Chansons tristes


e lis en décalé, en retard, des lignes imprimées il y a déjà quelques mois et sur lesquelles j’aurais dû sauter dès le début. Le fait est que ça n’a aucune importance après cette journée pénible qui se termine : mon MP3 qui rend l’âme le seul jour où je ne pense pas à emporter de livre avec moi pour occuper mes heures de trains froids. Simplement le Matricule des anges N°98 et son dossier sur Rodrigo Fresán. Je me force à ne pas tout lire d’un coup à l’aller, qu’il m’en reste aussi un peu pour le retour. Ici deux extraits proposés, issus du long entretien réalisé par Étienne Leterrier : le premier sur son rapport à la télévision (La Quatrième dimension et son présentateur, Rod Serling, en tête), le second sur la question de Canciones Tristes/Sad songs/Chansons tristes, théâtre permanent de sa vision du monde. Pour plus d’extraits de cet entretien, voir sur Tierslivre.

Ce feuilleton a été décisif. Contrairement à la plupart des écrivains, je n’ai absolument rien contre la télévision, je la regarde beaucoup. Je considère que nous en vivons aujourd’hui l’âge d’or, les séries que l’on retrouve à la télévision étant souvent extrêmement bonnes. Mais la Bible, pour moi, c’est évidemment La Quatrième dimension. J’ai découvert en regardant cette série qu’il était possible de raconter une histoire différemment. Les autres films ou livres racontaient les choses en passant de A à B, puis à C, puis à D. Je crois que je ne m’en suis jamais remis : voilà pourquoi mes nouvelles partent dans tous les sens, qu’elles se refusent à progresser de façon linéaire. Quant à Rod Serling, c’est tout simplement l’un des héros de mon enfance. Je le voyais au début de chaque épisode, quand il introduit l’histoire, et je me disais « ça c’est un boulot extraordinaire : c’est ce que je veux faire » !

Rodrigo Fresán interviewé par Etienne Leterrier pour Le Matricule des anges N°98, P.32.
En ce qui concerne les lieux, il y a bien sûr la ville de Canciones Tristes, avec laquelle je joue tout le temps. C’est une astuce que j’ai découverte : pourquoi inventer différents lieux sur la planète quand on peut à l’inverse, répandre la même ville un peu partout ? Faulkner a fait pareil, avec Yoknapatawpha, Juan Carlos Onetti aussi, avec la ville de Santa Maria. C’est d’abord très confortable parce que ces lieux nous appartiennent à nous seuls et qu’il n’y a plus besoin, du coup, de se poser la question « est-ce bien possible, est-ce réaliste ? » Bien sûr que c’est possible, puisque je l’ai inventé ! Ces rues sont à moi, et j’en fais ce que je veux. Parfois, on me dit que c’est sans doute ce qui me relie le plus au réalisme magique, à Macondo par exemple : pourquoi pas, même si je n’en suis pas vraiment sûr. Car le fait que Canciones Tristes se déplace en quelque sorte d’un point à l’autre du monde est aussi lié à la ville de Buenos Aires : vous vous y promenez et découvrez soudain que cette rue, que ce carrefour est exactement comme à Paris, comme à Londres ou à Madrid, tout simplement parce que les immigrés qui l’ont construite en ont fait cette espèce de parc à thèmes géant de toutes les villes d’Europe, parce que le monde entier est venu pour donner à Buenos Aires son visage.

Ibid., P. 34-35.
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