Ligne 14


Hier, lundi chômé, trains coupés entre J. et gare de Lyon, il a fallu détourner, prendre le C jusqu’à Bibliothèque François Mitterrand. En attente à J. : foule stagnante prise sur le quai du milieu : des trains de marchandise défilent de toute part, frôlent les bordures de quai et les corps immobiles. Nous avons alterné wagons vides et peau pressée contre les vitres : wagons pleins. Nous n’étions pas nombreux à venir travailler hier mais encore moins nombreux les trains pour nous y tirer : nous avons suffoqué seconde classe sous les rayons du soleil déjà chaud.

Arrivé Bibliothèque François Mitterrand, je prends la ligne 14 jusqu’à Châtelet. J’aime beaucoup – ai toujours aimé – la ligne 14 : celle sans pilote. Le pare-brise du wagon de tête est intégral, on voit défiler les couloirs de métro directement plein axe. Hier je suis monté dans le premier wagon. J’aime la ligne 14, celle qu’il nous fallait prendre, bien des années plus tôt, lorsque H. venait me chercher gare de Lyon à mon arrivée à Paris pour quelques jours (un week-end, parfois quatre-cinq jours, jamais plus). Nous prenions la 14 jusqu’à Châtelet

Hier, Châtelet, matin puis après-midi : les escaliers déserts, portiques inutiles et large allée-ciment devant les vitrines vierges : presque obscène cette vision d’espace où l’on ne peut caser aucun corps.


ensuite nous changions pour la 4 jusqu’à Montparnasse, où il vivait alors avec son monstre de l’époque.

J’aimais la ligne 14 car c’était la plus propre, les barres ne collaient pas lorsqu’on les agrippaient (c’est toujours le cas). J’aimais la ligne 14 pour ses cages de verre ou plexiglas qui encadrent les voies, et doivent ruiner tous les espoirs de ces corps fréquents en quête d’accident de personne qui rôdent ou tombent autour des rails. J’aimais la ligne 14, automatique, car elle ne bougeait pas d’un iota, et que ses fréquences d’arrêts et départs étaient toujours régulières (c’est toujours le cas). Depuis cette époque ils ont rajouté un arrêt. Cette ligne n’est pas si immuable que ça, ça ne m’empêche pas de la prendre.

14garedelyon.jpg

Aujourd’hui les trains remarchent, c’est une journée comme les autres, je n’ai pas pris le C ni la ligne 14. Les Halles se sont ouvertes plein phare, la lumière a coulé jusque sous la place Carré. Dans le wagon du retour (sauna, vitres fumées, train penché, rails en travers), Antoine Compagnon doit pousser le volume au maximum pour correctement se faire entendre (vitres ouvertes, rafales soufflées, tunnels frappés). Au tout début du huitième épisode de son feuilleton Écrire la vie, après sept heures de cours déjà proposées depuis janvier, il commence : « j’aimerais bien parvenir aujourd’hui à la fin de la première partie de mon introduction » (rires discrets dans l’assemblée).

Plus tard, la chanson d’Elliott Smith, Needle in the Hay, revient encore. Je n’arrive pas à m’en défaire : elle dure depuis dimanche...

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