150519


Claire Larsonneur, Maître de conférences à Paris 8, m’a invité à répondre à quelques questions sur le numérique (nous sommes plusieurs).

- Qu’est-ce qui vous amène à passer de l’écrit à l’écran ou vice-versa ?

Mais l’écrit, c’est l’écran. C’est ici que convergent toutes les formes d’écriture que je pratique : projets de fictions longues propulsées via applications d’écriture ou traitement de texte, publications régulières sur mon site (mon principal espace d’expérimentation), réseaux sociaux (ou prétendus tels), applications de lecture en communauté, etc. Même la prise de notes, sauf pour des cas très précis d’écriture manuscrite (carnets, mais qui constituent presque toujours une étape préalable à une saisie quelque part) passera par un écran, celui de l’ordinateur ou du téléphone portable. Et, autant que faire se peu, mes terrains de lecture (web ou livre numérique) passent aussi par l’écran.

- Quelles sont les contraintes d’écriture que vous exploitez ?

Contraintes de régularité (une publication par jour pendant mille ans pour Ulysse par jour, qui met en ligne un passage de l’Ulysse de Joyce dans une traduction expérimentale publiée à l’heure où la phrase est vécue dans le livre chaque jour) ou d’écriture fixe (vers justifiés, soit un même nombre de caractères par ligne). Contrainte de brièveté quand il s’agissait de publier des microfictions sur Twitter (140 caractères maximum à l’époque) pour Accident de personne.

- Quels sont les outils ou interfaces que vous préférez ?

Celle de mon site (mes sites), Spip, qui accueille la plupart de mes projets, courts ou long, notamment un journal commencé il y a plus de dix ans. Pour tout ce qui est projet hors ligne, j’écris depuis plusieurs années via l’application Ulysses, qui me permet de me focaliser sur la création pure en laissant les questions de mise en page de côté. Mais ce n’est pas non plus un outil idéal, notamment depuis qu’il est passé à un système d’abonnement (Thierry Crouzet en parle mieux que moi). Aujourd’hui, j’aurai simplement besoin d’un outil simplissime d’utilisation avec un bon moteur de versioning pour savoir où je vais (ou plutôt, pour pouvoir regarder dans le rétroviseur). Et, en fait, ça Spip le fait plutôt bien. On pourrait donc tout écrire dans l’espace de ce site, et puis exporter le tout à un moment donné pour les phases de retravail ultérieures (avant la métamorphose en livre, en partant du principe qu’elle doit nécessairement intervenir, ce dont je ne suis pas convaincu).

- Il y a-t’il des temporalités différentes selon le média ? Est-ce que vous en jouez ?

Difficile à dire, parce qu’en réalité un même texte peut passer par différents outils (prise de note à la volée sur un téléphone, partage de la note via un cloud connecté ici ou là, récupération du texte dans une application d’écriture, copie vers le site, extraits propulsés sur les réseaux, etc.), difficile donc de déterminer quel outil a dicté quoi durant ce processus. Quand même le sentiment qu’il y a deux énergies différentes, mais ce n’est pas vraiment lié à la temporalité, c’est plutôt lié à ce qui est visible ou non : d’un côté des projets au long cours jamais accessibles avant leur parution en livre, de l’autre des projets dont on peut suivre l’évolution en temps réel sur les réseaux (sociaux ou non, juste un site par exemple). L’un de va pas nécessairement plus vite que l’autre ; ça déplace des énergies différentes.

- Vos travaux s’inscrivent-il dans un ou plusieurs genres différents selon les médias ?

Aucune incidence pour moi.

- Côté droit d’auteur et contrôle sur votre œuvre, comment est-ce que cela se passe ?

Mes textes sont publiés sous licence Creative Commons sur mon site. Cela n’empêche pas une publication éventuelle future. Dans l’idéal, il faudrait que ces deux modes de publications soient parallèles, et que la parution d’un livre par exemple n’amène pas à supprimer le texte en ligne, mais dans la réalité éditeurs et diffuseurs (pas tous, fort heureusement) souhaitent souvent qu’en cas de parution un texte disparaisse du web (ce qui est en soit idiot, puisque rien ne disparaît vraiment).

- Travaillez-vous parfois de manière collective ? (autres auteurs, codeurs, graphistes…)

Ça arrive mais c’est compliqué à gérer car nous sommes tous très pris, avec des projets plus ou moins chronophages. Un temps on avait eu l’envie de faire un truc à quatre mains avec Christine Jeanney sur les Jeux vidéos et puis on a renoncé. Savoir quelle tête ça aurait aujourd’hui si on avait persévéré... Dans l’écosystème publie.net, nous travaillons beaucoup en communauté (auteurs, artistes, développeurs, etc.) mais ça dépasse le cadre de mes activités purement personnelles.

- Comment monétisez-vous vos publications en ligne ?

Nullement.

- Pensez-vous que votre personnage d’auteur change selon le média ?

Idéalement, mon personnage d’auteur changerait à chaque livre (ou à chaque texte) publié, je prendrais un nouveau pseudonyme à chaque nouveau projet et je passerai mon temps à me trouver des voix divergentes, on croirait que je publie un premier roman à chaque fois que j’en sors un, et on attendrait la suite qui ne viendrait jamais. J’ai quelques pseudonymes en réserve pour plus tard, le hic c’est qu’il faudrait penser à se déguiser d’une certaine façon et trouver un look différent à chacun, c’est quand même du boulot de penser à tout ça. Mais pour répondre à la question, j’ai envie de dire non.

- Comment selon vous devient-on un « auteur reconnu » ?

Tout dépend de ce que l’on entend par reconnu. S’il s’agit d’une reconnaissance critique, il est pour l’heure indispensable d’en passer par la publication imprimée, de préférence chez un éditeur. C’est un constat. Tout le reste (activité d’écriture en ligne, applications de lecture, livres numériques), en France tout du moins et dans l’époque dans laquelle nous vivons, n’est pas jugé digne d’intérêt. Et c’est sans doute en partie pour cela qu’on se retrouve chaque rentrée à avoir des consensus journalistiques sur quelques livres très ciblés qui, souvent, n’ont pas beaucoup de relief.

- Comment se passe votre rapport aux lecteurs, aux fans, aux communautés ?

C’est un rapport direct, via les réseaux sociaux principalement. Les fans, je ne sais pas ce que c’est, je veux dire j’ai vu des files d’attente délirantes devant les cinémas pour Avengers Endgame mais je n’ai jamais vu ça pour la littérature que je pratique (et je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose). Les communautés d’auteurs sur le web sont quand même une respiration salutaire, ne serait-ce que pour pouvoir nous permettre d’échanger les uns avec les autres, de nous situer, de nous stimuler, de nous mettre non pas en concurrence les uns avec les autres (notre monde moderne le fait déjà suffisamment tout seul, merci bien) mais de nous faire évoluer sur un même espace commun, qui est celui de la lecture et du partage.

- Utilisez-vous les réseaux sociaux et si oui, comment ?

De moins en moins. J’ai écrit un livre un peu inclassable sur Twitter qui s’appelle Accident de personne et qui est devenu, depuis, différentes choses au fil du temps. Le but à l’époque (il y a une dizaine d’années), c’était d’exploiter un nouvel espace au sein duquel on trouvait peu de fiction, peu de poésie, peu de création littéraire. C’est toujours amusant de détourner un objet de ses fonctions premières. Mais depuis plusieurs années maintenant, les réseaux sociaux sont devenus pour moi guère plus qu’un espace de promotion permanente de mes publications, et j’ai l’impression de parler dans le vide, et comme tout le monde fait la même chose autour de moi, eh bien personne ne s’écoute. Ce n’est pas grave, mais j’ai souvent envie de couper tous mes comptes et de m’en tenir à mon seul site web.

- Lisez-vous des auteurs numériques et si oui, lesquels recommanderiez-vous ?

Toute la galaxie publie.net. Au-delà de nos sphères, Quentin Leclerc, Jérôme Orsoni, Ana Nb, Philippe De Jonckheere, j’en oublie certainement...

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150519, version 6 (15 juin 2019)

Lecture numérique, Publie.net, Twitter, Accident de personne, Philippe De Jonckheere, Spip, Quentin Leclerc, Ana Nb, Ulysse par jour, Thierry Crouzet, Jérôme Orsoni, Web
Contraintes de régularité (une publication par jour pendant mille ans pour [Ulysse par jour->http://www.fuirestunepulsion.net/ulysse/]Contraintes de régularité ( une publication par jour pendant mille ans pour Ulysse par jour , qui met en ligne un passage de l’Ulysse de Joyce dans une traduction expérimentale publiée à l’heure où la phrase est vécue dans le livre chaque jour) ou d’écriture fixe (vers justifiés, soit un même nombre de caractères par ligne). Contrainte de brièveté quand il s’agissait de publier des microfictions sur Twitter (140 caractères maximum à l’époque) pour [Accident Accident de personne->article4243 ]. personne .
jpg/dsc_1615.jpg

150519, version 5 (10 juin 2019)

Mais l’écrit, c’est l’écran. C’est ici que convergent toutes les formes d’écriture que je pratique : projets de fictions longues propulsées via applications d’écriture ou traitement de texte, publications régulières sur mon site ( , mon principal espace d’expérimentation), , réseaux dits sociaux ( ou prétendus tels ), , applications de lecture en communauté, etc. Même la prise de notes, sauf pour des cas très précis d’écriture manuscrite (carnets, mais qui constituent presque toujours une étape préalable à une saisie quelque part) passera par un écran, celui de l’ordinateur ou du téléphone portable. Et, autant que faire se peu, mes terrains de lecture (web ou livre numérique) passent aussi par l’écran.

Contraintes de régularité (une publication par jour pendant mille ans pour Ulysse par jour, qui met en ligne un passage de l’Ulysse l’Ulysse de Joyce dans une traduction expérimentale publiée à l’heure la phrase est vécue dans le livre chaque jour) ou d’écriture fixe (vers justifiés, soit un même nombre de caractères par ligne). Contrainte de brièveté quand il s’agissait de publier des microfictions sur Twitter (140 caractères maximum à l’époque) pour Accident de personne.

150519, version 4 (31 mai 2019)

Mais l’écrit, c’est l’écran. C’est ici que convergent toutes les formes d’écriture que je pratique : qu’il s’agisse de projets de fictions longues propulsées via des applications d’écriture ou de traitement de texte, de publications régulières sur mon site, devenu au fil du temps mon principal espace laboratoire d’expérimentation, des réseaux dits sociaux, applications d’applications de lecture en communauté, etc. Même la prise de notes, sauf pour des cas très précis d’écriture manuscrite (carnets, mais qui constituent presque toujours une étape préalable à une saisie quelque part) passera est faite par un le biais d’un écran, celui de l’ordinateur ou du téléphone portable. Et Au-delà de tout ça , autant que faire mes lectures se peu passent sur écran , mes terrains de lecture ( web ou livre numérique ) passent par l’écran le plus souvent possible .

150519, version 3 (23 mai 2019)

Claire Larsonneur, Maître de conférences à Paris 8, m’a invité à répondre à quelques questions sur le numérique (nous sommes plusieurs).

- Qu’est-ce qui vous amène à passer de l’écrit à l’écran ou vice-versa ?

Mais l’écrit, c’est l’écran. C’est ici que convergent toutes les formes d’écriture que je pratique : qu’il s’agisse de projets de fictions longues propulsées via des applications d’écriture ou de traitement de texte, de publications régulières sur mon site, devenu au fil du temps mon principal laboratoire d’expérimentation, des réseaux dits sociaux, d’applications de lecture en communauté, etc. Même la prise de notes, sauf pour des cas très précis d’écriture manuscrite (carnets, mais qui constituent presque toujours une étape préalable à une saisie quelque part) est faite par le biais d’un écran, celui de l’ordinateur ou du téléphone portable. Au-delà de tout ça, mes lectures se passent sur écran, le plus souvent possible.

- Quelles sont les contraintes d’écriture que vous exploitez ?

Contraintes de régularité (une publication par jour pendant mille ans pour Ulysse par jour, qui met en ligne un passage de l’Ulysse de Joyce dans une traduction expérimentale chaque jour) ou d’écriture fixe, je pense par exemple aux vers justifiés que j’aime assez pratiquer (même nombre de caractères par ligne). Contrainte de brièveté quand il s’agissait de publier des microfictions sur Twitter (140 caractères maximum à l’époque) pour Accident de personne.

- Quels sont les outils ou interfaces que vous préférez ?

150519, version 2 (15 mai 2019)

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