270419


Avant de profiter des 100 lux dehors pour sortir, je passerai un temps certain dans le cambouis du code de Frères sorcières, je veux dire l’epub de Frères sorcières, et il s’est mis à pleuvoir avant la fin de cette phrase. Pourquoi ? Après une première partie menée sur le mode de l’interrogatoire et une deuxième partie qui déverse une quantité considérable de slogans (à la Maria Soudaïeva, traduit précisément en son temps par Volodine), la troisième est un tunnel fait d’une seule langue linéaire : une phrase d’environ 50 pages ininterrompue. Et ça, les liseuses à encre électronique n’aiment pas. En entrant dans ces passages l’autre jour, il lui fallait une bonne quinzaine de secondes pour charger la moindre page-écran (c’était, en soi, une forme de respiration salutaire). Là, impossible de reprendre ma lecture, la liseuse plantant systématiquement. C’est qu’il aurait fallu répartir cette partie dans plusieurs chapitres internes à l’epub pour fractionner le tout, j’ai déjà eu ce problème pour Molloy il y a quelques années, ça n’a pas été fait, soit que l’éditeur se moque bien des lecteurs numériques sur liseuses, soit que l’auteur ait imposé qu’il s’agisse bien d’une seule et même phrase ininterrompue, soit que l’obsession de l’homothétique ait prévalu sur toute autre considération, y compris le confort de lecture, c’est dommage mais c’est comme ça. Et voilà pourquoi je me retrouve à décomposer moi-mêmes des changements de page fictifs dans Sigil, à décoder puis recoder le tout, à supprimer des span, à relire un certain nombre de fois les mêmes passages hypnotiques. On ne peut pas dire que ça ne vaille pas le coup, bien au contraire (voir ci-dessous), mais sans doute aurait-il été pertinent, pour l’éditeur, de se demander la chose suivante : comment, cette forme-là de récit, peut-on l’adapter au mieux pour ce format spécifique ?

...il se sentit vite perdre du poids et de l’ampleur, et au bout de sept à huit mois d’immobilité, il sut qu’il était réduit en taille à guère plus qu’une araignée, ce qui l’encouragea à persister dans cette voie de métamorphose et de petitesse, car d’une part il pensait que si un passage étroit finalement se présentait, il aurait plus de facilité à le franchir, et d’autre part il se réjouissait de rejoindre un état où les besoins physiologiques étaient quasiment nuls sur de nombreuses années, et où rien ne menaçait plus son intégrité, ni prédateur ni ennemi, et, ayant encore passé quelques saisons à méditer, à se recroqueviller et à pratiquer le présent, il estima le moment adéquat pour reprendre sa marche en dépit du labyrinthe et en dépit des ténèbres que rien n’amendait et des épaisseurs de suie qu’il aurait à franchir au moindre geste, et, peu gêné par sa taille infime, il se leva, annonçant de nouveau, mais cette fois sur des musiques que personne n’aurait entendues même en collant l’oreille contre la bouche qui les émettait, « Hadeff Kakaïne avance dans le noir » et « Hadeff Kakaïne dit que le labyrinthe s’efface », et le labyrinthe, en effet, n’avait plus d’existence véritable...

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270419, version 3 (28 mai 2019)

Avant de profiter des 100 lux dehors pour sortir, je passerai un temps certain dans le cambouis du code de Frères sorcières, je veux dire l’epub de Frères sorcières, et il s’est mis à pleuvoir avant la fin de cette phrase. Pourquoi ? Après une première partie menée sur le mode de l’interrogatoire et une deuxième partie qui déverse une quantité considérable de slogans (à la Maria Soudaïeva, traduit précisément en son temps par Volodine), la troisième est un tunnel fait d’une seule langue linéaire : une phrase d’environ 50 pages ininterrompue. Et ça, les liseuses à encre électronique n’aiment pas. En entrant dans ces passages l’autre jour, il lui fallait une bonne quinzaine de secondes pour charger la moindre page-écran (c’était, en soi, une forme de respiration salutaire). Là, impossible de reprendre ma lecture, la liseuse plantant systématiquement. C’est qu’il aurait fallu répartir cette partie dans plusieurs chapitres internes à l’epub pour fractionner le tout, j’ai déjà eu ce problème pour Molloy il y a quelques années, ça n’a pas été fait, soit que l’éditeur se moque bien des lecteurs numériques sur liseuses, soit que l’auteur ait imposé qu’il s’agisse bien d’une seule et même phrase ininterrompue, soit que l’obsession de l’homothétique ait prévalu sur toute autre considération, y compris le confort de lecture, c’est dommage mais c’est comme ça. Et voilà pourquoi je me retrouve à décomposer moi-mêmes des changements de page fictifs dans Sigil, à décoder puis recoder le tout, à supprimer des span, à relire un certain nombre de fois les mêmes passages hypnotiques. On ne peut pas dire que ça ne vaille pas le coup, bien au contraire (voir ci-dessous), mais sans doute aurait-il été pertinent, pour l’éditeur, de se demander la chose suivante : comment, cette forme-là de récit, peut-on l’adapter au mieux pour ce format spécifique ?
Lecture numérique, Antoine Volodine, Maria Soudaïeva
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270419, version 2 (28 avril 2019)

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