140419


Une pendaison de crémaillère quelque part sur le A, en banlieue sud, et j’ai jamais compris cette expression, ni pour la pendaison ni pour la crémaillère. Mais il faut dire qu’en ce monde il y a des choses que je ne comprends pas, à commencer par la musique qui à un moment donné circule, mais on ne parle pas de ça, on parle de la construction européenne, ce qui est en soi différent des élections européennes auxquelles, dans ma tête, j’ai tendance à la rattacher. Hier, je lisais justement cet article d’AOC intitulé « L’Europe c’est nous » et qui se termine par l’injonction suivante alors, votons ! Ce que je dis à T., c’est que jamais jusqu’ici dans ma vie je ne me suis senti aussi proche de ne précisément rien faire, le jour d’une élection, et donc de ne pas voter du tout. Au début de cette conversation, je ne sais pas ce que je ferai de ma voix pour les Européennes ; à la fin oui. Rien, donc. J’ai conscience que je m’exprime mal. Je veux dire, là devant T., mais aussi, au fond, devant moi. Dans ma tête, je passerai mon temps à chercher la bonne métaphore et juste jamais j’y parviendrai. Je me heurte à des histoires de chevaux, ou à des discours de vendeur de voiture ou d’aspirateurs, à des battlebots (ça existe), à des fourmilières géantes, à des tournois de poker ou à des prospectus publicitaires. C’est une erreur. Avant de choisir la bonne métaphore à utiliser dans un récit, il faut déjà connaître d’autres choses : l’environnement, le thème, les symboles. En un mot, faire un effort de narration. Et avant cela encore, je crois qu’un auteur a besoin de connaître sa voix. C’est elle qui conditionnera tout le reste. Dans l’écriture, je l’ai déjà écrit ici, il me semble que ma voix consiste précisément à chercher à se fuir (et à n’y jamais complètement y parvenir, autrement ce ne serait déjà plus ma voix, et le problème serait réglé). C’est mon conflit personnel. C’est de là que naitront des projets futurs plus ou moins réussis (même si, pour l’heure, rien). Combien d’années ai-je mis pour comprendre ça ? Quant à ma voix politique, j’ai longtemps cru qu’elle était proche ou équivalente à zéro, on en revient à ce néant du début. Dans ce cas pourquoi (et pour qui) je vote ? D’ailleurs d’où vient ma voix qui parle quand je parle, par exemple ici quand je réponds à T. sur cette question de l’Europe (mais ça pourrait au fond être sur tout autre chose) ? Probablement que c’est une synthèse de voix autres, pas les miennes donc, venues d’on ne sait trop où. Par exemple, j’ai longtemps cru que la droite républicaine valait mieux que l’extrême droite. Dans un système de valeurs biaisées, où il convient de classer des pensées du pire au moins pire, c’était donc pire que d’autres, mais moins pire de ce qui était tout de même le summum de la pireté. Peut-être que je schématise beaucoup, mais enfin il y avait la sociale démocratie (comprendre, la droite) qui était moins pire que la gauche de gouvernement (comprendre, la droite) qui était moins pire que la droite républicaine (comprendre, la droite), elle-même moins pire que l’extrême-droite (qui était comme chacun sait pire qu’à peu près tout le reste). Et ceux qui se prétendaient ni de droite ni de gauche (comprendre qu’ils étaient donc de droite) étaient moins pires, là encore, que l’extrême-droite (qui, à en croire les commentateurs politiques, n’était plus réellement l’extrême-droite mais un genre de conglomérats de pensées anti-système, terme lui-même censé remplacer doucement et progressivement extrême-droite, le dédiaboliser même, laquelle serait l’extrême-gauche mais en pire, qui est elle-même parfois anti-système, et parfois pas). Mais comment pousser à bout ce raisonnement quand chacune des parties en présence ont mené chacune à leur tour, dans les faits et les années passées, des politiques d’extrême-droite ? Et comment cautionner ça, cette oblitération du sens ? C’est comme cette expression absurde qui fleurit dans les discours : créer de la dette. C’est exactement ça en réalité. Chaque fois que je lis un discours (de communication politique), que j’écoute s’exprimer un candidat ou un élu quelconque (un professionnel de la communication politique), que j’écoute ce qu’ils appellent un débat (un genre de battlebots de communication politique), je suis victime de ça : ils créent de la dette. Déficit de langage, déficit de conviction, déficit de pensée, et, on en revient au cœur du problème, déficit de sens. Et on est là en réalité en dehors des sphères où ça m’atteint. C’est au-delà de ma perception. Quant à la question du pouvoir (et donc de la domination) et des foules, je ne veux même pas m’en approcher. Du temps où je voyais encore passer des bribes de vidéos d’épouvantails comme Zemmour, je l’ai entendu dire bien souvent des trucs comme (là encore, je schématise, mais en fait pas tant que ça) le pouvoir n’est plus le lieu du pouvoir, c’est fini tout ça (c’était d’ailleurs pour ça, selon lui, que les femmes y avaient désormais accès, passons), le vrai pouvoir il est maintenant dans la finance. Mais lisant Alexandre Laumonnier (ou, j’imagine, d’autres), on se rend très bien compte combien la finance n’est déjà plus la finance mais un système de placards informatiques reliés les un aux autres dans des entrepôts qui se mènent des guerres minuscules, dans des laps de temps tellement infinitésimaux qu’ils sont impossibles à appréhender pour l’esprit humain. La finance, ça fait donc déjà plusieurs années que ce n’est plus la finance. Et voilà où j’en suis de mon raisonnement là-dessus. L’Europe n’est plus l’Europe (ou pas ce que l’Europe devrait être, alors même qu’elle est précisément ce qu’elle a été programmée pour devenir, à savoir un marché), le pouvoir n’est pas le pouvoir, la finance pas la finance, la gauche pas la gauche (ou plus la gauche), l’extrême-droite partout et nulle part à la fois, et pendant ce temps-là les centrales nucléaires tournent encore, on enfouit des déchets radioactifs un peu partout, des gens se font taper dessus tous les week-end par l’État, marcher dessus tous les jours par le culte de la croissance, et les éoliennes ne sont pas construites car ça dénature le paysage. Et, donc, pour couronner le tout, ma voix n’est pas ma voix. Peut-être qu’il faut oublier ces histoires d’images et de métaphores et s’en remettre à quelque chose de beaucoup plus simple, par exemple ce que Philippe De Jonckheere pouvait écrire avant les élections présidentielles de 2017 : ignorer toutes ces gesticulations et (...) poursuivre mes petites expériences d’émancipation minuscule. Est-ce que ce ne serait pas le truc que je suis venu chercher ici ? Pas le pouvoir, pas les foules, pas le management de ces foules par autrui, pas l’expression d’une pensée extrémiste sous des aspects bienveillants et policés, pas un système d’avantages sociaux qu’on viendrait échanger contre des mesures répressives (et régressives) envers lesquelles on fermerait les yeux. Ce qui prendra somme toute une autre forme, mais plusieurs jours plus tard, et en parlant d’autre chose complètement avec H. et je lui dis : mais ça ne sert à rien de parler avec ces gens-là, il vaut mieux s’abstenir. Et c’est exactement ça en réalité. Ça ne sert à rien d’utiliser sa voix pour dialoguer avec ces gens-là, ces professionnels du néant, ça ne sert à rien. Il vaut mieux même, car je crois que c’est le mot juste, ne pas cautionner ça. Et voilà, en vérité, les deux mots que je suis venu chercher ici (et qu’en réalité j’ai mis des semaines à affiner) : émancipation et (ne pas) cautionner. Ça ne contribuera en rien à la vie politique de ce pays, mais, à mon petit niveau, c’est déjà beaucoup.

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140419, version 7 (18 avril 2019)

O., qui est le frère de T., fait une pendaison de crémaillère quelque part sur le A, en banlieue sud, et je n’ai jamais compris l’expression pendaison de crémaillère mais il faut dire qu’en ce monde il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, à commencer par la musique qu’à un moment donné on nous passera (mais c’est un autre sujet). Le sujet justement passe sur la question de la construction (ou peut-être de la déconstruction ?Le sujet justement passe sur la question de la construction ( ou la déconstruction ) européenne, ce qui est en soi différent des élections européennes auxquelles, dans ma tête, j’ai tendance à le rattacher. Il se trouve qu’hier, je lisais cet article d’AOC intitulé « L’Europe c’est nous » et qui se termine (je schématise beaucoup) par l’injonction suivante alors, votons ! Ce que je dis à T., ce que je bredouille même, car ma pensée n’est pas claire du tout, mais alors pas du tout, pas construite on pourrait dire , c’est que jamais jusqu’ici dans ma vie je ne me suis senti aussi proche de faire mon Bartlelby et de préférer m’abstenir. En fait, au début de cette conversation, je ne sais pas ce que je ferai de ma voix pour les Européennes, pour reprendre une phrase que j’ai déjà exprimée ici, et à la fin oui. Cette fois, je ne voterai pas. Et ce sera la première fois que ça m’arrive. Mais là encore je me trompe de sujet, et je me trompe de débat, car la question de comment faisons-nous pour vivre ensemble et nous organiser n’est pas tout à fait la même que sur quel cheval parier pour gagner au tiercé ? D’ailleurs, dans ma tête, je passerai mon temps à chercher la bonne métaphore et juste jamais j’y parviendrai. Je me heurte à ces histoires de chevaux (mais il n’y a pas de gains possibles, pas de chevaux, pas de jockeys, pas d’hipodrommes), ou à des discours de vendeur de voiture ou d’aspirateurs, à des combats de robots au MIT, à des fourmillières géantes, à des prospectus publicitaires (que je ne lirai pas). C’est une erreur. Avant de choisir la bonne métaphore à utiliser dans un récit, il faut déjà connaître d’autres choses : l’environnement, le sujet, les symboles. En un mot, faire un effort de narration. Et avant cela encore, je crois qu’un auteur a besoin de connaître sa voix. C’est elle qui conditionnera tout le reste. Dans l’écriture, je l’ai déjà écrit à de multiples reprises, il me semble que ma voix consiste précisément à chercher à se fuir (et à n’y jamais complètement y parvenir, autrement ce ne serait déjà plus ma voix, et le problème serait réglé). C’est mon conflit personnel. C’est de là que naitront des projets futurs plus ou moins réussis (même si, pour l’heure, calme plat). Combien d’années ai-je mis pour comprendre ça ? Plusieurs. Et je ne suis pas au bout de mon raisonnement, de mon cheminement, évidemment. Or, quelle est ma voix, ma voix politique ? J’ai longtemps cru qu’elle était proche ou équivalente à zéro, un néant terrifiant. Dans ce cas pourquoi (et pour qui) je vote ? D’ailleurs d’où vient ma voix qui parle quand je parle, par exemple ici quand je réponds à T. sur cette question de l’Europe ? Probablement que c’est une synthèse de voix tout autres, qui ne sont pas les miennes, dont j’aurais nécessairement besoin pour poser une base de raisonnement mais qui, en l’état, ne suffisent pas à se faire une opinion. Par exemple, j’ai longtemps cru que la droite républicaine valait mieux que l’extrême droite. Dans un système de valeurs biaisées, où il convient de classer des pensées du pire au moins pire, c’était donc pire que d’autres, mais moins pire de ce qui était tout de même le summum de la pireté. Ça ne se dit pas, pireté, mais il y a certains degrés auprès de quoi on se brûle plus fort que d’autre. Il y avait donc la sociale démocratie (comprendre, la droite) qui était moins pire que la gauche de gouvernement (comprendre, la droite) qui était moins pire que la droite républicaine (comprendre, la droite), elle-même moins pire que l’extrême-droite (qui était comme chacun sait pire que la droite). Et ceux qui se prétendaient ni de droite ni de gauche (comprendre qu’ils étaient donc de droite) étaient moins pire, là encore, que l’extrême-droite (qui, à en croire les commentateurs politiques, n’était plus réellement l’extrême-droite mais un genre de conglomérats de pensées anti-système, terme lui-même censé remplacer doucement et progressivement extrême-droite, le dédiaboliser même, laquelle serait l’extrême-gauche mais en pire, qui est elle-même parfois anti-système, et parfois pas). Mais comment pousser à bout ce raisonnement quand chacune des parties en présence ont mené chacune à leur tour des politiques d’extrême-droite ? Et comment cautionner ça, cette oblitération du sens ? Mais ce n’est même plus le nœud du problème, du moins dans le fil de cette discussion, qui en réalité a été plutôt courte, mais qui a continué à s’opérer depuis, ne serait-ce que pour me permettre de répondre après coup ce que je n’ai pas su répondre pendant. Le nœud du problème, c’est la question du pouvoir (et donc de la domination) et des foules. Or, moi, je veux me tenir à l’écart du pouvoir, de la domination et de la foule. Si je voulais être juste vis à vis de moi-même, voilà ce que je répondrai. Du temps où je voyais encore passer des bribes de vidéos d’épouvantails comme Zemmour (j’ai arrêté depuis), je l’ai entendu dire bien souvent des trucs comme (je schématise) le pouvoir n’est plus le lieu du pouvoir, c’est fini tout ça (c’était d’ailleurs pour ça, selon lui, que les femmes y avaient désormais accès), le vrai pouvoir il est maintenant dans la finance. Mais lisant Alexandre Laumonnier, on se rend très bien compte combien la finance n’est plus la finance mais un système de placards informatiques reliés les un aux autres dans des entrepôts qui se mènent des guerres dans des laps de temps tellement infinitésimaux qu’ils sont impossibles à appréhender et à comprendre pour l’esprit humain. La finance, ça fait donc déjà plusieurs années que ce n’est plus la finance. Et voilà où j’en suis de mon raisonnement là-dessus. L’Europe n’est plus l’Europe (ou pas ce que l’Europe devrait être, alors même qu’elle est précisément ce qu’elle a été programmée pour devenir, à savoir un marché), le pouvoir n’est pas le pouvoir, la finance pas la finance, la gauche pas la gauche (ou plus la gauche), le centre plus quoi que ce soit, l’extrême-droite partout et nulle part à la fois, et pendant ce temps-là les centrales nucléaires tournent encore, on envoie des déchets radioactifs [trouver où] et les éoliennes ne sont pas construites car ça dénature le paysage. Et, donc, pour couronner le tout, ma voix n’est pas ma voix. Et j’en reviens à mes histoires de métaphores. C’est donc une course de chevaux dans laquelle les chevaux ne sont pas des chevaux, les jockeys pas des jockeys, l’hippodrome non pas un lieu mais une manifestation de nulle part, mon ticket pas ou plus un ticket, et même les sommes en jeu ne sont pas réellement de l’argent mais une représentation biaisée d’une monnaie dont on nous dit de plus en plus qu’elle n’existe pas. Et voilà le mot que je suis sans doute venu chercher ici, celui de représentation. On a le réel qu’on se construit. Si je ne suis pas clair avec moi-même là-dessus, je ne peux pas être clair avec quiconque au-dehors. Je n’ai donc pas de voix, ou pas de voix encore. Sans voix, on ne peut pas être juste. Or, la justesse, dans l’écriture du moins, mais aussi j’imagine dans la vie, c’est le seul objectif qui me paraisse en valoir les enjeux. Pas le pouvoir, pas les foules, pas le management de ces foules par autrui, pas l’expression d’une pensée extrémiste sous des aspects bienveillants et policés, pas un système d’avantages sociaux qu’on viendrait échanger, via un pacte faustien, contre des mesures répressives envers lesquelles on fermerait les yeux. La justesse. Point. Ce qui prendra somme toute une autre forme, mais plusieurs jours plus tard, et en parlant d’autre chose complètement avec H. et je lui dis, sur ce tout autre sujet : mais ça ne sert à rien de parler avec ces gens-là, il vaut mieux s’abstenir. Et c’est exactement ça en réalité. Ça ne sert à rien d’utiliser sa voix pour dialoguer avec ces gens-là, ça ne sert à rien. Autant ne pas le faire.

140419, version 6 (16 avril 2019)

O., qui est le frère de T., fait une pendaison de crémaillère quelque part sur le A, en banlieue sud, et je n’ai jamais compris l’expression pendaison de crémaillère mais il faut dire qu’en ce monde il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, à commencer par la musique qu’à un moment donné on nous passera (mais c’est un autre sujet). Le sujet justement passe sur la question de la construction (ou la déconstruction) européenne, ce qui est en soi différent des élections européennes auxquelles, dans ma tête, j’ai tendance à le rattacher. Il se trouve qu’hier, je lisais cet article d’AOC intitulé « L’Europe c’est nous » et qui se termine (je schématise beaucoup) par l’injonction suivante alors, votons ! Ce que je dis à T., ce que je bredouille même, car ma pensée n’est pas claire du tout, mais alors pas du tout, c’est que jamais jusqu’ici dans ma vie je ne me suis senti aussi proche de faire mon Bartlelby et de préférer m’abstenir. En fait, au début de cette conversation, je ne sais pas ce que je ferai de ma voix pour les Européennes, pour reprendre une phrase que j’ai déjà exprimée ici, et à la fin oui. Cette fois, je ne voterai pas. Et ce sera la première fois que ça m’arrive. Mais là encore je me trompe de sujet, et je me trompe de débat, car la question de comment faisons-nous pour vivre ensemble et nous organiser n’est pas tout à fait la même que sur quel cheval parier pour gagner au tiercé ? D’ailleurs, dans ma tête, je passerai mon temps à chercher la bonne métaphore et juste jamais j’y parviendrai. Je me heurte à ces histoires de chevaux (mais il n’y a pas de gains possibles, pas de chevaux, pas de jockeys, pas d’hipodrommes), ou à des discours de vendeur de voiture ou d’aspirateurs, à des combats de robots au MIT, à des fourmillières géantes, à des prospectus publicitaires (que je ne lirai pas). C’est une erreur. Avant de choisir la bonne métaphore à utiliser dans un récit, il faut déjà connaître d’autres choses : l’environnement, le sujet, les symboles. En un mot, faire un effort de narration. Et avant cela encore, je crois qu’un auteur a besoin de connaître sa voix. C’est elle qui conditionnera tout le reste. Dans l’écriture, je l’ai déjà écrit à de multiples reprises, il me semble que ma voix consiste précisément à chercher à se fuir (et à n’y jamais complètement y parvenir, autrement ce ne serait déjà plus ma voix, et le problème serait réglé). C’est mon conflit personnel. C’est de là que naitront des projets futurs plus ou moins réussis (même si, pour l’heure, calme plat). Combien d’années ai-je mis pour comprendre ça ? Plusieurs. Et je ne suis pas au bout de mon raisonnement, de mon cheminement, évidemment. Or, quelle est ma voix, ma voix politique ? J’ai longtemps cru qu’elle était proche ou équivalente à zéro, un néant terrifiant. Dans ce cas pourquoi (et pour qui) je vote ? D’ailleurs d’où vient ma voix qui parle quand je parle, par exemple ici quand je réponds à T. sur cette question de l’Europe ? Probablement que c’est une synthèse de voix tout autres, qui ne sont pas les miennes, dont j’aurais nécessairement besoin pour poser une base de raisonnement mais qui, en l’état, ne suffisent pas à se faire une opinion. Par exemple, j’ai longtemps cru que la droite républicaine valait mieux que l’extrême droite. Dans un système de valeurs biaisées, où il convient de classer des pensées du pire au moins pire, c’était donc pire que d’autres, mais moins pire de ce qui était tout de même le summum de la pireté. Ça ne se dit pas, pireté, mais il y a certains degrés auprès de quoi on se brûle plus fort que d’autre. Il y avait donc la sociale démocratie (comprendre, la droite) qui était moins pire que la gauche de gouvernement (comprendre, la droite) qui était moins pire que la droite républicaine (comprendre, la droite), elle-même moins pire que l’extrême-droite (qui était comme chacun sait pire que la droite). Et ceux qui se prétendaient ni de droite ni de gauche (comprendre qu’ils étaient donc de droite) étaient moins pire, là encore, que l’extrême-droite (qui, à en croire les commentateurs politiques, n’était plus réellement l’extrême-droite mais un genre de conglomérats de pensées anti-système, terme lui-même censé remplacer doucement et progressivement extrême-droite, le dédiaboliser même, laquelle serait l’extrême-gauche mais en pire, qui est elle-même parfois anti-système, et parfois pas). Mais comment pousser à bout ce raisonnement quand chacune des parties en présence ont mené chacune à leur tour des politiques d’extrême-droite ? Et comment cautionner ça, cette oblitération du sens ? Mais ce n’est même plus le nœud du problème, du moins dans le fil de cette discussion, qui en réalité a été plutôt courte, mais qui a continué à s’opérer depuis, ne serait-ce que pour me permettre de répondre après coup ce que je n’ai pas su répondre pendant. Le nœud du problème, c’est la question du pouvoir (et donc de la domination) et des foules. Or, moi, je veux me tenir à l’écart du pouvoir, de la domination et de la foule. Si je voulais être juste vis à vis de moi-même, voilà ce que je répondrai. Du temps où je voyais encore passer des bribes de vidéos d’épouvantails comme Zemmour (j’ai arrêté depuis), je l’ai entendu dire bien souvent des trucs comme (je schématise) le pouvoir n’est plus le lieu du pouvoir, c’est fini tout ça (c’était d’ailleurs pour ça, selon lui, que les femmes y avaient désormais accès), le vrai pouvoir il est maintenant dans la finance. Mais lisant Alexandre Laumonnier, on se rend très bien compte combien la finance n’est plus la finance mais un système de placards informatiques reliés les un aux autres dans des entrepôts qui se mènent des guerres dans des laps de temps tellement infinitésimaux qu’ils sont impossibles à appréhender et à comprendre pour l’esprit humain. La finance, ça fait donc déjà plusieurs années que ce n’est plus la finance. Et voilà où j’en suis de mon raisonnement là-dessus. L’Europe n’est plus l’Europe (ou pas ce que l’Europe devrait être, alors même qu’elle est précisément ce qu’elle a été programmée pour devenir, à savoir un marché), le pouvoir n’est pas le pouvoir, la finance pas la finance, la gauche pas la gauche (ou plus la gauche), le centre plus quoi que ce soit, l’extrême-droite partout et nulle part à la fois, et pendant ce temps-là les centrales nucléaires tournent encore, on envoie des déchets radioactifs [trouver où] et les éoliennes ne sont pas construites car ça dénature le paysage. Et, donc, pour couronner le tout, ma voix n’est pas ma voix. Et j’en reviens à mes histoires de métaphores. C’est donc une course de chevaux dans laquelle les chevaux ne sont pas des chevaux, les jockeys pas des jockeys, l’hippodrome non pas un lieu mais une manifestation de nulle part, mon ticket pas ou plus un ticket, et même les sommes en jeu ne sont pas réellement de l’argent mais une représentation biaisée d’une monnaie dont on nous dit de plus en plus qu’elle n’existe pas. Et voilà le mot que je suis sans doute venu chercher ici, celui de représentation. On a le réel qu’on se construit. Si je ne suis pas clair avec moi-même là-dessus, je ne peux pas être clair avec quiconque au-dehors. Je n’ai donc pas de voix, ou pas de voix encore. Sans voix, on ne peut pas être juste. Or, la justesse, dans l’écriture du moins, mais aussi j’imagine dans la vie, c’est le seul objectif qui me paraisse en valoir les enjeux. Pas le pouvoir, pas les foules, pas le management de ces foules par autrui, pas l’expression d’une pensée extrémiste sous des aspects bienveillants et policés, pas un système d’avantages sociaux qu’on viendrait échanger, via un pacte faustien, contre des mesures répressives envers lesquelles on fermerait les yeux. La justesse. Point. Ce qui prendra somme toute une autre forme, mais plusieurs jours plus tard, et en parlant d’autre chose complètement avec H. et je lui dis, sur ce tout autre sujet : mais ça ne sert à rien de parler avec ces gens-là, il vaut mieux s’abstenir. Et c’est exactement ça en réalité. Ça ne sert à rien d’utiliser sa voix pour dialoguer avec ces gens-là, ça ne sert à rien. Autant ne pas le faire.

140419, version 5 (15 avril 2019)

O., qui est le frère de T., fait une pendaison de crémaillère quelque part sur le A, en banlieue sud, et je n’ai jamais compris l’expression pendaison de crémaillère mais il faut dire qu’en ce monde il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, à commencer par la musique qu’à un moment donné on nous passera (mais c’est un autre sujet). Le sujet justement passe sur la question de la construction (ou la déconstruction) européenne, ce qui est en soi différent des élections européennes auxquelles, dans ma tête, j’ai tendance à le rattacher. Il se trouve qu’hier, je lisais cet article d’AOC intitulé « L’Europe c’est nous » et qui se termine (je schématise beaucoup) par l’injonction suivante alors, votons ! Ce que je dis à T., ce que je bredouille même, car ma pensée n’est pas claire du tout, mais alors pas du tout, c’est que jamais jusqu’ici dans ma vie je ne me suis senti aussi proche de faire mon Bartlelby et de préférer m’abstenir. En fait, au début de cette conversation, je ne sais pas ce que je ferai de ma voix pour les Européennes, pour reprendre une phrase que j’ai déjà exprimée ici, et à la fin oui. Cette fois, je ne voterai pas. Et ce sera la première fois que ça m’arrive. Mais là encore je me trompe de sujet, et je me trompe de débat, car la question de comment faisons-nous pour vivre ensemble et nous organiser n’est pas tout à fait la même que sur quel cheval parier pour gagner au tiercé ? D’ailleurs, dans ma tête, je passerai mon temps à chercher la bonne métaphore et juste jamais j’y parviendrai. Je me heurte à ces histoires de chevaux (mais il n’y a pas de gains possibles, pas de chevaux, pas de jockeys, pas d’hipodrommes), ou à des discours de vendeur de voiture ou d’aspirateurs, à des combats de robots au MIT, à des fourmillières géantes, à des prospectus publicitaires (que je ne lirai pas). C’est une erreur. Avant de choisir la bonne métaphore à utiliser dans un récit, il faut déjà connaître d’autres choses : l’environnement, le sujet, les symboles. En un mot, faire un effort de narration. Et avant cela encore, je crois qu’un auteur a besoin de connaître sa voix. C’est elle qui conditionnera tout le reste. Dans l’écriture, je l’ai déjà écrit à de multiples reprises, il me semble que ma voix consiste précisément à chercher à se fuir (et à n’y jamais complètement y parvenir, autrement ce ne serait déjà plus ma voix, et le problème serait réglé). C’est mon conflit personnel. C’est de là que naitront des projets futurs plus ou moins réussis (même si, pour l’heure, calme plat). Combien d’années ai-je mis pour comprendre ça ? Plusieurs. Et je ne suis pas au bout de mon raisonnement, de mon cheminement, évidemment. Or, quelle est ma voix, ma voix politique ? J’ai longtemps cru qu’elle était proche ou équivalente à zéro, un néant terrifiant. Dans ce cas pourquoi (et pour qui) je vote ? D’ailleurs d’où vient ma voix qui parle quand je parle, par exemple ici quand je réponds à T. sur cette question de l’Europe ? Probablement que c’est une synthèse de voix tout autres, qui ne sont pas les miennes, dont j’aurais nécessairement besoin pour poser une base de raisonnement mais qui, en l’état, ne suffisent pas à se faire une opinion. Par exemple, j’ai longtemps cru que la droite républicaine valait mieux que l’extrême droite. Dans un système de valeurs biaisées, où il convient de classer des pensées du pire au moins pire, c’était donc pire que d’autres, mais moins pire de ce qui était tout de même le summum de la pireté. Ça ne se dit pas, pireté, mais il y a certains degrés auprès de quoi on se brûle plus fort que la langue qu’à d’autre, et je me brûle . Il y avait donc la sociale démocratie (comprendre, la droite) qui était moins pire que la gauche de gouvernement (comprendre, la droite) qui était moins pire que la droite républicaine (comprendre, la droite), elle-même moins pire que l’extrême-droite ( qui était comme chacun sait pire que la droite ). . Et ceux qui se prétendaient ni de droite ni de gauche (comprendre qu’ils étaient donc de droite) étaient moins pire, là encore, que l’extrême-droite (qui, à en croire les commentateurs politiques, n’était n’est plus réellement l’extrême-droite mais un genre de conglomérats de pensées anti-système, terme lui-même censé remplacer doucement et progressivement extrême-droite , le dédiaboliser même extrême-droite , laquelle serait l’extrême-gauche mais en pire, qui est elle-même parfois anti-système, et parfois pas). Mais comment pousser à bout ce raisonnement quand chacune des parties en présence ont mené chacune à leur tour des politiques d’extrême-droite ? Et comment cautionner ça, cette oblitération du sens ? Mais ce n’est même plus le nœud du problème, du moins dans le fil de cette discussion, qui en réalité a été plutôt courte, mais qui a continué à s’opérer depuis, ne serait-ce que pour me permettre de répondre après coup ce que je n’ai pas su répondre pendant. Le nœud du problème, c’est la question du pouvoir (et donc de la domination) et des foules. Or, moi, je veux me tenir à l’écart du pouvoir, de la domination et de la foule. Si je voulais être juste vis à vis de moi-même, voilà ce que je répondrai. Du temps où je voyais encore passer des bribes de vidéos d’épouvantails comme Zemmour (j’ai arrêté depuis), je l’ai entendu dire bien souvent des trucs comme (je schématise) le pouvoir n’est plus le lieu du pouvoir, c’est fini tout ça (c’était d’ailleurs pour ça, selon lui, que les femmes y avaient désormais accès), le vrai pouvoir il est maintenant dans la finance. Mais lisant Alexandre Laumonnier, on se rend très bien compte combien la finance n’est plus la finance mais un système de placards informatiques reliés les un aux autres dans des entrepôts qui se mènent des guerres dans des laps de temps tellement infinitésimaux qu’ils sont impossibles à appréhender et à comprendre pour l’esprit humain. La finance, ça fait donc déjà plusieurs années que ce n’est plus la finance. Et voilà où j’en suis de mon raisonnement là-dessus. L’Europe n’est plus l’Europe (ou pas ce que l’Europe devrait être, alors même qu’elle est précisément ce qu’elle a été programmée pour devenir, à savoir un marché ), marché ), le pouvoir n’est pas le pouvoir, la finance pas la finance, la gauche pas la gauche (ou plus la gauche), le centre plus quoi que ce soit le centre , l’extrême-droite partout et nulle part à la fois, et pendant ce temps-là les centrales nucléaires tournent encore, on envoie des déchets radioactifs [trouver où] et les éoliennes ne sont pas construites car ça dénature le paysage. Et, donc, pour couronner le tout, ma voix n’est pas ma voix. Et j’en reviens à mes histoires de métaphores. C’est donc une course de chevaux dans laquelle les chevaux ne sont pas des chevaux, les jockeys pas des jockeys, l’hippodrome non pas un lieu mais une manifestation de nulle part hippodrome , mon ticket pas ou plus un ticket, et même les sommes en jeu ne sont pas réellement de l’argent mais une représentation biaisée d’une monnaie dont on nous dit de plus en plus qu’elle n’existe pas. Et voilà le mot que je suis sans doute venu chercher ici, celui de représentation. On a le réel qu’on se construit. Si je ne suis pas clair avec moi-même là-dessus, je ne peux pas être clair avec quiconque au-dehors. Je n’ai donc pas de voix, ou pas de voix encore. Sans voix, on ne peut pas être juste. Or, la justesse, dans l’écriture du moins, mais aussi j’imagine dans la vie, c’est le seul objectif qui me paraisse en valoir les enjeux. Pas le pouvoir, pas les foules, pas le management de ces foules par autrui, pas l’expression d’une pensée extrémiste sous des aspects bienveillants et policés, pas un système d’avantages sociaux qu’on viendrait échanger, via un pacte faustien, contre des mesures répressives envers lesquelles on fermerait les yeux. La justesse. Point.

140419, version 4 (15 avril 2019)

O., qui est le frère de T., fait une pendaison de crémaillère quelque part sur le A, en banlieue sud, et je n’ai jamais compris l’expression pendaison de crémaillère mais il faut dire qu’en ce monde il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, à commencer par la musique qu’à un moment donné on qu’on nous passera passe (mais c’est un autre sujet). Le sujet justement passe sur la question de la construction (ou la déconstruction) européenne, ce qui est et c’est un sujet en soi différent des élections européennes auxquelles, dans ma tête, j’ai tendance à le rattacher. Il se trouve qu’hier, je lisais cet article d’AOC intitulé « L’Europe c’est nous » et qui se termine (je schématise beaucoup) par l’injonction suivante alors, votons ! Ce que je dis à T., ce que je bredouille même, car ma pensée n’est pas claire du tout, mais alors pas du tout, c’est que jamais jusqu’ici dans ma vie je ne me suis senti aussi proche de faire mon Bartlelby et de préférer m’abstenir. En fait, au début de cette conversation, je ne sais pas ce que je ferai de ma voix pour les Européennes, pour reprendre une phrase que j’ai déjà exprimée ici, et à la fin oui. Cette fois, je ne voterai pas. Et ce sera la première fois que ça m’arrive. Mais là encore je me trompe de sujet, et je me trompe de débat, car la question de comment faisons-nous pour vivre ensemble et nous organiser n’est pas tout à fait la même que sur quel cheval parier pour gagner au tiercé ? D’ailleurs, dans ma tête, je passerai mon temps à chercher la bonne métaphore et juste jamais j’y parviendrai je n’y parviens pas . Je me heurte à ces histoires de chevaux (mais il n’y a pas de gains possibles, pas de chevaux, pas de jockeys, pas d’hipodrommes), ou à des discours de vendeur de voiture ou d’aspirateurs, à des combats de robots au MIT, à des fourmillières géantes, à des prospectus publicitaires (que je ne lirai pas). C’est une erreur. Avant de choisir la bonne métaphore à utiliser dans un récit, il faut déjà connaître d’autres choses : l’environnement, le sujet, les symboles. En un mot, faire un effort de narration. Et avant cela encore, je crois qu’un auteur a besoin de connaître sa voix. C’est elle qui conditionnera tout le reste. Dans l’écriture, je l’ai déjà écrit à de multiples reprises, il me semble que ma voix consiste précisément à chercher à se fuir (et à n’y jamais complètement y parvenir, autrement ce ne serait déjà plus ma voix, et le problème serait réglé). C’est mon fardeau , ou mon conflit personnel. C’est de là que naitront des projets futurs plus ou moins réussis (même si , mais pour l’heure, c’est le calme plat). Combien d’années ai-je mis pour comprendre ça ? Plusieurs. Et je ne suis pas au bout de mon raisonnement, de mon cheminement, évidemment. Or, quelle est ma voix, ma voix politique ? J’ai longtemps cru qu’elle était proche ou équivalente à zéro, un néant terrifiant. Dans ce cas pourquoi (et pour qui) je vote ? D’ailleurs d’où vient ma voix qui parle quand je parle, par exemple ici quand je réponds à T. sur cette question de l’Europe ? Probablement que c’est une synthèse de voix tout autres, qui ne sont pas les miennes, dont j’aurais nécessairement besoin pour poser une base de raisonnement mais qui, en l’état, ne suffisent pas à se faire une opinion. Par exemple, j’ai longtemps cru que la droite républicaine valait mieux que l’extrême droite. Dans un système de valeurs biaisées, où il convient de classer des pensées du pire au moins pire, c’était donc pire que d’autres, mais moins pire de ce qui était tout de même le summum de la pireté. Ça ne se dit pas, pireté, mais il y a certains degrés auprès de quoi on se brûle plus fort la langue qu’à d’autre, et là je me brûle. Il y avait donc la sociale démocratie (comprendre, la droite) qui était moins pire que la gauche de gouvernement (comprendre, la droite) qui était moins pire que la droite républicaine (comprendre, la droite), elle-même moins pire que l’extrême-droite. Et ceux qui se prétendaient ni de droite ni de gauche (comprendre qu’ils étaient donc de droite) étaient moins pire, là encore, que l’extrême-droite (qui, à en croire les commentateurs politiques, n’est plus réellement l’extrême-droite mais un genre de conglomérats de pensées anti-système, terme lui-même censé remplacer doucement et progressivement extrême-droite, laquelle serait l’extrême-gauche mais en pire, qui est elle-même parfois anti-système, et parfois pas). Mais comment pousser à bout ce raisonnement quand chacune des parties en présence ont mené chacune à leur tour des politiques d’extrême-droite ? Et comment cautionner ça ? Mais ce n’est même plus le nœud du problème, du moins dans le fil de cette discussion, qui en réalité a été plutôt courte, mais qui a continué à s’opérer depuis, ne serait-ce que pour me permettre de répondre après coup ce que je n’ai pas su répondre pendant. Le nœud du problème, c’est la question du pouvoir (et donc de la domination) et des foules. Or, moi, je veux me tenir à l’écart du pouvoir, de la domination et de la foule. Si je voulais être juste vis à vis de moi-même, voilà ce que je répondrai. Du temps où je voyais encore passer des bribes de vidéos d’épouvantails comme Zemmour (j’ai arrêté depuis), je l’ai entendu dire des trucs comme (je schématise) le pouvoir n’est plus le lieu du pouvoir, c’est fini tout ça (c’était d’ailleurs pour ça, selon lui, que les femmes y avaient désormais accès), le vrai pouvoir il est maintenant dans la finance. Mais lisant Alexandre Laumonnier, on se rend très bien compte combien la finance n’est plus la finance mais un système de placards informatiques reliés les un aux autres dans des entrepôts qui se mènent des guerres dans des laps de temps tellement infinitésimaux qu’ils sont impossibles à appréhender et à comprendre pour l’esprit humain. La finance, ça fait déjà plusieurs années que ce n’est plus la finance. Et voilà où j’en suis de mon raisonnement là-dessus. L’Europe n’est plus l’Europe (ou pas ce que l’Europe devrait être, alors même qu’elle est précisément ce qu’elle a été programmée pour devenir, à savoir un marché), le pouvoir n’est pas le pouvoir, la finance pas la finance, la gauche pas la gauche (ou plus la gauche), le centre plus le centre, l’extrême-droite partout et nulle part à la fois, et pendant ce temps-là les centrales nucléaires tournent encore, on envoie des déchets radioactifs [trouver où] et les éoliennes ne sont pas construites car ça dénature le paysage. Et, donc, pour couronner le tout, ma voix n’est pas ma voix. Et j’en reviens à mes histoires de métaphores. C’est donc une course de chevaux dans laquelle les chevaux ne sont pas des chevaux, les jockeys pas des jockeys, l’hippodrome pas un hippodrome, mon ticket pas ou plus un ticket, et même les sommes en jeu ne sont pas réellement de l’argent mais une représentation biaisée d’une monnaie dont on nous dit de plus en plus qu’elle n’existe pas. Et voilà le mot que je suis sans doute venu chercher ici, celui de représentation. On a le réel qu’on se construit. Si je ne suis pas clair avec moi-même là-dessus, je ne peux pas être clair avec quiconque au-dehors. Je n’ai donc pas de voix, ou pas de voix encore. Sans voix, on ne peut pas être juste. Or, la justesse, dans l’écriture du moins, mais aussi j’imagine dans la vie, c’est le seul objectif qui me paraisse en valoir les enjeux. Pas le pouvoir, pas les foules, pas le management de ces foules par autrui, pas l’expression d’une pensée extrémiste sous des aspects bienveillants et policés, pas un système d’avantages sociaux qu’on viendrait échanger, via un pacte faustien, contre des mesures répressives envers lesquelles on fermerait les yeux. La justesse.

140419, version 3 (14 avril 2019)

O., qui est le frère de T., fait une pendaison de crémaillère quelque part sur le A, en banlieue sud, et je n’ai jamais compris l’expression pendaison de crémaillère mais il faut dire qu’en ce monde il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, à commencer par la musique qu’on nous passe (mais c’est un autre sujet). Le sujet justement passe sur la question de la construction (ou la déconstruction) européenne, et c’est un sujet en soi différent des élections européennes auxquelles, dans ma tête, j’ai tendance à le rattacher. Il se trouve qu’hier, je lisais cet article d’AOC intitulé « L’Europe c’est nous » et qui se termine (je schématise beaucoup) par l’injonction suivante alors, votons ! Ce que je dis à T., ce que je bredouille même, car ma pensée n’est pas claire du tout, mais alors pas du tout, c’est que jamais jusqu’ici dans ma vie je ne me suis senti aussi proche de faire mon Bartlelby et de préférer m’abstenir. En fait, au début de cette conversation, je ne sais pas ce que je ferai de ma voix pour les Européennes, pour reprendre une phrase que j’ai déjà exprimée ici, et à la fin oui. Cette fois, je ne voterai pas. Et ce sera la première fois que ça m’arrive. Mais là encore je me trompe de sujet, et je me trompe de débat, car la question de comment faisons-nous pour vivre ensemble et nous organiser n’est pas tout à fait la même que sur quel cheval parier pour gagner au tiercé ? D’ailleurs, dans ma tête, je passerai mon temps à chercher la bonne métaphore et je n’y parviens pas. Je me heurte à ces histoires de chevaux (mais il n’y a pas de gains possibles, pas de chevaux, pas de jockeys, pas d’hipodrommes), ou à des discours de vendeur de voiture ou d’aspirateurs, à des combats de robots au MIT, à des fourmillières géantes, à des prospectus publicitaires (que je ne lirai pas). C’est une erreur. Avant de choisir la bonne métaphore à utiliser dans un récit, il faut déjà connaître d’autres choses : l’environnement, le sujet, les symboles. En un mot, faire un effort de narration. Et avant cela encore, je crois qu’un auteur a besoin de connaître sa voix. C’est elle qui conditionnera tout le reste. Dans l’écriture, je l’ai déjà écrit à de multiples reprises, il me semble que ma voix consiste précisément à chercher à se fuir (et à n’y jamais complètement y parvenir, autrement ce ne serait déjà plus ma voix, et le problème serait réglé). C’est mon fardeau, ou mon conflit personnel. C’est de là que naitront des projets futurs plus ou moins réussis (mais pour l’heure, c’est le calme plat). Combien d’années ai-je mis pour comprendre ça ? Plusieurs. Et je ne suis pas au bout de mon raisonnement, de mon cheminement, évidemment. Or, quelle est ma voix, ma voix politique ? J’ai longtemps cru qu’elle était proche ou équivalente à zéro, un néant terrifiant. Dans ce cas pourquoi (et pour qui) je vote ? D’ailleurs d’où vient ma voix qui parle quand je parle, par exemple ici quand je réponds à T. sur cette question de l’Europe ? Probablement que c’est une synthèse de voix tout autres, qui ne sont pas les miennes, dont j’aurais nécessairement besoin pour poser une base de raisonnement mais qui, en l’état, ne suffisent pas à se faire une opinion. Par exemple, j’ai longtemps cru que la droite républicaine valait mieux que l’extrême droite. Dans un système de valeurs biaisées, où il convient de classer des pensées du pire au moins pire, c’était donc pire que d’autres, mais moins pire de ce qui était tout de même le summum de la pireté. Ça ne se dit pas, pireté, mais il y a certains degrés auprès de quoi on se brûle plus fort la langue qu’à d’autre, et là je me brûle. Il y avait donc la sociale démocratie (comprendre, la droite) qui était moins pire que la gauche de gouvernement (comprendre, la droite) qui était moins pire que la droite républicaine (comprendre, la droite), elle-même moins pire que l’extrême-droite. Et ceux qui se prétendaient ni de droite ni de gauche (comprendre qu’ils étaient donc de droite) étaient moins pire, là encore, que l’extrême-droite (qui, à en croire les commentateurs politiques, n’est plus réellement l’extrême-droite mais un genre de conglomérats de pensées anti-système, terme lui-même censé remplacer doucement et progressivement extrême-droite, laquelle serait l’extrême-gauche mais en pire, qui est elle-même parfois anti-système, et parfois pas). Mais comment pousser à bout ce raisonnement quand chacune des parties en présence ont mené chacune à leur tour des politiques d’extrême-droite ? Et comment cautionner ça ? Mais ce n’est même plus le nœud du problème, du moins dans le fil de cette discussion, qui en réalité a été plutôt courte, mais qui a continué à s’opérer depuis, ne serait-ce que pour me permettre de répondre après coup ce que je n’ai pas su répondre pendant. Le nœud du problème, c’est la question du pouvoir (et donc de la domination) et des foules. Or, moi, je veux me tenir à l’écart du pouvoir, de la domination et de la foule. Si je voulais être juste vis à vis de moi-même, voilà ce que je répondrai. Du temps où je voyais encore passer des bribes de vidéos d’épouvantails comme Zemmour (j’ai arrêté depuis), je l’ai entendu dire des trucs comme (je schématise) le pouvoir n’est plus le lieu du pouvoir, c’est fini tout ça (c’était d’ailleurs pour ça, selon lui, que les femmes y avaient désormais accès), le vrai pouvoir il est maintenant dans la finance. Mais lisant Alexandre Laumonnier, on se rend très bien compte combien la finance n’est plus la finance mais un système de placards informatiques reliés les un aux autres dans des entrepôts qui se mènent des guerres dans des laps de temps tellement infinitésimaux qu’ils sont impossibles à appréhender et à comprendre pour l’esprit humain. La finance, ça fait déjà plusieurs années que ce n’est plus la finance. Et voilà où j’en suis de mon raisonnement là-dessus. L’Europe n’est plus l’Europe (ou pas ce que l’Europe devrait être, alors même qu’elle est précisément ce qu’elle a été programmée pour devenir, à savoir un marché), le pouvoir n’est pas le pouvoir, la finance pas la finance, la gauche pas la gauche (ou plus la gauche), le centre plus le centre, l’extrême-droite partout et nulle part à la fois, et pendant ce temps-là les centrales nucléaires tournent encore, on envoie des déchets radioactifs [trouver où] et les éoliennes ne sont pas construites car ça dénature le paysage. Et, donc, pour couronner le tout, ma voix n’est pas ma voix. Et j’en reviens à mes histoires de métaphores. C’est donc une course de chevaux dans laquelle les chevaux ne sont pas des chevaux, les jockeys pas des jockeys, l’hippodrome pas un hippodrome, mon ticket pas ou plus un ticket, et même les sommes en jeu ne sont pas réellement de l’argent mais une représentation biaisée d’une monnaie dont on nous dit de plus en plus qu’elle n’existe pas. Et voilà le mot que je suis sans doute venu chercher ici, celui de représentation. On a le réel qu’on se construit. Si je ne suis pas clair avec moi-même là-dessus, je ne peux pas être clair avec quiconque au-dehors. Je n’ai donc pas de voix, ou pas de voix encore. Sans voix, on ne peut pas être juste. Or, la justesse, dans l’écriture du moins, mais aussi j’imagine dans la vie, c’est le seul objectif qui me paraisse en valoir les enjeux. Pas le pouvoir, pas les foules, pas le management de ces foules par autrui, pas l’expression d’une pensée extrémiste sous des aspects bienveillants et policés, pas un système d’avantages sociaux qu’on viendrait échanger, via un pacte faustien, contre des mesures répressives envers lesquelles on fermerait les yeux. La justesse.

140419, version 2 (14 avril 2019)

photo verre bowie
Guillaume Vissac

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