070819


Chère Madame, Cher Monsieur,

Lorsque je travaillais chez STAT, j’avais souvent affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Ceux qui s’adressaient alors à moi, comme aujourd’hui je me retrouve à m’adresser à vous, n’arrêtaient pas de me dire des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié comment ces trucs se sont soldés je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamation tout azimut, au rythme d’un par jour environ, et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve. Fatigué d’une forme d’insatisfaction dévorante qui dure depuis des semaines. Fatigué enfin de constater qu’en réalité ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises, peu importe leurs errements à mon égard, mais à moi-même. Comme on dit dans les reportages télévisées censés s’adresser au plus grand nombre (or donc à personne en définitive), c’est là que le bat blesse. J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’être rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire autrement : si tu conçois la vie comme un distributeur dans lequel tu mettrais de la bonté dans l’espoir d’en retirer du bonheur, tu risques d’être déçu. Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand je pense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal, j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui s’étend, comme souvent, sur quatre jour. Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici 1g de paracétamol caféiné (inefficace) et 1mg d’anti-inflammatoire. Ça passe. Quoi qu’on redoute à l’instant t de la douleur, ça passe toujours. Derrière, le jour J+1 est presque un jour normal. Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus rude, avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond comme certains disent. Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hier, on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. À J+3, c’est plus diffus encore, de l’ordre du 0 ou du 1. Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et c’est plus long. Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Pourquoi ? Je n’attends pas que vous répondiez à cette question. Si je l’ai fait, c’est comme tout finalement. Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de l’âge adulte, je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car à mon retour, je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place en fin de journée. En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un chacun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure, je me suis dit la chose suivante : attends, je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local des boîtes aux lettres. Je crois que c’est un signe. Le signe que je dois en terminer avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SNCF m’a proposé un dédommagement [1], la marque de pizza un bon d’achat [2], la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire [3]. Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires... Du temps qui pourrait être mieux employé, par exemple à résoudre des litiges plus importants encore auprès de consommateurs dans des situations plus précaires que la mienne, possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais vous savez ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques (car des appels ont eu lieu) ? C’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peut-être. Peut-être même que j’aurais ri. Là non. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, ce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étaient tous charmants avec moi, courtois, ont examiné mes courrier en relevant uniquement les informations qui les concernaient. Motif, dédommagement demandé, contexte, laps de temps, ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. Là non. Sans doute ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous qu’on pourrait me retourner au service après-vente pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui n’est pas sans poser problème dans le droit français car, comme vous n’êtes sans doute pas sans l’ignorer, il y a un flou juridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, les yeux, et peut-être une ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. On a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Boire du café. Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien, nulle part, ni de personne. De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que le temps fasse son œuvre. Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste un ? À qui ? Pourquoi ? Cette histoire de garantie à vie me ramène inévitablement à la spiritualité. J’imagine que pour celles et ceux qui croient à une vie après la mort, ou à la transmigration de leur esprit, ou à une forme de transcendance X ou Y, cela équivaut à un genre de garantie à vie de leur âme. J’ai beaucoup de mal à m’y résoudre. M’en remettre à la spiritualité, c’est comme sur Facebook : c’est compliqué. J’imagine qu’à mes yeux, la cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette vie. Pas au-delà. Autrement, ce n’est juste pas acceptable. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise et de satisfaction, preuve qu’on n’apprend jamais rien de nos erreurs et qu’on ne progresse pas, car fondamentalement rien ne change vraiment. Et, je suis désolé de vous le dire, mais je crois que c’est le fin mot de cette histoire de courriers.

Bien à vous,

GV

7 septembre 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#Boulot #Corps #Migraine #Six Feet Under

[1Deux en réalité, note du 1er septembre.

[2Le magasin m’a transmis un bon d’achat, la marque de pizza m’a remboursé par virement trois fois le prix de ladite pizza, note du 1er septembre.

[3Puis, finalement, son remboursement par virement.

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070819, version 9 (7 septembre 2019)

Lorsque je travaillais chez STAT, j’avais souvent affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Ceux qui s’adressaient alors à moi, comme aujourd’hui je me retrouve à m’adresser à vous, n’arrêtaient pas de me dire des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’a jamais beaucoup troublé. Ça Et ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié comment ces trucs se sont soldés je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamation tout azimut, au rythme d’un par jour environ, et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve. Fatigué d’une forme d’insatisfaction dévorante qui dure depuis des semaines. Fatigué enfin de constater qu’en réalité que ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises, peu importe leurs errements à mon égard, mais à moi-même. Comme on dit dans les reportages télévisées censés s’adresser au plus grand nombre (or donc à personne en définitive), c’est là que le bat blesse. J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’être rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire autrement : si tu conçois la vie comme un distributeur dans lequel grâce auquel tu mettrais de la bonté dans l’espoir d’en espères retirer du bonheuren échange de bonté , tu risques d’être déçu. Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand je pense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal, j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui s’étend dure , comme souvent, sur quatre jour. Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici 1g de paracétamol caféiné (inefficace) et 1mg d’anti-inflammatoire. Ça passe. Quoi qu’on redoute à l’instant t de la douleur, ça passe toujours. Derrière, le jour J+1 est presque un jour normal. Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus rude, avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond comme certains disent. Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hier, on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. À J+3, c’est plus diffus encore, de l’ordre du 0 ou du 1. Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et c’est plus long. Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Pourquoi ? Je n’attends pas que vous répondiez à cette question. Si je l’ai fait, c’est comme tout finalement. Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de l’âge adulte, je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car à mon retour, je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place en fin de journée. En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un chacun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure, je me suis dit la chose suivante : attends, je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local des boîtes aux lettres. Je crois que c’est un signe. Le signe que je dois en terminer avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SNCF m’a proposé un dédommagement [1], la marque de pizza un bon d’achat [2], la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire [3]. Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires... Du temps qui pourrait être mieux employé, par exemple à résoudre des litiges plus importants encore auprès de consommateurs dans des situations plus précaires que la mienne, possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais vous savez ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques (car des appels ont eu lieu) ? C’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peut-être. Peut-être même que j’aurais ri. Là non. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, ce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étaient tous charmants avec moi, courtois, ont examiné mes courrier en relevant uniquement les informations qui les concernaient. Motif, dédommagement demandé, contexte, laps de temps, ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. Là non. Sans doute ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous qu’on pourrait me retourner au service après-vente pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui n’est pas sans poser problème dans le droit français car, comme vous n’êtes sans doute pas sans l’ignorer, il y a un flou juridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, les yeux, et peut-être une ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. On a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Boire du café. Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien, nulle part, ni de personne. De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que le temps fasse son œuvre tout change , car tout finit toujours par changer . Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste unde plus ? À qui ? Pourquoi ? Cette histoire de garantie à vie me ramène inévitablement à la spiritualité. J’imagine que pour celles et ceux qui croient à une vie après la mort, ou à la transmigration de leur esprit, ou à une forme de transcendance X ou Y, cela équivaut à un genre de garantie à vie de leur âme. J’ai beaucoup de mal à m’y résoudre. M’en remettre à la spiritualité, c’est comme sur Facebook : c’est compliqué. J’imagine qu’à mes yeux, la cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette vie. Pas au-delà. Autrement, ce n’est juste pas acceptable. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise et de satisfaction , preuve qu’on n’apprend jamais rien de nos erreurs et qu’on ne progresse pas, car fondamentalement rien ne change vraiment . Et, je suis désolé de vous le dire, mais je crois que c’est le fin mot de cette histoire de courriers.

[1Deux en réalité, note du 1er septembre.

[2Le magasin m’a transmis un bon d’achat, la marque de pizza m’a remboursé par virement trois fois le prix de ladite pizza, note du 1er septembre.

[3Puis, finalement, son remboursement par virement.

070819, version 8 (7 septembre 2019)

Lorsque je travaillais chez STAT, j’avais souvent je n’arrêtais pas d’avoir affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Ceux qui s’adressaient alors à moi , comme aujourd’hui je me retrouve à m’adresser à vous , Les clients n’arrêtaient pas de me dire des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’a jamais beaucoup troublé. Et ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié comment ces trucs se sont soldés l’issue de l’affaire je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamation réclamations tout azimut, au rythme d’un par jour environ, et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve, c’est-à-dire à n’en pas douter une non-situation . Fatigué Et fatigué d’une forme d’insatisfaction dévorante constante qui dure depuis des semaines. Fatigué enfin de constater Et puis , au fond , parce que je constate que ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises, peu importe leurs errements à mon égard, réels ou fantasmés , mais à moi-même. Comme on dit dans les reportages télévisées censés s’adresser s’adrasser au plus grand nombre ( or donc à personne en définitive ), c’est là que le bat blesse. J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’être rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire [autrement->https://www.quotes Regarder .net/movies/six_feet_under_106307] Ou , pour le dire autrement : si tu conçois la vie comme un distributeur grâce auquel à l’intérieur duquel tu espères retirer du bonheur en échange mets de la bontépour recevoir une forme de sérénité en retour , tu risques d’être déçu. ( vérifier ). Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand je pense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal , j’ai mal mal . , j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui dure, comme souvent à peu près chaque fois , sur quatre jourdonc . Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici 1g de paracétamol caféiné (inefficace) et 1mg d’anti-inflammatoire. Ça passe. Quoi qu’on redoute à l’instant t de la douleur , ça Ça passe toujours. Derrière , Et le jour J+1 est presque un jour normal calme , sans problème particulier . Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus rude problématique , avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond comme certains disent. Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hierC’était le cas hier , on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. À Puis , à J+3, c’est plus diffus encore, de l’ordre je l’estime à du 0 ou du 1, pas plus . Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Comme par exemple la nature du médicament pris à la base. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique plus à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et c’est ça a été plus long. Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Pourquoi ? Je n’attends pas que vous répondiez à cette question. Ça fait partie des trucs d’adulte, comme conduire ou boire de la bière, envers lesquels je préfère tenir mes distances. Si je l’ai fait, c’est comme tout finalement chaque chose au fond . Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de l’âge adulte, je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car à mon retour, ce soir , quelques minutes après être parti , je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place en fin de journée chaque jour . En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un chacun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure, je me suis dit la chose suivante : attends attends , je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local des aux boîtes aux lettres. Je crois que c’est un signe. Absurde, vraiment. Le Mais aussi , c’est le signe qu’il faut que je dois en terminer j’en termine avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SNCF La SNCF m’a proposé un dédommagement [4], la marque de pizza , la marque de pizza un bon d’achat [5], la marque de crème solaire , la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire [6]. Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires... .... Du temps qui pourrait être mieux employé, par exemple à résoudre des litiges plus importants réels encore que les miens auprès de consommateurs dans des situations plus précaires que la mienne clients réellement lésés , possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais vous savez ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques (car des appels ont eu lieu)  ? ), c’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer . C’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peut-être. Peut-être même que j’aurais ri. Là non. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, ce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étaient étiaent tous charmants avec moiet affables , courtois , ont examiné mes courrier en relevant uniquement les informations qui les concernaient. Motif, dédommagement demandé, contexte, laps de temps zone temporelle , ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. Mais non. Sans doute ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose , au fond , de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous qu’on pourrait me retourner au service après-vente de la marque pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui n’est pas sans poser problème dans le droit français car, comme vous n’êtes pas sans doute pas sans l’ignorer, il y a un flou juridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, les yeux , et peut-être une ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. On a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Boire du café. Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien, nulle part, ni de personne. De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que tout change, car tout finit toujours par changer. Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste un de plus ? À qui ? Pourquoi ? Cette histoire de garantie à vie me ramène inévitablement à la spiritualité. J’imagine que pour celles et ceux qui croient à une vie après la mort, ou à la transmigration de leur esprit, ou à une forme de transcendance X ou Y, cela équivaut à un genre de garantie à vie de leur âme. J’ai beaucoup de mal à m’y résoudre. M’en C’est difficile de s’en remettre à la spiritualité, c’est comme sur Facebook  : c’est compliqué . Nate dans Six Feet Under , qui n’arrive pas à se dépêtrer de cette métaphore du distributeur dans la dernière saison . J’imagine qu’à mes yeux , la La cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette vie. Pas au-delà. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise, preuve qu’on n’apprend jamais rien de nos erreurs et qu’on ne progresse pas. Et , je suis désolé de vous C’est le dire , mais je crois que c’est le fin mot de cette histoire de courriers.

[4Deux en réalité, note du 1er septembre.

[5Le magasin m’a transmis un bon d’achat, la marque de pizza m’a remboursé par virement trois fois le prix de ladite pizza, note du 1er septembre.

[6Puis, finalement, son remboursement par virement.

Migraine, Boulot, Corps, Six Feet Under
jpg/dsc_1992.jpg

070819, version 7 (7 septembre 2019)

070819, version 6 (6 septembre 2019)

Lorsque je travaillais chez STAT, je n’arrêtais pas d’avoir affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Les clients personnes qui nécessitaient que j’intervienne n’arrêtaient pas de dire des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’a jamais beaucoup troublé. Et ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié l’issue de l’affaire je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamations tout azimut, au rythme d’un par jour environ et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve, c’est-à-dire à n’en pas douter une non-situation. Et fatigué d’une forme d’insatisfaction constante qui dure depuis des semaines. Et puis, au fond, parce que je constate que ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises, peu importe leurs errements à mon égard, réels ou fantasmés, mais à moi-même. Comme on dit dans les reportages télévisées censés s’adrasser au plus grand nombre c’est C’est là que le bat blesse. . J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’être rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire autrement, selon une formulation qui met H. Ou hors de lui à chaque fois que je l’emploie , pour le dire autrement et qui découle tout simplement d’une série télévisée : si tu conçois la vie comme un distributeur ditributeur à l’intérieur duquel tu mets de la bonté pour recevoir une forme de sérénité en retour, tu risques d’être déçu (vérifier). Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand je pense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal, j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Regarder. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui dure, comme à peu près chaque fois, sur quatre jour donc. Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici 1g de paracétamol caféiné deux Claradol 500 (inefficace inefficaces ) et 1mg d’anti-inflammatoire un Ketoprofène . Ça passe. Ça passe toujours. Et le jour J+1 est calme, sans problème particulier. Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus problématique, avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond comme certains disent l’indique l’application que j’utilise . Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hier, on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. Puis, à J+3, c’est plus diffus encore, là je l’estime à du 0 ou du 1, pas plus. Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Comme par exemple la nature du médicament pris à la base. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique plus à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et ça a été plus long. Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Pourquoi ? Je n’attends pas que vous répondiez à cette question. Ça fait partie des trucs d’adulte, comme conduire ou boire de la bière, envers lesquels je préfère tenir mes distances. Si je l’ai fait, c’est comme chaque chose au fond. Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de ma vie de l’âge adulte non-adulte , je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car à mon retour quand je suis rentré , ce soir , quelques minutes après être parti, je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place chaque jour. En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un chacun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure, je me suis dit la chose suivante : attends, je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local aux boîtes aux lettres. Absurde, vraiment. Mais aussi, c’est le signe qu’il faut que j’en termine avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SNCF m’a proposé un dédommagement [7], la marque de pizza un bon d’achat [8], la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire [9]. Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires.... Du temps qui pourrait être passé mieux employé, par exemple à résoudre des litiges plus réels encore que les miens auprès de clients réellement lésés, possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques ( car lorsque des appels ont eu lieu), , c’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peut-être. Peut-être même que j’aurais ri. Mais là non. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, ce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étiaent tous charmants avec moi et affables, ont examiné mes courrier en relevant uniquement les informations qui les concernaient. Motif, dédommagement demandé, contexte, zone temporelle, ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. Là non. Sans doute que ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose, au fond, de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous qu’on que l’on pourrait me retourner au service après-vente de la marque pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui n’est pas sans poser problème dans le droit français car, comme vous n’êtes pas sans doute sans l’ignorer, il y a un flou juridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, et peut-être une ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. On a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Boire du café. Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien, nulle part , ni de personne . De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que tout change, car tout finit toujours par changer. Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste un de plus ? À qui ? Pourquoi ? C’est difficile de s’en remettre à la spiritualité, comme Nate dans Six Feet Under, qui n’arrive pas à se dépêtrer de cette métaphore du distributeur dans la dernière saison. La cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette vie. Pas au-delà. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise, preuve qu’on n’apprend jamais rien de nos erreurs et qu’on ne progresse pas. C’est le fin mot de cette histoire de courriers.

[7Deux en réalité, note du 1er septembre.

[8Le magasin m’a transmis un bon d’achat, la marque de pizza m’a remboursé par virement trois fois le prix de ladite pizza, note du 1er septembre.

[9Puis, finalement, son remboursement par virement.

070819, version 5 (5 septembre 2019)

Lorsque je travaillais chez STAT, je n’arrêtais pas d’avoir affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Les personnes qui nécessitaient que j’intervienne n’arrêtaient pas de dire des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’a jamais beaucoup troublé. Et ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié l’issue de l’affaire je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamations tout azimut, au rythme d’un par jour environ et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve, c’est-à-dire à n’en pas douter une non-situation. Et fatigué d’une forme d’insatisfaction constante qui dure depuis des semaines. Et puis, au fond, parce que je constate que ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises, peu importe leurs errements à mon égard, réels ou fantasmés, mais à moi-même. C’est là que le bat blesse. J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’être rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire autrement, selon une formulation qui met H. hors de lui à chaque fois que je l’emploie, et qui découle tout simplement d’une série télévisée : si tu conçois la vie comme un ditributeur à l’intérieur duquel tu mets de la bonté pour recevoir une forme de sérénité en retour, tu risques d’être déçu (vérifier). Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand je pense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal, j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Regarder. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui dure, comme à peu près chaque fois, sur quatre jour donc. Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici deux Claradol 500 (inefficaces) et un Ketoprofène. Ça passe. Ça passe toujours. Et le jour J+1 est calme, sans problème particulier. Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus problématique, avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond comme l’indique l’application que j’utilise. Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hier, on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. Puis, à J+3, c’est plus diffus encore, là je l’estime à du 0 ou du 1, pas plus. Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Comme par exemple la nature du médicament pris à la base. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique plus à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et ça a été plus long. Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Pourquoi ? Ça fait partie des trucs d’adulte, comme conduire ou boire de la bière, envers lesquels je préfère tenir mes distances. Si je l’ai fait, c’est comme chaque chose au fond. Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de ma vie de non-adulte, je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car quand je suis rentré, quelques minutes après être parti, je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place chaque jour. En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un chacun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure je me suis dit la chose suivante : attends, je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local aux boîtes aux lettres. Absurde, vraiment. Mais aussi, c’est le signe qu’il faut que j’en termine avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SNCF m’a proposé un dédommagement [10], la marque de pizza un bon d’achat [11], la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire [12]. Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires.... Du temps qui pourrait passé mieux employé, par exemple à résoudre des litiges plus réels encore que les miens auprès de clients réellement lésés, possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques lorsque des appels ont eu lieu, c’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peut-être. Peut-être même que j’aurais ri. Mais là non. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, ce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étiaent tous charmants avec moi et affables, ont examiné mes courrier en relevant uniquement les informations qui les concernaient. Motif, dédommagement demandé, contexte, zone temporelle, ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. Là non. Sans doute que ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose, au fond, de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous que l’on pourrait me retourner au service après-vente de la marque pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui n’est pas sans poser problème dans le droit français car, comme vous n’êtes pas sans doute sans l’ignorer, il y a un flou juridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, et peut-être une ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. On a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Boire du café. Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien. De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que tout change, car tout finit toujours par changer. Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste un de plus ? À qui ? Pourquoi ? C’est difficile de s’en remettre à la spiritualité, comme Nate dans Six Feet Under, qui n’arrive pas à se dépêtrer de cette métaphore du distributeur dans la dernière saison. La cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette vie. Pas au-delà. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise, preuve qu’on n’apprend jamais rien de nos erreurs et qu’on ne progresse pas. C’est le fin mot de cette histoire de courriers.

[10Deux en réalité, note du 1er septembre.

[11Le magasin m’a transmis un bon d’achat, la marque de pizza m’a remboursé par virement trois fois le prix de ladite pizza, note du 1er septembre.

[12Puis, finalement, son remboursement par virement.

070819, version 4 (1er septembre 2019)

Lorsque je travaillais chez STAT, je n’arrêtais pas d’avoir affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Les personnes qui nécessitaient que j’intervienne n’arrêtaient pas de dire des trucs des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’a jamais beaucoup troublé. Et ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié l’issue de l’affaire je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamations tout azimut, au rythme d’un par jour environ et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve, c’est-à-dire à n’en pas douter une non-situation. Et fatigué d’une forme d’insatisfaction constante qui dure depuis des semaines. Et puis, au fond, parce que je constate que ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises peu importe leurs errements à mon égard, réels ou fantasmés, mais à moi-même. C’est là que le bat blesse. J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’être m’$etre rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire autrement, selon une formulation qui met H. hors de lui à chaque fois que je l’emploie, et qui découle tout simplement d’une série télévisée : si tu conçois la vie comme un ditributeur à l’intérieur duquel tu mets de la bonté pour recevoir une forme de sérénité en retour, tu risques d’être déçu (vérifier). Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand je pense j epense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal, j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Regarder. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui dure, comme à peu près chaque fois, sur quatre jour donc. Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici deux Claradol 500 (inefficaces) et un Ketoprofène. Ça passe. Ça passe toujours. Et le jour J+1 est calme, sans problème particulier. Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus problématique, avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond rebond comme l’indique l’application que j’utilise. Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hier, on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. Puis, à J+3, c’est plus diffus encore, là je l’estime à du 0 ou du 1, pas plus. Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Comme par exemple la nature du médicament pris à la base. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique plus à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et ça a été plus long pluslong . Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Pourquoi ? Ça Et ça fait partie des trucs d’adulte, comme conduire ou uo boire de la bière, envers lesquels je préfère tenir mes distances me suis tenu à distance . Si je l’ai fait, c’est comme chaque chose au fond. Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de ma vie de non-adulte, ,, je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car quand je suis rentré, quelques minutes après être parti, je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place chaque jour. En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un chacun cachun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure je me suis dit la chose suivante : attends, je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local aux boîtes aux lettres. Absurde, vraiment. Mais aussi, c’est le signe qu’il faut que j’en termine avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SNCF m’a proposé un dédommagement [13], la marque de pizza un bon d’achat [14]La SCFN m’a proposé un dédommagement , la marque de pizza un bon d’achat , la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire [15]. solaire . Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires.... Du temps qui pourrait passé mieux employé, par exemple à résoudre des litiges plus bien réels encore que les miens auprès de clients réellement lésés, possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques lorsque des appels ont eu lieu, c’est qu’à aucun moment personne n’a jamais sourcillé soourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peut-être peuêtre . Peut-être même que j’aurais ri. Mais là non. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, ce jce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étiaent tous charmants avec moi et affables, ont examiné xaminé mes courrier en relevant uniquement les informations qui ui les concernaient. Motif, dédommagement demandé de mandé , contexte, zone temporelle, ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. non Mais lànon . Sans doute que ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose, au fond, de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous que l’on pourrait me retourner au service après-vente de la marque pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui n’est pas sans poser pose problème dans le droit français car, comme vous n’êtes n’$etes pas sans doute sans l’ignorer, il y a un flou juridique juriridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, et peut-être une peutêtreune ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. On on a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Boire du café. Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien. De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que tout change, car tout finit toujours par changer. Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste un de plus ? À qui ? Pourquoi ? C’est difficile de s’en remettre à la spiritualité, comme Nate dans Six Feet Under, qui n’arrive pas à se dépêtrer de cette métaphore du distributeur dans la dernière saison. La cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette cette vie. Pas au-delà. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise, preuve qu’on n’apprend jamais rien de nos erreurs et qu’on ne progresse pas. C’est le fin mot de cette histoire de courriers.

[13Deux en réalité, note du 1er septembre.

[14Le magasin m’a transmis un bon d’achat, la marque de pizza m’a remboursé par virement trois fois le prix de ladite pizza, note du 1er septembre.

[15Puis , finalement , son remboursement par virement .

070819, version 3 (8 août 2019)

Chère Madame, Cher Monsieur,

Lorsque je travaillais chez STAT, je n’arrêtais pas d’avoir affaire à vous, pourtant on ne s’est pratiquement jamais parlé directement. Les personnes qui nécessitaient que j’intervienne n’arrêtaient pas des trucs des trucs comme je vais en référer à 60 Millions de consommateurs  ! Quand ils ne vous mettaient pas directement en copie de nos échanges. Ça ne m’a jamais beaucoup troublé. Et ça ne m’empêchait pas de faire mon travail. Une fois ou deux, j’ai eu l’occasion d’échanger directement avec vos services, et si j’ai oublié l’issue de l’affaire je crois me souvenir que nos courriers étaient courtois. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté. Là, si je vous contacte à présent, c’est que ça me concerne directement. J’ai envie de dire personnellement. Voilà maintenant une dizaine de jours que j’envoie des courriers de réclamations tout azimut, au rythme d’un par jour environ et je suis fatigué. Fatigué de la situation dans laquelle je me trouve, c’est-à-dire à n’en pas douter une non-situation. Et fatigué d’une forme d’insatisfaction constante qui dure depuis des semaines. Et puis, au fond, parce que je constate que ces courriers, je ne les envoie pas à des entreprises peu importe leurs errements à mon égard, réels ou fantasmés, mais à moi-même. C’est là que le bat blesse. J’aimerais concevoir la vie autrement que comme un service qui devrait m’$etre rendu et dont je m’estime lésé. Ou, pour le dire autrement, selon une formulation qui met H. hors de lui à chaque fois que je l’emploie, et qui découle tout simplement d’une série télévisée : si tu conçois la vie comme un ditributeur à l’intérieur duquel tu mets de la bonté pour recevoir une forme de sérénité en retour, tu risques d’être déçu (vérifier). Est-ce cela que je fais quand j’écris à d’autres que quoi que ce soit est intolérable ? Est-ce cela que je fait quand je pense ? Et quand j epense que je pense, je fais quoi ? Par exemple, quand je pense que j’ai mal, j’ai mal. Ca doit porter un nom cette histoire. Regarder. Là, j’en suis à J + 3 d’une migraine qui dure, comme à peu près chaque fois, sur quatre jour donc. Il y a le jour J, avec une douleur estimée, sur une échelle allant de 0 à 10, à 4. Suite à quoi tu prends quelque chose, ici deux Claradol 500 (inefficaces) et un Ketoprofène. Ça passe. Ça passe toujours. Et le jour J+1 est calme, sans problème particulier. Comme toujours, j’ai envie de dire. Et puis, comme toujours là encore, le J+2 est le plus problématique, avec un retour de la douleur, une réplique de la crise initiale ou alors une douleur de rebond comme l’indique l’application que j’utilise. Comprendre que si la douleur a commencé à gauche, le rebond sera à droite. C’était le cas hier, on en viendra à bout sans violence avec beaucoup de glace et un maté très fort, pour une douleur estimée à 2, toujours sur une échelle allant de 0 à 10. Puis, à J+3, c’est plus diffus encore, là je l’estime à du 0 ou du 1, pas plus. Et puis, si tout se déroule comme d’habitude, demain ce sera bon. C’est long quatre jours. Mais c’est moins long que cinq. Ou douze. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Il y a, bien sûr, parfois quelques variantes. Comme par exemple la nature du médicament pris à la base. Un triptan aurait été plus efficace au jour J, mais ça aurait tiré sur le nerf optique plus à J+2. En revanche, le J+3, je ne l’aurais pas senti. Là, ça a tiré sur le nerf d’Arnold et non le nerf optique, et ça a été pluslong. Est-ce grave ? C’est grave peut-être pour quelqu’un qui a des exigences de rentabilité envers les médicaments qu’il consomme, ou du temps qu’il passe à réguler ses crises. C’est grave si on conçoit la vie comme un achat qu’on ferait quelque part et dont on ne serait pas, pleinement, satisfait. Vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ? Je me suis levé de ma chaise et je suis allé acheter une cafetière. Comment se fait-il que ma réaction primaire dans ce genre de situation, ce soit d’acheter un truc ? En plus, je ne bois pas de café. Et ça fait partie des trucs d’adulte, comme conduire uo boire de la bière, envers lesquels je me suis tenu à distance. Si je l’ai fait, c’est comme chaque chose au fond. Pour réguler la douleur. Et ça vaut certainement un clou de plus dans le cercueil de ma vie de non-adulte,, je crois. Est-ce que ça va marcher ? Qui sait. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne prendrai pas la peine d’écrire à qui que ce soit pour m’en plaindre. Pourquoi ? Car quand je suis rentré, quelques minutes après être parti, je suis passé par le local des boites aux lettres de mon immeuble, machinalement. Tout simplement pour relever le courrier comme quiconque le ferait à ma place chaque jour. En entrant dans ce local, le long de mes pensées automatiques qui bombardent tout un cachun lorsqu’il effectue, à son corps défendant, des tâches du quotidien sans y réfléchir outre mesure je me suis dit la chose suivante : attends, je suis en litige avec quelqu’un ici ? Dans le local aux boîtes aux lettres. Absurde, vraiment. Mais aussi c’est le signe qu’il faut que j’en termine avec ma série de courriers de réclamation. Ai-je gagné quoi que ce soit ? Oui, sans doute. La SCFN m’a proposé un dédommagement, la marque de pizza un bon d’achat, la marque de crème solaire le remplacement deladite crème solaire. Ce n’est pas rien. Suis-je satisfait pour autant ? Non bien sûr. Et j’ai fait perdre du temps à bien des gens avec mes histoires.... Du temps qui pourrait passé mieux employé, par exemple à résoudre des litiges bien réels auprès de clients réellement lésés, possiblement aidés par vos services d’ailleurs. Mais ce qui m’étonne le plus dans les échanges que j’ai pu avoir avec ces personnes, notamment téléphoniques lorsque des appels ont eu lieu, c’est qu’à aucun moment personne n’a jamais soourcillé devant l’incongruité des courriers que j’avais pu leur envoyer. C’est comme s’ils n’étaient même pas là. À leur place, chez STAT par exemple, j’aurais eu un mouvement d’arrêt. J’aurais hésité un instant. J’aurais fait un commentaire peuêtre. Peut-être même que j’aurais ri. Mais lànon. C’était normal. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que ces courriers sont examinés par mots clés. Je ne dis pas qu’il y a nécessairement des logiciels qui font ça (encore que, jce ne serait pas non plus très étonnant). Je dis que, humainement, ces employés, qui étiaent tous charmants avec moi et affables, ont xaminé mes courrier en relevant uniquement les informations ui les concernaient. Motif, dédommagement de mandé, contexte, zone temporelle, ton, menaces, agressivité, oui, non, passer à autre chose. Moi, chez STAT, j’aurais été un lecteur de ces lettres. J’en aurai mesuré le potentiel narratif. Mais là non. Sans doute que ça vient de moi. Et peut-être que j’attends trop de chose, au fond, de l’écriture. Si j’étais moi-même un produit, croyez-vous que l’on pourrait me retourner au service après-vente de la marque pour défectuosité ? Je crains d’avoir dépassé ma durée de garantie, à moins bien sûr que je sois garantie à vie, ce qui pose problème dans le droit français car, comme vous n’$etes pas sans doute sans l’ignorer, il y a un flou juriridique sur ce que recouvre le concept de vie. Est-ce celle de l’acheteur ou celle du produit ? Non, je crains qu’on m’expertise et que le verdict soit sans appel : il faut changer les deux nerfs d’Arnold, et peutêtreune ou deux coutures à reprendre ici ou là. A-t-on encore les pièces d’origine ? Non. on a arrêté de produire les pièces détachées pour cette série-là. Quoi faire alors ? Acheter un nouveau produit. Rajeunir tout ça. Et voilà. Cette histoire s’arrêterait ici. Alors, que me reste-t-il à faire ? Vivre dans le présent. Sans attendre quoi que ce soit, jamais, de rien. De cette manière, on n’est jamais déçu. C’est un remède contre l’insatisfaction. Et attendre que tout change, car tout finit toujours par changer. Vivre, quoi. Ne pourrait-on pas écrire un courrier de plus, juste un de plus ? À qui ? Pourquoi ? C’est difficile de s’en remettre à la spiritualité, comme Nate dans Six Feet Under, qui n’arrive pas à se dépêtrer de cette métaphore du distributeur dans la dernière saison. La cessation de la souffrance, c’est un objectif à atteindre dans cette vie. Pas au-delà. Et voilà que je reparle encore en terme d’entreprise, preuve qu’on n’apprend jamais rien et qu’on ne progresse pas.

070819, version 2 (7 août 2019)

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