090719


Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Ce soir, nous n’allons pas dans cette direction, c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique (fêter le pacs de T. et E.). Le moins qu’on puisse dire, c’est que la lumière est belle. Il sera question, à un moment donné, de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (je ne verse pas dans l’amour inconditionnel des prix quels qu’ils soient mais enfin, disons que c’est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais mais, ça, l’article ne le dit pas), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 entrées en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans un top Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Quid des vidéos Youtube à 5000 vues ? D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées là-dedans. Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion des plus pures). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux. On n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas dans le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi, ou, pour le dire autrement, s’en remette à la fictions du succès, se disant peut-être que cela générerait du succès en soi. Ensuite, que les journalistes ne mettent pas forcément en question les mots qu’on leur donne. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça n’en avait aucun. Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on met les mots qu’il faut pour dire précisément le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

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090719, version 11 (9 août 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Ce soir, nous n’allons pas dans cette direction, c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique (fêter le pacs de T. et E.). Le moins qu’on puisse dire, c’est que la lumière est belle. Il sera question, à un moment donné, de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (je ne verse pas dans l’amour inconditionnel des prix quels qu’ils soient mais enfin, disons que c’est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais mais, ça, l’article ne le dit pas), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 entrées en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans un top Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Quid des vidéos Youtube à 5000 vues ? D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées là-dedans. Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion des plus pures). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux. On n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas dans le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi, ou , pour le dire autrement , s’en remette à la fictions du succès , se disant peut-être que cela générerait du succès en soi . Ensuite, que les journalistes ne mettent pas forcément en question les mots qu’on leur donne. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça n’en avait aucun. Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on met les mots qu’il faut pour dire précisément le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.
Publie.net, Métro, E., Paris, Rêve, Antoine Volodine, Nucléaire, T., Svetlana Alexievich
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090719, version 10 (9 août 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Ce soir, nous n’allons pas dans cette direction direction-là , c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied et non pas en métro jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique (fêter le pacs de [T T .->mot503] et [E E .->mot28]). Le moins qu’on que l’on puisse dire, c’est que la lumière est belle superbe . Il sera question, à un moment donné, de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de [nous->https://www.publie.net] Non  ? Il s’agirait de nous , j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de [nous->https://www.publie.net] Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé , il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (je ne verse pas dans l’amour inconditionnel des prix quels qu’ils soient mais enfin , disons que c’est voilà qui est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais mais, ça, l’article ne le dit pas), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 entrées en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans un le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Quid des vidéos Youtube à 5000 vues ? D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? . Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées là-dedans dans ce machin . Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion des plus pures absolules ). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux. , on n’en est pas loin . On n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas dans le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne mettent prennent pas forcément la peine de remettre en question les mots une info qu’on leur donne. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça n’en avait aucun ( la littérature ) ne peut pas en avoir . Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on met les mots qu’il faut pour dire précisément dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.
E., T.

090719, version 9 (8 août 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Ce Mais ce soir, nous n’allons pas dans cette direction-là, c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied et non pas en métro jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique ( histoire de fêter le pacs de T. et E.). Le et , le moins que l’on puisse dire, c’est que la lumière est superbe. Il sera question, à un moment donné, de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (voilà qui est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais mais, ça, l’article ne le dit pas), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 entrées en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Quid des vidéos Youtube à 5000 vues ? Non. D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées dans ce machin. Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion des plus absolules). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux, on n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas dans le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne prennent pas la peine de remettre en question une info qu’on leur donne. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça (la littérature) ne peut pas en avoir. Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

090719, version 8 (7 août 2019)

Je n’avais pas réalisé Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Mais ce soir, nous n’allons pas dans cette direction-là, c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied et non pas en métro jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique histoire de fêter le pacs de T. et E. et, le moins que l’on puisse dire, c’est que la lumière est superbe. Il sera question, à un moment donné, de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (voilà qui est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais mais , ça , l’article ne le dit pas ), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 entrées en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Quid des vidéos Youtube à 5000 vues ? Non. D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées dans ce machin . classement tout confondu ( c’est le cas de le dire ). Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion des plus absolules ). passion ). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux, on n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas dans le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne prennent pas la peine de remettre en question une info qu’on leur donne. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça (la littérature) ne peut marche pas en avoir . Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

090719, version 7 (1er août 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Mais ce soir, nous n’allons pas dans cette direction-là, c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied et non pas en métro jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique histoire de fêter le pacs de T. et E. et, le moins que l’on puisse dire, c’est que la lumière est superbe. Il sera question, à un moment donné, de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (voilà qui est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, le ci-né-ma , dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 entrées spectateurs en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Quid des vidéos Youtube à 5000 vues ? Non. D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées dans ce classement tout confondu (c’est le cas de le dire). Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux, on n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne prennent pas la peine de remettre en question une info qu’on leur donne : c’est un chiffre , ils le prennent comme il est , dans sa fiction même . Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça (la littérature) ne marche pas. Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

090719, version 6 (10 juillet 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Mais ce soir, nous n’allons pas dans cette direction-là, c’est même précisément le contraire, et je marchais à pied et non pas en métro jusqu’au lac Daumesnil pour un pique-nique histoire de fêter le pacs de T. et E. et, le moins que l’on puisse dire, c’est que la lumière est superbe. Il sera question , à un moment donné , Le succès de la mini-série d’HBO sur Tchernobyl, c’est aussi une prouesse , et il se trouve que La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premières, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (voilà qui est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, le ci-né-ma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 spectateurs en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Non. D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées dans ce classement tout confondu (c’est le cas de le dire). Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux, on n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne prennent pas la peine de remettre en question une info qu’on leur donne : c’est un chiffre, ils le prennent comme il est, dans sa fiction même. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça (la littérature) ne marche pas. Sauf que, comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne, on dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

090719, version 5 (9 juillet 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Le Une prouesse et , suite au succès de la mini-série d’HBO série sur Tchernobyl, c’est aussi une prouesse , et La supplication de Sveltana Alexievitch, qui en est l’une des sources premièresde la série , s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque, d’un prix Nobel de littérature (voilà qui est censé faire vendre), sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série, et probablement que le livre s’est déjà vendu par ce biais ), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, le ci-né-ma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 spectateurs en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Non. D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées dans ce classement tout confondu (c’est le cas de le dire). Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire qui en viendra à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux, on n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne prennent pas la peine de remettre en question une info qu’on leur donne : c’est un chiffre, ils le prennent comme il est, dans sa fiction même. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça ( la littérature ) ne marche pas. Sauf que , comme pour la ligne 14 qui relierait Bayonne , on qu’on dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

090719, version 4 (9 juillet 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de la BNF via le prolongement de la nouvelle ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Une prouesse et, suite au succès de la série sur Tchernobyl, La supplication de Sveltana Alexievitch, qui est l’une des sources premières de la série, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Il n’y a pas quelque chose d’étrange ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époqueprésente , d’un prix Nobel de littérature ( voilà qui est censé faire vendre ), , sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt. Un effet de mode. Et donc, fort logiquement, il s’arrache. À 5000 exemplaires. D’ailleurs non, il ne s’arrache pas à 5000 exemplaires, ça c’est le nombre d’ouvrages réimprimés en prévision des réassorts (c’est-à-dire qu’on suppose qu’il va y avoir de nouvelles commandes et on anticipe en réimprimant, sans doute qu’il y a eu une mise en place de fait lors de la diffusion de la série), mais il pourra tout aussi bien s’en écouler moins (si l’effet de mode retombe) ou plus (s’il persiste). Mais 5000 exemplaires, je veux dire, merde, c’est un site spécialisé sur le cinéma, le ci-né-ma, dirait-il d’un film qu’il est un succès fou avec 5000 spectateurs en salle ? Ailleurs, écrirait-on qu’un album est dans le top 50 de Spotify avec 5000 écoutes ? Ou bien un jeu vidéo ferait-il sensation après avoir en écoulé 5000 copies ? Non. D’ailleurs, La supplication truste-t-elle les classements des meilleures ventes GFK ? Non. La meilleure vente de cette semaine, c’est Passions (!), de Nicolas Sarkozy (!!) avec 31477 exemplaires vendus. Il rentre directement à la première place. Non ? Si. Et ça, c’est le palmarès tous segments, comprendre qu’il y a aussi les cahiers de vacance et les bandes dessinées dans ce classement tout confondu (c’est le cas de le dire). Il est semble-t-il paru le 27 juin, c’est-à-dire que si on l’a fait paraître à cette date c’est qu’on a estimé que c’était un livre pour l’été. Un livre de plage, quoi. La supplication n’est pas, je pense, un livre de plage. Mais un livre qu’on peut lire sur la plage, oui, sans aucun doute, si on veut se demander par exemple si le sable sur lequel on est présentement couché ne va pas se transformer en verre en cas d’éruption soudaine de la prochaine centrale nucléaire à fusionner avec elle-même et ne faire plus qu’un avec son propre cœur (ce qui serait, soit dit en passant, une forme de passion). Il y a deux ou trois ans, mon livre de plage c’était Terminus radieux, on n’en est pas loin. Mais La supplication, elle, n’est pas le top 20 des ventes de la semaine via GFK, même quand je filtre sur littérature générale (de même que le livre de Juan Branco, d’ailleurs, dont il est dit partout qu’il est numéro un des ventes mais numéro un des ventes de quoi ? et quand ?). Rien ne vous choque  ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Plusieurs choses peut-être. D’abord, que les éditeurs disent n’importe quoi. Ensuite, que les journalistes ne prennent pas la peine de remettre en question une info qu’on leur donne : c’est un chiffre, ils le prennent comme il est, dans sa fiction même. Enfin, qu’on en est à un tel point de déréliction du marché du livre qu’on prend une réimpression de 5000 exemplaires d’un livre de poche pour une preuve de son succès, c’est-à-dire qu’on a tout à fait intégré le fait que ça ne marche pas. Sauf qu’on dit le contraire et tout le monde fait comme s’il y croyait.

090719, version 3 (9 juillet 2019)

Je n’avais pas réalisé qu’une ville comme Bayonne était à moins de cinq minutes de BNF via la nouvelle ligne 14. Tout le monde autour de moi a l’air de trouver ça normal. C’est quand même une prouesse. Une prouesse et, suite au succès de la série sur Tchernobyl, La supplication de Sveltana Alexievitch, qui est l’une des sources premières de la série, s’arrache en France. C’est, du moins, ce qu’on peut lire sur un site spécialisé sur le cinéma. On peut lire dans cet article que l’éditeur [de l’édition poche] ressent "un impact positif sur les réassorts, à tel point qu’une réimpression de 5000 exemplaires a été lancée". Circonspection. S’arracher, réimpression de 5000 exemplaires... Réimpression de 5000 exemplaires, s’arracher... Rien ne vous choque ? 5000 exemplaires, c’est beaucoup ? Il s’agirait de nous, j’aurais tendance à dire que, oui, c’est beaucoup. Mais il ne s’agit pas de nous ici, petit éditeur indépendant autodiffusé, il s’agit d’une œuvre majeure de la littérature mondiale de notre époque présente, d’un prix Nobel de littérature, sur un sujet qui soudain, pour des raisons extérieures au livre, suscite l’intérêt.

090719, version 2 (9 juillet 2019)

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