RAR


Je crains que cette lettre très officielle avec accusé de réception adressée au Trésor Public soit la seule matière d’écrire que j’aurais aujourd’hui (l’expression qui me vient le plus naturellement aux tempes, c’est « piece of writing », mais comment traduire en gardant correctement toute cette matière, justement ?). Le ton très officiel, offensé mais fictif, un peu snob, des lettres AR me fait sourire. Sans doute car je souriais, déjà, souvent, à l’autre bout de la chaîne courrier, travaillant encore pour PDG, et décryptant précisément ces lettres offusquées de clients mécontents ou qui jouaient à l’être. Souvent, elles étaient drôles. Je reproduis aujourd’hui ce même schéma et fais semblant de m’affecter à mon tour d’un dysfonctionnement paroxystique transitoire de l’administration publique. Ce serait presque un jeu, s’il n’y avait, au bout de l’AR, évidemment, un enjeu financier plus ou moins conséquent.

Le paradoxe est amusant, car je n’ai plus trop d’écriture en tête et dans les métacarpes alors même que des plages de temps complètement vides s’ouvrent devant moi. Je suis coutumier du fait. Je travaille mieux en bossant, j’écris plus efficacement sous un cadre de vie plus resserré. Mais la réalité, c’est aussi que, hasard du calendrier oblige, Coup de tête vient à peine de se terminer et je n’ai pas envie de me lancer tout de suite dans d’autres projets tentaculaires et incontrôlables que je mettrais encore des années à dompter. Dans l’attente d’une écriture meilleure, je continue mes transferts d’archives d’un site vers un autre. À présent les billets d’Omega Blue sont couverts jusqu’à juin 2009, mon objectif court jusqu’en septembre 2008, je m’y prends à rebours.

L’autre paradoxe concerne les fantômes évoqués hier, les miens, ou plutôt celui que je deviens peu à peu à force de m’enfoncer dans mon grand big nothing quotidien (qui n’est pas un symptôme de mon inactivité mais bien une marque de mon identité). Hier P. me propose qu’on se croise quelque part demain, c’est à dire aujourd’hui, et si nous échangeons nos numéros de téléphone ce n’est que pure formalité de chiffre et j’ignorerai, je le sais déjà, son invitation, me retournant dans moi-même, c’est-à-dire dans un spectre, ni plus ni moins, une fois le Skype éteint. Car rencontrant P. face à face, je crains autant ce qui pourrait se produire qui ce qui n’arriverait pas. En le conservant données liquides et binaires étalées la nuit sur l’écran du MacBook, c’est un personnage fictif que je conserve. Lui derrière l’écran, sans doute, il ne faudrait pas qu’il en sorte.

Commencé ce matin le Sans de Joachim Séné, son dernier texte proposé il y a peu sur Publie.net, récit d’un licenciement ordinaire. Évidemment, je ne peux m’empêcher de faire la parallèle avec mon propre cas, d’autant plus que le timing d’écriture semble concorder, nous aurions donc suivi les mêmes trajets, quasiment au même moment. Mon Prudhommes.rtf, lui, est resté crevé, oublié au fond d’un dossier texte, journal de bord qui ne servira finalement pas. J’en reprends les premières lignes, la première entrée, à la suite de ce début de lecture de Sans, et voilà ce que ça disait, à la date du 2 juillet dernier, 2h18 du matin, voilà comment s’ouvrait ce journal dans le journal :

Je meuble mon insomnie : pour ça que j’écris. J’occupe mes tempes, fais diversion pour la migraine qui tape. Je reprends point par point les récents évènements pour mieux anticiper demain : c’est à dire tout à l’heure, plus tard.

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