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Gefahr

1er janvier 2010, par Guillaume Vissac, dans Crise ! |
Tags : Mort

Avant, bien avant. Le contexte politique c’était : ils interdisaient les rassemblements, les visages masqués, interdisaient les cagoules et les trucs sur les yeux, interdisaient qu’on s’approche des voies, les voies ferrées, parce qu’on pouvait « foutre la terreur ». Le contexte politique c’était aussi : ils cassaient les grèves en nous remplaçant par des intérimaires. On savait pas trop qui c’était ni d’où ils venaient mais on savait qu’ils étaient pas trop là pour longtemps et qu’ils faisaient que passer, mais ils étaient partout puisque tout était devenu provisoire.

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En passant dans les rues on pouvait traverser les contrôles, mais jamais longtemps. Les yeux doivent être visibles, ils disaient. Le visage dégagé. On doit voir la peau, ils disaient. Elle est où ta peau ? ils demandaient.

On maquillait les meurtres. Ils tuaient les clodos comme on ramasse les branches d’arbre pourries passé l’hiver : en tas. On disait : il volait de l’alcool dans les magasins, on disait : c’est une insulte à notre mode de vie, on disait : faut qu’on se défende. Puis à quatre contre un ils l’ont bloqué et tabassé en attendant que « la police fasse son travail », sauf que c’était déjà fait. Les rapports d’autopsie disaient : « asphyxie mécanique par compression de la cage thoracique », ça fait beaucoup de poids sur un corps juste pour une bouteille de bière, non ? Mais eux ils disaient : on a fait notre travail, ils disaient : on a fait ce qu’il fallait. Sauf que juste : les clodos dans les magasins c’était pas que des voleurs, c’était des dynamiteurs et on voulait pas que ça se sache et on voulait pas que ça enfle. Eux ils avaient pas besoin d’avoir de masque ou de cagoule parce qu’ils avaient déjà plus de visage. Et comme ils avaient plus de visage on leur compressait la cage thoracique.

C’était avant, pendant et après les grandes grèves. On parlait de ça dans les journaux et les bulletins d’infos permanents. Tout le monde savait tout et tout le temps. Mais personne avait peur. Ils ont commencé à prendre peur quand les premiers trains ont sauté. Les journaux parlaient de nitroglycérine tous les jours. Fabrication artisanale peu coûteuse, ils disaient. Hautement instable, ils disaient. C3H5(ONO2)3 + 3/2 O2 ----> 3/2 N2 + 3 CO2 + 5/2 H2O + ¼ O2, ils disaient. La formule était dans les gros titres. Tout le monde pouvait s’amuser à en faire. Les composants venaient de Chine dans des containers bleus. On dépotait au Havre et tout le monde laissait faire.

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