville que je m’apprêterai, moi, à quitter, je ne le saurai jamais. Je crois pas qu’il y vive, non, encore qu’il est resté mystérieux sur ce pan de sa vie. Oui, il revenait souvent chez lui, ne serait-ce que pour le foot. Curieusement, c’est l’inventaire de ses chiens qu’il me fait alors que je ne me souviens pas lui en avoir connu le moindre dans son enfance ou son adolescence (mais là encore je ne me souviens pas l’avoir jamais vu fumer), et je me revois me retenir de lui avouer que la chose au monde qui me manque le plus dans ma vie c’est de toucher à un ballon de foot. Lui disait que c’était une question de priorité : il jouait encore, en club, en sénior. C’était important. Pour moi non ? Je regrette une époque où la seule de mes préoccupations, ça pouvait être de taper un foot avec les potes derrière le gymnase après les cours ou, je sais pas moi, battre tel boss à Final Fantasy (true story). Sans que je le décide ou même le réalise, les choses sont devenues avec le temps progressivement plus compliquées. Et c’est sur un carnet, le même que celui dans lequel j’ai écrit le journal du Japon, que je reporterai ces mots, un peu plus tard, dans un train qui n’était pas le train, celui que j’avais prévu prendre et qui doit (qui a manqué à sa fonction de) me ramener sur Paris, comme disent les jeunes. Moi non plus, je ne lui dis pas où je vis. Et H. je t’en parle même pas. À la place, je remonterai le long de la côte histoire, peut-être, de boucler la boucle mais j’en sais rien en définitive. Je pense à « Bara no Hanayome ». J’en parle pas à A. Par lâcheté peut-être. Face à certaines personnes, c’est dur de dire j’écris. Lui me dira combien il avait cru, dans sa jeunesse (c’est-à-dire une jeunesse postérieure à celle où je l’ai, moi, connu, une forme de vieillesse alors aux yeux de celui que je fus quand j’étais proche de lui) pouvoir percer. Il avait de ces rêves de célébrité que l’on a quand on regarde devant et pas encore derrière, quand on tendait vers un épaississement du corps et non une réduction de son IMC, bref, il s’était trompé, ou bien alors il s’est découragé trop vite, on ne saura jamais. Il avait enregistré des maquettes, écrit des chansons, tourné des clips pourtant. Ce qu’il fait aujourd’hui, ça lui convient très bien (c’est ce qu’il me dit, est-ce qu’il se croit lui-même ? je repense à ce type dans le train l’autre jour qui avait dit avoir arrêté le foot de lui-même pour ne pas avoir à dire qu’on l’avait rejeté). Quoi, finalement peu importe. Qui aurait cru qu’un jour, on se retrouverait là, par hasard, dans une ville inconnue, et qu’on se mettrait à parler comme si ce hiatus d’X années n’avait jamais eu cours ? Pas moi en tout cas. Le fait que pendant longtemps, m’imaginant le croiser par hasard dans une rue, je me demande comment j’aurais réagi. Des fois, quand ton passé fait irruption dans ta vie sans que tu sois préparé à l’affronter, c’est juste impossible à assumer. C’est comme ça. Avait-il des nouvelles d’autres gars de cette époque ? Peut-être. Je lui en demanderai pas. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on est. Mais là j’en suis à snifer des huiles essentielles de lavande dans ce train lent comme tout et qui me conduit où (mystère) et je m’imaginerai que ça me fait du bien (peut-être c’était le cas). On s’est séparé en se serrant la main maladroitement comme font des tas de gens qui se connaissent si mal et j’irai voir au tableau de la gare quelles destinations s’offrent à moi. J’ai pris ça (rater le bon TGV pour Paris) pour un signe et je respecte trop les signes pour aller contre. J’avais envie soudain de revoir l’océan. Ce sera après ce guacamole dégueulasse. En un changement c’était possible. Et c’est contre lui, dans l’air froid qui s’intercale entre nous (ou bien, qui sait, en nous ?) que je répète une nouvelle fois lecture de mes 48 cartes. Je n’en lirai que huit ou dix demain mais pour en lire huit ou dix au hasard il faut bien les maîtriser toutes, pas vrai ? Et pour la première fois de la semaine, ça tient. Ça prend. Ça fonctionne. Je sais comment placer ma voix et où. Je saisis les césures. J’ai lu au bon rythme et même dans le bon tempo. Je sais pas pour les autres, mais j’ai toujours la sensation, quand j’atteins une lecture idéale avant la lecture réelle, que j’ai fait une répétition de trop. Et donc, que la lecture réelle (qui aurait donc due être celle-là) sera ratée. Je sais plus d’où je sors ça, je crois que quelquun m’a soufflé cette idée un de ces jours. C’est peut-être une légende urbaine et j’oublie. À la place, je m’en vais trouver une papeterie ouverte (c’est pas si simple dans notre monde moderne de trouver quelque chose comme une papeterie ouverte) pour acheter un marqueur noir, un stylo blanc. Des ajustements de dernières minutes que je ne pouvais pas faire en réimprimant les quelques textes (cinq) que je veux amender, n’étant pas sur place pour. Je le fais donc à la main tant pis, dans les embruns. Ici, caviarder plus. Là, au contraire, décaviarder certains déterminants ou prépositions pour créer des effets de profondeur. Surtout, je travaille à tout l’aspect mise en scène de la lecture que j’avais, jusque-là, lâchement mis de côté : les explications à donner en préambule, lesquelles, comment. Comment battre les cartes (le fallait-il) ? Les faire tirer à qui et quand ? Comment les disposer sur table ? Les montrer au public malgré leur petitesse (et la distance) ? Quid de la musique, des sons ? Quoi dire et jusqu’où ? Tenir le téléphone, qui me servira de télécommande, mais dans quelle main ? Combien de temps prend chaque partie ? Ce genre de trucs. Et, donc, je suis prêt. Je me sens prêt. Mais à A., quelque part en terrasse où le froid s’immisçait, je ne lui parlerai pas de Thomas D., mort d’une tumeur au cerveau à 14 ans, pas de X qui lui avait mis un violent coup de tête sans crier gare et sans que lui s’y attende, presque gratuitement (et je le revois se tenir le visage et l’air anéanti qu’il a pris sans que moi, à quelques dizaines de mètres de distance et sans même qu’il sache que j’étais là, ne puisse faire quoi que ce soit – et lui non plus), pas de sa famille, pas d’aucun de ses amis, pas de la fois où il avait mis chez lui le son si fort sur une vieille VHS enregistrée d’un match quelconque auquel il se savait avoir assisté dans l’un des kops (le sud), si bien que c’était en partie ses cris à lui, recouverts par moments par d’insupportables commentaires saturés et déformés par le volume, que l’on entendait, et pas de R. non plus dont j’ai jamais pris la peine de prendre aucune nouvelle depuis tout ce temps. Pourtant, pendant que l’on se parlera, je ne pensais qu’à ça, c’en est venu à me traverser de toutes parts.

7 mars 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#/// #A. #Adolescence #Ailleurs #Bara no hanayome #Corps #Final Fantasy #Football #R. #Rêve #Temps #Train

[1Ce qui m’amènera à gribouiller une scène pour Morphine(s) plus tard dans la journée :

Alors que vous êtes là, sur le toit comme souvent, à voir venir le ciel sur vous et prendre de l’épaisseur (de la texture) sur la courbure d’un peu de vos yeux, et après avoir pris combien de grammes de kétamine ou quoi cinq minutes plus tôt ou cinq heures, Wim a eu faim d’un seul coup et vous sortez des trucs de sacs en plastique fins comme tout : de la merde hachée. Tout sera froid, surtout les frites. Pas grave. Le ciel continue à faire ce qu’il fait de mieux dans vos pupilles sévères, dilatées même, danser si ça se trouve, c’était fade. Froid et fade. Wim :
— Tu devrais pas faire ça.
— Quoi ?
— Étaler le ketchup à même l’aluminium. Merde, c’est toxique.

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260119, version 10 (7 mars 2019)

Train, Adolescence, Corps, Temps, Rêve, Football, Final Fantasy, Ailleurs, ///, R., A., Bara no hanayome

Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu quelqu’un comme [A A .->mot517]  ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible ça ? Dans les faits, il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être, c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passera sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui projeté dans le cosmos ou bien celui qui est resté les pieds sur terre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (ça, je lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tanguer. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frites alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai, d’accord, mais plus tard. Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres[[Ce qui m’amènera à gribouiller une scène pour Morphine(s) plus tard dans la journée :

Alors que vous êtes là, sur le toit comme souvent, à voir venir le ciel sur vous et prendre de l’épaisseur (de la texture) sur la courbure d’un peu de chacun de vos yeux, et après avoir pris combien de grammes de la kétamine ou quoi cinq minutes plus tôt ou cinq heures, Wim a eu faim d’un seul coup et vous sortez des trucs de sacs en plastique fins comme tout : burgers , frites , kebab , de la merde hachée. Tout sera froid, surtout les frites. Pas grave. Le ciel continue à faire ce qu’il fait de mieux dans vos pupilles sévères, dilatées même, danser si ça se trouve, c’était fade. Froid et fade. Wim :

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260119, version 9 (7 mars 2019)

260119, version 8 (7 mars 2019)

Voilà que je refais [des rêves->mot126 ]. des rêves . Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu quelqu’un comme A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible ça ? Dans les faits , il Il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être, c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passera sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui projeté perdu dans le cosmos ou bien celui qui est resté les pieds vit sa petite sur terre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (ça, je lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tanguer. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frites alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai, d’accord, mais plus tard. Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille de papier d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres[[Ce qui m’amènera à gribouiller une scène pour Morphine(s) plus tard dans la journée :

260119, version 7 (6 mars 2019)

Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu quelqu’un comme A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible ça ? Il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être, que c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passera sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je ne sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui perdu dans le cosmos ou bien celui qui vit sa petite sur terre l’autre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (ça , je ne lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tanguer. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frites alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai, d’accord, mais plus tard. Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille de papier d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres[[Ce qui m’amènera à gribouiller une scène pour de Morphine(s) plus tard dans la journée :

260119, version 6 (18 février 2019)

Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible, ça ? Il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être que c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passera passe sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je ne sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui perdu dans le cosmos ou l’autre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (je ne lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tanguer tangue . J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frites alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai, d’accord, mais plus tard. Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille de papier d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres[[Ce qui m’amènera à gribouiller une scène de Morphine(s) plus tard dans la journée :

Alors que vous êtes là, sur le toit comme souvent, à voir venir le ciel sur vous et prendre de l’épaisseur (de la texture) sur la courbure de chacun de vos yeux, et après avoir pris Dieu sait quoi d’ailleurs, ça pourra bien être cinq minutes plus tôt ou comme cinq heures, Wim a eu faim d’un coup et vous sortez des trucs de sacs en plastique fins comme tout : burgers, frites, kebab, de la merde hachée peu importe . Tout sera froid, surtout les frites. Pas grave. Le ciel continue à faire ce qu’il fait de mieux dans vos pupilles sévères , dilatées même , danser si ça se trouve, c’était fade. Froid et fade. Wim, soudain :

260119, version 5 (3 février 2019)

Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible, ça ? Il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être que c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passe sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je ne sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui perdu dans le cosmos ou l’autre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (je ne lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tangue. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frites alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai, d’accord, mais plus tard. Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille de papier d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres[[Ce qui m’amènera à gribouiller une scène de Morphine(s) plus tard dans la journée :

Alors que vous êtes là, sur le toit comme souvent, à voir venir le ciel sur vous et prendre de l’épaisseur (de la texture) sur la courbure de chacun de vos yeux, et après avoir pris Dieu sait quoi d’ailleurs, ça pourra bien être cinq minutes plus tôt comme cinq heures, Wim a eu faim d’un coup et vous sortez des trucs de sacs en plastique fins comme tout : burgers, frites, kebab, peu importe. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu A. On fera un bout de chemin ensemble. Tout sera froid , surtout les frites C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait . Pas grave. Le ciel continue à faire ce qu’il fait dans vos pupilles dilatées, danser si ça se trouve, c’était fade. Froid et fade On se croise par hasard . Wim Il a vieilli moins vite que moi , soudain  :

260119, version 4 (3 février 2019)

Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible, ça ? Il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être que c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passe sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je ne sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui perdu dans le cosmos ou l’autre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (je ne lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tangue. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frittes alors qu’il est à peine onze heures, ce que je ferai , d’accord , mais plus tard . Je reste là à me demander si c’est safe de verser le ketchup à même la feuille de papier d’alu à cause de la toxicité des métaux pauvres, tout en rechignant à finir un burger veggie dont le guacamole aura furieusement un goût de gel douche ou de liquide vaisselle, bref. Je suis fatigué. C’est le room service qui m’a réveillé, comme cette fois-là à La Haye, pour avoir oublié mettre sur la porte cet écriteau do not disturb. Ici, c’était écrit en français. Pas là-bas. Qu’est-ce qu’il faisait dans cette ville que je m’apprêterai, moi, à quitter, je ne le saurai pas. Je ne crois pas qu’il vive, non, encore qu’il est resté mystérieux sur ce pan de sa vie. Oui, il revenait souvent à St-Etienne, ne serait-ce que pour le foot. Curieusement, c’est l’inventaire de ses chiens qu’il me fait alors que je ne me souviens pas lui en avoir connu le moindre dans son enfance ou son adolescence, et je me revois me retenir d’éclater en sanglots quand je lui dis avouerai que la chose au monde qui me manque le plus dans ma vie c’est de toucher à un ballon de foot. Lui disait que c’était une question de priorité : il jouait encore, en club, en sénior. C’était important. Pour moi non ? Je regrette une époque où la seule de mes préoccupations, toute une journée durant, ça pouvait être de taper un foot avec les potes derrière le gymnase aprèsles cours ou, je sais pas moi, battre tel boss à Final Fantasy. Sans que je le décide ou même le réalise, les choses sont devenues avec le temps soudain plus compliquées. Et c’est sur un carnet, le même, jaune, que celui dans lequel j’ai écrit le journal du Japon, que je reporterai ces mots, un peu plus tard, dans un train qui n’était pas le train, celui que j’avais prévu prendre et qui doit (qui a manqué à sa fonction de) me ramener à Paris. Moi non plus, je ne lui dis pas où je vis. À la place, je remonterai le long de la côte histoire, peut-être, de boucler la boucle mais je n’en sais rien en définitive. Je pense à BNH. Je n’en parle pas à A. Par lâcheté peut-être. Lui me dira combien il avait cru, dans sa jeunesse, c’est-à-dire une jeunesse postérieure à celle où je l’ai, moi, connu, une forme de vieillesse par conséquence aux yeux de celui que je fus quand j’étais proche de lui, pouvoir percer. Il avait de ces rêves de célébrité que l’on a quand on regarde devant et pas encore derrière, quand on tendait vers un épaississement du corps et non une réduction de son IMC, bref, il s’était trompé, ou bien alors il s’est découragé trop vite, on ne saura jamais. Il avait enregistré des maquettes, écrit des chansons, tourné des clips pourtant. Ce qu’il fait aujourd’hui, ça lui convient très bien (c’est ce qu’il me dit). Mais je n’ai pas compris (ni ne demanderai d’explications par ailleurs) en quoi ça consiste. Qui aurait cru qu’un jour, on se retrouverait là, par hasard, dans une ville inconnu, et qu’on se mettrait à parler comme si ce hiatus d’X années n’avait jamais eu lieu ? Pas moi en tout cas. Et, même si je ne lui l’avoue pas, le fait que pendant longtemps, m’imaginant le croiser par hasard dans une rue, j’aurais juste changé de trottoir en réalité. Des fois, quand ton passé fait irruption dans ta vie sans que tu sois préparé à l’affronté, c’est juste impossible de l’assumer. C’est comme ça. Avait-il des nouvelles d’autres gamins du collège ou du quartier ? Peut-être. Je ne lui en demanderai pas. Pas plus que je ne demandais de ses nouvelles à lui au fil des ans, par fierté j’imagine, alors que je crevais d’envie de savoir (savoir !) ce qu’il sera devenu. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on est. Mais, j’en suis à snifer des huiles essentielles de lavande dans ce train lent comme tout et qui me conduit où, mystère, et je m’imaginerai que ça me fait du bien (peut-être c’est le cas). On s’est séparé en serrant la main maladroitement comme font les gens qui se connaissent si mal et j’irai voir au tableau de la gare quelles destinations s’offrent à moi. J’ai pris ça (rater le bon TGV pour Paris) pour un signe et je respecte trop les signes pour aller contre. J’avais envie soudain de revoir l’océan. En un changement c’était possible. Et c’est contre lui, dans l’air froid qui s’intercale entre nous (ou bien, qui sait, en nous ?) que je répète une nouvelle fois lecture de mes 48 cartes. Je n’en lirai que huit ou dix demain mais il faut bien que les maîtrise toutes, pas vrai ? Et pour la première fois de la semaine, ça tient. Ça prend. Ça fonctionne. Je sais comment placer ma voix et où. Je saisis les césures. J’ai lu au bon rythme et même dans le bon tempo. Je ne sais pas pour les autres, mais j’ai toujours la sensation, quand j’atteins une lecture idéale avant la lecture réelle, que j’ai fait une répétition de trop. Et donc, que la lecture réelle (qui aurait donc due être celle-là) sera ratée. Je ne sais plus d’où je sors ça, je crois que quelqu’un (Anne peut-être ?) me l’a dit. C’est peut-être une légende urbaine et je n’y accorde pas plus d’attention que ça. À la place, je m’en vais trouver une papetterie ouverte (ce n’est pas si simple dans notre monde moderne) pour acheter un marqueur noir, à mine fine, et un stylo blanc. Des ajustements de dernières minutes que je ne pouvais pas faire en réimprimant les quelques textes (cinq) que je veux amender, n’étant pas sur place pour. Je le fais donc à la main et ça ne fais rien, des les embruns. Ici, caviarder plus. Là, au contraire, décaviarder certains déterminants ou prépositions pour créer des effets de profondeur. Surtout, je travaille à tout l’aspect mise en scène de la lecture que j’avais, jusque-là, lâchement mis de côté : les explications à donner en préambule, lesquelles et comment. Comment battre les cartes (le fallait-il) ? Les faire tirer à qui et quand ? Comment les disposer sur la table ? LEs montrer au public malgré leur petitesse ? Quid de la musique et des sons ? Quoi dire et jusqu’où ? Tenir le téléphone, qui me servira de télécommande pour le son, dans quelle main ? Combien de temps prend chaque partie ? Ce genre de trucs. Et, donc, je suis prêt. Je me sens prêt. Mais à A., quelque part en terrasse où le froid s’immisçait, je ne lui parlerai pas de Thomas D., mort d’une tumeur au cerveau à 14 ans, pas de ? qui lui avait mis un violent coup de tête sans crier gare et sans que lui s’y attende, presque gratuitement (et je le revois se tenir le visage et l’air anéanti qu’il a pris sans que moi, à quelques dizaines de mètres de distance et sans même qu’il sache que j’étais là, ne puisse faire quoi que ce soit – et lui non plus), pas de ses parents désormais divorcés, pas de son frère, pas de celui qui vivait chez eux hébergé par son père pour je ne sais quelle raison et qui travaille aujourd’hui, pour ce que je sais, aux espaces verts de la ville ou quelque chose comme ça, pas de la fois où il avait mis chez lui le son si fort sur une vieille VHS enregistrée d’un match quelconque auquel il se savait avoir assisté dans l’un des kops, si bien que c’était en partie ses cris à lui, recouverts par moments par d’insupportables commentaires saturés et déformés par le volume, que l’on entendait, et pas de R. non plus dont je n’ai jamais pris la peine de prendre des nouvelles depuis tout ce temps. Pourtant, pendant que l’on se parle, je ne pensais qu’à ça.

260119, version 3 (29 janvier 2019)

Voilà que je refais des rêves. Ça dépend du grammage de mélatonine la veille au soir, je pense. Là, ça fait combien d’années que je n’ai plus vu A. ? On se croise par hasard. On fera un bout de chemin ensemble. C’est une ville que ni lui ni moi ne connaissait. Il a vieilli moins vite que moi, comment c’est possible, ça ? Il a maintenant quelque chose comme trois ou quatre ans de moins. Peut-être que c’est comme ces histoires de jumeaux dont l’un est envoyé dans l’espace et l’autre passe sa vie sur terre. Lorsqu’ils se retrouvent à quelque chose comme trente ans, ils n’ont plus trente ans au même moment et je ne sais plus lequel vieillit plus vite que l’autre : celui perdu dans le cosmos ou l’autre (et là, ben c’était moi). On a pris un verre en terrasse pour qu’il fume, on se pèle, j’ai un train très bientôt (je ne lui dirai pas). Je ne dirai pas non plus qu’à force de sauter mes repas du soir j’en viens presque à tangue. J’avais terriblement faim là et j’aurais pu (dû) commander une énorme assiette de frittes alors qu’il est à peine onze heures. C’est le room service qui m’a réveillé, comme cette fois-là à La Haye, pour avoir oublié mettre sur la porte cet écriteau do not disturb. Ici, c’était écrit en français. Pas là-bas. Qu’est-ce qu’il faisait dans cette ville que je m’apprêterai, moi, à quitter, je ne le saurai pas. Je ne crois pas qu’il vive, non, encore qu’il est resté mystérieux sur ce pan de sa vie. Oui, il revenait souvent à St-Etienne, ne serait-ce que pour le foot. Curieusement, c’est l’inventaire de ses chiens qu’il me fait alors que je ne me souviens pas lui en avoir connu le moindre dans son enfance ou son adolescence, et je me revois me retenir d’éclater en sanglots quand je lui dis avouerai que la chose au monde qui me manque le plus dans ma vie c’est de toucher à un ballon de foot. Lui disait que c’était une question de priorité : il jouait encore, en club, en sénior. C’était important. Pour moi non ? Je regrette une époque où la seule de mes préoccupations, toute une journée durant, ça pouvait être de taper un foot avec les potes derrière le gymnase aprèsles cours ou, je sais pas moi, battre tel boss à Final Fantasy. Sans que je le décide ou même le réalise, les choses sont devenues avec le temps soudain plus compliquées. Et c’est sur un carnet, le même, jaune, que celui dans lequel j’ai écrit le journal du Japon, que je reporterai ces mots, un peu plus tard, dans un train qui n’était pas le train, celui que j’avais prévu prendre et qui doit (qui a manqué à sa fonction de) me ramener à Paris. Moi non plus, je ne lui dis pas où je vis. À la place, je remonterai le long de la côte histoire, peut-être, de boucler la boucle mais je n’en sais rien en définitive. Je pense à BNH. Je n’en parle pas à A. Par lâcheté peut-être. Lui me dira combien il avait cru, dans sa jeunesse, c’est-à-dire une jeunesse postérieure à celle où je l’ai, moi, connu, une forme de vieillesse par conséquence aux yeux de celui que je fus quand j’étais proche de lui, pouvoir percer. Il avait de ces rêves de célébrité que l’on a quand on regarde devant et pas encore derrière, quand on tendait vers un épaississement du corps et non une réduction de son IMC, bref, il s’était trompé, ou bien alors il s’est découragé trop vite, on ne saura jamais. Il avait enregistré des maquettes, écrit des chansons, tourné des clips pourtant. Ce qu’il fait aujourd’hui, ça lui convient très bien (c’est ce qu’il me dit). Mais je n’ai pas compris (ni ne demanderai d’explications par ailleurs) en quoi ça consiste. Qui aurait cru qu’un jour, on se retrouverait là, par hasard, dans une ville inconnu, et qu’on se mettrait à parler comme si ce hiatus d’X années n’avait jamais eu lieu ? Pas moi en tout cas. Et, même si je ne lui l’avoue pas, le fait que pendant longtemps, m’imaginant le croiser par hasard dans une rue, j’aurais juste changé de trottoir en réalité. Des fois, quand ton passé fait irruption dans ta vie sans que tu sois préparé à l’affronté, c’est juste impossible de l’assumer. C’est comme ça. Avait-il des nouvelles d’autres gamins du collège ou du quartier ? Peut-être. Je ne lui en demanderai pas. Pas plus que je ne demandais de ses nouvelles à lui au fil des ans, par fierté j’imagine, alors que je crevais d’envie de savoir (savoir !) ce qu’il sera devenu. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on est. Mais, j’en suis à snifer des huiles essentielles de lavande dans ce train lent comme tout et qui me conduit où, mystère, et je m’imaginerai que ça me fait du bien (peut-être c’est le cas). On s’est séparé en serrant la main maladroitement comme font les gens qui se connaissent si mal et j’irai voir au tableau de la gare quelles destinations s’offrent à moi. J’ai pris ça (rater le bon TGV pour Paris) pour un signe et je respecte trop les signes pour aller contre. J’avais envie soudain de revoir l’océan. En un changement c’était possible. Et c’est contre lui, dans l’air froid qui s’intercale entre nous (ou bien, qui sait, en nous ?) que je répète une nouvelle fois lecture de mes 48 cartes. Je n’en lirai que huit ou dix demain mais il faut bien que les maîtrise toutes, pas vrai ? Et pour la première fois de la semaine, ça tient. Ça prend. Ça fonctionne. Je sais comment placer ma voix et où. Je saisis les césures. J’ai lu au bon rythme et même dans le bon tempo. Je ne sais pas pour les autres, mais j’ai toujours la sensation, quand j’atteins une lecture idéale avant la lecture réelle, que j’ai fait une répétition de trop. Et donc, que la lecture réelle (qui aurait donc due être celle-là) sera ratée. Je ne sais plus d’où je sors ça, je crois que quelqu’un (Anne peut-être ?) me l’a dit. C’est peut-être une légende urbaine et je n’y accorde pas plus d’attention que ça. À la place, je m’en vais trouver une papetterie ouverte (ce n’est pas si simple dans notre monde moderne) pour acheter un marqueur noir, à mine fine, et un stylo blanc. Des ajustements de dernières minutes que je ne pouvais pas faire en réimprimant les quelques textes (cinq) que je veux amender, n’étant pas sur place pour. Je le fais donc à la main et ça ne fais rien, des les embruns. Ici, caviarder plus. Là, au contraire, décaviarder certains déterminants ou prépositions pour créer des effets de profondeur. Surtout, je travaille à tout l’aspect mise en scène de la lecture que j’avais, jusque-là, lâchement mis de côté : les explications à donner en préambule, lesquelles et comment. Comment battre les cartes (le fallait-il) ? Les faire tirer à qui et quand ? Comment les disposer sur la table ? LEs montrer au public malgré leur petitesse ? Quid de la musique et des sons ? Quoi dire et jusqu’où ? Tenir le téléphone, qui me servira de télécommande pour le son, dans quelle main ? Combien de temps prend chaque partie ? Ce genre de trucs. Et, donc, je suis prêt. Je me sens prêt. Mais à A., quelque part en terrasse où le froid s’immisçait, je ne lui parlerai pas de Thomas D., mort d’une tumeur au cerveau à 14 ans, pas de ? qui lui avait mis un violent coup de tête sans crier gare et sans que lui s’y attende, presque gratuitement (et je le revois se tenir le visage et l’air anéanti qu’il a pris sans que moi, à quelques dizaines de mètres de distance et sans même qu’il sache que j’étais là, ne puisse faire quoi que ce soit – et lui non plus), pas de ses parents désormais divorcés, pas de son frère, pas de celui qui vivait chez eux hébergé par son père pour je ne sais quelle raison et qui travaille aujourd’hui, pour ce que je sais, aux espaces verts de la ville ou quelque chose comme ça, pas de la fois où il avait mis chez lui le son si fort sur une vieille VHS enregistrée d’un match quelconque auquel il se savait avoir assisté dans l’un des kops, si bien que c’était en partie ses cris à lui, recouverts par moments par d’insupportables commentaires saturés et déformés par le volume, que l’on entendait, et pas de R. non plus dont je n’ai jamais pris la peine de prendre des nouvelles depuis tout ce temps. Pourtant, pendant que l’on se parle, je ne pensais qu’à ça.

260119, version 2 (28 janvier 2019)

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