060819


Chère Madame, Cher Monsieur,

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation Yerba Mate Elaborada Pajarito 500g. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? Peu importe. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et des spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outans, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. Si j’en viens à utiliser des mots comme impacter, dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour, l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est la même chose qu’avec le café finalement, ce qu’on ressent quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. Le seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On ne peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même sa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal comme ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pas non plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça ne m’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel dans Les vers de la terre. Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derrière, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir les yeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème, mais vous n’y pouvez rien et moi non plus). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de cela dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou si c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon œil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aimer tous les Tintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je perçois, soit via mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai eu recourt à la lumière artificielle de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idiomatiques de Tintin, je vous ferais remarquer. Disait-il ça aussi dans la BD ou bien est-ce une création de la série animée des années quatre-vingt-dix ? Bref, quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites pendant la soirée. Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose la plus étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignées, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’éloignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux. Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs [1] : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. Et que dire de ce passage de Eff que je retrouve et qui décrit précisément cette scène (on peut donc en conclure qu’elle s’est déjà plusieurs fois produites par le passé) : Une nuit, il y a quelques mois, une des rares nuits avec XXX où le sommeil m’a prise, je me réveillerai en sueur et en sursaut persuadée qu’une araignée immense et pleine de pattes se trouvait à mes côtés, entre nous, dans le lit. Elle sera de la taille d’un chien, à la place de son thorax à lui, XXX, et j’irai jusqu’à allumer en plein milieu de la nuit pour m’assurer qu’elle n’est pas là, près de moi, à tenter de m’atteindre. Ça fait réfléchir. Mais moi, ce que je vois, sens, perçois, entend, n’est-ce pas déjà le passé ? Quand un astronome observe l’espace à l’aide d’un télescope, n’est-ce pas précisément ce qu’on dit de lui qu’il regarde, le passé ? Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, fut-il une créature arachnoïde, n’a-t-il pas déjà quitté son corps avant même que son information m’atteigne et, selon la formule consacrée, ne me monte au cerveau ? Ce qui expliquerait qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. Merde, elle n’était même plus là comme corps existant dans l’espace obscur d’une chambre ! Son existence même est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme un vestige sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même, je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dans chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ait pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du principe qu’à l’intérieur c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, ceci dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans doute m’éclairer. Lorsque j’ai commencé à consommer quotidiennement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censés combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, tout s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je la prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoup plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si ce produit était en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où l’œil se trouvera.

Bien à vous,

GV

6 septembre 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#/// #Goethe #Lucien Suel #Migraine #Tintin

[1Ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125

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060819, version 10 (6 septembre 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation Yerba Mate Elaborada Pajarito 500g XXX . Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? Peu importe. Si ça existe, j’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samediDepuis samedi , tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et des de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outans, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. Si j’en J’en viens même à utiliser des mots comme impacter, dites-vous que l’heure est grave . . Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, [les douleurs->mot1] les douleurs sont apparues . sont apparues. Comme si chaque jour, passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose qu’avec le café finalement, ce qu’on ressent quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. Le seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On ne peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même sa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal comme come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pas non plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça ne m’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit [Lucien Suel->http://academie23 Lucien Suel dans Les vers de la terre .blogspot.com] On ne saura pas . dans [Les vers de la terre->http://www.derniertelegramme.fr/Les-Vers-de-la-Terre]. Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derrière, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir les yeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème, mais vous n’y pouvez rien et moi non plus). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de cela dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou si c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon œil oeil , un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aimer tous les Tintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je perçois ressens , soit via par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai eu recourt à la lumière artificielle de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idiomatiques idyomatiques de Tintin, je vous ferais remarquer. Disait-il ça aussi dans la BD ou bien est-ce une création de la série animée des années quatre-vingt-dix ? Bref , quand Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites pendant la soirée avant de me coucher . Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans [Coup Coup de tête->https://www tête .publie.net/livre/coup-de-tete-guillaume-vissac/]. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose la plus étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignées, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). HierHier , c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’éloignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, H . logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce moment-là de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux. Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs [1] 125 ), que je suis allé chercher l’autre jour à la bibliothèque Marguerite Audoux : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. Et que dire de ce passage de Eff que je retrouve et qui décrit précisément cette scèneavant d’avoir été vécue donc (on peut donc en conclure comprendre plutôt qu’elle s’est déjà plusieurs fois produites par le passé) : Une nuit, il y a quelques mois, une des rares nuits avec XXX où le sommeil m’a prise, je me réveillerai en sueur et en sursaut persuadée qu’une araignée immense et pleine de pattes se trouvait à mes côtés, entre nous, dans le lit. Elle sera de la taille d’un chien, à la place de son thorax à lui, XXX, et j’irai jusqu’à allumer en plein milieu de la nuit pour m’assurer qu’elle n’est pas là, près de moi, à tenter de m’atteindre. Ça fait réfléchir. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? Mais voici le détail de cette réflexion. Mais moi , ce Ce que je vois, sens, perçois, entend, n’est-ce pas c’est déjà le passé ? , fut-il infime . Quand un astronome observe l’espace à l’aide d’un télescope, n’est-ce pas précisément ce qu’on dit de lui qu’il regarde, le passé ? Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, fut-il une créature arachnoïde , n’a-t-il pas il a déjà quitté son corps avant même que son information m’atteigne et, selon la formule consacrée, ne me monte au cerveau ? . Ce qui expliquerait Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. Merde , elle D’autant plus qu’elle n’était même déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur d’une chambre ! . Son existence même , à mes yeux , est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme un vestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même, je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi crucialeque ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dans chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ait pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du principe qu’à l’intérieur , c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, ceci dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans doute m’éclairer. Lorsque j’ai commencé à consommer quotidiennement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censés combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, tout cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je la le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoup plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si , ce produit était en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où l’œil se trouvera.

[1 Ici ( ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125

Migraine, Lucien Suel, ///, Goethe, Tintin

060819, version 9 (5 septembre 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? Si ça existe , j’ai J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outans orangs-outangs , ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter. Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose qu’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. Le seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On ne peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même sa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pas non plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça ne m’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel dans Les vers de la terre. Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derrière, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir les yeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème, mais vous n’y pouvez rien et moi non plus). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de cela dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou si c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aimer tous les Tintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai eu recourt à la lumière artificielle de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin, je vous ferais remarquer. Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignées, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’éloignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce moment-là de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux. Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs (ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125), que je suis allé chercher l’autre jour à la bibliothèque Marguerite Audoux : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. Et que dire de ce passage de Eff que je retrouve et qui décrit précisément cette scène avant d’avoir été vécue donc (comprendre plutôt qu’elle s’est déjà plusieurs fois produites par le passé) : Une nuit, il y a quelques mois, une des rares nuits avec XXX où le sommeil m’a prise, je me réveillerai en sueur et en sursaut persuadée qu’une araignée immense et pleine de pattes se trouvait à mes côtés, entre nous, dans le lit. Elle sera de la taille d’un chien, à la place de son thorax à lui, XXX, et j’irai jusqu’à allumer en plein milieu de la nuit pour m’assurer qu’elle n’est pas là, près de moi, à tenter de m’atteindre. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’atteigne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur d’une chambre. Son existence même, à mes yeux, est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme un vestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dans chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ait pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du principe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, ceci dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans doute m’éclairer. Lorsque j’ai commencé à consommer quotidiennement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censés combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoup plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit était en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où l’œil se trouvera.

060819, version 8 (3 septembre 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outangs, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter. Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose qu’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. Le seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On ne peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même sa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pas non plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça ne m’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel dans Les vers de la terre. Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derrière, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir les yeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème, mais vous n’y pouvez rien et moi non plus). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de cela dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou si c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aimer aaimer tous les Tintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai eu recourt à la lumière artificielle de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin, je vous ferais remarquer par ailleurs . Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignées araignée , mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’éloignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce moment-là de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux. Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs (ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125), que je suis allé chercher l’autre jour à la bibliothèque Marguerite Audoux : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. Et que dire de ce passage de Eff que je retrouve et qui décrit précisément cette scène avant d’avoir été vécue donc (comprendre plutôt qu’elle s’est déjà plusieurs fois produites par le passé) : Une nuit, il y a quelques mois, une des rares nuits avec XXX où le sommeil m’a prise, je me réveillerai en sueur et en sursaut persuadée qu’une araignée immense et pleine de pattes se trouvait à mes côtés, entre nous, dans le lit. Elle sera de la taille d’un chien, à la place de son thorax à lui, XXX, et j’irai jusqu’à allumer en plein milieu de la nuit pour m’assurer qu’elle n’est pas là, près de moi, à tenter de m’atteindre. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’atteigne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur d’une chambre. Son existence même, à mes yeux, est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme un vestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dans chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ait pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du principe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, ceci dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans doute m’éclairer. Lorsque j’ai commencé à consommer quotidiennement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censés censer combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoup plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit était que j’ingère , il n’était pas en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où l’œil il se trouvera.

060819, version 7 (1er septembre 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta ta mère est folle folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outangs, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter . impacter . Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose qu’avec u’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. Le LE seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On ne nee peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même sa lsa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pas non pasnnon plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça ne m’est n’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel dans ( Les vers de la terre. ). Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derri !Derrière re , fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir les yeux lesyeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème, mais vous n’y pouvez rien et moi non plus ). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de cela ce la dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou si csi c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aaimer tous les Tintin tTintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai eu recourt recouvert à la lumière artificielle de mon téléphone pour, littéralement, tirer tirer les choses au clair, , ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin par ailleurs. Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignée, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’éloignant s’élignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce moment-là de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux. Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs (ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125), que je suis allé chercher l’autre jour à la bibliothèque Marguerite Audoux : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. Et que dire de ce passage de Eff que je retrouve et qui décrit précisément cette scène avant d’avoir été vécue donc (comprendre plutôt qu’elle s’est déjà plusieurs fois produites par le passé) : Une nuit, il y a quelques mois, une des rares nuits avec XXX où le sommeil m’a prise, je me réveillerai en sueur et en sursaut persuadée qu’une araignée immense et pleine de pattes se trouvait à mes côtés, entre nous, dans le lit. Elle sera de la taille d’un chien, à la place de son thorax à lui, XXX, et j’irai jusqu’à allumer en plein milieu de la nuit pour m’assurer qu’elle n’est pas là, près de moi, à tenter de m’atteindre. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’atteigne m’attègne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur d’une de ma chambre. Son existence même, à mes yeux mesyeux , est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme un vestige unvestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dans dnas chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ait ai pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du principe pricnipe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? Que de questions dans ce courrier. J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, ceci cecic dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans doute ddoute m’éclairer. Lorsque Lrosque j’ai commencé à consommer quotidiennement quotidionnement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censer combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoup beaucoupl plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit que j’ingère, il n’était pas en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où il se trouvera.

060819, version 6 (13 août 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outangs, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter. Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose u’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. LE seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On nee peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même lsa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pasnnon plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça n’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel (Les vers de la terre). Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derri !re, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir lesyeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de ce la dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou csi c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aaimer tous les tTintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai recouvert à la lumière artificielle de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin par ailleurs. Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignée, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’élignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce moment-là de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux.Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs (ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125), que je suis allé chercher l’autre jour à la bibliothèque Marguerite Audoux : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. Et que dire de ce passage de Eff que je retrouve et qui décrit précisément cette scène avant d’avoir été vécue donc (comprendre plutôt qu’elle s’est déjà plusieurs fois produites par le passé) : Une nuit, il y a quelques mois, une des rares nuits avec XXX où le sommeil m’a prise, je me réveillerai en sueur et en sursaut persuadée qu’une araignée immense et pleine de pattes se trouvait à mes côtés, entre nous, dans le lit. Elle sera de la taille d’un chien, à la place de son thorax à lui, XXX, et j’irai jusqu’à allumer en plein milieu de la nuit pour m’assurer qu’elle n’est pas là, près de moi, à tenter de m’atteindre. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’attègne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur de ma chambre. Son existence même, à mesyeux, est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme unvestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dnas chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ai pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du pricnipe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? Que de questions dans ce courrier. J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, cecic dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans ddoute m’éclairer. Lrosque j’ai commencé à consommer quotidionnement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censer combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoupl plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit que j’ingère, il n’était pas en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où il se trouvera.

060819, version 5 (12 août 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outangs, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter. Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose u’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. LE seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On nee peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même lsa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pasnnon plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça n’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel (Les vers de la terre). Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derri !re, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir lesyeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de ce la dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou csi c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aaimer tous les tTintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai recouvert recouvrt à la lumière artificielle artificiel de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin par ailleurs. Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant, je l’avais mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle est es sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignée, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’élignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce moment-là momentlà de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une araignée ariagignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux.Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. Mais peut-être que, par un effet de hasard de mes lectures, la réponse à ces questions est à chercher chez Goethe. Voilà ce qu’il écrit dans son Traité des couleurs (ici traduit par Henriette Bideau chez Triades, P. 125), que je suis allé chercher l’autre jour à la bibliothèque Marguerite Audoux : Les malades souffrant de parasites intestinaux ont souvent des sensations visuelles étranges ; tantôt des étincelles ou des formes lumineuses, tantôt des figures effrayantes dont ils ne peuvent se débarrasser. Je ne crois pas souffrir de parasites intestinaux, mais le fait est que je souffre de quelque chose. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’attègne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur de ma chambre. Son existence même, à mesyeux, est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme unvestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dnas chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ai pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du pricnipe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? Que de questions dans ce courrier. J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, cecic dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans ddoute m’éclairer. Lrosque j’ai commencé à consommer quotidionnement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censer combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoupl plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit que j’ingère, il n’était pas en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où il se trouvera.

060819, version 4 (7 août 2019)

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outangs, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter. Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose u’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. LE seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On nee peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même lsa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pasnnon plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça n’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel (Les vers de la terre). Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derri !re, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir lesyeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de ce la dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou csi c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aaimer tous les tTintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai recouvrt à la lumière artificiel de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin par ailleurs. Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? Ce JCe n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Pas étonnant que je me sois autant intéressé à l’affaire Pistorius, aussi. Je me comprends. J’en suis là dans mes relectures d’Eff. Bien avant , je l’avais Je l’ai mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle es sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignée, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’élignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce momentlà de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une ariagignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux.Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’attègne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur de ma chambre. Son existence même, à mesyeux, est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme unvestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dnas chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ai pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du pricnipe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? Que de questions dans ce courrier. J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, cecic dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans ddoute m’éclairer. Lrosque j’ai commencé à consommer quotidionnement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censer combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoupl plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit que j’ingère, il n’était pas en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où il se trouvera.

060819, version 3 (6 août 2019)

Chère Madame, Cher Monsieur,

Je ne parle pas espagnol. Tout juste suis-je capable de bredouiller quelques parodies de mots, un genre de proto-langage composé d’insultes et d’aliments ibériques, ainsi que l’expression ta mère est folle qui ne saurait pas m’être utile ici. Je ne connais pas votre mère. Elle n’est peut-être pas folle. Et j’en prends acte. La raison pour laquelle je vous contacte aujourd’hui concerne l’un des matés vendus par votre marque sous l’appellation XXX. Depuis peu, votre maté me donne la nausée. C’est presque un vers. Ce n’est pas un octosyllabe. Comment nomme-t-on les vers de neuf pieds ? J’ai oublié. En réalité, vous n’y êtes pour rien. Depuis samedi, tout ce que j’ingère me donne la nausée, à l’exception notable des bouillons de poule et de spéculos à l’épeautre (sans huile de palme). Est-ce que ça compte ? J’imagine que pour les orangs-outangs, ça compte. Et, donc, pour ma qualité de vie, laquelle est impactée par cette situation. J’en viens même à utiliser des mots comme impacter. Dites-vous que l’heure est grave. Il me suffirait, pourriez-vous me répondre, de ne plus boire de maté. C’est ce que j’ai fait dimanche. Mais là, les douleurs sont apparues. Comme si chaque jour passé l’ingestion de ma dose quotidienne retardait l’échéance de vingt-quatre heures. L’échéance d’avoir mal. Et c’est finalement la même chose u’avec le café finalement, ce qu’on ressent au fond quand on n’arrête d’en prendre, ce sont des douleurs de manque et non des douleurs en elles-mêmes. Y a-t-il une différence ? Je commence à en douter. Je cherche en vain des ouvrages de philosophie de la douleur. Je dis en vain mais j’en possède déjà un. LE seul peut-être ? J’ai tout oublié de lui. Il faudrait donc que je le relise. Il est posé sur mon bureau à cet effet. Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est que la douleur est une perception. Ce n’est pas une donnée concrète. On nee peut pas mesurer la douleur. On peut mesurer son rapport à la douleur. Sa sensibilité. L’idée qu’il puisse y avoir une tolérance plus ou moins forte à la douleur est, en elle-même, absurde. La douleur est elle-même lsa propre tolérance à elle-même. Je ne sais pas si je suis clair. Je crois que ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas s’en remettre à sa perception, quand bien même c’est tout ce qui nous reste. Nos sens sont peu-être trompeurs. Par exemple, quand je suis mal come ces jours-ci, je vois des choses qui n’existent pas. Ce n’est pas une forme de folie douce. Ce n’est pasnnon plus un phénomène d’aura, connu des migraineux (ça pourrait, mais ça n’est arrivé qu’une fois, il y a plusieurs années). Non, là je parle de terreur nocturne. Je n’ai pourtant pas une peur bleue du noir, comme l’écrit Lucien Suel (Les vers de la terre). Que peut votre maté contre des formes de terreur nocturne ? Rien peut-être. Ou peut-être que c’est moi qui n’en consomme pas assez. Cela se produit de la façon suivante, et toujours au même moment. Non pas à la même heure, mais au même moment. Un peu après le premier endormissement. Il y en aura plusieurs. Mais je veux parler du premier. Derri !re, fatalement, pour une raison X ou Y extérieure à moi-même ou non, j’en viens à rouvrir lesyeux quelques secondes et c’est ici que les choses se compliquent. Je vois des choses dans la pénombre. Il n’y a pas d’obscurité totale ici (c’est d’ailleurs un problème). On peut donc voir venir, depuis le store, les lueurs de la ville. Elles ne bougent pas. Elles sont rectilignes. Ce sont des fils tissés. Ce n’est pas de ce la dont je veux parler. De quoi alors ? Ces derniers jours, cela a pu prendre la forme d’araignées. Elles sont assez grosses, et je ne sais jamais si elles sont de taille anormalement étendues, ou csi c’est le jeu de la perspective qui me les fait percevoir ainsi, par exemple en se trouvant très proche de mon oeil, un peu comme dans cette planche de Tintin, avec une araignée sur un télescope. Je n’aime pas trop ce Tintin. Mais on ne peut pas aaimer tous les tTintin du monde, n’est-ce pas ? Des araignées donc. Et je peux vous assurer que je suis bien éveillé. Mes yeux sont ouverts. Je n’ai pas de fièvre. Et je vois ce que je vois. Ensuite vient le moment où ce que je vois n’est pas conforme à ce que je ressens, soit par mes autres sens, par exemple quand je mets la main pour repousser cette bête de moi, soit quand j’ai recouvrt à la lumière artificiel de mon téléphone pour, littéralement, tirer les choses au clair, ce qui est l’une des expressions idyomatiques de Tintin par ailleurs. Quand je mets la main, je ne sens rien. Quand je l’éclaire, la forme a disparu. Mais elle était bien là. Ce n’est pas une illusion. Et je n’ai pas pris de substances illicites avant de me coucher. Alors quoi ? JCe n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai le souvenir d’avoir vu comme ça une branche d’arbre au-dessus de moi. Ou quelqu’un. Je l’ai mis dans Coup de tête. Quand quelque chose d’aussi fort que ça nous arrive, on est bien obligé de le mettre dans un livre. Voilà, je l’ai fait. Mais ça ne m’a pas guéri de ça pour autant. Votre maté peut-il me guérir ? Mais ce n’est pas la chose étrange. L’araignée n’est pas toujours la même. Souvent, elle es sur son fil. Elle descend. D’où ma répulsion. Je veux dire, je n’ai pas spécifiquement une phobie des araignée, mais enfin je ne suis pas très à l’aise à l’idée que l’une d’elle s’approche de moi dans mon sommeil pour me pondre une portée dans l’oesophage si vous voyez ce que je veux dire (vous voyez ce que je veux dire). Hier, c’était différent. L’araignée se déplaçait suspendue dans les airs, sur un fil donc, mais s’élignant de moi. Elle allait vers le mur opposé où moi je me trouvais, là où H. logiquement se trouvait, mais où il ne se trouvait pas, puisque à ce momentlà de la nuit ou du soir j’étais seul. Eh bien quoi, vous direz-vous, une ariagignée qui s’éloigne, c’est plutôt rassurant, non ? C’est preuve qu’il y avait un progrès ? Oui. Mais non. Cette fois-là, cette araignée m’a regardé. Je vous le dis comme c’est arrivé. Elle m’a vu la voir et, en retour, tout en se déplaçant vers le mur opposé, elle m’a regardé dans les yeux.Ça n’a pas duré plus de quelques secondes (le temps d’attraper donc mon téléphone pour l’éclairer) mais j’ai pu saisir ça d’elle : la forme de son corps, les pates, le fil, et le regard de toute son animalité vers moi. Que faire de ça ? Je me dis après coup que cette image n’est rien qu’une métaphore de quelque chose. Son corps était fait de lueurs. Son regard également. Peut-être qu’il est question de ça ? Ça m’intéresse beaucoup. On peut même dire que ça m’obsède. Au moins autant que la douleur. Et c’est peut-être, au fond, pour moi, une seule et même chose. L’autre chose que je me suis dite aujourd’hui, je l’ai notée en rouge dans un carnet. Pourquoi en rouge ? On ne saura pas. Mais voici le détail de cette réflexion. Ce que je vois, sens, perçois, entend, c’est déjà le passé, fut-il infime. Ce geste dont je suis témoin chez l’autre, il a déjà quitté son corps avant même que son information m’attègne et, selon la formule consacrée, me monte au cerveau. Comprendre ici qu’au moment où cette araignée m’a regardé la regarder, elle n’était déjà plus en train de le faire. D’autant plus qu’elle n’était déjà plus là comme corps existant dans l’espace obscur de ma chambre. Son existence même, à mesyeux, est donc doublement une fiction : fiction de n’avoir pas été, et fiction de ne s’être incarné que comme unvestige passé sur une rétine. Je crois qu’on appelle ça une image rémanente. Est-ce que la douleur, c’est aussi ça ? Est-ce qu’au moment où j’ai mal, je fais déjà l’expérience d’une sensation éteinte, morte née ? C’est le genre de trucs qui pourraient m’être utile pour Morphine(s). Mais je n’écris pas pas Morphine(s) pas vrai ? Tout le monde me dit que je devrais. Moi-même je me dis je devrais. Mais je ne le ferai pas. Comment puis-je reprendre l’écriture de ce truc sans avoir résolu une question aussi cruciale que ça ? Un peu plus tard aujourd’hui, une averse. Je la regarde faire. Elle est à la fois située dnas chacune des goutes de pluie qui s’écrasent au sol et dans aucune, puisque chaque goutte de pluie, en elle seule, ne peut être considérée comme une averse. Et puis, un sac de terreau ouvert sur un balcon pendant l’averse, avant qu’on ai pu vérifier l’état de son contenu, est-ce qu’on doit partir du pricnipe qu’à l’intérieur, c’est déjà de la boue ? Ou pas encore ? Que de questions dans ce courrier. J’ignore si vous pourrez m’apporter, comme on dit, des éléments de réponse. Il y a, cecic dit, quelque chose sur quoi vous pourrez sans ddoute m’éclairer. Lrosque j’ai commencé à consommer quotidionnement du maté, j’avais l’impression que ma vie avait changé. J’étais plus concentré. Je dormais mieux. Je n’avais plus mal. Il s’est passé avec vos produits précisément ce qu’il se passe avec la plupart des médicaments que je peux prendre censer combattre les migraines : tout fonctionne bien au début. Et puis, avec le temps, cela s’érode. Soit que le corps s’habitue, soit que l’esprit se lasse. Je continue de bénéficier des bienfaits de votre yerba (sauf quand je le prépare mal, mais ça c’est mon affaire), mais c’est beaucoupl plus diffus qu’avant. Faut-il augmenter la dose ? Faut-il au contraire tout arrêter ? Il y a toujours un moment, quand on prend n’importe quel médicament censé lutter contre une douleur chronique, où l’on en vient à douter. Et si, ce produit que j’ingère, il n’était pas en réalité toxique ? Et si c’était lui qui me causait des douleurs au lieu de les soigner ? Est-ce que je suis le seul à me dire ça ? Suis-je paranoïaque ? Sauriez-vous où je peux me procurrer à bas prix de la kétamine ? Non bien sûr. Et ça n’est pas grave si vous ne répondez à aucune de mes questions. Je suis prêt à l’accepter. Juste, si vous avez un moment, aujourd’hui ou demain, au moment d’un premier endormissement avant ma nuit, ayez une petite pensée pour moi. Qui sait quel genre de monstre je vais encore faire l’expérience de voir, quand bien même il n’y aurait rien à voir là où il se trouvera.

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