Figé dans la résine


Saint-Etienne ne bouge pas ou si peu ou bien mes retours échelonnés tous les trois mois rendent tout mouvement impossible car le temps trop lent s’y diffuse mal. Je profite tout de même de mon retour pour régler quelques petites choses qu’il aurait fallu régler plus tôt mais qui ne l’ont pas été à cause de. Je fais le tour de la fac pour y récupérer mon diplôme de Licence. Je le tiens là, dans la main droite, à l’abri des gouttes de pluie disséminées, inutile et laconique. Peut-être ma dernière visite à la fac, maintenant que j’y pense et que je n’ai plus rien à y faire ni personne à y retrouver. J’abandonne également mon ancien ordinateur, longtemps futur-ex mais désormais ex-tout-court depuis août. Je le vide intégralement de sa mémoire crade puis me charge de compacter puis exporter ailleurs l’intégralité de ma boite mail d’entre 2003-2007. Dans le hasard de mes coups d’oeil entre les lignes, j’y lis parfois : mais les gens me sont tellement incompréhensibles que lorsqu’ils sortent de ma vie, je ne fais jamais grand chose pour les retenir ou encore et si tu as l’occasion de lire Mantra, ne la loupe pas, c’est vraiment un bouquin énorme ! Autant d’instantanés piqués au fil de l’ascenseur, lorsque les messages s’affichent puis se détachent, pris dans la même seconde. Autant de moments différents dans des temps aplanis. Que je ne veux surtout pas perdre. Parce que tout est utile, tout à un sens. Parce que j’archive tout.

Ces jours-ci s’étalent entre deux quais, j’en ai conscience, mes minutes allongées sur les banquettes ou sur les sièges de trains, qu’ils soient de banlieue, de région ou à grande vitesse. Pour gagner la Gare de Lyon, hier matin, je fuse dans l’habitacle rouillé d’un RER type années soixante-dix, avec rails ondulés sous les roues pour secouer les voitures à chaque passage de blochet. Impossible de lire là-dedans, alors se contenter d’écouter filer les ondes.

Penser aussi à la veille, à dix-sept heures et quelques, au moment de retrouver-rencontrer Faro et Maïwenn du forum des JE,


Et je regrette l’espace d’une seconde ou deux de n’avoir pas réellement bien mémorisé les photos en ma possession pour pouvoir clairement aborder la bonne personne, et accessoirement aussi maudire mes verres inadaptés qui tracent tout contre moi une foule de visages flous-fuyants, des silhouettes en travers dans le vague, impossible à identifier, et encore moins à reconnaître.


au pied de la grosse tête fondue devant l’église St-Eustache. Deux heures et quelques en leur compagnie qui file dans la chaleur d’un bar voisin, puis déjà le temps de se séparer,


Au moment où on longe tous les trois la grosse tête, j’aperçois les rayons couchés-rouges du ciel qui s’ouvre pour une seconde par dessus la façade de l’église et le gris tout autour qui l’éponge, c’est un petit parfum d’apocalypse ratée par dessus le toit des Halles.


de rentrer en quatrième vitesse et de se plonger dans les bagages à farcir pour le lendemain, c’est à dire le jour avant aujourd’hui, donc hier.

Entre deux quais, plus ou moins comme on peut, essayer aussi de progresser dans la densité luxuriante du Paradiso de José Lezama Lima. Un peu avant d’arriver à Sainté, entre Come to me et One day, je traverse ce passage bouleversant de fin de chapitre, le sixième, et je prends conscience de la profondeur du truc. Ce qui ne m’empêche pas de le fermer puis de l’enfouir dans le vrac du fond de mon sac. Pas rouvert depuis.

Le programme du week-end un peu sec, je dois dire, cette fois-ci je reste peu, je repars dès dimanche pour cause de boulot lundi. D’ici là, revoir ceux que je pourrais attraper demain soir, c’est à dire grosso modo les habituels moins quelques autres. Puis reprendre le train le lendemain et rebondir sur une nouvelle semaine-type qui m’aide à y voir clair. Coup de tête en pause légère en attendant, ici je n’arrive plus à l’écrire. Puis les trains, les trains, encore les trains, puisque de toute évidence je n’arrive pas à me lasser d’ignorer le monde qui défile froid derrière la vitre.

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