En attendant V.


V. arrivée hier repartira demain. Entre temps nous nous sommes croisés, hier rendez-vous cour carrée, crachin breton par dessus (il y a derrière nous des parois de verre et un podium en toc, des gens inconnus attendent sur tapis rouge encostumés). Nous mangeons ensemble le temps de s’échanger des dingue de se retrouver ici. C’est vrai. Ce n’est pas le décor, panorama habituel de nos rencontres. Elle me parle de ses trucs en cours, je lui parle des miens. Entre deux heures au coin du Louvre (la rue, le bâtiment), non pas rattraper le temps perdu (nous n’en avons pas vraiment perdu, où qu’on puisse être) mais plutôt faire semblant de se rappeler l’un à l’autre, alors même qu’on sait, c’est faux, on reste en contact, par ce biais ou un autre, on ne se perd pas de vue. Je remonte au bureau (l’impression de vide qui s’en dégage : se dire qu’au fond tout, ici, est inutile, que la vraie vie est ailleurs), lui dis on se retrouve même endroit même Louvre quatre heures plus tard. Parenthèse.

Nous partageons un train, le soir, pour rejoindre Y. : V. dormira chez nous. Elle me montre les livres qu’elle a achetés, je lui montre ceux que je traverse actuellement. Je ne sais plus trop de quoi nous parlons, mais la nuit tombe, la casse fuse et l’heure passe. Arrivé sur le palier, première rencontre entre H. et V. (je dis : H.V. / V. H.), puis nous passons la soirée ensemble, puis nous parlons de nos trucs respectifs à nouveau, mais plus détaillés cette fois.

Réveil sec du lendemain : il fait trop tôt trop vite. Les sonneries de réveil se relancent. Nous partons ensemble à nouveau, de retour vers Paris. Arrivé Châtelet, faire marche arrière ou presque. Une heure durant je me suis dis que non, franchement, aller bosser aujourd’hui et ne pas profiter de l’occasion, passer une journée parisienne avec V., il commence à faire beau pratiquement, ce serait rater quelque chose.

Je me plaque dans un coin isolé, pas trop de bruit autour, émuler un faux chez moi qui n’y est pas pour faire croire que. J’appelle le bureau de ma voix la plus gênée possible. J’explique que c’est vraiment embêtant, parce qu’un problème de transport slash une grève inopinée slash une grippe soudaine slash une invitation de dernière minute pour table ronde sur Fresán au salon du livre (roman puzzle ?) slash autre chose n’importe quoi m’empêche de venir travailler aujourd’hui. Vraiment je ne suis pas du genre à mais voilà. Je vais devoir être obligé de demander ma journée c’est affreux.

Du coup, je lui dis, on s’est levé tôt pour rien. Elle me dit pas grave. Tu veux faire quoi ? On prend la quatre jusqu’à Montparnasse et le jardin du Luxembourg un moment. Puis la librairie Tschann où l’on s’approvisionne depuis août. Puis midi sushi un peu plus loin, un peu trop d’eau dans nos verres. Nous parlons tous les deux de ceux qui ne sont pas autour de nous mais pourraient être ou auraient pu. Je lui explique qu’une collègue m’a généreusement offert deux places pour le salon du livre hier, que l’on pourrait, etc. Je lui explique que franchement ça fait du bien de la voir parce que voilà ça faisait bien plus de six mois en fait. Elle me répond ok pour le salon du livre. En chemin, devant distributeur, le type de devant parle à la machine : « vas-y ta mère la pute donne-moi les billets ». Le reste de la journée nous appartient.

Arrivée hier elle repartira demain, voilà. Nous ne nous sommes que croisés au fond et après coup, dans le train du retour le soir, je me suis rappelé d’un tas de choses que j’aurais voulu lui dire. Une autre fois.

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