140819


L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. Là, on était avec des amis dans une capsule à errer en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pouvait donc s’en saisir. Se hisser jusqu’aux bêtes en personne grâce à ça. Est-ce que ça fonctionnera ? Le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre du cash ou des joueurs mis au rebut ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [1] : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique [2]. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff (passons). Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant qu’il était à l’autre bout du monde, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir (à une époque où ladite marque passait son temps à en racheter d’autres). Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Était-il trop exigeant ? Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps avec quiconque. Lui, à son arrivée, même pour un genre de CDD d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude, n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe pour déguster d’autres spécialités ? Le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, et les gens bien, l’entreprise finit toujours tôt ou tard par les niquer. Et le fait est qu’aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, ceux qui savaient se placer sur l’échiquier plutôt que celles ou ceux qui avaient ce qu’on peut aller la culture d’entreprise. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO au niveau monde (on parlait comme ça dans cette boite, au niveau monde) se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale pathétique : mieux vaut ne pas développer plus. Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme à l’époque transcrit malaria, même sous la distorsion des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, c’est-à-dire la structuration du langage en ph(r)ases. Oserais-je dire en récit ?

14 septembre 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#Boulot #C. #Doris Lessing #Football #L’effervescence #Mort #Postapocalypse #Rêve #S.

[1Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans The Story of General Dann and Mara’s Daughter, Griot and the Snow Dog, dont la fin est par ailleurs pour le moins abrupte (on a le sentiment qu’il manque derrière bien cent ou deux cent pages) : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

[2En fait, c’était un an avant.

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140819, version 12 (14 septembre 2019)

L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. Là, on était avec des amis dans une capsule à errer en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pouvait pourra donc s’en saisir. Se Derrière , se hisser jusqu’aux bêtes en personne grâce à ça . Est-ce que ça fonctionnera ? Le Ça , le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima ( vérifier ) sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre du cash ou des joueurs mis au rebut ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [1] : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique [2]. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son son staff (passons). Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté [cette histoire->article3814 ]. cette histoire . Pendant qu’il était à l’autre bout du monde, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir (à une époque où ladite marque passait son temps à en racheter d’autres). Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Était-il trop exigeant ? Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps avec quiconque. Lui, à son arrivée, même pour un genre de CDD d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas . c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de [S S .->mot464], qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude, n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que [C C .->mot331], qui était ma responsablealors , s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe pour déguster d’autres spécialités ? Le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, et les gens bien, l’entreprise finit toujours tôt ou tard par les niquer dévorer . Et le fait est qu’aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier plutôt , plus que celles ou ceux qui avaient ce qu’on peut aller la culture d’entreprise. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO au niveau monde (on parlait comme ça dans cette boite, au niveau monde) se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale pathétique : mieux vaut ne pas développer plus. Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme à l’époque souvent transcrit comme malaria, même sous la distorsion les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, c’est-à-dire la structuration du langage en ph(r)ases. Oserais-je dire en récit ?

[1Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans The Story of General Mara and Dann and Mara’s Daughter , Griot and the Snow Dog , dont la fin est par ailleurs pour le moins abrupte (on a le sentiment qu’il manque derrière bien cent ou deux cent pages) : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

[2En fait, c’était un an avant.

Mort, Boulot, Rêve, Football, C., Postapocalypse, S., Doris Lessing, L’effervescence

140819, version 11 (12 septembre 2019)

L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. Là, on était avec des amis dans une capsule errer->mot126] à errer en quête d’une espèce disparue . en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pourra donc s’en saisir. Derrière, se hisser jusqu’aux bêtes en personne. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima (vérifier) sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre du cash ou des joueurs mis au rebut ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [3] : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique [4]. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff (passons). Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant qu’il était à l’autre bout du monde son absence , il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir (à une époque où ladite marque passait son temps à en racheter d’autres). Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Était-il trop exigeant ? Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps avec quiconque. Lui, à son arrivée, même pour un genre de CDD une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude, n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe pour déguster d’autres spécialités ? Le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, et les gens bien qui finira bouffé par l’entreprise , l’entreprise finit toujours tôt ou tard par les dévorer comme tant d’autres . Et le fait est qu’aujourd’hui aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier, plus que celles ou ceux qui avaient ce qu’on peut aller la la culture d’entreprise. en tout cas . Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO au niveau monde (on parlait comme ça dans cette boite, au niveau monde) se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale pathétique : mieux vaut ne pas développer plus . Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme souvent transcrit comme malaria, même sous les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, c’est-à-dire la structuration du langage en ph(r)ases. Oserais-je dire en récit ?

[3Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans Mara and Dann, dont la fin est par ailleurs pour le moins abrupte (on a le sentiment qu’il manque derrière bien cent ou deux cent pages) : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

[4En fait, c’était un an avant.

140819, version 10 (10 septembre 2019)

L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. Là, on était avec des amis dans une capsule à errer en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pourra donc s’en saisir. Derrière, se hisser jusqu’aux bêtes en personne. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima (vérifier) sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre du cash ou des joueurs mis au rebut ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler plutôt l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [5] : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique [6]. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff (passons). Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant son absence, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Il vivait dans une grande capitale européenne. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir (à une époque où ladite marque passait son temps à en racheter d’autres). Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Était-il trop exigeant ? Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps avec quiconque. Lui, à son arrivée, même pour une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude, n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe pour déguster d’autres spécialités ? Le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, qui finira bouffé s’est fait complètement dévorer par l’entreprise, comme tant d’autres. Et aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier, plus que celles ou ceux qui avaient la culture d’entreprise en tout cas. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO au niveau monde (on parlait comme ça dans cette boite, au au niveau monde) ) se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale pathétique de falsification de documents ou quoi . Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme souvent transcrit comme malaria, même sous les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, c’est-à-dire la structuration du langage en ph(r)ases. Oserais-je dire en récit ?

[5Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans Mara and Dann, dont la fin est par ailleurs pour le moins abrupte (on a le sentiment qu’il manque derrière bien cent ou deux cent pages) : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

[6En fait, c’était un an avant.

140819, version 9 (9 septembre 2019)

L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. Là, on était avec des amis dans une capsule à errer en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pourra donc s’en saisir. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’aux bêtes en personne. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima (vérifier) sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre du cash ou des joueurs mis au rebut ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler plutôt l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [7] : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique [8]. sabbatique . Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff (passons). Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant son absence, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Il vivait dans une grande capitale européenne. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir ( à une époque ladite marque passait son temps à en racheter d’autres ). . Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps avec quiconque . Lui, à son arrivée, même pour une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude, n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs . douleurs à ce moment-là . La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe pour déguster d’autres spécialités ? Le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, qui s’est fait complètement dévorer par l’entreprise, comme tant d’autres. Et aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier, plus que celles ou ceux qui avaient la culture d’entreprise en tout cas . Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO au niveau monde (on parlait comme ça dans cette boite, au niveau monde) se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale de falsification de documents ou quoi. Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme souvent transcrit comme malaria, même sous les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, c’est-à-dire la structuration du langage en ph(r)ases phases . Oserais-je dire en récit ?

[7Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans Mara and Dann, dont la fin est par ailleurs pour le moins abrupte (on a le sentiment qu’il manque derrière bien cent ou deux cent pages) : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

[8En fait , c’était un an avant .

140819, version 8 (15 août 2019)

L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. Là, on était avec des amis dans une capsule à errer en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pourra donc s’en saisir. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’aux bêtes en personne. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima (vérifier) sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre du cash ou des joueurs mis au rebut ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler plutôt l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [9] : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff (passons). Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant son absence, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Il vivait dans une grande capitale européenne. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir. Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps. Lui, à son arrivée, même pour une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude, n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs à ce moment-là. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe ? Le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, qui s’est fait complètement dévorer par l’entreprise, comme tant d’autres. Et aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier plus que celles ou ceux qui avaient la culture d’entreprise. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO au niveau monde (on parlait comme ça dans cette boite, au niveau monde) se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale de falsification de documents ou quoi. Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme souvent transcrit comme malaria, même sous les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, c’est-à-dire la structuration du langage en phases. Oserais-je dire en récit ?

[9Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans Mara and Dann, dont la fin est par ailleurs pour le moins abrupte ( on a le sentiment qu’il manque derrière bien cent ou deux cent pages )  : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

140819, version 7 (15 août 2019)

L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. , on On était avec des amis dans une capsule à errer quelque part en quête d’une espèce disparue. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Elles dérivaient dans le cosmos. On pourra donc s’en saisir. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’aux bêtes en personne jusqu’à eux . Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions que l’on qu’on se pose continuellement : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Le mur de glace conçu pour sécuriser les nappes phréatiques sous la centrale de Fukushima (vérifier) sert-il à quelque chose ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Contre C’était , du moins , sa ligne officielle du cash ou des joueurs mis au rebut  ? parti . Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler plutôt l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne d’alors Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Il y avait alors un mot qui revenait souvent, au cours des débats, c’est le mot splinters [10]  : éclats de bois de la porte après ponction de la matière par les balles. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff ( mais passons). . Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours lors et d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, justement , quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant son absencejustement , il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Il vivait dans une grande capitale européenne. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou bien a-t-il juste accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir. Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps. Lui, à son arrivée, même pour une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient, comme d’habitude , n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs à ce moment-là. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait pour retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing Europe pour l’Europe . Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe ? Le Et le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, qui s’est fait complètement dévorer par l’entreprise, comme tant d’autres. Et aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier plus que celles ou ceux qui avaient la culture d’entreprise. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO de l’entreprise au niveau monde ( on parlait comme ça dans cette boite , au niveau monde ) mondial se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale de falsification de documents ou quoi. Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde, il continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme souvent transcrit comme malaria, même sous les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation, ( c’est-à-dire la structuration du langage en phases. , oserais-je dire en récit  ? Oserais-je dire en récit ?).

[10Mot qu’on retrouve étrangement, par jeu de coïncidence linguistique, dans Mara and Dann : In it was a hideous wooden figurine filched form a museum, that had long sharp splinters in its heart.

140819, version 6 (14 août 2019)

On était avec des amis dans une capsule à errer quelque part en quête d’une espèce disparue. L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’à eux. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions qu’on se pose : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler plutôt l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne d’alors Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff mais passons. Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours et d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant son absence justement, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Il vivait dans une grande capitale européenne. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou a-t-il accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir. Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps. Lui, à son arrivée, même pour une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs à ce moment-là. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing pour l’Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe ? C’était, du moins, sa ligne officielle du parti. Et le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, qui s’est fait complètement dévorer par l’entreprise, comme tant d’autres. Et aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier plus que celles ou ceux qui avaient la culture d’entreprise. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO de l’entreprise au niveau mondial se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale de falsification de documents ou quoi. Mais ça n’a aucune importance, pas vrai ? Le monde continue de tourner. Et pendant que le monde tourne, je réalise en reprenant l’examen des captations télévisées du procès Pistorius que Youtube a sensiblement amélioré son moteur de sous-titrage automatique. Il y a un an et demi, lorsque j’interrompais mes visionnages, c’était plus que laborieux. Là, à part my lady qui se retrouve comme souvent transcrit comme malaria, même sous les distorsions des accents, c’est assez limpide. Ne manque que la ponctuation (c’est-à-dire la structuration du langage en phases, oserais-je dire en récit ?).
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140819, version 5 (14 août 2019)

On était avec des amis dans une capsule à errer quelque part en quête d’une espèce disparue. L’espace, c’est l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’à eux. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions qu’on se pose : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant. Ne faudrait-il pas plutôt se remettre à étudier ce que l’on désigne sous l’euphémisme un peu clean d’affaire Pistorius (alors qu’il conviendrait peut-être de l’appeler plutôt l’exécution par Oscar Pistorius de sa compagne d’alors Reeva Steenkamp de plusieurs balles à travers une porte de chiottes) et passer outre les jours manquants dans la captation télévisée du procès ? J’y pense car j’atteins à présent ce moment dans Eff qui l’aborde doucement. Lorsque c’est arrivé, en février 2013, je travaillais encore pour STAT, et je crois que ça coïncide avec le moment où le directeur de la filiale France d’alors est parti faire le tour du monde en année sabbatique. Soit dit en passant, je me demande comment il aurait lui accueilli une demande similaire émanant d’un membre de son staff mais passons. Il a eu le droit de le faire compte tenu des bons résultats de la filiale. C’était un genre de bon point. Toute cette année, nous étions persuadés qu’il ne reviendrait pas. Mais si. Tout ça pour dire, dans un discours et d’un pot offert pour fêter son retour, je retrouve une entreprise qui marche, tout va bien, personne n’est mort pendant mon absence alors que, si, quelqu’un était mort, mais j’ai déjà raconté cette histoire. Pendant son absence justement, il fallait bien que quelqu’un le remplace. Pour faire quoi, je n’en ai pas la moindre idée (et aujourd’hui encore j’ignore ce que fait concrètement le directeur de la filiale France d’un grand groupe mondialisé), mais le fait est que l’Europe a débarqué pendant un an son directeur marketing pour s’occuper de la filiale. Il vivait dans une grande capitale européenne. Était-ce une belle opportunité pour lui de vivre un an dans un hôtel parisien tout frais payé et de manger dans de bons restaurants chaque jour ? Ou a-t-il accepté servilement de dépanner ? Je l’ignore. Je sais qu’il était aussi VP, c’est-à-dire donc qu’il siégeait à l’équivalent d’un genre de conseil d’administration au niveau européen, donnant son avis sur telle ou telle acquisition de marque à venir. Et, au bureau, la plupart des cadres ne l’aimaient pas. Je n’ai jamais su pourquoi. Versait-il dans le harcèlement ? Je crois surtout qu’il était juste et que ça perturbait son monde. On ne pouvait pas s’en sortir avec lui en baratinant, ce qui, il ne faut pas se le cacher, était précisément ce que faisait tout un chacun la plupart du temps. Lui, à son arrivée, même pour une durée limitée d’un an, il avait reçu dans son bureau tous les employés du bureau parisien, y compris les stagiaires, pour parler de leur fonction dans l’entreprise. Et, chaque matin, il disait bonjour à tout le monde. Ça a l’air dérisoire dit comme ça mais, enfin, si je prends la peine de le consigner ici c’est bien que tout le monde ne le faisait pas. C’est lui qui avait dû gérer la mort de S., qu’il ne connaissait pas. C’est lui qui avait dû trancher des arbitrages douloureux vis à vis de certains clients qui faisaient n’importe quoi. Et c’est lui qui s’était retrouvé à me féliciter d’une présentation que j’avais dû faire au pied levé (un genre de power point inept) auprès d’une partie des salariés du groupe dans un hôtel sélect près du Canal de l’Ourq après que C., qui était ma responsable alors, s’était pété le genou en moto et se trouvait, je la cite, sur son lit de douleurs à ce moment-là. La fin du congé sabbatique de l’autre s’est terminé, et lui est rentré d’où il venait retrouver, pensait-on, son job de directeur marketing pour l’Europe. Sauf qu’entre temps, l’un de ses subalternes avait pris le poste et était devenu calife à la place du calife. Il s’était donc retrouvé placardisé dans une espèce de job itinérant (à gérer l’Afrique ou le Moyen Orient, je ne sais plus). L’a-t-il mal vécu ? A-t-on fait passer ça avec un gros chèque ? A-t-il simplement fait ce qu’on lui demandait sans se poser de questions ? Voyait-il d’un bon œil de pouvoir voyager dans divers pays du globe ? C’était, du moins, sa ligne officielle du parti. Et le fait est que je l’ai recroisé à diverses reprises après ça, une fois même en marchant dans la rue, il s’était interrompu et était venu vers moi pour me saluer. N’importe qui à sa place ne m’aurait même pas reconnu. Je crois que c’était quelqu’un de bien, qui s’est fait complètement dévorer par l’entreprise, comme tant d’autres. Et aujourd’hui subsistent, aux postes à responsabilité, surtout ceux qui savaient se placer sur l’échiquier plus que celles ou ceux qui avaient la culture d’entreprise. Le plus amusant là-dedans étant sans doute que le CEO de l’entreprise au niveau mondial se soit, lui, retrouvé à devoir piteusement démissionner à la suite d’un scandale de falsification de documents ou quoi.

140819, version 4 (14 août 2019)

On était avec des amis dans une capsule à errer quelque part en quête d’une espèce disparue. L’espace, c’est un peu l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’à eux. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions qu’on se pose : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Qu’a pensé Nelly Kapriélian des livres de la rentrée littéraire ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader un truc je ne sais quoi ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant.

140819, version 3 (14 août 2019)

On était avec des amis dans une capsule à errer quelque part en quête d’une espèce disparue. L’espace, c’est un peu l’océan dans ses grandes profondeurs : tu as beau être équipé de phares puissants, tu ne fais rien que remuer une forte couche de trouble. À un moment donné quelqu’un dira : on pourrait tenter de partir de leurs larmes. C’était un point fixe dans le temps, leurs larmes. Derrière, s’en servir pour se hisser jusqu’à eux. Est-ce que ça fonctionnera ? Ça, le rêve ne le dit pas. Pas plus qu’il ne saurait répondre à ces questions qu’on se pose : quelles sont les retombées chimiques de l’explosion nucléaire survenue sur une base militaire en Russie il y a quelques jours ? Comment vont se terminer les scènes insurrectionnelles qui ont lieu actuellement à Hong-Kong ? Neymar va-t-il signer au Barça ou au Real ? Eric Woerth a-t-il truqué une photo de lui en train d’escalader je ne sais quoi ? Au fond, il n’y a pas besoin de répondre à ces questions. Juste prolonger d’une année au moins le mutisme du bruit médiatique ambiant.

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