C’est arrivé juste avant m’être dit que cette pomme ressemblait à Eric Woerth (c’était vrai) : une autre économie du livre. Entendons-nous bien, cette proposition contrevient à la loi sur le prix unique, ce qui en fait sans doute une idée morte (et sans doute peu neuve dans le palmarès des idées), et est sans doute inapplicable dans des lieux d’achat décentralisés (magasins physiques). Mais tout de même. Imaginons un livre (ou n’importe quel produit, à ce stade) dont le juste prix public serait, par exemple, 15€. On le positionne comme on dit sur ce prix. Mais le prix de vente de ce livre n’est pas fixe, il est liquide et indexé sur sa rareté. En somme, moins il s’est vendu moins il vaut cher. Au lieu de commencer à 15€, il commencerait à 5 (ou à 10 ou à 2 selon le nombre total de produits en stock, par exemple) De quoi motiver le public à l’acheter de suite, sans attendre (achats d’impulsion). Plus il se vend, plus son prix augmente, atteignant fatalement, à un moment ou à un autre, son juste prix de 15€. Au-dessus, on serait tenté de se dire : c’est fini, il ne se vendra plus, il coûte trop cher. Mais plus il s’écoule, moins il en reste. Et le nombre d’exemplaires restant est indiqué comme un compte-à-rebours. Le désir d’achat, qui reposait initialement sur la tension de devoir l’acheter à plus bas prix, atteint alors un autre stade : celui jouant sur la peur de ne pas pouvoir obtenir ce dont on ne veut pourtant peut-être pas. C’est sans doute idiot. Et résolument capitaliste. Mais enfin pas plus idiot qu’une pomme Golden qui ressemblait à Eric Woerth. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire que le juste prix des choses ? Les prix fluctuent, les prix sont volatiles. Même (surtout) pour le livre, au-delà des lois sur le prix unique. Un même objet (livre de X pages, format X ou Y), selon qu’il est un essai littéraire (public de niche plutôt aisé, universitaire, etc.), un roman de littérature contemporaine (lectorat a piori restreint mais il suffit d’obtenir un prix et alors patatra), un roman maintream ou un roman jeunesse (qui ont un positionnement tarifaire plus agressif, et accessoirement — non — des droits d’auteur encore plus réduits qu’en littérature dite adulte), le prix de vente ne sera pas le même. Tout dépend du public ciblé, et du segment de marché auquel il s’adresse. Et quand on se projette dans le temps, c’est pareil : les prix oscillent. Quand on regarde par exemple la Correspondance de Mallarmé dans la Blanche : entre 1981 et aujourd’hui, on est passé de 23,30€ (ou son équivalent en franc) à aujourd’hui 65€ (on l’imagine dans une édition différente). L’epub est quant à lui vendu 45,99€, pour un livre que nous vendrions grand maximum 9.99€ si nous devions le commercialiser, à une époque où nos prix d’impression POD s’apprêtent à augmenter, modifiant de fait l’équilibre de nos prix de livres imprimés (et avec le prix unique, pas de possibilité d’adapter nos prix de vente à ses coûts de production, évolutif dans le temps puisque non réduits à une impression effectuée avant la parution du livre, comme c’est le cas dans l’édition traditionnelle). Il n’y a donc pas plus de sens à chercher dans la valeur des choses que dans le reste de la création.

GV
samedi 9 janvier 2021 - mercredi 20 janvier 2021


Image empruntée à la Gazette de l’hôtel Drouot, ben ça alors.



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091220, version 5 (9 janvier 2021)

Publie.net, Édition, Stéphane Mallarmé
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C’est arrivé juste avant m’être dit que cette pomme ressemblait à Eric Woerth (c’était vrai) : une autre nouvelle économie du livre. Entendons-nous bien, cette proposition contrevient à la loi sur le prix unique, ce qui en fait sans doute une idée morte ( , et sans doute peu neuve dans le palmarès des idées ), et est sans doute inapplicable dans des lieux d’achat décentralisés (magasins physiques). Mais tout de même. Imaginons un livre (ou n’importe quel produit, à ce stade) dont le juste prix public serait, par exemple, 15€. On le positionne comme on dit sur ce prix. Mais le prix de vente de ce livre n’est pas fixe, ni unique , il est liquide et indexé sur sa rareté. En somme, moins il s’est vendu moins il vaut cher. Au lieu de commencer à 15€ 15e , il commencerait à 5 (ou à 10 ou à 2 selon le nombre total de produits en stock, par exemple ) De quoi motiver le public à l’acheter de suite, sans attendre (achats d’impulsion). Plus il se vend, plus son prix augmente, atteignant fatalement, à un moment ou à un autre, son juste prix de 15€ 15e . Au-dessus, on serait tenté de se dire : c’est fini, il ne se vendra plus, il coûte trop cher. Mais plus il s’écoule, moins il en reste. Et le nombre d’exemplaires restant est indiqué comme un compte-à-rebours. Le désir d’achat, qui reposait initialement sur la tension de devoir l’acheter à plus bas prix, atteint alors un autre stade : celui jouant sur la peur de ne pas pouvoir obtenir ce dont on ne veut pourtant peut-être pas. C’est sans doute idiot. Et résolument capitaliste. Mais enfin pas plus idiot qu’une pomme Golden qui ressemblait à Eric Woerth. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire que le juste prix des choses ? Les prix fluctuent, les prix sont volatiles. Même (surtout) pour le livre, au-delà des lois sur le prix unique. Un même objet (livre de X pages, format X ou Y), selon qu’il est un essai littéraire (public de niche plutôt aisé, universitaire, etc.), un roman de littérature contemporaine (lectorat a piori restreint mais il suffit d’obtenir un prix et alors patatra ça fait boule de neige ), un roman maintream ou un roman jeunesse (qui ont un positionnement tarifaire plus agressif, et accessoirement — non — des droits d’auteur encore plus réduits qu’en littérature dite adulte), le prix de vente ne sera pas le même. Tout dépend du public ciblé, et du segment de marché auquel il s’adresse. Et quand on se projette dans le temps, c’est pareil : les prix oscillent. Quand on regarde par exemple la Correspondance de Mallarmé dans la Blanche : entre 1981 et aujourd’hui, on est passé de 23,30€ 23,30e (ou son équivalent en franc) à aujourd’hui 65€ ( on l’imagine dans une édition différente ). 65e . L’epub Pire , l’epub est quant à lui vendu 45,99€ 45,99e , pour un livre que [nous->https://www chiffre absurde en soi s’agissant d’une édition numérique , peu importe la complexité du travail d’édition à apporter .publie.net] vendrions grand maximum 9.99€ si nous devions le commercialiser, à une époque où nos prix d’impression POD s’apprêtent à augmenter, modifiant de fait l’équilibre de nos prix de livres imprimés (et avec le prix unique, pas de possibilité d’adapter nos prix de vente à ses coûts de production, évolutif dans le temps puisque non réduits à une impression effectuée avant la parution du livre, comme c’est le cas dans l’édition traditionnelle). Il n’y a donc Par ailleurs  : Gallimard n’a-t-il pas plus de sens reçu des aides à chercher dans la valeur des choses que dans le reste numérisation de la création . son fond pour l’effectuer  ? 45,99e, c’est grosso modo le prix de vente le plus bas qu’on peut envisager pour un jeu vidéo mainstream à sa sortie : si on occulte la question du contenu, imagine-t-on un travail de production aussi coûteux pour la Corrrespondance de Mallarmé que pour celle d’un jeu vidéo (dont les plus onéreux dépassent désormais les plus gros blockbuster au cinéma) ?
Image empruntée à la Gazette de l’hôtel Drouot, ben ça alors.

091220, version 4 (6 janvier 2021)

C’est arrivé juste avant m’être dit que cette pomme ressemblait à Eric Woerth (c’était vrai) : une nouvelle économie du livre. Entendons-nous bien, cette proposition contrevient à la loi sur le prix unique, ce qui en fait sans doute une idée morte, et est sans doute inapplicable dans des lieux d’achat décentralisés ( magasins physiques ). . Mais tout de même. Imaginons un livre (ou n’importe quel produit, à ce stade) dont le juste prix public serait, par exemple, 15€. On le positionne comme on dit sur ce prix. Mais le prix de vente de ce livre n’est pas fixe, ni unique, il est liquide et indexé sur sa rareté. En somme, moins il s’est vendu moins il vaut faut cher. Au lieu de commencer à 15e, il commencerait à 5, ou à 10. Au lieu de commencer à 15e , il commencerait à 5 ( ou à 10 ou à 2 selon le nombre total de produits en stock ) De quoi motiver le public à l’acheter de suite, sans attendre (achats d’impulsion). Plus il se vend, plus son prix augmente, atteignant fatalement, à un moment ou à un autre, son juste prix de 15e. Au-dessus, on serait tenté de se dire : c’est fini, il ne se vendra plus, il coûte trop cher. Mais plus il s’écoule, moins il en reste. Et le nombre d’exemplaires restant est indiqué comme un compte-à-rebours. Le désir d’achat, qui reposait initialement sur la tension de devoir l’acheter à plus le prix bas prix , atteint alors un autre stade : celui jouant sur la peur de ne pas pouvoir obtenir ce dont on ne veut pourtant peut-être pas. C’est sans doute idiot. Et résolument capitaliste. Mais enfin pas plus idiot qu’une pomme Golden qui ressemblait ressemble à Eric Woerth. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire que le juste prix des choses ? Les prix fluctuent, les prix sont volatiles. Même (surtout) pour le livre, au-delà des lois sur le prix unique. Un même objet (livre de X pages, format X ou Y), selon qu’il est un essai littéraire (public de niche plutôt aisé, universitaire, etc.), un roman de littérature contemporaine (lectorat a piori restreint mais il suffit d’obtenir un prix et ça fait boule de neige), un roman maintream ou un roman jeunesse (qui ont un positionnement tarifaire plus agressif, et accessoirement — non — des droits d’auteur encore plus réduits qu’en littérature dite adulte), le prix de vente ne sera pas le même. Tout dépend du public ciblé, et du segment de marché auquel il s’adresse. Et quand on se projette dans le temps, c’est pareil : les prix oscillent. Quand on regarde par exemple la Correspondance de Mallarmé dans la Blanche : entre 1981 et aujourd’hui, on est passé de 23,30e (ou son équivalent en franc) à aujourd’hui 65e. Pire, l’epub est lui vendu 45,99e, un chiffre absurde en soi s’agissant d’une édition numérique, peu importe la complexité du travail d’édition à apporter. Par ailleurs  : Gallimard n’a-t-il pas reçu des aides à la numérisation de son fond pour l’effectuer ? C’est une autre question. 45,99e, c’est grosso modo le prix de vente le plus bas qu’on peut envisager pour un jeu vidéo mainstream à sa sortie : si on occulte la question du contenu , imagine-t-on un travail de production aussi coûteux pour la Corrrespondance de Mallarmé que pour celle d’un jeu vidéo ( dont les plus onéreux dépassent désormais les plus gros blockbuster au cinéma )  ? .

091220, version 3 (9 décembre 2020)

C’est arrivé juste avant m’être dit que cette pomme ressemblait à Eric Woerth (c’était vrai) : une nouvelle économie du livre. Entendons-nous bien, cette proposition contrevient à la loi sur le prix unique, ce qui en fait sans doute une idée morte. Mais tout de même. Imaginons un livre (ou n’importe quel produit, à ce stade) dont le juste prix public serait, par exemple, 15€. On le positionne comme on dit sur ce prix. Mais le prix de vente de ce livre n’est pas fixe, ni unique, il est liquide et indexé sur sa rareté. En somme, moins il s’est vendu moins il faut cher. Au lieu de commencer à 15e, il commencerait à 5, ou à 10. De quoi motiver le public à l’acheter de suite, sans attendre (achats d’impulsion). Plus il se vend, plus son prix augmente, atteignant fatalement, à un moment ou à un autre, son juste prix de 15e. Au-dessus, on serait tenté de se dire : c’est fini, il ne se vendra plus, il coûte trop cher. Mais plus il s’écoule, moins il en reste. Et le nombre d’exemplaires restant est indiqué comme un compte-à-rebours. Le désir d’achat, qui reposait initialement sur le prix bas, atteint alors un autre stade : celui jouant sur la peur de ne pas pouvoir obtenir ce dont on ne veut pourtant peut-être pas. C’est sans doute idiot. Et résolument capitaliste. Mais enfin pas plus idiot qu’une pomme Golden qui ressemble à Eric Woerth. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire que le juste prix des choses ? Les prix fluctuent, les prix sont volatiles. Même (surtout) pour le livre, au-delà des lois sur le prix unique. Un même objet (livre de X pages, format X ou Y), selon qu’il est un essai littéraire (public de niche plutôt aisé, universitaire, etc.), un roman de littérature contemporaine (lectorat a piori restreint mais il suffit d’obtenir un prix et ça fait boule de neige), un roman maintream ou un roman jeunesse (qui ont un positionnement tarifaire plus agressif, et accessoirement — non — des droits d’auteur encore plus réduits qu’en littérature dite adulte), le prix de vente ne sera pas le même. Tout dépend du public ciblé, et du segment de marché auquel il s’adresse. Et quand on se projette dans le temps, c’est pareil : les prix oscillent. Quand on regarde par exemple la Correspondance de Mallarmé dans la Blanche : entre 1981 et aujourd’hui, on est passé de 23,30e (ou son équivalent en franc) à aujourd’hui 65e. Pire, l’epub est lui vendu 45,99e, un chiffre absurde en soi s’agissant d’une édition numérique, peu importe la complexité du travail d’édition à apporter. Gallimard n’a-t-il pas reçu des aides à la numérisation de son fond pour l’effectuer ? C’est une autre question. 45,99e, c’est grosso modo le prix de vente le plus bas qu’on peut envisager pour un jeu vidéo mainstream à sa sortie.

091220, version 2 (8 décembre 2020)

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Guillaume Vissac est né dans la Loire un peu après Tchernobyl. Éditeur pour publie.net depuis 2015, il mène également ses propres chantiers d’écriture, de piratage littéraire et de traduction.

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